Code Promo sur l'Apocalypse

Par Dr. SarcasmeComédie

L’ironie, c’est comme un cocktail molotov servi dans un verre en cristal : ça a de la gueule, mais ça finit toujours par vous éclater à la figure. Et là, franchement, le cosmos vient de nous servir une tournée générale. Regardez-vous. Enfin, regardez-nous. Nous sommes au sommet du Burj Khalifa. 82...

Burj Khalifa ou Bunker Khalifa ?

L’ironie, c’est comme un cocktail molotov servi dans un verre en cristal : ça a de la gueule, mais ça finit toujours par vous éclater à la figure. Et là, franchement, le cosmos vient de nous servir une tournée générale. Regardez-vous. Enfin, regardez-nous. Nous sommes au sommet du Burj Khalifa. 828 mètres de pur orgueil architectural, une érection de verre et d’acier pointée vers le ciel comme un majeur dressé à la face de Dieu, de la gravité et du bon sens thermique. On est si haut que les nuages nous demandent la permission de pleuvoir. On est si haut que si vous crachez par la fenêtre – ce qui est impossible, car les fenêtres sont scellées pour éviter que votre ego n’aspire l’oxygène des étages inférieurs – votre salive mettrait tellement de temps à descendre qu’elle atteindrait le sol avec trois jours de retard, probablement sous forme de grêle ou de cristal de luxe. Et c’est là que le bât blesse. Ou plutôt, c’est là que la fin du monde devient hilarante. Parce que devinez quoi ? L’apocalypse ne vient pas du ciel. Enfin, pas seulement. Elle vient de partout. Et quand le "Code Promo sur l'Apocalypse" a été activé – 100 % de réduction sur votre espérance de vie, offre non cumulable avec votre assurance santé – la règle d’or a changé. On ne veut plus être en haut. On ne veut plus "dominer le monde". On veut être une taupe. On veut du béton armé, de la terre battue, des racines, des vers de terre et trois cents mètres de roche entre nos têtes de cons et la surface. On est dans la structure la plus haute de l’histoire de l’humanité, et soudain, le Burj Khalifa n’est plus un symbole de puissance. C’est juste la plus longue brochette du monde, et on est les morceaux de viande qui attendent que le feu monte. Vous avez déjà essayé de descendre 163 étages à pied quand les ascenseurs Otis – ces petites merveilles de technologie qui vous font grimper à 10 mètres par seconde – ont décidé que, finalement, faire grève était un concept très tendance pour la fin des temps ? C’est un excellent exercice de cardio, certes. Mais c’est surtout une lente descente vers la réalisation que vous êtes dans un bunker inversé. Un bunker qui pointe vers le danger. Le Burj Khalifa, c’est un bunker pour les gens qui n’ont pas compris le concept de "se cacher". C’est comme essayer de jouer à cache-cache en montant sur le toit de la mairie avec un gilet jaune et un gyrophare sur la tête. "Regardez-moi ! Je suis riche, j'ai une suite à l’Armani Hotel, et je suis la cible la plus évidente de tout le Moyen-Orient !" À l’étage 148, au "At the Top", l’ambiance est passée de "Instagrammable" à "Insupportable" en environ sept secondes. Le buffet de canapés au caviar ressemble maintenant à une métaphore de notre civilisation : c’est froid, ça sent le poisson mort et tout le monde se bat pour la dernière biscotte. Les milliardaires qui, il y a dix minutes, discutaient de l’achat d’une île artificielle en forme de Bitcoin, sont maintenant en train d’essayer de soudoyer un extincteur pour qu’il les aide à descendre plus vite. Il y a cette ironie délicieuse, presque sucrée, à voir un type qui possède trois yachts essayer de comprendre comment fonctionne une cage d’escalier. "Mais... il n'y a pas de bouton pour le sous-sol ? Je dois utiliser mes jambes ? C'est une application à télécharger ?" Non, Jean-Eudes, c’est la gravité. C’est ce truc que tu as essayé d’ignorer en construisant une tour sur du sable. Le problème de la plus haute tour du monde, c'est qu'elle est conçue pour l'ascension. Tout y est fait pour vous dire que vous êtes un dieu. Les miroirs sont flatteurs, l'air est parfumé à l'ambre, et la vue vous donne l'impression que les gens en bas sont des fourmis. Sauf qu'aujourd'hui, les fourmis ont une longueur d'avance. Les fourmis sont déjà dans leurs trous. Les fourmis regardent la télé dans leur cave avec un pack de bières et trois boîtes de thon, tandis que nous, les demi-dieux du 124ème étage, on réalise que notre temple est en fait une cage dorée avec un temps de sortie estimé à quatre heures de marches intensives pour les plus sportifs. Et puis, il y a le vent. Vous entendez ce sifflement ? Ce n'est pas le système d'aération. C'est le bâtiment qui vous rappelle qu'il oscille. Le Burj Khalifa oscille de près de deux mètres au sommet en cas de tempête. C'est normal, c'est la physique. Mais quand le monde s'écroule, cette oscillation ressemble étrangement au mouvement d'un métronome qui compte vos dernières secondes. *Tic.* Vous êtes trop haut. *Tac.* Vous allez mourir dans un décor minimaliste. On cherche désespérément le sous-sol. Le "Bunker Khalifa". On rêve de parkings lugubres, de dalles de béton suintantes, de tunnels de métro infestés de rats. On donnerait tout l'or du souk de Dubaï pour un abri anti-atomique de l'ère soviétique avec une porte en fer rouillée. Mais non. On est coincés dans une flèche de verre. On est dans la vitrine de l'apocalypse. On est les produits en promotion que personne ne veut acheter parce que la date de péremption est gravée en lettres de feu sur l'horizon. Regardez par la baie vitrée. Le spectacle est gratuit. C'est l'avantage d'être en hauteur : on a les meilleures places pour le massacre. On voit les incendies se propager comme des traînées de poudre sur le tapis de la ville. On voit les lumières s'éteindre quartier par quartier, comme une console de jeu qui rend l'âme. C’est magnifique, d'une certaine manière. C’est le genre de vue qui vous fait dire que le designer de la fin du monde avait un sacré budget effets spéciaux. Mais l'ironie ultime, celle qui me fait vraiment glousser alors que je lace mes chaussures de luxe (qui ne sont absolument pas faites pour descendre 3 000 marches), c'est que ce bâtiment a été construit pour être éternel. Pour montrer que l'homme a vaincu la nature. Et là, on est juste dans un paratonnerre géant. Si la foudre de la colère divine – ou plus probablement un drone de combat détraqué – cherche un endroit où se poser, elle ne va pas viser la petite bicoque du jardinier. Elle va viser le gros truc brillant qui dépasse. Nous sommes dans le phare de l'humanité, et le phare vient d'attirer les prédateurs. "Veuillez garder votre calme", répète une voix synthétique dans les haut-parleurs. Le calme ? On est dans une tour qui contient assez de verre pour transformer tout le désert en miroir géant si elle s'effondre. Le calme, c'est pour les gens qui ont un rez-de-chaussée. Ici, on est dans l'hystérie verticale. J'ai vu un influenceur essayer de faire un "live" alors que le sol tremblait. "Salut les gars, je suis au 112ème, c'est le chaos total, n'oubliez pas de liker et de vous abonner pour voir la chute en direct !" Il a plus de batterie dans dix minutes, et il n'y a plus de Wi-Fi. C'est ça, la vraie fin du monde : mourir sans pouvoir poster le story. Une tragédie grecque en format 9:16. Alors, on fait quoi ? On descend ? On attend que la tour se transforme en bunker par un miracle de la géométrie, genre elle s'enfonce dans le sol comme un clou géant sous le marteau du destin ? Personnellement, j'ai décidé de m'asseoir. Le bar de l'Atmosphere est ouvert, et le barman est parti en courant, probablement en sautant en parachute ou en se jetant dans le vide avec un sac poubelle (les deux options se valent à ce stade). Je vais me servir un cognac à 500 dollars le verre. Si je dois faire partie du plus grand crash immobilier de l'histoire, autant être ivre. Le Burj Khalifa, c'est le Titanic du désert, mais sans l'iceberg. L'iceberg, c'est nous. C'est notre besoin d'être au-dessus des autres. On a voulu toucher le soleil, on s'est brûlé les ailes, et maintenant on réalise que le soleil, c'est chaud, et que le plancher des vaches, c'est loin. Alors, messieurs-dames, profitez de la vue. C’est la dernière fois que vous verrez le monde de si haut. À partir de maintenant, tout ce qui compte, c'est de descendre. Devenir petit. Devenir profond. Devenir invisible. Le problème, c'est qu'avec 828 mètres de hauteur, on est tout sauf invisibles. On est le point d'exclamation à la fin de la phrase "L'humanité était là". Et vu la gueule de la phrase, le point d'exclamation risque de se prendre un sacré coup de gomme. Santé. Et que le dernier arrivé en bas éteigne la lumière. Enfin, si la lumière n'a pas déjà décidé de nous lâcher.

GRWM : Maquillage spécial abri anti-atomique

Coucou mes petits cafards ! J’espère que vous allez bien, ou du moins que vous avez encore tous vos membres attachés dans le bon sens. On se retrouve aujourd’hui pour une vidéo que vous m’avez énormément demandée – enfin, surtout la voix dans ma tête et le type qui hurle dans les conduits d’aération du niveau -4. Aujourd’hui, on va parler « Teint Radieux sous Rayonnement Gamma ». Parce que, soyons honnêtes, c’est pas parce que la civilisation s’effondre comme un soufflé au fromage oublié dans un four à 3000 degrés qu’on doit forcément ressembler à un figurant de *The Walking Dead* qui a raté son casting. On vient de descendre 160 étages, mes genoux font le bruit d’un sac de chips qu’on piétine, et l’air ici sent le renfermé et le désespoir de classe moyenne. Mais on reste dignes. On est dans l'abri, on a le stock de barres protéinées à base d'insectes, maintenant, il s'agit de gérer le visuel. Première étape : la base. Oubliez votre base lissante à l'acide hyaluronique. À ce stade, l'acide, il est dehors et il tombe du ciel en grosses gouttes tièdes. Ce qu'il nous faut, c'est du lourd. On part sur la base « Bunker-Ready » de chez Total-Annihilation. C’est une texture un peu épaisse, à mi-chemin entre le mastic pour fenêtres et le plomb liquide. Ça floute les pores, mais surtout, ça bloque les particules alpha. Si votre peau ne respire plus, c'est normal : la respiration, c'est un concept pré-apocalyptique. On veut un fini « béton armé » qui dit clairement au reste du monde : « Je suis protégée contre les flashs thermiques ET contre les jugements de ma belle-mère ». Maintenant, parlons du sujet qui fâche : le fond de teint. Le problème avec l’hiver nucléaire qui s’annonce, c’est la lumière. Ou plutôt, son absence totale. On va vivre dans une pénombre grisâtre éclairée à la dynamo pendant les soixante prochaines années. Si vous mettez un fond de teint classique, vous allez ressembler à un morceau de craie humide. Il faut choisir une teinte avec des sous-tons « soufre » ou « cendre radioactive ». L’idée, c’est de ne pas faire de démarcation avec les murs de l’abri. L’invisibilité, c’est la nouvelle tendance automne-hiver-fin-du-monde. Si les pillards ne vous voient pas, ils ne vous volent pas votre dernier paquet de Pringles au goût « BBQ-Extinction ». C’est ça, la vraie beauté stratégique. On arrive à mon moment préféré : le highlighter. C’est là que tout se joue, mes puces. On cherche cet effet « Glow de l'Espace ». Mais attention, pas n'importe quel glow. Il faut assortir votre enlumineur aux reflets des explosions extérieures. C’est ce qu’on appelle le « Mushroom Cloud Chic ». Si l’explosion est plutôt dans les tons orangés-jaunes (classique, un peu démodé, très années 50), on part sur une poudre champagne. Si c’est une bombe à hydrogène de dernière génération avec ces magnifiques teintes bleuâtres et violettes qui déchirent la rétine, alors là, on ose le holographique ! L’astuce de pro : appliquez le highlighter sur l’os de la pommette, mais remontez bien jusqu’aux tempes. L’idée, c’est que si une onde de choc brise les vitres blindées et que le flash thermique entre dans la pièce, votre visage doit agir comme un miroir réfléchissant. Avec un peu de chance, vous aveuglerez la mort elle-même pendant quelques secondes. C’est toujours ça de pris sur le karma. Le rendu doit être si métallique qu’on pourrait vous confondre avec une pièce de rechange pour un réacteur de sous-marin. Passons aux yeux. Pour le regard, on veut du dramatique. Pas du « j’ai pleuré parce que mon ex m’a ghostée », mais plutôt du « j’ai pleuré parce que le PIB mondial vient de passer à zéro en douze minutes ». On utilise une palette de fards à paupières uniquement composée de bruns brûlés, de gris de suie et d’un noir profond intitulé « Néant Absolu ». On est sur un smokey eye qui dit : « Je n’ai pas dormi depuis le premier impact, et j’ai vu des choses que même un algorithme de recommandation YouTube ne pourrait pas digérer ». Le mascara ? Waterproof, obligatoirement. Pourquoi ? Parce que les retombées chimiques, ça fait pleurer. C’est irritant, c’est acide, et ça a cette fâcheuse tendance à dissoudre le maquillage bas de gamme. On veut un mascara qui survit à une douche de décontamination au jet haute pression. Si vos cils ne sont pas assez rigides pour servir de baïonnette en cas d’attaque surprise de mutants, c’est que vous n’en avez pas mis assez. Remettez-en une couche. Et une autre. On veut des cils qui font barrage aux cendres volcaniques. Enfin, le secret pour que tout ça tienne : le fixateur. C’est l’étape cruciale. Oubliez le petit spray à la rose qui sent bon le printemps. Ici, on utilise le « Fallout-Fixer 5000 ». C’est un mélange de vernis industriel et de résine époxy. Une fois vaporisé, votre visage devient une pièce de musée cryogénisée. Vous ne pourrez plus cligner des yeux, ni sourire, ni même ingérer de la nourriture solide, mais votre highlighter restera parfaitement en place alors que l’atmosphère terrestre se transformera progressivement en une soupe de gaz toxiques. C’est un sacrifice, je sais, mais la mode exige des concessions. Regardez ce résultat ! Je suis absolument sublime. Je brille littéralement dans le noir – et ce n’est pas qu’à cause du maquillage, je crois que j’ai croisé une fuite de liquide de refroidissement dans le couloir G. Mais peu importe. Si je dois mourir de faim au fond d’un trou à Dubaï pendant que le reste de la planète se transforme en barbecue géant, je veux que mon cadavre soit le plus « instagrammable » possible quand les archéologues extraterrestres nous déterreront dans deux millions d’années. Imaginez leur tête : « Oh, regardez, cette spécimen d'Homo Sapiens avait un contouring impeccable malgré l'effondrement de la couche d'ozone ». C’est ça, laisser une trace. C’est ça, l’héritage. N’oubliez pas de liker cette vidéo si vous êtes encore en vie, de vous abonner si vous avez accès à un réseau satellite privé, et de cliquer sur la petite cloche pour recevoir les notifications – même si, techniquement, la seule cloche que vous allez entendre bientôt, c’est celle de l’alarme d’intrusion du périmètre de sécurité. Allez, on reste forts, on reste beaux, et surtout, on reste hydratés. Buvez votre propre urine s’il le faut, mais faites-le avec un gloss qui envoie du lourd. À la prochaine, mes petits rescapés, et n'oubliez pas : le monde est une poubelle en feu, mais votre teint, lui, peut encore être un temple. Bisous radioactifs !

Code Promo : -15% sur les masques à gaz Givenchy

On n’annule pas une extinction de masse à cause d’un mauvais filtre Instagram, mais on peut clairement la rendre plus « lifestyle ». C’est en tout cas ce que martelait Kevin, mon agent — un homme dont l’âme a été remplacée par un algorithme de monétisation en 2024 — lors de notre conférence Zoom avec le conseil d’administration de *Dassault-LVMH Defense & Beauty*. Le problème, voyez-vous, c'est que l'apocalypse manque cruellement de cohérence visuelle. Entre la poussière radioactive grisâtre, le sang séché qui tire vers le marron (une horreur pour le teint) et les combinaisons de survie gouvernementales qui vous font ressembler à un sac-poubelle rempli de polystyrène, le marché de la fin du monde était en pleine crise de branding. « Écoutez, Jean-Hubert, » lançait Kevin en réajustant ses lunettes à lumière bleue (totalement inutiles puisque le soleil avait cramé les derniers satellites de filtrage), « ma cliente a une image à tenir. On ne peut pas la voir avec un masque à gaz qui a été conçu pour un poilu de 1914 ou un technicien de centrale thermique en dépression. Le caoutchouc noir, c’est fini. C’est anxiogène. C’est *triggering*. On veut de la transparence, on veut du monogramme, on veut du "Tactical-Chic". » En face, le représentant de l’usine d’armement, un type dont le cou était plus large que mon avenir, semblait sur le point de faire une rupture d’anévrisme. Pour lui, un masque à gaz servait à ne pas mourir en convulsant. Pour moi, il servait à harmoniser mon feed avec les explosions de gaz sarin en arrière-plan. « Mademoiselle, » grogna le Général-CEO, « nos filtres sont conçus pour bloquer le VX et l’anthrax. Pas pour être "glowy". » C’est là que je suis intervenue, avec cette voix suave que j'utilise pour vendre des thés détox qui donnent la colique. « Général, chéri… l’anthrax, c’est un concept. Mais la brand-safety, c’est une religion. Si je poste un selfie dans les ruines du Louvre avec un masque qui me donne un double menton ou qui cache mon contouring, mes 12 millions d’abonnés (ceux qui ont survécu à la famine en tout cas) vont se sentir agressés. On veut du Givenchy. On veut que le filtre à particules soit incrusté de cristaux Swarovski recyclés. On veut que la sangle soit en cuir végétalien tanné aux larmes de stagiaires. Et surtout, on veut que ce soit éthique. » Le silence qui suivit fut plus lourd qu’un nuage de césium 137. « Éthique ? » répéta le Général. « On fabrique des mines antipersonnel qui ressemblent à des jouets, Mademoiselle. » « Justement ! » s’enthousiasma Kevin. « C’est là que le storytelling intervient ! On va dire que vos usines sont alimentées à l’énergie solaire et que les masques sont fabriqués par des artisans en circuit court. On occulte le côté "gazage de masse" pour se concentrer sur le côté "protection de soi". C’est du *self-care* extrême. C’est du bien-être respiratoire en milieu hostile. » La négociation pour rester « brand-safe » quand on deal avec des marchands de mort est un art délicat. C’est comme essayer de vendre du napalm en disant qu’il est « sans paraben ». On a passé trois heures à discuter de la nuance de rose du masque « Rose-Nagasaki ». Je voulais un rose poudré, ils me proposaient un rouge « Alerte Rouge », beaucoup trop agressif pour ma charte graphique. « Et pour le placement de produit dans la vidéo de demain ? » demanda Kevin. « Clara-Belle fera un tuto : "Comment rester fraîche pendant une pluie de cendres acides". On a besoin que le code promo soit facile à retenir. » Le Général soupira, l’air de regretter l’époque où l'on se contentait de vendre des obus sans avoir à se soucier de l’engagement sur TikTok. « Très bien. On vous suit sur la collab Givenchy. On va sortir une édition limitée : *Le Souffle de l’Olympe*. Filtre HEPA certifié, visière anti-buée traitée contre les radiations gamma, et logo embossé en or 24 carats sur la soupape d’expiration. » « Et le code promo ? » insistai-je en vérifiant mon gloss dans le reflet de mon écran. « On part sur -15% avec le code **APOCALYPSE15**. » « Non, trop négatif, » trancha Kevin. « On veut du positif. On veut de l’espoir, même si on sait tous qu’on va finir en croûte de carbone. On va prendre **GIVENCHYDEAD15**. C'est décalé, c'est second degré, c'est très Gen Z. » C’est ainsi que je me suis retrouvée, deux jours plus tard, dans mon bunker VIP (sponsorisé par une marque de béton cellulaire écologique), à filmer ma story. « Coucou mes petits rescapés ! J'espère que vous survivez bien à cette troisième vague de retombées toxiques ! Perso, je me sens hyper alignée avec mes chakras aujourd'hui, et c’est sûrement grâce à mon nouveau partenaire. Vous avez été nombreux à me demander : "Clara-Belle, comment tu fais pour ne pas avoir les poumons qui fondent tout en restant absolument iconique ?" Eh bien, la réponse est là. » J’ai sorti le masque de sa boîte en velours. Il était magnifique. Une pièce de haute couture conçue pour le chaos. Je l’ai enfilé avec une grâce qui aurait fait pleurer Anna Wintour, si elle n’avait pas été cryogénisée dans une capsule privée au Groenland. « Regardez ce fit, mes amours. La sangle Givenchy ne casse pas les cheveux, c’est révolutionnaire. Et le petit plus ? Le filtre est parfumé à la bergamote bio. Parce que, soyons honnêtes, l'odeur du soufre et des corps calcinés, c'est tellement 2023. On veut du luxe, on veut de la fraîcheur. » J’ai pris la pose, une main sur la cartouche filtrante, l’autre faisant le signe V. « Le monde s’écroule, mais notre style, lui, est immortel. Ou au moins, il durera plus longtemps que votre stock de boîtes de conserve. Profitez-en, j’ai réussi à vous décrocher -15% sur toute la collection de survie avec le code **GIVENCHYDEAD15**. C’est le moment d’investir, car les stocks sont limités (comme l’espérance de vie moyenne, lol). » C'était le moment le plus gênant de ma carrière, juste après celui où j'avais essayé de promouvoir des gourdes en bambou au milieu d'une inondation de boue toxique, mais le virement en cryptomonnaies était déjà arrivé sur mon Ledger. En coupant la caméra, j’ai entendu une explosion sourde au loin. Le ciel est passé d’un orange brûlé à un violet électrique. C’était superbe. J’ai tout de suite envoyé un message à Kevin : « Dis aux mecs de l'usine d'armement que s'ils peuvent déclencher une ogive tactique vers 18h demain, la lumière sera parfaite pour mon prochain haul de combinaisons en néoprène. » Il m'a répondu avec un émoji "flamme" et un émoji "dollar". Parce qu'au fond, l'apocalypse n'est qu'une immense opportunité marketing. Les dinosaures sont morts parce qu'ils n'avaient pas de stratégie de communication. Nous, on va s'éteindre, certes, mais on le fera avec un code promo et un accessoire de luxe qui dit : « J’ai peut-être respiré du plutonium, mais j’ai gardé mon sens du style. » Et si les extraterrestres nous trouvent un jour, ils ne verront pas une espèce qui s'est autodétruite par cupidité. Ils verront une espèce qui a su négocier des remises sur ses propres instruments de protection contre les armes qu'elle a elle-même créées. Et ça, mes petits survivants, c'est ce qu'on appelle le génie humain. Allez, swipez vers le haut pour mourir avec classe. Bisous radioactifs, et n'oubliez pas : le vide intersidéral est froid, mais votre look, lui, peut être *fire*.

L'exil fiscal vs l'exil tout court

Posez-vous deux secondes entre deux placements de produits pour des pilules qui font pousser les cheveux (mais qui donnent la chiasse, on ne va pas se mentir, c'est le "glow up" par l'évacuation). On arrive au carrefour des destins. Le moment où le GPS de ton âme hésite entre « Avenue des Champs-Élysées » et « Sheikh Zayed Road ». C'est le grand dilemme de notre époque, le "Choix de Sophie" version Instagram : l’exil fiscal ou l’exil tout court. D’un côté, vous avez la France. La douce France. Le pays où l’on invente une taxe dès qu’un citoyen expire un peu trop fort par les narines. Le pays où l’URSSAF est une entité mystique, à mi-chemin entre le Kraken et un ex toxique qui te réclame la moitié de ton sandwich alors que c’est toi qui as payé le pain. En France, si tu gagnes un million, l’État te regarde avec l’œil de Sauron et te murmure à l’oreille : « C’est magnifique, mon fils. Maintenant, donne-moi 600 000 euros pour qu’on puisse financer un rond-point en forme de dé à coudre dans la Creuse et payer le ravalement de façade d’une mairie annexe à Melun. » C’est dur. C’est même violent. C’est pour ça qu’on part. On s’envole vers Dubaï, la terre promise, le seul endroit au monde où le sable a plus de followers que toi et où le concept de « prélèvement à la source » est considéré comme une insulte religieuse passible de déportation immédiate. Dubaï, mes petits agneaux, c’est le paradis. Pas de taxes. Zéro. Nada. Tu factures 10 000 euros pour dire que ce thé détox a changé ta vie (alors qu'il a juste décapé ton côlon comme un Kärcher), et tu gardes les 10 000. Tu peux t’acheter une Lamborghini dorée juste pour aller chercher ton latte au lait d’avoine à 15 balles. C’est la vie de château, mais avec de la climatisation partout, même dans les trottoirs, parce que Dieu interdit qu’on transpire quand on porte du Gucci. Mais voilà, l’apocalypse toque à la porte. Et l’apocalypse, elle s’en fout de ton statut de résident non-domicilié. Le problème de Dubaï, c’est que c’est un château de cartes posé sur un radiateur géant dans une zone où tout le monde se regarde en chien de faïence avec le doigt sur le bouton « Annihiler le voisin ». Si ça pète vraiment — et spoiler : ça va péter, j’ai vu les courbes de vente des abris anti-atomiques en titane, c’est plus exponentiel que le variant Omicron — Dubaï devient instantanément la plus belle friteuse du monde. Imagine la story. Tu es là, sur ton balcon au 74ème étage de la Princess Tower. Tu filmes le coucher de soleil avec un filtre « Teal & Orange » pour que ça fasse cinématique. Et soudain, au loin, ce n’est pas un feu d’artifice pour l’inauguration d’un énième centre commercial spécialisé dans les coques d’iPhone en diamants. C’est un missile balistique. Ou une escadrille de drones qui n’ont pas du tout l’intention de te livrer un Deliveroo. À cet instant précis, ton compte en banque aux Émirats, gorgé de dirhams non imposés, te sert à quoi ? À rien. Tu ne peux pas corrompre une onde de choc nucléaire, même avec un code promo de -15% sur ta formation « Devenir libre financièrement en vendant des PDF de recettes de smoothies ». Et c’est là que le doute s’installe. Tu regardes ton passeport français. Ce petit carnet bordeaux que tu méprisais parce qu’il te rappelait les heures sombres de la déclaration d’impôts en ligne sur un site qui plante dès que trois intermittents du spectacle essaient de se connecter en même temps. Ce passeport, c’est ton ticket pour le monde d’avant. Le monde des taxes, oui, mais le monde où il y a des arbres, de l’eau qui ne sort pas d’une usine de dessalement gardée par des mercenaires, et surtout, un système de santé qui te ramassera si tu te prends un éclat de shrapnel dans ton fessier refait en Turquie. C’est le dilemme cornélien 2.0. Rester à Dubaï et risquer de finir en story permanente de l’armée de l’air locale — ou d'une puissance étrangère qui a décidé que ton yacht était une cible stratégique — tout ça pour ne pas donner un centime à l’État français. Ou rentrer en France, se faire tondre par le fisc comme un mouton sous ecstasy, mais avoir le droit de mourir d’une mort bien de chez nous : une petite grippe aviaire ou une émeute pour du Nutella, entouré de gens qui râlent. Les puristes de l'optimisation fiscale vous diront : « Plutôt crever brûlé par un laser orbital que de payer la CSG ! » Ils ont une certaine noblesse, je l'accorde. Mourir pour ses principes, c'est beau. Surtout quand le principe, c'est de ne pas financer l'école publique du 93. Il y a une forme de panache à se faire vaporiser par un drone en portant une montre à 500k, avec le sentiment du devoir accompli : l'État français n'aura pas vu la couleur de tes dividendes. C'est le "Custer's Last Stand" de la micro-entreprise. Mais pour les autres ? Pour nous, les pragmatiques de la fin du monde ? On commence à regarder la Creuse d'un autre œil. On se dit que, finalement, le Limousin, c'est pas si mal. C'est moche, il pleut, et le réseau 5G est une légende urbaine racontée aux enfants pour qu'ils finissent leur soupe, mais personne ne va gâcher un missile de croisière à un million de dollars pour raser un village de douze habitants dont la moyenne d'âge est supérieure à celle des pyramides de Gizeh. La France, c'est le camouflage fiscal par la médiocrité géographique. C'est l'atout survie ultime : on est tellement en train de s'autodétruire socialement que l'apocalypse hésite à intervenir pour ne pas gâcher le spectacle. Et puis, il y a la question du service après-vente. À Dubaï, si tu n'as plus d'argent, tu n'existes plus. Tu es un bug dans la matrice de luxe. En France, même si tu es un exilé fiscal qui revient la queue entre les jambes parce que la géopolitique a décidé de transformer ton oasis en barbecue, on va t'accueillir. On va te gueuler dessus, on va t'envoyer trois formulaires Cerfa, on va te demander pourquoi tu n'as pas payé ta taxe d'habitation en 2019, mais à la fin, on te donnera un Doliprane et une place en réanimation (s'il n'y a pas de grève). C'est ça, la magie de l'exception française. C'est le seul pays qui te déteste assez pour te prendre tout ton pognon, mais qui t'aime assez pour t'empêcher de mourir d'une façon trop vulgaire. Alors, mes petits survivants, quel est votre plan ? Option A : La vie de roi dans une zone de guerre imminente, le teint hâlé, les dents blanches, et l'espoir que votre bunker sous la Palm Jumeirah résiste à une montée des eaux de six mètres et à une invasion de fanatiques qui n'apprécient pas trop vos Reels en bikini. Avantage : Vous mourez riche. Inconvénient : Vous mourez quand même, et vos cendres seront probablement vendues comme poudre de perlimpinpin sur un marché de niche à Riyad. Option B : Le retour au bercail. Vous vendez la Lambo, vous rachetez une Twingo électrique (pour faire plaisir à la nouvelle dictature verte qui va forcément émerger des décombres), vous vous installez dans un gîte rural et vous apprenez à faire pousser des navets radioactifs. Avantage : Vous êtes en vie, caché sous une pile de formulaires de l'administration fiscale qui font office de bouclier thermique. Inconvénient : Vous devez supporter les impôts, la pluie, et les gens qui disent « du coup ». Personnellement, j'ai déjà choisi mon camp. Je suis en train de négocier un code promo avec une boîte de sécurité qui installe des barbelés en plaqué or autour de ma ferme en Corrèze. Parce qu’on peut être un rat de bibliothèque qui fuit l’apocalypse, on n'est pas obligé d'oublier l'esthétique. Si je dois finir mes jours à manger des boîtes de conserve de cassoulet devant un feu de camp alimenté par mes anciens relevés de compte de la Société Générale, je le ferai avec élégance. Je porterai ma combinaison en néoprène (celle du prochain haul, restez connectés), et je dirai aux mutants qui essaieront de me piquer mes réserves : « Désolé les gars, l'entrée est réservée aux abonnés Premium. Mais swipez vers le haut, j'ai un lien pour des masques à gaz avec des oreilles de chat. » L'exil fiscal, c'est pour ceux qui croient que le futur existe encore. L'exil tout court, c'est pour ceux qui ont compris que le futur, c'est juste le présent avec moins de Wi-Fi et plus de cannibalisme. Alors, faites vos valises. Mais réfléchissez bien : préférez-vous être un cadavre non imposable dans le désert, ou un survivant fauché dans le brouillard ? Dans les deux cas, n'oubliez pas de taguer votre marque de crème solaire préférée sur votre dernière photo. Même dans le chaos, le personal branding est la seule religion qui ne connaît pas de récession. Bisous, et que le sort (et le contrôleur fiscal) vous soit favorable. On se retrouve en enfer, ou à Clermont-Ferrand. Ce qui, soyons honnêtes, est à peu près la même chose, le soufre en moins, le pneu Michelin en plus.

Vlog : On teste le Dôme de Fer (C'est incroyable !)

Salut à tous les loulous, j’espère que vous avez passé une nuit incroyable sous les débris radioactifs ! Aujourd'hui, on se retrouve pour une vidéo très spéciale. Vous avez été super nombreux à me demander mon avis sur le nouveau système de conciergerie balistique qui fait fureur en ce moment. Oui, on va parler du Dôme de Fer. Alors, petit disclaimer avant de commencer : cette vidéo est en partenariat avec *Raytheon-Luxe* et *Lockheed-Bien-Être*, mais comme d’habitude, je vais rester 100 % honnête avec vous. Parce que si on ne peut plus critiquer la qualité de l'interception quand on paie ses impôts dans un paradis fiscal, où va le monde ? Franchement ? On va pas se mentir, le concept du Dôme de Fer, sur le papier, c’est très « boutique-hôtel ». L’idée, c’est d’avoir un genre de majordome invisible qui intercepte les nuisibles avant qu’ils ne viennent gâcher votre cocktail au bord de la piscine atomique. C’est censé être le summum du service de chambre : on vous envoie un cadeau explosif, et hop, le room service le vaporise en plein vol avec une efficacité chirurgicale. Sauf que, dans les faits, j’ai quelques bémols à soulever sur l’expérience utilisateur. Déjà, parlons du check-in. C’est d’une lenteur ! L’autre soir, j’étais tranquillement en train de peaufiner mon bronzage au néon quand le radar a commencé à biper. Un truc très strident, pas du tout "chill out" ou "lo-fi hip hop". Zéro effort sur le sound design. On aurait dit une alarme de réveil bas de gamme dans un Formule 1 près de l’autoroute A7. J’ai tout de suite appelé la réception (enfin, l’état-major), et la meuf me répond : « Monsieur, veuillez rejoindre l'abri immédiatement ». Pardon ? Et la courtoisie ? On ne dit pas à un client Premium de se cacher dans une cave humide sans lui proposer au moins un peignoir en satin et un verre de kombucha à la framboise. Le service client est clairement à revoir. Ensuite, parlons de l'esthétique. Parce que bon, on est là pour le spectacle, non ? Si je voulais voir des trucs moches tomber du ciel, j’irais passer mes vacances à Roubaix. Le Dôme de Fer promet des « interceptions spectaculaires », mais entre nous, le rendu visuel est assez décevant. C’est très… 2014. On est sur des traînées de fumée un peu sales, un flash orange assez basique, et un bruit de pétard mouillé. Où est la 4K ? Où est le HDR ? J’ai essayé de filmer ça pour mon Reels, mais l’algorithme a cru que c’était une vidéo de mon oncle qui testait des feux d’artifice périmés dans le Limousin. Si vous voulez mon avis, ils devraient bosser avec les ingénieurs de chez Apple pour nous sortir des interceptions avec des couleurs plus saturées, peut-être des paillettes biodégradables ou de la fumée parfumée à l’eucalyptus. Là, on serait sur une vraie expérience 5 étoiles. Et puis, parlons du ratio qualité-prix. Parce que le Dôme, c’est pas donné. On parle de dizaines de milliers de dollars par missile intercepteur. À ce prix-là, j’attends une personnalisation du service. Je veux dire, si le missile qui m’arrive dessus est un vieux truc artisanal en tuyau de poêle, je ne veux pas que mon intercepteur ressemble à la même chose. Je veux un missile avec mon logo dessus, ou au moins une finition mate en « Space Grey ». Là, c’est très impersonnel. C’est de la sécurité de masse, du prêt-à-porter pour survivants. On sent que le système ne fait aucune distinction entre un influenceur lifestyle avec 2 millions d’abonnés et un type lambda qui essaie juste de sauver ses gosses. C’est très peu inclusif comme approche. On est où, là ? Dans une démocratie ? Berk. J'ai aussi testé la réactivité du "Service de Nettoyage". Alors là, c’est le drame. Après une interception réussie (enfin, réussie… disons que le toit de ma dépendance pour le personnel a juste été légèrement pulvérisé par les retombées), j'ai attendu trois heures que quelqu'un vienne ramasser les débris. J'ai dû envoyer mon assistant, Jean-Eudes, ramasser les morceaux de shrapnel avec des pincettes à épiler. C’est inadmissible. Dans un vrai palace, quand un lustre tombe, on vous offre une suite royale et on nettoie tout avant que vous ayez eu le temps de dire « optimisation fiscale ». Ici, on vous laisse avec de la ferraille fumante dans votre jardin zen. Zéro pointé pour le housekeeping. Autre point noir : l'interactivité. On est en 202X, les gars ! Pourquoi n'y a-t-il pas d'application dédiée ? J'aimerais pouvoir swiper à droite pour accepter l'interception ou à gauche si je trouve que le missile entrant n'est pas assez menaçant pour mériter qu'on gaspille un budget. Imaginez le concept : « Tinder for Torpedoes ». On pourrait même mettre des notes aux interceptions. « 3 étoiles : bonne explosion, mais le souffle a renversé mon latte macchiato. Peut mieux faire. » Au lieu de ça, on subit une automatisation froide et sans âme. C’est très déshumanisant. On perd le contact avec le produit. Et ne me lancez pas sur le voisinage. Parce que le Dôme de Fer, c’est comme la clim’ dans un vieil immeuble : ça fait un boucan d’enfer chez les voisins du dessous. Sauf que là, les voisins, c’est ceux qui n’ont pas le pass Premium. Quand le système s’active, ça vibre de partout, ça siffle, ça stresse les chiens de race. J’ai mon lévrier afghan qui a fait une crise d’angoisse, il refuse de manger son caviar de saumon depuis trois jours. Qui va payer les séances de psychanalyse canine ? Certainement pas le Ministère de la Défense. Ils n’ont aucune notion de l’impact psychologique sur les influenceurs sensibles. Mais bon, soyons justes, il y a quand même quelques points positifs. La sensation d'exclusivité, par exemple. Savoir qu’on est protégé par une bulle électromagnétique à plusieurs milliards pendant que le reste de la plèbe se cache sous des matelas en mousse, ça donne un petit frisson de supériorité qui n’a pas de prix. C’est le côté « Carré VIP » de l’apocalypse. On se sent spécial, on se sent choisi. C’est un peu le sac Birkin de la défense antiaérienne : tout le monde en veut un, peu de gens peuvent se le payer, et au fond, ça sert juste à crâner devant ceux qui n’ont rien. En résumé, mon verdict sur le Dôme de Fer : C’est un bon début pour une start-up de l’armement, mais ça manque cruellement de finition "lifestyle". On est sur un produit très fonctionnel, très « ingénieur », alors qu’on attendrait quelque chose de plus « créateur de contenu ». Si vous avez le budget pour une protection Premium, allez-y, ça fait toujours bien sur une story Instagram de montrer qu’on survit avec style. Mais si vous cherchez une vraie expérience de luxe, avec un suivi personnalisé et une esthétique soignée, vous risquez d’être un peu déçus par le côté rustre du matos. D'ailleurs, restez bien jusqu'à la fin de la vidéo, parce que j'ai un code promo pour vous ! Avec le code « APOCALYPSE-CHIC-20 », vous avez -20 % sur votre première batterie de missiles sol-air et un abonnement d'un mois offert à « Bunker & Garden », le magazine déco pour les abris anti-atomiques de plus de 200m². N'oubliez pas de liker, de vous abonner, et de me dire en commentaire : vous, c'est quoi votre accessoire de survie indispensable ? Moi, perso, c'est mon spray fixateur de maquillage waterproof, parce que même sous une pluie de feu, il faut savoir rester présentable pour le selfie final. Allez, des bisous radioactifs, et n'oubliez pas : le monde s'écroule, mais votre personal branding, lui, doit rester solide comme un bunker en titane. Ciao les loulous ! Et swipez vers le haut pour voir mon haul « Spécial masques à gaz en dentelle » !

Le drame des Lambos immobilisées

C’est un spectacle qui redéfinit la notion de « malaise ». Imaginez un lingot d’or de deux tonnes, sculpté par des ingénieurs italiens sous cocaïne, posé délicatement au milieu d’un champ de betteraves calcinées. C’est la Lamborghini Aventador de Kevin-Bryan, ou peut-être était-ce celle de Jean-Édouard — de toute façon, à ce stade de l’effondrement civilisationnel, tous les prénoms composés finissent par se ressembler dans le rétroviseur de l’histoire. La bête est là, basse, agressive, couverte d’une pellicule de poussière radioactive qui jure affreusement avec sa carrosserie plaquée or 24 carats. Elle a l’air d’un vaisseau spatial qui aurait raté son créneau et serait resté coincé dans une époque trop pauvre pour elle. Et pour cause : elle est à sec. Complètement. Pas même de quoi faire tousser le V12 pour épater une biche mutante. À l’intérieur, Kevin-Bryan est en train de vivre ce qu’on appelle techniquement une « décompensation narcissique majeure ». Il porte toujours ses lunettes de soleil à 800 euros, bien que le ciel soit d’un gris de fin du monde qui rendrait un poème de Baudelaire joyeux comme un jingle de chez Carglass. Il tapote nerveusement sur son volant en Alcantara. Il a essayé de mettre le contact quarante-deux fois. Le tableau de bord, d’ordinaire si bavard en cristaux liquides, reste aussi noir que l’avenir de la sécurité sociale. Le drame, ce n’est pas que la voiture soit en panne. Le drame, c’est l’humiliation thermodynamique. Parce qu’à quelques mètres de là, sur la départementale défoncée, le trafic continue. Mais ce n’est pas le genre de trafic auquel Kevin-Bryan est habitué. Pas de Porsche qui frime, pas de Tesla qui siffle. Non, là, on est sur du lourd. Du très lourd. Un convoi de T-72 russes, des mastodontes d’acier soviétique qui sentent le gasoil frelaté et la sueur de conscrit mal nourri, passe dans un fracas de chenilles qui fait vibrer les plombages du pauvre Kevin-Bryan. Ces chars sont laids. Ils ont la silhouette d'une boîte à chaussures sur laquelle on aurait greffé un tuyau d'arrosage géant. Ils crachent une fumée noire, épaisse, une sorte de goudron gazeux qui vient napper la belle peinture dorée de la Lambo d’un voile de réalité prolétarienne. Mais ils avancent. Eux. C’est là que réside l’ironie suprême de l’apocalypse : le luxe est une fonction de la logistique. Quand la logistique s’effondre, le luxe devient un boulet de prestige. Kevin-Bryan sort de son véhicule. Il tente d’intercepter le char de tête avec la grâce d'un influenceur en manque de Wi-Fi. Il lève la main, exhibant sa Rolex GMT-Master II « Root Beer ». Il veut négocier. Il a lu dans des livres d’histoire (ou plutôt dans des threads Twitter) que pendant les guerres, on pouvait tout acheter avec des bijoux. Le tank s’arrête dans un grincement de métal hurlant. Un écoutille s'ouvre. Un commandant russe, dont le visage ressemble à une carte IGN de la Sibérie, émerge dans une nuée de vapeurs de diesel. — « Excusez-moi, monsieur l’officier ! » hurle Kevin-Bryan. « J’ai besoin de carburant. Du Sans-Plomb 98, idéalement avec un additif pour la performance. Je vous donne la montre. Et si vous avez un jerrican, je peux même vous filer un NFT de singe qui fume un cigare, c’est une pièce unique ! » Le commandant regarde la montre. Il regarde la Lamborghini. Il regarde Kevin-Bryan et son pantalon en lin blanc, désormais taché de boue. Puis, il fait quelque chose de terrible : il rit. Un rire rocailleux, qui sent la vodka de contrebande et le mépris souverain. — « Toi vouloir essence pour jouet ? » demande le Russe dans un français approximatif, mais suffisant pour briser l’ego du jeune homme. « Mon char boit tout. Fioul domestique, huile de friture, vodka de mauvaise qualité, larmes de capitalistes… Mais ton jouet ? Ton jouet a besoin de nectar de licorne purifié. Nous n'avons pas nectar. Nous avons la mort qui pue. » Le commandant crache par terre, tout près de la jante en alliage léger. — « Jolie voiture, » ajoute-t-il avant de refermer l’écoutille. « Ça fera bon barbecue pour l'hiver. » Le convoi reprend sa route. Le T-72 repart dans une déflagration de suie, laissant Kevin-Bryan seul avec son or immobile. C’est le grand paradoxe de la fin des temps : la valeur d’usage a dévoré la valeur de signe. Dans un monde normal, la Lamborghini vaut mille fois le prix du char d’assaut (en tout cas sur le marché des gens qui ont des cheveux gominés). Dans le monde d'après, le char est un dieu et la Lambo est une urne funéraire pour les ambitions de la Silicon Valley. Kevin-Bryan s’assoit sur le capot. L'or est froid. Il réalise soudain que sa voiture est l’objet le plus inutile de la création. On ne peut pas dormir dedans (c’est trop étroit), on ne peut pas rouler dans les champs (c’est trop bas), et on ne peut même pas l’utiliser pour se cacher (ça brille comme un phare dans la nuit pour tous les pillards à dix kilomètres à la ronde). C'est une métaphore roulante — enfin, stagnante — de notre ère. Nous avons passé des décennies à optimiser des objets pour des conditions de laboratoire : des routes parfaitement lisses, des stations-service tous les cinq kilomètres, et une paix relative garantie par des gens qu'on méprise. Enlevez le bitume et le pétrole raffiné, et votre bijou mécanique à 400 000 euros devient moins utile qu’une brouette avec une roue voilée. D’ailleurs, le spectacle devient franchement comique quand Kevin-Bryan tente de pousser la bête. Vous avez déjà essayé de pousser une voiture de sport avec des pneus de 355 mm de large sur un sol meuble ? C’est comme essayer de faire avancer un éléphant mort sur une patinoire avec une paille. Il sue, il geint, ses mains manucurées glissent sur la carrosserie dorée. Chaque centimètre gagné lui coûte un demi-poumon. Au bout de dix mètres, il abandonne. Il s’écroule contre la portière en élytre. Il regarde l’horizon où les chars russes ont laissé une traînée noire. Il réalise que pour la première fois de sa vie, il envie des types qui vivent dans une boîte de conserve bruyante et malodorante. Parce que ces types-là ont le luxe suprême : le mouvement. Soudain, une camionnette déglinguée, une vieille C15 qui semble tenir debout par la seule force de la volonté de Dieu et du ruban adhésif, s'arrête à sa hauteur. Le conducteur, un paysan local qui semble avoir survécu à trois famines et deux retombées radioactives sans lâcher son béret, baisse la vitre. — « Ça avance pas fort, la dorure, hein ? » lance le vieux avec un sourire édenté. — « Vous… vous auriez de l'essence ? » supplie Kevin-Bryan. — « De l'essence ? Non. Mais j'ai du rouge. Et le C15, il tourne au rouge, au blanc, et même au jus de pomme fermenté si on lui demande poliment. » — « Vous voulez ma Rolex contre un remorquage ? » — « Ta Rolex ? Qu’est-ce que tu veux que j’en foute ? Y’a plus d’heure pour la soupe, gamin. Y’a juste l’heure où les drones passent et l’heure où ils passent pas. Par contre, ton cuir là, à l'intérieur… c’est du vrai ? » — « Oui, du cuir pleine fleur cousu main… » — « Parfait. Ça fera d'excellentes semelles pour mes bottes. Allez, monte, je t'emmène. Mais on laisse la ferraille ici. » Le drame des Lambos immobilisées s’achève ainsi. Sur le bord d’une route dévastée, une Aventador en or sert désormais de repère géographique pour les survivants (« Tu tournes à gauche après le truc qui brille et qui sert à rien »). Kevin-Bryan, lui, a appris la leçon la plus chère de sa vie : quand l’apocalypse frappe à la porte, il vaut mieux avoir un moteur qui accepte de la gnôle et des pneus qui aiment la boue qu'une signature stylistique certifiée par une agence de design milanaise. Et le soir, autour du feu, alors qu'il troque les morceaux de son tableau de bord en carbone contre une boîte de haricots froids, il repense à son code promo « APOCALYPSE-CHIC-20 ». Il se dit que finalement, il aurait mieux fait de prendre l'option « chenilles en option » et « moteur polycarburant ». Mais bon, au moins, ses photos Instagram étaient canons. Enfin, quand il y avait encore un cloud pour les stocker. Maintenant, il ne lui reste plus qu’à espérer que le cuir de ses sièges fera de bonnes chaussures. Parce que la marche, c'est le nouveau 0 à 100 km/h. Et c’est beaucoup moins aérodynamique.

Tuto : Garder son bronzage sans UV (et sans radiations)

Mesdames, Messieurs, et vous les influenceurs qui essayez encore désespérément de capter une barre de 4G en plantant une fourchette dans une pomme de terre : soyez les bienvenus dans la seule véritable tragédie de la fin des temps. On nous avait promis des zombies, des pluies de soufre et des combats épiques pour les dernières gouttes d'essence. Mais personne, absolument personne, ne nous avait prévenus du véritable drame humanitaire qui se joue actuellement sur les ponts en teck de la Côte d’Azur : la perte imminente du teint « Retour des Maldives ». Regardez Kevin-Bryan. Il est là, prostré sur le pont arrière du *Glitter of Hope*, son yacht de quarante mètres qui a désormais autant de mobilité qu’un presse-papier en marbre. Le blocus maritime est total. La mer Méditerranée ressemble à un bouillon de culture où flottent des containers de peluches « Made in China » et des cadavres de thons radioactifs, mais Kevin-Bryan ne regarde pas l’horizon. Il regarde son avant-bras. Et l’avant-bras de Kevin-Bryan est en train de virer au « blanc aspirine périmée ». Pour un homme qui a bâti sa carrière sur le concept de « glow permanent », c’est plus qu’une déchéance : c’est une annulation cosmique. À quoi bon avoir survécu à l’effondrement de la civilisation si c’est pour finir avec le teint d’une endive cultivée dans une cave par un moine aveugle ? Si vous ne pouvez plus poster une story avec le filtre « Sunkissed », existez-vous vraiment ? La réponse est non. Dans le nouveau monde, si tu n’as pas l'air d'avoir passé trois semaines sur une plage privée à siroter du jus de kale pressé à froid, tu es juste un survivant de plus. Et être « juste un survivant », c’est tellement 2023. C’est vulgaire. Le problème, c’est que le soleil de l’apocalypse est capricieux. Soit il est masqué par un nuage de cendres volcaniques qui donne à la lumière cette teinte « gris bureau de poste un lundi de novembre », soit il bombarde la couche d'ozone trouée avec des rayons gamma qui ne vous bronzent pas, mais vous cuisent de l’intérieur comme un burrito au micro-ondes. Le défi est donc de taille : comment garder ce teint « doré-cuivré-je-suis-riche » sans finir avec trois bras ou la peau qui pèle comme une vieille tapisserie des années 70 ? Voici donc le tuto ultime pour rester « glowy » quand le monde s’éteint. Première règle : l’autobronzant est le nouveau Bitcoin. Si vous avez eu la présence d’esprit de piller un Sephora plutôt qu’une pharmacie pendant les émeutes, vous êtes le nouveau Roi-Soleil. Dans les ports bloqués, un flacon de brume autobronzante de chez St. Tropez se troque désormais contre trois litres d’eau potable ou un rein en bon état. Kevin-Bryan a d’ailleurs tenté d'appliquer sa dernière réserve de gel teinté. Le souci, c’est qu'avec le stress et le manque d'eau courante pour rincer l’excédent, il ressemble maintenant à un tigre qui aurait eu un accident de peinture avec un pot de curcuma. C’est « glowy », certes, mais c’est surtout très « orange mécanique ». Deuxième règle : la technique de la « Réflexion Stratégique ». Puisque le yacht ne bouge plus, il faut optimiser chaque photon. Kevin-Bryan a donc démonté les miroirs de ses trois salles de bain en marbre de Carrare pour les disposer sur le pont. L’objectif ? Créer un four solaire humain. C’est une méthode efficace, si l’on omet le fait qu’il a failli mettre le feu à ses rideaux en soie et qu’il a maintenant une marque de bronzage en forme de losange sur la joue gauche à cause de la réfraction d’un lustre en cristal. Mais bon, le style demande des sacrifices, et la physique optique n'a jamais été le point fort des gens qui portent des mocassins sans chaussettes. Troisième règle : méfiez-vous des « Radiations de Confort ». Un rumeur circule dans les marinas : certains survivants affirment que se tenir près des fûts de déchets toxiques qui flottent près des jetées donne un « éclat vert-doré » absolument divin à la nuit tombée. C’est le concept du « Neon-Glow ». Kevin-Bryan a hésité. Il s’est dit que ça ferait un carton sur un dancefloor, si seulement il restait des dancefloors et des gens pour ne pas mourir de leucémie foudroyante en le regardant. Il a finalement renoncé quand il a vu son voisin de ponton commencer à briller comme une veilleuse Philips. Le bronzage radioactif, c’est un peu comme le Botox : c’est joli au début, mais ça finit toujours par couler de manière imprévue. Quatrième règle : l’alimentation « Beta-Carotène de l'Angoisse ». Faute de pouvoir sortir du port pour aller chasser le homard, Kevin-Bryan en est réduit à fouiller les cales. Il a trouvé un stock de 400 boîtes de conserves de carottes râpées destinées à un gala de charité pour « l'inclusion des légumes oubliés ». Il n’en mange plus que ça. Matin, midi et soir. Résultat : sa peau a effectivement pris une teinte orangée, mais ses yeux aussi. Il ressemble à un lapin sous ecstasy. Son foie le supplie de s'arrêter, mais son miroir lui dit que c’est toujours mieux que d'être pâle. Entre une cirrhose et un teint d'anémique, le choix est vite fait pour quiconque possède une carte de membre dans un club de golf privé. Mais le plus dur, c’est le regard des autres. Ou plutôt l’absence de regard. Car dans ce blocus maritime, tout le monde s’en fout de votre teint. Les marins-pêcheurs d’à côté, qui essaient de transformer des vieux filets de tennis en pièges à rats, regardent Kevin-Bryan avec une pitié qui confine à l’insulte. Ils sont tannés par le sel, le vent et la réalité brute. Ils ont ce bronzage de cuir vieilli, celui des hommes qui travaillent. Kevin-Bryan, lui, a un bronzage de catalogue de mobilier de jardin. C’est un bronzage de luxe dans un monde de survie. C’est une anachronisme cutané. Hier soir, Kevin-Bryan a craqué. Il a pris son sac de golf en cuir d'autruche et il a commencé à polir les têtes de ses clubs avec sa crème de nuit à 400 euros l'once (celle aux extraits de perles noires et de larmes de stagiaires). Il s’est rendu compte que même le métal avait plus d'éclat que lui. Alors, il a décidé d'utiliser la méthode ultime : la « Suie de Prestige ». C’est très simple : vous prenez quelques pneus de luxe (ceux de la Bentley qui pourrit sur le parking du quai), vous les faites brûler, et vous vous exposez à la fumée grasse. Ça ne bronze pas, mais ça donne une patine mate, un genre de « fumé charbonneux » qui, si on plisse les yeux et qu’on est très mal nourri, ressemble à un bronzage de guerrier post-apocalyptique sexy. Kevin-Bryan a essayé. Il s’est enduit de suie de pneu Pirelli, a rajouté un peu d’huile de moteur pour le côté « huile de monoï », et il a pris la pose sur la proue. Il était là, fier, noir de crasse industrielle, brillant sous la lune rouge, convaincu d’avoir inventé le « Survivalist Chic ». Il a attendu qu’on l’admire. Mais la seule chose qu’il a récoltée, c’est une quinte de toux mémorable et un vieux marin qui lui a lancé une éponge sale en criant : « Eh, le ramoneur ! Viens plutôt nous aider à boucher la fuite du ponton au lieu de faire la statue de goudron ! » Kevin-Bryan est rentré dans sa cabine, a ouvert sa dernière bouteille de champagne tiède et a pleuré des larmes qui traçaient des sillons blancs dans sa couche de suie. C'est là qu'il a compris la cruelle leçon de l'apocalypse : le « glow », c'est une construction sociale. Sans électricité pour s'éclairer, sans miroir pour se valider, et sans yacht-club pour pavaner, un bronzage n'est rien d'autre qu'une brûlure au premier degré qui attend son cancer. Il a regardé ses chaussures en cuir de siège de voiture, celles qu'il a bricolées la veille. Elles étaient moches. Elles étaient aérodynamiques comme des briques. Mais au moins, elles ne craignaient pas le blocus. Il a soupiré, a pris un morceau de charbon et a écrit sur le miroir de sa chambre de maître : « Le bronzage, c’est pour ceux qui ne comptent pas marcher jusqu'à demain. » Puis, il a appliqué une dernière couche de carottes râpées sur ses pommettes. On ne sait jamais. Si les secours arrivent par hélicoptère, il ne voudrait pas avoir l'air d'un pauvre sur la photo du sauvetage. Ce serait le comble du mauvais goût. L'apocalypse, d'accord, mais avec une mine superbe. C'est ça, le vrai code promo sur la fin du monde.

Story Time : J'ai confondu un drone avec un livreur Deliveroo

Écoutez, je sais ce que vous allez dire. Vous allez me dire que la faim déforme la perception, que la privation de glucose transforme le cerveau en une sorte de soupe tiède et que, dans mon état, j’aurais pu confondre un char d’assaut avec un food-truck de burgers vegan. Mais restons sérieux deux minutes. Pour n'importe quel survivant de la génération Z+ ayant survécu à la grande extinction par le confort, ce petit « bzzzz » aigu, ce vrombissement de moustique sous stéroïdes qui déchire le silence de mort d’une ville en ruines, ça ne signifie qu’une seule chose : mon Poke Bowl est arrivé. C’est pavlovien. C’est génétique. On peut bien raser le Louvre, faire sauter les ponts de la Seine et remplacer le gouvernement par un conseil de guerre composé de rats mutants, si j’entends une hélice dans le ciel, mon premier réflexe n’est pas de chercher un abri antiatomique, c’est de vérifier si j’ai bien coché l’option « laisser devant la porte pour éviter le contact humain ». J’étais là, sur mon balcon — enfin, ce qu’il reste de mon balcon, une dalle de béton qui tient par la seule force de mon déni — avec mes pommettes enduites de carottes râpées pour simuler une santé insolente. J’avais de l’allure. Un genre de rescapé haut de gamme, une version post-it du chic industriel. Mes chaussures en cuir de siège de SUV brillaient sous la lumière blafarde d’un soleil voilé par les particules fines. J’étais prêt pour mon gros plan. Et là, le son. Le *vrai* son. Un bourdonnement de drone. Pas le drone de loisir de votre cousin chiant qui filme ses vacances à La Baule. Non, un son de technologie de pointe, un truc qui coûte le PIB de la Creuse. — Enfin ! ai-je murmuré en ajustant ma pose de « naufragé qui garde sa dignité ». Ils ont fini par rétablir le service Premium. Dans ma tête, tout était clair. Deliveroo avait sûrement lancé une division « Zones de Conflit et Fins du Monde Imminentes ». J’imaginais déjà le sac en papier kraft marron, l’odeur du gingembre mariné, les baguettes en bois qu’on n'arrive jamais à séparer proprement. J’étais prêt à donner un pourboire en capsules de bière ou en tickets de métro périmés, le genre de monnaie qui, je l'espérais, avait pris de la valeur depuis que la Banque Centrale Européenne avait été recyclée en confettis de carnaval. Le drone s’est rapproché. Il était noir mat, profilé, aérodynamique. Une pure merveille de design. On aurait dit un produit Apple, mais conçu pour tuer des gens ou livrer des sushis très, très vite. J’ai commencé à faire des grands signes. — Par ici ! J’ai pris le menu Signature ! Sans oignons fris ! J’ai même sorti mon téléphone, l’écran brisé depuis trois semaines, pour essayer de scanner un QR code imaginaire dans le ciel. Je voulais que le livreur — ou l’intelligence artificielle derrière la manette — voie que j’étais un client fidèle. Un membre de la caste de ceux qui paient l'abonnement pour ne pas avoir de frais de livraison, même si la livraison implique de traverser un champ de mines et trois milices de quartier. Le drone a effectué un vol stationnaire à environ dix mètres de moi. Il ne transportait pas de sac kraft. En fait, il ne transportait rien de comestible. À la place, il avait une optique de caméra si grosse qu’elle semblait sonder mon âme pour y trouver des traces d’évasion fiscale, et sous son ventre, deux tubes fins qui ne ressemblaient en rien à des rouleaux de printemps. C’est là que le doute a commencé à s’insinuer. Un doute acide, comme un jus de citron sur une plaie ouverte. Le drone ne cherchait pas de sonnette. Il ne cherchait pas le « Code 42B, deuxième étage ». Il était en train de scanner ma signature thermique. Et vu que j’avais passé la matinée à m’agiter pour étaler mes carottes, je devais briller sur son écran radar comme un sapin de Noël au milieu d’un cimetière. — On est d’accord que c’est pas la sauce soja, ça ? ai-je demandé au vide, alors qu’un petit laser rouge venait se poser avec une précision de bijoutier sur mon thorax, pile entre deux morceaux de carotte. C’est le problème avec l’apocalypse : la géopolitique finit toujours par gâcher le brunch. Ce que j’avais pris pour un service client d’élite était en fait un dispositif de surveillance transfrontalier. Le drone n’appartenait pas à une start-up de la livraison, mais probablement à une puissance étrangère — appelons-les les « Chinois du Futur » ou les « Américains en Colère » — qui cherchait à savoir s’il restait des poches de résistance ou juste des idiots avec des légumes sur le visage. J’ai réalisé, avec une pointe de déception purement gastronomique, que mon saumon Label Rouge n’arriverait jamais. À la place, j’avais droit à une reconnaissance tactique. C’est le comble de l’impolitesse. Vous attendez un repas, on vous envoie un diagnostic balistique. On est passé d’une économie de l’attention à une économie de l’élimination ciblée sans même passer par une phase de transition avec des bons de réduction. Le laser rouge était très flatteur, cela dit. Il soulignait la structure de mes pommettes d’une manière que même les meilleurs filtres Instagram n’auraient pu égaler. Si je devais mourir maintenant, la photo satellite serait magnifique. « Individu non identifié, style impeccable, probablement un leader spirituel ou un mannequin de survie, vaporisé à 14h22. » — Écoute, mon pote, j’ai crié à l’optique du drone, si tu n’as pas mon California Roll, tu peux au moins me dire si le CAC 40 a repris des couleurs ? Ou si Elon Musk a enfin fini de coloniser Mars pour nous laisser la Terre tranquille ? Le drone a incliné sa caméra, comme s’il hésitait. Pendant une seconde, j’ai cru qu’il allait me répondre. Qu’une voix métallique allait sortir d’un haut-parleur pour me dire : « Votre commande a été annulée car votre ville n'existe plus administrativement. Veuillez agréer nos excuses et ce bon d'achat pour une sépulture dématérialisée. » Mais non. Il a juste émis un petit « clic ». Un son sec. Le genre de son qui, dans les films, précède généralement une explosion de la taille d’un pâté de maisons. Mon instinct de survie — ce truc archaïque qui survit même chez ceux qui ne savent pas faire cuire des pâtes sans un tutoriel TikTok — a pris le dessus. J’ai plongé en arrière, rentrant dans ma chambre de maître en une roulade qui aurait fait honneur à un cascadeur de série B, juste au moment où le drone accélérait dans un sifflement strident, repartant vers l’horizon comme s’il avait soudainement réalisé que je ne valais pas le prix du missile. Je suis resté allongé sur le parquet poussiéreux, le cœur battant dans les oreilles. Mes chaussures en cuir de siège étaient éraflées. Mes carottes commençaient à sécher et à tomber sur le sol. C’était l’humiliation ultime. Non seulement je n’avais pas eu mon déjeuner, mais en plus, même le complexe militaro-industriel ne me considérait pas comme une menace digne d’un budget de munitions. J’étais une erreur de scan. Un faux positif. Un glitch dans la matrice de la destruction. Je me suis relevé péniblement, j’ai épousseté mon pantalon en lin (un peu froissé, mais le lin, c’est noble dans l’adversité) et je suis retourné au miroir. J’ai repris mon morceau de charbon. Sous ma phrase sur le bronzage, j’ai ajouté en majuscules : « LA GÉOPOLITIQUE, C'EST JUSTE UN SERVICE CLIENT QUI UTILISE DES MISSILES AU LIEU DE CODES PROMOS. » Puis, j’ai regardé le ciel vide. Le soleil baissait, étirant les ombres des immeubles effondrés. C’était l’heure du dîner. Et quelque part, dans un bunker automatisé, un algorithme était sûrement en train de noter ma fiche : « Sujet n°402. Inoffensif. Semble porter une salade sur le visage. Risque de rebellion : 0%. Risque de ridicule : 100%. » J’ai soupiré. L’apocalypse, c’est vraiment surfait. On nous avait promis Mad Max, on a eu une rupture de stock généralisée et des robots qui nous snobent. Si c'est ça, la fin du monde, j'aurais préféré rester au bureau. Au moins, à la machine à café, on ne risquait pas de se faire verrouiller par un laser tactique parce qu'on avait l'air trop frais pour un jeudi. J’ai ramassé une rondelle de carotte par terre, je l’ai essuyée sur ma manche et je l’ai mangée. C’était croquant. C’était bio. C’était le seul code promo que j’allais avoir aujourd’hui. Le service est vraiment devenu déplorable. Je vais finir par laisser une note de une étoile sur cette fin du monde. Et croyez-moi, le commentaire sera acide.

Networking sous les bombes : Qui a du réseau ?

Le véritable drame de la fin du monde, ce n’est pas l’hiver nucléaire, c’est la barre de réseau qui clignote avant de rendre l’âme. On nous avait promis que la technologie nous survivrait, que les cafards et l’Internet par satellite seraient les seuls héritiers de notre gloire déchue. Mensonge. Pur marketing de la Silicon Valley. Au moment précis où j’ai voulu uploader la photo de ma carotte « bio-récupérée » avec le hashtag #PostApocalypseDiet, mon téléphone a affiché ce petit cercle rotatif, cette roue de la torture qui tourne dans le vide, tel un derviche tourneur sous Xanax. Pas de 4G. Pas de 5G. Même pas un petit signal Edge tout pourri qui me permettrait d’envoyer un SMS de détresse à ma mère pour lui dire que j'avais mangé un légume au sol. Rien. Le vide sidéral. L’obscurantisme numérique. Vous ne vous rendez pas compte de la panique qui s’empare d’un citoyen moderne quand le réseau tombe en plein cataclysme. C’est pire que de perdre un rein. C’est une amputation de l’âme. Sans réseau, qui suis-je ? Un type qui erre dans des ruines ? Non, sans Instagram, je ne suis personne. Si je ne peux pas prouver au reste de l’humanité agonisante que je survis avec plus de panache qu’eux, à quoi bon survivre ? J'ai vu un groupe de survivants, un peu plus loin, qui ne cherchaient ni eau, ni abri. Ils étaient tous agglutinés autour d’un réverbère tordu, les bras levés vers le ciel, tels des adorateurs d’une divinité invisible. — Quelqu’un a du réseau ? a hurlé une femme en tailleur Chanel déchiré, mais dont le brushing tenait encore par un miracle de la chimie capillaire. — J’ai eu une barre ! Une barre de 3G ! a crié un adolescent en manque de TikTok, les yeux injectés de sang. Mais c’est reparti ! C’était peut-être une interférence avec un drone de combat ! Le monde s’écroulait, les infrastructures flambaient, mais l’urgence absolue, c’était de poster cette salade César à 45 euros achetée juste avant que le premier missile ne siffle. Une salade avec des croûtons de pain de seigle bio et du parmesan affiné vingt-quatre mois dans une cave au son de la harpe celtique. Quarante-cinq euros, merde ! Vous imaginez le ratio « Likes par Euro » si j’arrivais à la poster avec les ruines fumantes du ministère des Finances en arrière-plan ? Ce serait le post de l’année. Le "Last Post" ultime. Mais non. L’antenne relais avait probablement été réquisitionnée par un algorithme militaire pour calculer la trajectoire d’un missile balistique, au lieu de permettre à Jean-Eudes de partager son smoothie détox. Quel manque de priorités. Franchement, si c’est ça le futur, je demande un remboursement. Le service après-vente de l’humanité est en dessous de tout. J’ai secoué mon téléphone comme si ça allait faire descendre des octets par gravité. — Allez, petite merde de silicium, connecte-toi ! À côté de moi, un homme s'est assis sur un bloc de béton. Il tenait son smartphone comme une relique sacrée. — C’est fini, mon pote, m'a-t-il dit d'une voix éteinte. Zuckerberg a dû couper les serveurs pour économiser du fuel dans son bunker en Nouvelle-Zélande. On est déconnectés. On va devoir... se parler. J’ai reculé d’un pas, horrifié. — Se parler ? En vrai ? Sans émojis ? Il a hoché la tête, une larme coulant sur sa joue sale. — Oui. Avec des cordes vocales. Et de l’air. Sans filtre de beauté. L’horreur. L’apocalypse, c’était donc ça : devoir interagir avec des gens dont on ne peut pas scroller le profil pour vérifier s'ils valent la peine qu’on leur dise bonjour. On allait devoir juger les gens sur leur odeur de sueur et leur capacité à ne pas nous manger, au lieu de leur nombre d’abonnés. C’est un retour à l’âge de pierre, mais avec des baskets de marque et des batteries externes vides. Soudain, un type a hurlé : — Wi-Fi ! Wi-Fi ouvert ! Là-bas, dans le Starbucks en feu ! La foule s’est ruée vers le bâtiment calciné. C’était une vision dantesque. Des gens se bousculaient au milieu des flammes, non pas pour sauver des vies, mais pour se rapprocher de la borne Airport qui agonisait dans un coin. — Le mot de passe ! Quel est le mot de passe ? hurlait la foule. — C’est "PumpkinSpice2024" ! a crié un barbu en tablier vert, qui continuait mécaniquement à noter des prénoms sur des gobelets vides. J’ai foncé dans le tas. J’ai bousculé une grand-mère qui essayait de joindre ses petits-enfants. Désolé mémé, mais ma salade César perd de sa fraîcheur visuelle à chaque seconde et j'ai besoin de mon fix de validation sociale. J’ai tapé le code avec la frénésie d’un crack-head devant un caillou de pureté. Connexion établie. Signal : Faible. Temps estimé pour l’upload : 4 minutes. Quatre minutes. En temps d’apocalypse, c’est une éternité. Un chasseur-bombardier aurait le temps de raser le quartier deux fois. Un mutant aurait le temps de me dévorer les mollets. Mais je m’en foutais. La barre de progression avançait. 12%... 24%... Autour de moi, c’était la folie douce. Les gens ne regardaient même pas le plafond qui s’effondrait. Ils étaient en train de rafraîchir leur feed frénétiquement. — Regardez ! Ma story est passée ! a crié une influenceuse en pleurs. J'ai déjà trois "Heart-Eyes" ! Je meurs, mais je meurs aimée ! Elle a été écrasée par une poutre la seconde suivante. Mais son téléphone est resté intact sur le sol, l’écran affichant fièrement son record de vues. Quelle belle fin. On devrait tous avoir droit à une oraison funèbre en 15 secondes avec une musique libre de droits en fond. Moi, j’attendais. 68%... 75%... Un drone de surveillance a piqué vers le Starbucks. Il a scanné la zone avec un laser rouge. « Activité humaine détectée. Groupe non autorisé. Dispersion immédiate ou neutralisation. » — Attends un peu, tête de fer ! j’ai crié au drone. Ça charge ! Le drone a incliné sa caméra, comme s'il hésitait. Peut-être que son intelligence artificielle essayait elle aussi de comprendre l’intérêt de poster une photo de laitue flétrie alors que la civilisation partait en fumée. Ou peut-être qu’il attendait que la connexion soit meilleure pour m’envoyer une amende automatisée pour stationnement gênant dans une zone sinistrée. 89%... 95%... 99%... ÉCHEC DE L’ENVOI. Le signal a lâché. Le routeur a explosé dans un jet d'étincelles vertes. Le silence est revenu, seulement troublé par le crépitement des flammes et le vrombissement du drone. J'ai regardé mon écran. Ma salade César était là, figée dans les limbes du numérique, coincée entre mon téléphone et un serveur mort quelque part dans le Nevada. Elle n'existait plus pour personne. Elle n'avait jamais existé. Tout ce prix, toute cette attente, pour finir dans le néant digital. J'ai regardé ma carotte, celle que j'avais mangée plus tôt. Au moins, elle, elle était dans mon estomac. C’était le seul transfert de données réussi de la journée. Le drone a braqué son projecteur sur moi. « Sujet 402. Tentative de partage de contenu non essentiel en temps de crise. Sanction : Retrait de 500 points de crédit social. » — Mais je n’ai plus de crédit social ! j'ai hurlé. On n'a plus de société ! « Erreur système, a répondu le drone. La bureaucratie est éternelle. Merci de rester calme pendant votre exécution. » C’est là que j’ai compris la grande leçon de cette apocalypse : le networking, c’est pour les vivants. Les morts n’ont pas besoin de Wi-Fi, ils ont l’éternité pour réfléchir à leur ratio de followers. J'ai ramassé un caillou et je l'ai lancé sur le drone. J'ai raté, bien sûr. Mon score de précision était de 0%. Mais au moins, pour la première fois de la journée, j'étais en 1G : la Gravité. Et ça, ça ne tombe jamais en panne. Je me suis assis par terre, j'ai sorti ma salade César de son emballage plastique, et je l'ai mangée. Sans photo. Sans filtre. Sans hashtag. Elle avait un goût de défaite, de sauce périmée et de poussière de béton. C'était la meilleure chose que j'aie jamais goûtée. Le monde finissait, et personne n'était là pour "liker". C’était le comble de l’impolitesse universelle. Si je survis à ce jeudi, je vais vraiment écrire un mail très désagréable au Créateur. Ou au moins à son community manager.

Placement de produit : Ma ration de survie Detox

Évidemment, la salade César n’était qu’un prélude. Un amuse-bouche avant le plat de résistance de mon humiliation personnelle. Parce qu’on ne survit pas à une pluie de cendres radioactives avec du poulet industriel et de la sauce grasse. Non, si on veut traverser l’extinction de masse avec un teint de pêche et des abdos saillants sous sa combinaison de plomb, il faut de la rigueur. Il faut de la discipline. Il faut surtout être assez stupide pour croire qu’une barre de céréales peut annuler les effets d’un hiver nucléaire. C’est là que j’ai ouvert mon sac à dos et que j’ai sorti le Graal de l’influenceur en fin de course : la barre **« Rad-Pure : Detox & Glow »**. Laissez-moi vous brosser le tableau. Le ciel a la couleur d’un vieux pansement usagé, l’air est chargé de suffisamment d’isotopes pour faire briller mes gencives dans le noir, et les rares survivants que je croise ressemblent à des figurants recalés de *The Walking Dead*. Et moi ? Moi, je m’inquiète de mon apport en fibres. Pourquoi ? Parce que le marketing est la seule religion qui survivra à l’humanité. Quand le dernier prêtre aura fini de réciter son dernier psaume, il y aura toujours un type en costume slim pour lui vendre un abonnement premium à l'au-delà. La « Rad-Pure », c’est le summum de l’ironie emballée sous vide. Le packaging est vert pomme — parce que rien ne dit « survie » comme une couleur qui rappelle le liquide de refroidissement d'une centrale. Sur l'étiquette, il est écrit en police Helvetica ultra-soignée : *« Gluten-Free, Vegan, Carbon-Neutral (obviously) »*. Écoutez-moi bien, vous qui m’écoutez depuis le confort de votre présent encore tiède : le sans-gluten dans une apocalypse nucléaire, c’est le test de Turing de la connerie humaine. On est en train de respirer du strontium-90 à pleins poumons, nos cellules se désintègrent plus vite qu’une promesse électorale, mais attention, on ne voudrait surtout pas avoir de petits ballonnements à cause du blé. Mourir d'un cancer foudroyant ? D'accord. Mais mourir avec un ventre plat ? C'est le contrat de base. J’ai déchiré l’emballage. L’odeur qui s’en est échappée tenait du carton mouillé et de la dépression clinique. « Mesdames et messieurs, » ai-je murmuré à l’intention des cafards qui commençaient à s’assembler autour de mes bottes, « voici le secret pour garder un corps de rêve sous un dôme de suie. Car n'oubliez pas : si les aliens débarquent pour autopsier nos cadavres, il est hors de question qu'ils nous trouvent négligés. L'esthétique, c'est la politesse du désespoir. » J’ai mordu dedans. La texture était celle d'une gomme à effacer qui aurait passé trop de temps dans un micro-ondes. C’était censé être aromatisé à la « Baie de Goji Sauvage ». En réalité, ça goûtait le regret et la craie. Mais attention, ce n’est pas n’importe quelle craie. C’est de la craie *enrichie en spiruline*. Parce que la spiruline, c’est le super-aliment par excellence. On dit que ça booste le système immunitaire. À ce stade, mon système immunitaire ne demande pas un boost, il demande l'asile politique dans un autre univers. Mais le pitch de vente de la marque était imparable. Je me souvenais du briefing qu’ils m’avaient envoyé par mail avant que les serveurs ne fondent : *« Salut tout le monde ! On est super excités de vous présenter la Rad-Pure. L’hiver nucléaire, c’est dur pour le moral, mais c’est surtout dur pour le collagène ! Le manque de soleil donne un teint gris ? Pas de panique ! Notre barre contient des agents chélateurs de métaux lourds et des antioxydants bio. Restez Fit, même dans le Pit ! »* « Restez Fit, même dans le Pit. » C’est le genre de slogan qui mérite une place spéciale en enfer, juste à côté des gens qui mettent de l’ananas sur la pizza. Pourtant, j'ai continué à mâcher. Pourquoi ? Parce que le placement de produit, c’est une drogue dure. Même sans public, même sans caméra, je sentais le besoin irrépressible de présenter la barre à l'horizon dévasté en faisant un clin d'œil. J'ai même failli dire : « Utilisez le code promo APOCA-SLIM pour -15% sur votre kit de décontamination intestinale. » Mais il n'y avait personne pour taper le code. Juste le vent qui faisait claquer une enseigne de pressing abandonné. C’est fascinant, quand on y pense. On a passé des décennies à nous expliquer que le sucre était le diable, que les glucides étaient une arme de destruction massive, et que le gras était une insulte à la dignité humaine. Résultat : le monde explose, le feu tombe du ciel, la civilisation s’effondre, et mon premier réflexe de survie est de vérifier si ma collation contient de l'huile de palme. Le narcissisme est l’armure la plus solide du monde moderne. On peut nous enlever l’électricité, nous enlever l’eau courante, nous enlever nos droits constitutionnels, mais on ne nous enlèvera jamais notre droit inaliénable de nous sentir supérieurs parce qu’on mange des graines de chia ramassées à la main par des moines aveugles. J'ai regardé les ingrédients sur le dos du paquet. Il y avait une mise en garde : *« Peut contenir des traces de noisettes, de soja et de désespoir existentiel. »* Honnête, pour une fois. Soudain, un drone de surveillance de la Milice Corporatiste est passé au-dessus de moi. Il a ralenti, ses capteurs thermiques balayant ma silhouette. J’ai immédiatement redressé le dos, j'ai rentré le ventre et j’ai tenu la barre Rad-Pure bien en évidence devant mon visage. On ne sait jamais. Si l’algorithme de reconnaissance faciale est couplé à une base de données marketing, il pourrait décider de ne pas m’abattre simplement parce que je suis un « segment de marché à fort potentiel ». Le drone a émis un petit bip dubitatif. Il a probablement calculé mon indice de masse corporelle et a conclu que j’étais trop mince pour valoir une balle. Ou alors, il a détecté la présence de spiruline et a considéré que j’étais déjà techniquement mort à l’intérieur. Il a repris sa route. « Et voilà, » ai-je dit aux cafards. « La nutrition de précision sauve des vies. Si j’avais mangé un kebab, le drone m’aurait pulvérisé pour outrage à la santé publique. » J'ai terminé la barre. J’avais maintenant l’impression d’avoir une brique de ciment dans l’estomac, mais une brique de ciment *détoxifiée*. Je me sentais pur. J’étais prêt à affronter les radiations avec la sérénité d’un prof de yoga sous Xanax. C’est ça, la grande victoire du capitalisme tardif : il a réussi à nous faire croire que même la fin du monde est une opportunité de « self-care ». Vous n'êtes pas en train de mourir de soif dans un désert de cendres, vous faites une « cure hydrique radicale ». Vous n'êtes pas en train de perdre vos cheveux à cause des rayons gamma, vous adoptez un « look minimaliste et audacieux ». Je me suis levé, les genoux craquant comme du vieux petit bois. J’ai regardé les ruines de ce qui fut jadis un centre commercial de luxe. Au loin, on entendait des explosions, peut-être des poches de gaz, peut-être des derniers combats pour des stocks de papier toilette. Moi, j’étais bien. J’avais mes protéines. J’avais mon absence de gluten. Et j’avais la certitude que, si je devais devenir un mutant, je serais un mutant avec une peau incroyablement ferme. « Hey, Dieu, » j’ai crié vers le nuage de pollution qui servait de plafond. « T’as vu ça ? Je suis toujours en mode Detox. Tu peux m’envoyer la foudre, tu peux m'envoyer les quatre cavaliers, mais sache que mon transit intestinal est impeccable. C’est qui le patron ? » Pas de réponse. Juste un éclair violet à l'horizon. Probablement une promotion sur les orages magnétiques. J’ai ramassé mon sac et j’ai repris ma route. J’avais encore trois barres « Rad-Pure » en réserve. De quoi tenir jusqu’à la fin de la semaine, ou jusqu’à ce que je commence à muter des yeux sur les coudes. Et honnêtement, si ça arrive, j'espère que la marque a prévu un produit pour le contour des yeux du coude. Parce que le networking, c'est peut-être pour les vivants, mais le skincare ? C'est pour l'éternité.

L'excuse de l'avion privé : Pourquoi je ne peux pas rentrer

Mon téléphone satellite, une petite merveille technologique incrustée de diamants de synthèse et de peur panique, ne cessait de vibrer dans ma main. C’était l’Ambassade. Ou ce qu’il en restait. Une voix nasillarde, de celles qui sentent le café lyophilisé et la paperasse administrative, me sommait de « regagner le territoire national par le premier vol disponible ». Le premier vol disponible, c’était le mien. Un Gulfstream G700 « Apocalypse Edition », avec des finitions en cuir de licorne (ou de vachette très bien épilée, j’ai un doute) et un réservoir plein de kérosène de première pression à froid. Le problème, ce n'était pas la trajectoire. Le problème, ce n'était pas les nuages de cendres qui rendaient le ciel aussi gris qu'un dimanche après-midi à Maubeuge. Le problème, c’était la Douane. Écoutez, je veux bien que le monde s’écroule. Je veux bien que les océans bouillent et que les ours polaires commencent à porter des tongs. Mais l’idée de me retrouver face à un douanier français, un mec en uniforme trop serré qui me demande avec un air de supériorité morale pourquoi j'ai seize kilos de truffes blanches et un prototype d’exosquelette dans mes bagages cabine, alors que le pays est en train de muter en parking géant ? C’est au-dessus de mes forces. « Allô ? Oui, Monsieur le Consul ? Je vous entends très mal, il y a... euh... une interférence électromagnétique due à l’éruption solaire ! » En vrai, j’étais juste en train de frotter mon iPhone contre mon pull en cachemire pour faire du bruit. « Écoutez, j’aimerais tellement rentrer. Paris me manque. La pollution me manque. Même le prix du pass Navigo me manque, c’est dire ! Mais j’ai un souci technique majeur sur l’avion. On est cloués au sol. » Le Consul a soupiré. Je l’ai imaginé dans son bunker, réajustant sa cravate au milieu des décombres. « Quel genre de souci, Monsieur ? » C’est là que le génie créatif entre en scène. Quand on est un survivant de luxe, on ne dit pas que le moteur est mort. On brode. On crée une fresque de l’absurde. « C'est le stabilisateur de particules fines du distributeur de Nespresso en cabine, » j'ai lâché, le ton grave. « Il a court-circuité le système de navigation quantique. Si je décolle maintenant, on risque de se matérialiser à l'intérieur d'une montagne, ou pire, à l'intérieur d'un Lidl. Vous imaginez le scandale ? » Il y a eu un silence. Le genre de silence qu'on n'entend que dans l'espace ou lors d'un premier rendez-vous raté. « Monsieur, » a repris le Consul, « on s'en fiche du café. Rentrez. La France a besoin de ses... forces vives. » Ses forces vives. Il voulait dire ma carte Platinum et mon stock de barres protéinées. Mais moi, je voyais déjà la scène à l'aéroport du Bourget. Un comité d'accueil composé de trois types avec des masques à gaz et des formulaires Cerfa. « Vous avez déclaré ces masques de soin à la bave d'escargot radioactif, Monsieur ? » « C'est pour ma consommation personnelle. » « Ça fait beaucoup pour un seul visage. Contrôle fiscal. Veuillez nous suivre dans cette zone de décontamination qui sent l'eau de Javel et le désespoir. » Plutôt mourir dans une explosion thermonucléaire que de remplir un formulaire d'importation. L'apocalypse, c'est sexy. C'est cinématographique. On peut porter des lunettes de soleil la nuit et personne ne juge. Mais la douane ? C'est le retour de la réalité dans ce qu'elle a de plus médiocre. C’est le rappel que, même si le monde brûle, il y aura toujours un petit chef pour vérifier si vous avez dépassé votre quota de cartouches de cigarettes. « Autre problème ! » j’ai crié dans le téléphone en voyant un lézard à deux têtes passer devant le cockpit. « Le pilote ! Capitaine Jenkins ! Il a développé une allergie subite au gluten atmosphérique ! Il ne peut pas toucher les commandes sans avoir des plaques rouges qui jurent avec la couleur des sièges. Et vous savez comme je suis pointilleux sur l'esthétique de la cabine. » « Monsieur, vous vous moquez de nous ? » « Jamais ! C'est une tragédie ! Je suis ici, coincé sur ce tarmac de fortune, entouré de mutants qui ont probablement un meilleur sens du style que votre équipe au ministère, et je ne peux pas décoller parce que l'IA de bord, "Lululemon-AI", refuse de rétracter le train d'atterrissage. Elle dit qu'elle fait un burn-out numérique. Elle a besoin d'une mise à jour de pleine conscience. » Sérieusement, les gens ne se rendent pas compte de la complexité de posséder un jet privé pendant la fin des temps. Ce n'est pas juste du kérosène et de l'ego. C'est une maintenance émotionnelle permanente. Si l'avion sent que vous n'êtes pas en phase avec vos chakras, il ne décolle pas. C'est écrit dans le manuel de l'utilisateur, à côté de la section sur la cave à vin pressurisée. Et puis, il y a la question du "Right of Way". Imaginez que je croise un missile balistique en plein vol. Est-ce que j'ai la priorité ? Je suis un civil, certes, mais un civil avec un abonnement Premium à la survie. Est-ce que je dois céder le passage à une ogive nucléaire ? Les règles de courtoisie aérienne deviennent floues quand la moitié de la planète ressemble à un barbecue qui a mal tourné. « Écoutez, Monsieur le Consul, je vous laisse. On a une alerte orange. » « Une alerte météo ? » « Non, une alerte déco. Le tapis en soie persane est en train de s'effilocher à cause de l'humidité ionique. Si je ne m'en occupe pas maintenant, la valeur de revente de l'appareil va chuter plus vite que l'indice de confiance en l'avenir de l'humanité. » J’ai raccroché. Je me suis affalé dans mon siège massant. Jenkins, mon pilote (qui n'était absolument pas allergique au gluten, il était juste en train de finir son troisième gin-tonic dans la soute), m'a regardé à travers le cockpit ouvert. « Alors, Patron ? On part toujours pas ? » « T'es fou, Jenkins ? Tu sais ce qu'ils font aux gens comme nous à la frontière française ? Ils nous demandent de justifier nos revenus des cinq dernières années. Ils vont me demander pourquoi j'ai déduit mes soins du visage en "frais de représentation pour la survie de l'espèce". Ils n'ont aucune vision. Aucune poésie. » Jenkins a hoché la tête. Il comprenait. Jenkins est un homme simple. Il veut juste voler et éviter les zones où la gravité est devenue une option facultative. « Mais on va finir par tomber à court de caviar, Monsieur. » « On chassera le rat musqué mutant s'il le faut, Jenkins ! Mais on le fera avec élégance. On le servira avec une réduction de vinaigre balsamique bio. On n'est pas des sauvages. On est des exilés fiscaux de l'existence. » J'ai regardé par le hublot. Dehors, le ciel virait au vert néon. Magnifique. Un dégradé qu'aucun filtre Instagram n'aurait pu reproduire sans faire planter les serveurs. C’était le moment parfait pour un selfie « Stuck in Paradise / Apocalypse Vibes ». La vérité, c’est que je n’avais pas peur des monstres. Les monstres, on peut les acheter, ou au pire, les ignorer jusqu'à ce qu'ils s'en aillent. Mais un fonctionnaire avec un tampon humide ? C’est l’alpha et l’oméga de l’horreur. C’est la seule chose qui a survécu à la chute des civilisations : le plaisir sadique de demander une pièce d'identité à quelqu'un qui vient de traverser une mer de feu. Je me suis levé pour aller vérifier mon stock de crèmes de nuit. Si je dois rester coincé ici, sur cette piste d'atterrissage improvisée au milieu d'un désert de cendres, je vais au moins m'assurer que mes pores sont resserrés. L’apocalypse, c’est 10 % de survie et 90 % de gestion de son image de marque. « Jenkins ! » ai-je crié vers l’avant. « Rappelle l'ambassade dans une heure. Dis-leur que l'aile gauche a été colonisée par une espèce rare de mousse phosphorescente protégée par la convention de Genève. On ne peut pas bouger, c'est un sanctuaire écologique maintenant. » C'était parfait. L'excuse écolo. Même en pleine fin du monde, personne n'ose s'attaquer à quelqu'un qui protège la biodiversité, même si la biodiversité en question essaie de vous dévorer les pneus. Je me suis resservi un verre de champagne. Un millésime pré-effondrement. Un peu de bulles pour oublier que, quelque part, un douanier français était en train d'affûter son stylo bille en m'attendant. « À la tienne, l’apocalypse, » ai-je murmuré au vide. « Tu es peut-être la fin de tout, mais tu es surtout le début de ma tranquillité administrative. » Et honnêtement, si c'est ça le prix à payer pour ne plus jamais avoir à remplir une déclaration d'impôts, je signe tout de suite. Avec un stylo en or, bien sûr. On a des principes, ou on n'en a pas.

Lien en bio pour mon testament (Swipe Up !)

Le problème avec la fin du monde, ce n’est pas la disparition de l’oxygène ou l’évaporation des océans. C’est la gestion de l’image de marque post-mortem. On ne peut pas simplement s’éteindre comme une vieille ampoule grillée dans un parking souterrain de la banlieue d’Angers. Il faut de la structure. Il faut de la narration. Il faut surtout que mon départ soit plus rentable que ma vie entière, sinon à quoi bon avoir passé ces dix dernières années à optimiser mon SEO ? J’ai donc installé l’anneau lumineux — le dernier rempart de la civilisation contre l’obscurité totale — au milieu des décombres de mon salon. J'ai dû débrancher le purificateur d'air pour l'alimenter, mais tant pis : je préfère mourir asphyxié par des cendres volcaniques que mal éclairé. On a des priorités esthétiques ou on n'en a pas. Le plan était simple : une vidéo d'excuses. La « Cancel Culture » est peut-être la seule chose qui survivra aux cafards, et je refuse de passer l’éternité dans les limbes avec un dossier non classé. « On tourne dans trois, deux, un… et action, la tristesse. » J’ai activé le filtre « Mélancolie Berlinoise ». C’est un noir et blanc très contrasté qui vous donne instantanément l’air d’un poète torturé du XIXe siècle, ou d’un mannequin qui a perdu son Uber. J’ai déboutonné mon col de chemise juste assez pour suggérer la vulnérabilité, mais pas trop pour ne pas ressembler à un DJ en fin de set à Ibiza. J'ai aussi humidifié mes yeux avec un peu de solution saline. Le secret d’une bonne vidéo d’excuses, c’est le reflet de la lumière dans la larmichette qui ne tombe jamais. C’est la tension dramatique. « Mes chers abonnés, ma communauté, ma... famille d'intérêt, » ai-je commencé, la voix légèrement tremblante, comme si j’étais sur le point de révéler que j’avais mangé le dernier panda de la planète. « Si vous regardez ceci, c’est que le ciel est probablement tombé, ou que la 5G a enfin grillé nos derniers neurones. Mais avant que mon signal ne s'éteigne, je dois faire la paix avec mon passé. Je dois vous parler de... l'Incident. » L'Incident. En 2018, lors d'une soirée caritative pour sauver les coraux (un investissement qui s'est avéré très peu rentable, entre nous), j'avais porté du vrai vison. Pas du synthétique qui gratte et qui sent le pétrole raffiné. Du vrai. Du vison qui avait eu un prénom, une famille, et probablement des rêves de carrière dans le mannequinat avant de devenir une doublure de col pour mon manteau en cachemire. « Je ne savais pas, » ai-je murmuré face caméra, en fixant l'objectif avec l'intensité d'un chien qui demande une croquette. « On m'a dit que c'était du poil de nuage. J'étais jeune. J'étais naïf. J'avais besoin de chaleur animale pour compenser la froideur de mon compte en banque de l'époque. » J'ai marqué une pause. C’est le moment où, normalement, l’algorithme insère une publicité pour un VPN ou un jeu mobile où l'on construit des empires médiévaux en pillant ses voisins. Même pour mon testament, j'ai prévu des coupures publicitaires. C’est mon héritage : monétiser mon dernier souffle. J’imagine déjà les survivants, terrés dans des bunkers, obligés de regarder 30 secondes de "Raid: Shadow Legends" avant de savoir à qui je lègue ma collection de montres suisses. C'est ça, la vraie poésie capitaliste. « Pour me faire pardonner, » ai-je continué, « j'ai décidé de léguer l'intégralité de mes biens... à une fondation. Ma fondation. Celle qui s'occupe de la préservation de mon propre style de vie. Car au fond, n'est-ce pas la plus belle des biodiversités ? » Je me suis arrêté pour vérifier le cadrage. C’était parfait. J'avais cette tête de coupable magnifique que le public adore détester. J'ai enchaîné sur le "Swipe Up". « Le lien vers mon testament détaillé est dans ma bio. Cliquez, abonnez-vous, et activez la cloche des notifications pour ne rien rater de mon agonie. C’est un contenu exclusif, garanti sans filtres, sauf celui-ci qui me rend très beau. Si vous utilisez le code promo APOCALYPSE20, vous aurez accès au PDF de mes dernières volontés avec une réduction de 20% sur les frais de succession. » Vous trouvez ça cynique ? Vous n'avez rien compris à l'époque. On vit dans un monde où l'on préfère une fin du monde bien éditée avec une musique de Hans Zimmer en fond sonore plutôt qu'un salut global dans le silence et la dignité. Si je dois disparaître, je veux que ce soit avec un nombre de vues indécent. Je veux que les extraterrestres qui fouilleront nos ruines tombent sur mon serveur et se disent : « On ne sait pas ce qu'était un vison, mais ce type avait l'air sincèrement désolé et ses pommettes étaient incroyablement bien sculptées. » J'ai coupé la caméra. Le silence est revenu dans la pièce, seulement interrompu par le grésillement de la mousse phosphorescente dans l'aile gauche du bâtiment. « Tu penses qu'ils vont gober le coup du "poil de nuage" ? » ai-je demandé à mon majordome imaginaire (le champagne commençait à taper). Le vide n'a pas répondu, ce qui est généralement un signe d'approbation dans le milieu de l'influence. J'ai repris une gorgée de mon millésime. Le goût du luxe sur fond de fin du monde est assez particulier : ça ressemble à la victoire, mais avec une pointe d'amertume, comme un café trop cher bu dans une gare un lundi matin. Soudain, mon téléphone a vibré. Une notification. En plein effondrement systémique ? J'ai déverrouillé l'écran. C'était un message de l'administration fiscale. "Monsieur, nous avons bien reçu votre déclaration concernant la zone protégée de l'aile gauche. Toutefois, l'espèce de mousse que vous mentionnez n'est pas couverte par la convention de Genève, mais par le décret de 1922 sur les moisissures domestiques. Merci de régulariser votre situation sous 48h." Je suis resté pétrifié, le verre à la main. Les serveurs de Google sont en train de fondre, les gouvernements sont en train de se dissoudre dans l'acide, l'humanité s'apprête à devenir un lointain souvenir géologique, mais le fisc français, lui, a toujours de la batterie. Le fisc français est une constante universelle, comme la vitesse de la lumière ou l'impolitesse des serveurs parisiens. « Ils ne lâcheront jamais rien, » ai-je soufflé. J'ai regardé mon anneau lumineux. J'ai regardé ma vidéo d'excuses. J'ai cliqué sur "Publier". Si je dois être traqué par les impôts jusqu'aux portes de l'enfer, autant que ce soit avec un maximum de likes. J'ai ajouté une légende sous la vidéo : « Me pardonneriez-vous si je vous disais que j'ai aussi porté du léopard en 2012 ? Répondez en commentaire, les 10 meilleurs commentaires gagneront un bon d'achat pour un masque à gaz en cuir de autruche (synthétique, juré !). » Après tout, l'apocalypse n'est qu'une immense opportunité de placement de produit. Et si le monde doit s'arrêter de tourner, je veux que ce soit pendant que ma barre de progression de téléchargement affiche 99%. C’est ça, mon testament. Pas des meubles ou de l'argent. Juste une éternelle mise en mémoire tampon. Un dernier "Loading..." sur le visage d'un homme qui s'excusait d'être trop élégant pour la fin des temps. J'ai bu la dernière goutte de champagne. Elle était tiède. Comme l'avenir. « Swipe Up, bande de nuls, » ai-je murmuré en éteignant la lumière. « Swipe Up vers le néant, mais n'oubliez pas d'utiliser mon code promo. »
Fusianima
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L’ironie, c’est comme un cocktail molotov servi dans un verre en cristal : ça a de la gueule, mais ça finit toujours par vous éclater à la figure. Et là, franchement, le cosmos vient de nous servir une tournée générale. Regardez-vous. Enfin, regardez-nous. Nous sommes au sommet du Burj Khalifa. 82...

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