Abattre les Lauréats

Par Marcus V.Heist

Minuit pile. Le ciel est un bloc de plomb au-dessus de l'Institut. Elias lève le bras gauche. Le groupe s'arrête net derrière le transformateur. La grille nord est en acier galvanisé. Kaleb sort la pince monseigneur de son sac. Le métal cède dans un claquement sec. Ils glissent dans l'ombre du parc....

L'Incision

Minuit pile. Le ciel est un bloc de plomb au-dessus de l'Institut. Elias lève le bras gauche. Le groupe s'arrête net derrière le transformateur. La grille nord est en acier galvanisé. Kaleb sort la pince monseigneur de son sac. Le métal cède dans un claquement sec. Ils glissent dans l'ombre du parc. Les toges de cérémonie flottent autour de leurs jambes. Le tissu noir cache les fusils à pompe Benelli. Elias marche en tête. Ses semelles en caoutchouc ne font aucun bruit sur le gravier. Sarah suit à deux mètres. Ses yeux balaient les fenêtres du premier étage. Kaleb ferme la marche avec le sac de sport. Le poids des charges de C4 tire sur ses trapèzes. La guérite de sécurité brille sous les projecteurs halogènes. Le garde est assis derrière la vitre blindée. Il regarde un match de football sur un petit écran. Elias sort le Glock 17 de sa ceinture. Le silencieux allonge le canon de quinze centimètres. Il contourne le poste par l'angle mort. La porte de service est entrouverte. Elias entre. L'air sent le café froid et le tabac froid. Le garde ne se retourne pas. Elias lève le bras. Il aligne le cran de mire sur la base du crâne. Il presse la détente. Le percuteur frappe l'amorce. La balle de 9mm sort du canon à trois cents mètres par seconde. Elle percute le bulbe rachidien. Le corps du garde bascule en avant. Sa tête frappe le pupitre de commande. Un filet de sang s'écoule sur le journal de bord. Les pages blanches deviennent rouges. Elias range son arme. Il appuie sur le bouton d'ouverture du portail intérieur. Sarah et Kaleb franchissent le périmètre. Ils entrent dans le bâtiment principal par la porte des cuisines. L'odeur de détergent remplace celle de la pluie. Ils montent l'escalier de service. Leurs pas résonnent contre le béton brut. Elias consulte sa montre. Vingt-trois heures cinquante-huit. Ils atteignent le deuxième étage. Le couloir mène à l'amphithéâtre d'anatomie. Les murs sont couverts de portraits de doyens. Des hommes morts dans des cadres dorés. Sarah sort une boîte de bêtabloquants de sa poche. Elle avale deux comprimés sans eau. Ses mains cessent de trembler. Elle vérifie le chargeur de son Benelli. Les cartouches de chevrotine brillent dans l'obscurité. Ils poussent les doubles portes en chêne. L'amphithéâtre est un gouffre de silence. L'odeur de formol saisit la gorge. Elle est acide et persistante. Les gradins montent en spirale vers le plafond voûté. Au centre, la chaire de marbre blanc domine la fosse. C'est là que les corps sont disséqués. Sous le marbre se trouve le coffre-fort. Elias pose son sac sur la table d'examen. Il sort un chronomètre numérique. Il le fixe sur le rebord de la chaire. Les chiffres rouges indiquent 40:00. Il appuie sur le bouton de démarrage. Le décompte commence. Kaleb se place devant la porte principale. Il arme son fusil. Le bruit de la culasse est un claquement métallique net. Il s'assoit sur une chaise en bois. Ses yeux fixent le couloir. Sarah s'agenouille au pied de la chaire. Elle sort les pains de C4. La matière ressemble à de la pâte à modeler grise. Elle la malaxe entre ses doigts fins. Elle applique le plastique sur les charnières invisibles du panneau de marbre. Elias branche le détonateur électronique. Les fils rouges et bleus s'entrelacent sur le sol froid. Le silence revient. On entend seulement le tic-tac du chronomètre. 38:12. Elias examine la structure de la chaire. Le marbre vient d'Italie. Il est épais de dix centimètres. Derrière, l'acier du coffre-fort protège les secrets de l'Institut. Les preuves de la fraude fiscale. Les diamants de sang. Huit millions de dollars en pierres brutes. Elias passe sa main sur la cicatrice de son avant-bras. La peau est dure et insensible. Il pense au feu. Il pense à son père. Il chasse l'image. La logique seule compte. Sarah connecte le séquenceur à son ordinateur portable. L'écran projette une lumière bleue sur son visage rasé. Elle tape une série de codes. Le système de sécurité de l'Institut est complexe. Elle doit neutraliser l'alarme sismique avant l'explosion. Ses doigts frappent les touches avec une cadence de métronome. Kaleb ne bouge pas. Il ressemble à une statue de pierre. Sa respiration est lente et profonde. La tumeur dans son cerveau presse contre son nerf optique. Il voit des taches noires sur les bords de son champ de vision. Il s'en moque. Il attend le contact. 35:45. Un bruit de moteur retentit à l'extérieur. Elias se plaque contre le mur. Il regarde par la fente des rideaux. Une voiture de patrouille passe sur le boulevard. Les gyrophares balaient les arbres. La voiture ne s'arrête pas. Elle continue sa route vers le sud. Elias revient vers la chaire. Sarah lève le pouce. L'alarme sismique est en mode test. Ils ont une fenêtre de tir de trois minutes pour déclencher les charges. Elias prend le détonateur. Il recule derrière le premier rang de gradins. Sarah et Kaleb se protègent derrière les piliers en fonte. Elias compte à rebours mentalement. Trois. Deux. Un. Il presse le bouton. L'explosion est sourde. Un bruit de craquement sec. La poussière de marbre envahit l'air. Elle est blanche et fine comme de la farine. Le panneau central de la chaire s'effondre vers l'intérieur. Le mécanisme du coffre est exposé. L'acier brille sous la poussière. Elias s'approche. L'odeur de la poudre se mélange à celle du formol. Le coffre possède une serrure à combinaison et un lecteur biométrique. Sarah sort un kit de piratage optique. Elle insère une fibre de carbone dans la fente du lecteur. L'ordinateur commence à défiler les fréquences. 32:20. Le temps s'accélère. Kaleb se lève. Il a entendu quelque chose. Un grincement dans l'escalier de service. Il épaule son Benelli. Il ne prévient pas les autres. Il sort dans le couloir. Un deuxième garde monte les marches. Il tient une lampe torche. Le faisceau balaie les portraits des doyens. Kaleb attend l'angle du mur. Le garde tourne la tête. Il voit l'ombre massive. Kaleb ne tire pas. Il utilise la crosse du fusil. Le coup percute la mâchoire. L'os se brise. Le garde s'effondre. Kaleb le saisit par le col. Il le traîne vers l'amphithéâtre. Il ne veut pas laisser de trace dans le couloir. Il jette le corps sur le sol de marbre. Le garde gémit. Kaleb sort un couteau de combat. Il tranche la carotide d'un geste horizontal. Le sang gicle sur ses bottes. Il essuie la lame sur sa toge. Dans la fosse, le lecteur biométrique émet un bip aigu. Le voyant passe au vert. Sarah sourit. Elle actionne la manivelle en acier. Les pênes se rétractent avec un bruit de machinerie lourde. La porte du coffre pivote sur ses gonds. L'intérieur est sombre. Elias allume sa lampe frontale. Il voit les classeurs noirs. Il voit les sacs en toile scellés. Il ouvre le premier sac. Les diamants brillent sous la lumière LED. Ils ressemblent à des morceaux de glace pilée. 28:15. Elias remplit le sac de sport. Les classeurs contiennent les listes de comptes offshore. Les noms des ministres. Les noms des juges. Les noms des banquiers. Tout est là. Sarah vérifie les connexions réseau. Elle télécharge les fichiers numériques sur une clé USB cryptée. Le transfert est lent. La barre de progression avance millimètre par millimètre. Kaleb retourne à son poste. Il recharge son fusil. Une cartouche tombe au sol. Elle roule sur le marbre. Le bruit semble assourdissant dans le silence de la salle. Elias s'arrête de bouger. Il écoute. Le vent siffle dans les conduits d'aération. Rien d'autre. Il continue de charger le sac. Le poids atteint vingt kilos. Les diamants sont lourds. La fraude est plus lourde encore. 25:00. L'ordinateur de Sarah émet un signal. Le téléchargement est terminé. Elle range la clé dans sa poche intérieure. Elias ferme le sac de sport. Il regarde le corps du deuxième garde. Le sang a formé une mare qui s'étend vers les gradins. Le marbre blanc est définitivement souillé. Ils doivent partir. Le plan prévoit une sortie par le toit. Un rappel de trente mètres jusqu'au parking souterrain. Elias fait un signe de tête. Kaleb prend le sac de sport. Sarah ramasse son matériel. Ils quittent l'amphithéâtre. Ils montent vers les combles par l'échelle de secours. L'air est plus chaud sous les toits. Ils atteignent la trappe d'accès. Elias l'ouvre. La pluie tombe toujours sur la ville. Les lumières de la police brillent au loin, près de la place centrale. Ils ne sont pas là pour eux. Pas encore. Elias fixe la corde de rappel à la poutre maîtresse. Il vérifie le harnais de Sarah. Elle descend la première. Elle disparaît dans le noir. Kaleb suit. Il descend avec agilité malgré sa masse. Elias reste seul sur le toit. Il regarde sa montre. 20:10. Ils ont vingt minutes d'avance. Il regarde l'Institut en dessous de lui. Le bâtiment ressemble à une forteresse vide. Il crache sur les ardoises mouillées. Il saisit la corde. Il se laisse glisser dans le vide. Le nylon brûle ses gants. Ses pieds touchent le goudron du parking. La camionnette noire attend dans l'ombre du mur d'enceinte. Le moteur tourne au ralenti. Ils montent à l'arrière. Kaleb jette le sac entre les sièges. Sarah retire sa toge. Elle porte une combinaison de sport noire en dessous. Elias prend le volant. Il engage la première. Les pneus crissent sur le bitume. Ils sortent par la porte sud. Le vigile de garde dort dans sa cabine. Elias ne s'arrête pas. Il accélère. La ville défile derrière les vitres teintées. Les rues sont désertes. Elias conduit avec précision. Il évite les grands axes. Il connaît les caméras de surveillance. Il connaît les angles morts. Sarah vérifie le contenu du sac. Elle prend un diamant entre le pouce et l'index. La pierre est brute. Elle est froide. Elle représente dix ans de salaire pour un ouvrier. Elle en a des centaines dans le sac. Kaleb ferme les yeux. Sa tête bascule contre la paroi de la camionnette. La douleur dans son crâne est une lame de rasoir. Il ne dit rien. Il attend que ça passe. Il sait qu'il ne verra pas la fin de la semaine. Il s'en fiche. Le travail est fait. L'Institut est tombé. Elias regarde le rétroviseur. La silhouette de l'Institut disparaît derrière les immeubles. Le chronomètre dans sa tête s'arrête. Le compte à rebours est fini. La mission est un succès technique. Le sang sur le marbre sèchera. Les dossiers brûleront les carrières. Les diamants achèteront le silence ou la fuite. Elias tourne le volant vers le port. Le bateau les attend à trois heures. La pluie continue de laver la ville. Elle n'effacera rien.

La Toge et le Plomb

Les semelles de cuir claquent sur le marbre. Le son résonne sous la coupole du Grand Hall. Elias marche en tête. Sa toge noire dissimule le Benelli M4. Le canon frotte contre sa cuisse droite. Le métal est froid. Le tissu de soie bruisse à chaque pas. L'air sent la cire d'abeille et le papier vieux. Les bustes de marbre observent le trio. Des visages de morts célèbres. Des fondateurs de l'Institut. Elias ne les regarde pas. Il fixe la porte double en chêne. L'amphithéâtre d'anatomie est derrière. Sarah suit à deux mètres. Ses yeux balaient les galeries supérieures. Elle compte les secondes entre chaque respiration. Son pouls descend à soixante battements par minute. Elle a avalé deux comprimés de Propranolol. Ses mains ne tremblent plus. Elle ajuste la sangle de son arme sous son bras. Le poids est équilibré. Elle connaît les angles morts des caméras. Elle a mémorisé les plans pendant six mois. Ses cheveux rasés accrochent la lumière lunaire. Elle ressemble à un moine soldat. Kaleb ferme la marche. Ses épaules massives déforment le tissu de la cérémonie. Il porte le sac de charges C4. Le poids tire sur ses trapèzes. Une pulsation cogne derrière son œil gauche. Il ignore la douleur. Il vérifie le percuteur de son arme. Le clic métallique est sec. Il crache sur le logo de l'Institut gravé au sol. Un phénix d'or. La salive s'étale sur le métal précieux. Il ne croit pas à la renaissance. Il croit à l'impact. Le Benelli pèse trois kilos huit cents. La crosse télescopique est repliée. Elias sent le quadrillage de la poignée pistolet. Son index reste le long du pontet. La sécurité est engagée. Il s'arrête devant la statue du premier Doyen. Le regard de pierre est vide. Elias tourne à gauche. Le couloir des Lauréats s'ouvre devant eux. Des portraits à l'huile bordent les murs. Des hommes en costume trois-pièces. Des sourires carnassiers sous le vernis. Sarah sort un scanner de fréquence. L'écran LCD affiche une ligne plate. Pas de signal d'alarme active. Elle hoche la tête. Le silence est total. Les gardes sont à l'autre bout du complexe. La ronde passe dans douze minutes. Elias regarde sa montre. Vingt-trois heures cinquante-huit. Le timing est respecté. Il sent la cicatrice sur son bras. Elle le démange. Il ne gratte pas. Il reste immobile. Kaleb respire lourdement. L'air entre dans ses poumons avec un sifflement. La tumeur presse contre son nerf optique. Des taches blanches dansent dans son champ de vision. Il serre les dents. Le goût du sang emplit sa bouche. Il a mordu sa langue. Il pose le sac au sol. Il sort une charge de C4. La pâte est grise. Elle a la consistance du modelage. Il fixe le détonateur électronique. Ses doigts sont épais mais précis. Ils traversent le cercle central. La lumière tombe des vitraux en faisceaux obliques. La poussière flotte dans les rayons. Elias voit une ombre bouger au premier étage. Il s'immobilise. Il épaule le Benelli. Le viseur holographique projette un point rouge. Le point se fixe sur un rideau de velours. Le rideau oscille. Un courant d'air. Elias baisse l'arme. Son cœur ne s'est pas emballé. Sarah prend position à gauche de l'entrée. Elle sort son Glock 17. Elle vérifie la chambre. Une cartouche de 9mm est engagée. Elle appuie son dos contre le mur froid. Le contact du crépi l'aide à se concentrer. Elle pense à son père. Le Doyen. Elle imagine son visage quand le coffre sera vide. Elle imagine le vide dans ses yeux. Elle serre la crosse du pistolet. La porte de l'amphithéâtre est massive. Trois mètres de chêne. Des gonds en bronze. Elias pose sa main sur la poignée. Le métal est froid. Il tourne le poignet. Le mécanisme s'enclenche avec un déclic sourd. Il pousse le battant. L'odeur de formol les frappe. C'est une odeur de morgue. Les gradins montent vers le plafond dans l'obscurité. La chaire de marbre trône au centre de la fosse. Ils entrent. Kaleb déploie la crosse de son fusil. Le verrou claque. Le son est définitif. Il avance vers la chaire. Il porte les explosifs comme un fardeau sacré. Sarah se déploie sur le flanc droit. Elle se fond dans l'ombre des bancs. Elias reste en retrait. Il surveille l'entrée. Il active sa lampe tactique. Le faisceau découpe la pièce. Les tables de dissection brillent sous la lumière. L'acier inoxydable est propre. Elias regarde le sol. Des rigoles d'évacuation entourent la chaire. Elles sont sèches. Le marbre blanc attend le sang. Il pose le Benelli sur une table. Il retire sa toge. Le vêtement tombe au sol. Il porte une tenue tactique noire. Des poches remplies de chargeurs. Il vérifie sa montre à nouveau. Minuit pile. Le système de sécurité du coffre entre en phase de maintenance. Ils ont quarante minutes. Kaleb s'agenouille sous la chaire. Il tâte le panneau de bois. Il cherche le point de rupture. Ses doigts trouvent une rainure. Il tire. Un panneau pivote. Le coffre-fort apparaît. C'est un bloc d'acier brossé. Un cadran numérique brille d'une lueur verte. Kaleb prépare la première charge. Il applique le C4 sur les gonds. Il insère le fil de cuivre dans le détonateur. Sarah surveille la galerie supérieure. Elle voit le reflet d'une lampe de poche. Un garde. Il marche lentement. Le faisceau balaie les rangées de sièges. Sarah s'accroupit. Elle ne respire plus. Le garde s'arrête au-dessus d'eux. Il siffle un air monotone. Le son descend dans la fosse. Sarah lève son Glock. Elle aligne la mire sur la silhouette. Elle attend l'ordre. Elias lève deux doigts. Le signal de neutralisation. Sarah presse la détente. Le silencieux étouffe la détonation. Un bruit de coussin que l'on frappe. La balle de 9mm percute le crâne du garde. Le corps bascule par-dessus la rambarde. Il chute de six mètres. Le choc sur le sol est lourd. Un bruit d'os brisés. Le sang commence à s'étaler sur le marbre. Kaleb ne lève pas les yeux. Il termine le branchement. Il recule de trois mètres. Il tient la télécommande. Elias se protège derrière une table de dissection. Sarah reste immobile. Kaleb appuie sur le bouton. L'explosion est brève. Un flash orange. Une onde de choc sourde. La porte du coffre oscille. Elle pend sur un seul gond. La fumée stagne dans l'air froid. Elias s'approche. Il tire sur la porte d'acier. Elle résiste. Il force. Le métal grince. La porte cède et tombe au sol. L'intérieur du coffre est sombre. Elias plonge la main. Il sort un sac de toile. Il l'ouvre. Les diamants de sang brillent sous sa lampe. Ils ressemblent à des morceaux de glace. Des centaines de pierres brutes. Elias referme le sac. Kaleb s'effondre contre la chaire. Sa main droite tremble violemment. Il lâche son fusil. Il porte sa main à son nez. Un filet de sang noir coule de sa narine. La tumeur saigne. Il regarde Elias. Ses yeux sont injectés de sang. Il ne dit rien. Il ramasse son arme. Il se relève avec difficulté. Il sait que le temps presse. Sarah récupère les dossiers de fraude. Des liasses de papier thermique. Des preuves de transferts offshore. Elle les fourre dans son sac à dos. Elle vérifie le corps du garde. Il est mort. Ses yeux sont ouverts sur le plafond peint. Elias récupère le deuxième sac de diamants. Le poids est satisfaisant. Huit millions de dollars. Le prix de leur éducation. L'alarme silencieuse se déclenche à la centrale. Elias le sait. Il entend le bourdonnement lointain des serveurs qui redémarrent. Les blindés de la police d'élite sont en route. Ils ont six minutes pour atteindre le sous-sol. L'incinérateur est leur seule sortie. Elias fait signe de partir. Ils laissent les toges sur le sol. Des taches noires sur le marbre rouge. Ils courent vers l'ascenseur de service. La chasse est ouverte.

L'Amphithéâtre d'Anatomie

Les portes battantes s'ouvrent sur l'obscurité. L'air est saturé de formol. Elias avance le premier. Ses semelles de caoutchouc ne font aucun bruit. Sarah suit avec le sac de charges. Kaleb ferme la marche. Il respire lourdement. Un sifflement sort de sa gorge à chaque inspiration. Le sang de son nez tache le col de sa toge. Il serre la crosse de son Benelli. Ses phalanges sont blanches. L'amphithéâtre d'anatomie est un puits de silence. Les gradins en chêne montent vers le plafond. Au centre, les tables de dissection brillent. L'inox reflète la lumière résiduelle des couloirs. Elias balaie la pièce avec sa lampe torche. Le faisceau découpe des cercles nets sur le sol. Il repère la chaire de marbre. C'est un bloc massif. Le socle pèse deux tonnes. Les professeurs y découpent les corps devant les étudiants. Elias s'agenouille devant la base du monument. Il passe ses doigts sur la pierre. Le marbre est froid. Il trouve une jointure invisible à l'œil nu. L'interstice mesure deux millimètres. Il sort un tournevis plat en acier trempé. Il l'insère dans la fente. Il fait levier. La pierre résiste. Kaleb s'approche. Il pose ses mains massives sur le rebord. Ses muscles se tendent sous sa chemise. Le marbre craque. Un bloc pivote sur un axe dissimulé. Le coffre apparaît. C'est un modèle Fichet-Bauche. Acier blindé. Serrure électronique à code tournant. Elias sort un boîtier de sa poche. Il connecte les fils aux bornes de la serrure. L'écran du boîtier affiche des suites de chiffres. Le processeur cherche la faille. Sarah surveille la porte. Elle tient son arme à deux mains. Son regard balaie les gradins. Elle ne cligne pas des yeux. Elle prend une pilule de bêtabloquant sans eau. Elle avale de travers. Elle ne tousse pas. Le boîtier émet un bip court. Le code est trouvé. Elias tourne la poignée. Le mécanisme interne grince. Les pênes s'effacent. La porte du coffre s'ouvre de dix centimètres. Une odeur de vieux papier s'échappe. Elias tire le battant. L'intérieur est compartimenté. Il voit les dossiers. Des chemises cartonnées bleues. Des milliers de pages de transferts offshore. Sarah s'approche. Elle ouvre son sac à dos. Elle vide les étagères. Elle ne lit pas les noms. Elle connaît les chiffres. Au fond du coffre se trouve une boîte en métal noir. Elias la sort. Elle est lourde. Il ouvre le couvercle. Les diamants de sang brillent sous la lampe. Ils ne sont pas taillés. Ils ressemblent à des morceaux de verre sale. Il y en a des centaines. Elias les verse dans un sac en toile. Le bruit des pierres qui s'entrechoquent est sec. C'est le son de huit millions de dollars. Kaleb s'effondre contre une table de dissection. L'inox résonne. Son fusil glisse sur le sol. Il porte la main à sa tête. Ses yeux roulent vers l'arrière. Elias ne le regarde pas. Il finit de remplir le sac. Sarah termine avec les dossiers. Elle ferme la fermeture Éclair de son sac. Elle regarde sa montre. Trente-deux minutes se sont écoulées. L'alarme silencieuse a déjà prévenu le central. Elias se lève. Il range son matériel. Il attrape Kaleb par l'épaule. Il le secoue. Kaleb reprend conscience. Sa pupille gauche est dilatée. La droite est une tête d'épingle. Il ramasse son Benelli. Il se remet debout. Ses jambes tremblent. Elias lui montre la sortie. Ils doivent descendre. Ils traversent la salle de dissection. Leurs ombres s'étirent sur les murs. Elias s'arrête devant la grille de l'ascenseur de service. Il appuie sur le bouton. Le moteur vrombit dans la cage. Les câbles grincent. L'ascenseur monte lentement. Sarah vérifie son chargeur. Elle engage une cartouche dans la chambre. Le clic métallique est définitif. L'ascenseur arrive. La grille s'ouvre. Elias pousse Kaleb à l'intérieur. Sarah entre. Elias appuie sur le bouton du sous-sol. La cabine descend. Les étages défilent derrière les barreaux. Premier étage. Rez-de-chaussée. Sous-sol 1. La cabine s'arrête. Les portes s'ouvrent sur le local technique. La chaleur est intense. Les chaudières ronflent. Au fond de la pièce, l'incinérateur de l'Institut. Une gueule d'acier de deux mètres de large. Les flammes dansent derrière le hublot. C'est ici que les restes humains finissent. Elias avance vers la machine. Il cherche la trappe d'évacuation des cendres. Elle mène directement aux égouts de la ville. Le sol vibre. Elias s'arrête. Le bruit vient d'en haut. Des moteurs lourds. Des pneus qui crissent sur le gravier de la cour. Les blindés de la police d'élite arrivent. Ils déploient les échelles. Les haut-parleurs crachent des ordres. Elias regarde Sarah. Elle sort une charge de C4 de sa poche. Elle la fixe sur le panneau de contrôle de l'ascenseur. Elle règle le détonateur sur quarante secondes. Ils se dirigent vers l'incinérateur. Elias ouvre la trappe latérale. La chaleur lui brûle le visage. Il jette le sac de diamants dans le conduit de refroidissement. Le sac glisse sur le métal. Sarah jette les dossiers. Kaleb s'assoit par terre. Il ne peut plus avancer. Il regarde ses mains. Elles sont couvertes de sang noir. Il sourit. Ses dents sont rouges. Elias saisit Kaleb sous les bras. Il le tire vers le conduit. Kaleb est trop lourd. Sarah aide Elias. Ils hissent le colosse vers l'ouverture. Kaleb se laisse faire. Il n'a plus de force. Il glisse dans le conduit. Sa chute ne fait aucun bruit. Sarah passe ensuite. Elle disparaît dans le noir. Elias reste seul dans la pièce. Il entend les bottes des policiers sur le sol du rez-de-chaussée. Ils brisent les vitres. Ils lancent des grenades assourdissantes. L'explosion du C4 secoue le sous-sol. La cage d'ascenseur s'effondre. La poussière envahit l'air. Elias enfile son masque respiratoire. Il saute dans le conduit. La glissade dure cinq secondes. Il chute dans une eau saumâtre. L'odeur est insupportable. C'est l'égout collecteur. Sarah est déjà là. Elle tient Kaleb par le col. Kaleb ne bouge plus. Elias se relève. L'eau lui arrive à la taille. Il récupère les sacs. Il vérifie l'étanchéité des fermetures. Tout est en ordre. Ils marchent dans le tunnel. Le béton est glissant. Des rats fuient devant eux. Elias utilise une boussole. Ils doivent parcourir deux kilomètres vers le sud. Là, une camionnette les attend. Sarah porte le sac de diamants. Elias porte Kaleb. Le poids est énorme. Ses poumons brûlent. Il ne s'arrête pas. Derrière eux, le bruit de la police s'estompe. Les murs de l'égout étouffent les sirènes. Elias regarde Kaleb. Le boxeur a cessé de respirer. Son cœur a lâché pendant la chute. Elias ne ralentit pas. Il traîne le cadavre. Il ne laisse personne derrière. Pas avant d'avoir atteint la sortie. Ils arrivent à une échelle métallique. Elias lève les yeux. La plaque d'égout est au sommet. Il pose le corps de Kaleb contre le mur. Il monte les échelons. Il pousse la plaque de fonte. Elle pèse soixante kilos. Il utilise ses épaules. La plaque bascule. L'air frais de la nuit entre dans le tunnel. Elias se hisse sur le bitume. Il est dans une ruelle sombre. La camionnette blanche est garée à dix mètres. Le moteur tourne. Sarah sort à son tour. Elle jette les sacs dans le coffre. Elias redescend chercher Kaleb. Il attache une corde sous les aisselles du mort. Sarah tire depuis le haut. Le corps remonte lentement. Elias sort en dernier. Il referme la plaque d'égout. Il aide Sarah à charger Kaleb dans la camionnette. Il ferme les portes arrière. Il s'assoit au volant. Il regarde le rétroviseur. Ses yeux sont vides. Il passe la première. La camionnette s'éloigne sans feux. L'Institut d'Excellence brûle derrière eux. Les diamants sont dans le sac. Les preuves sont là. Le diplôme est obtenu.

Nitrate et Titane

Elias s’agenouille devant le coffre. Le marbre est froid sous ses rotules. Ses mains sèches ouvrent la mallette en polymère. Il sort quatre pains de C4. La texture ressemble à de la pâte à modeler grise. Il presse le premier bloc contre le gond supérieur. Le titane brille sous le faisceau de sa lampe frontale. Elias ne transpire pas. Ses gestes sont mécaniques. Il répète une procédure apprise dans des manuels clandestins. Sarah se tient près de la double porte en chêne. Elle serre la crosse de son Benelli. Son index droit repose sur le pontet. Elle ne cligne pas des yeux. Ses pupilles sont dilatées par les bêtabloquants. Elle écoute les vibrations du bâtiment. L'amphithéâtre d'anatomie est un tombeau de pierre. L'odeur du formol s'insinue sous son masque de protection. Elle ajuste sa toge de cérémonie. Le tissu noir cache son gilet de kevlar. Kaleb est assis contre le premier gradin. Ses cent kilos pèsent sur la structure en bois. Il tousse dans un mouchoir en coton gris. Il regarde la tache de sang sombre sur le tissu. La tumeur presse contre son lobe frontal. Sa vision se trouble par intermittence. Il serre ses poings de boxeur. Ses articulations craquent. Il crache un mélange de salive et de bile sur le sol poli. Il ne sent plus ses pieds. Il attend l'ordre de bouger. Elias sort les détonateurs de leur étui en mousse. Il insère les cylindres de cuivre dans l'explosif. Il branche les fils électriques au boîtier de contrôle. Ses doigts sont agiles. Il vérifie la conductivité du circuit sur un écran LCD. Le signal est vert. Il fixe le boîtier sur le montant du coffre avec du ruban adhésif renforcé. Le bruit du déchirement du ruban résonne contre les murs. Elias regarde sa montre. Il reste trente minutes avant l'alerte automatique. Le coffre-fort est une relique de l'ère industrielle. Il mesure deux mètres de haut. L'acier est épais de vingt centimètres. Derrière cette porte se trouvent les preuves de la fraude. Huit millions de diamants de sang dorment dans des boîtes en velours. Elias ne pense pas à l'argent. Il pense à la structure moléculaire du titane. Il calcule la zone d'impact de l'onde de choc. Il veut une rupture nette. Sarah pivote la tête de cinq degrés vers la gauche. Un craquement provient du couloir des laboratoires. Elle épaule son fusil à pompe. Elle retire la sûreté d'un mouvement du pouce. Le clic métallique est sec. Elle retient sa respiration. Son cœur bat à quarante pulsations par minute. Le bruit ne se répète pas. C'est le bois qui travaille sous l'effet du froid. Elle reste immobile. Elle est une statue de chair et de nylon. Kaleb essaie de se lever. Ses muscles tremblent. Il s'appuie sur le rebord de la chaire en marbre. Le sang cogne dans ses tempes. Il voit des taches lumineuses dans son champ de vision. Il attrape son arme. Le poids du métal le stabilise. Il regarde Elias. Elias ne lève pas les yeux. Elias termine le câblage de la charge de rupture. Il utilise une pince coupante pour ajuster la longueur des fils. Les chutes de cuivre tombent sur le sol. L'amphithéâtre est plongé dans l'obscurité. Seules les lampes frontales percent le noir. Les ombres des gradins s'étirent sur le plafond voûté. Des bocaux de formol sont alignés sur les étagères. Des organes humains y flottent. Ils sont les témoins silencieux du casse. Elias recule de cinq mètres. Il déroule le câble de mise à feu. Il s'abrite derrière un pilier massif. Il regarde Sarah. Il lève un pouce. Sarah hoche la tête. Elle se plaque contre le mur, loin de l'axe de déflagration. Elias regarde Kaleb. Le colosse rampe derrière la chaire. Il respire bruyamment. L'air siffle dans ses poumons encrassés. Elias pose son pouce sur le bouton rouge du boîtier. Le compte à rebours s'affiche. Les chiffres défilent. Vingt-neuf minutes. Vingt-huit minutes. Elias appuie. L'explosion est brève. Un flash blanc sature l'espace. Le son est un coup de poing dans les tympans. La poussière de marbre envahit l'air. Des éclats de pierre ricochent sur les boiseries. L'odeur de la poudre remplace celle du formol. Elias ne bouge pas pendant cinq secondes. Il attend que les débris retombent. Il se lève. La fumée stagne au plafond. Le coffre est ouvert. La porte de titane pend sur un seul gond tordu. Le métal est brûlant. Elias s'approche. Il utilise des gants thermiques. Il tire sur la poignée massive. La porte grince et bascule. L'intérieur du coffre est tapissé de tiroirs en acier inoxydable. Elias ouvre le premier tiroir. Il voit des dossiers reliés de cuir. Il ouvre le deuxième tiroir. Les diamants brillent sous sa lampe. Ils ressemblent à des morceaux de verre brisé. Sarah entre dans la zone de tir. Elle surveille toujours la porte. Elle ne regarde pas le trésor. Son rôle est la protection du périmètre. Elle recharge son Benelli. Une cartouche vide tinte sur le sol. Elle insère une nouvelle munition dans le tube magasin. Elle scanne le couloir avec sa lampe tactique. Le faisceau balaie les murs de briques. Rien ne bouge. Kaleb arrive près du coffre. Il marche avec difficulté. Il porte les sacs de transport en toile épaisse. Il commence à vider les tiroirs. Ses mains larges saisissent les diamants par poignées. Il les jette dans les sacs. Le bruit des pierres précieuses qui s'entrechoquent est cristallin. Il ne sourit pas. Il n'éprouve rien. Il remplit le troisième sac avec les documents fiscaux. Le papier est sec. Elias vérifie le chronomètre. Vingt-cinq minutes. Le temps s'accélère. L'alarme silencieuse a probablement déjà atteint le centre de commandement. Les blindés de la police d'élite sont en route. Ils traversent la ville à haute vitesse. Les pneus crissent sur l'asphalte mouillé. Elias range son matériel. Il ne laisse aucune trace. Il ramasse les morceaux de ruban adhésif. Kaleb ferme les sacs. Il les charge sur ses épaules. La charge dépasse les soixante kilos. Ses genoux craquent sous le poids. Il serre les dents. Une veine gonfle sur son front. Il avance vers la sortie de secours. Sarah lui emboîte le pas. Elle marche à reculons. Elle couvre leurs arrières. Elias ferme la marche. Il éteint sa lampe frontale. Il se fie à sa mémoire spatiale. Ils traversent le couloir des laboratoires. Les semelles de leurs bottes crissent sur le verre brisé. L'air est plus froid ici. Ils atteignent l'escalier de service. Les marches en fer résonnent. Kaleb descend lourdement. Chaque pas est une agonie pour son dos. Il ne s'arrête pas. Il sait que l'incinérateur du sous-sol les attend s'ils échouent. C'est la destination finale des déchets de l'Institut. Ils arrivent au niveau moins deux. La chaufferie ronronne dans le noir. Elias repère la trappe d'accès aux égouts. Il utilise une barre à mine pour soulever la plaque en fonte. Le métal frotte contre le béton. Le bruit est insupportable. Elias glisse dans le trou. Il réceptionne les sacs que Kaleb lui tend. Sarah descend ensuite. Elle verrouille la trappe par l'intérieur avec une barre d'acier. L'eau croupie arrive à leurs chevilles. L'obscurité est totale. Elias rallume sa lampe. Le faisceau éclaire les parois couvertes de mousse. Ils avancent dans le tunnel. Le courant est faible. L'odeur de soufre est forte. Kaleb trébuche. Il se rattrape contre le mur. Il laisse une trace de sang sur la pierre. Sa tumeur saigne par le nez. Il essuie le liquide d'un revers de manche. Elias consulte sa boussole. Ils doivent marcher huit cents mètres vers le nord. Là, une échelle mène à une ruelle derrière un entrepôt de viande. La camionnette les attend. Elias accélère le pas. Sarah reste à dix mètres derrière. Elle surveille le tunnel sombre. Le silence des égouts est oppressant. Seul le bruit de leurs pas dans l'eau rompt le calme. Ils arrivent à une échelle métallique. Elias lève les yeux. La plaque d'égout est au sommet. Il pose le corps de Kaleb contre le mur. Il monte les échelons. Il pousse la plaque de fonte. Elle pèse soixante kilos. Il utilise ses épaules. La plaque bascule. L'air frais de la nuit entre dans le tunnel. Elias se hisse sur le bitume. Il est dans une ruelle sombre. La camionnette blanche est garée à dix mètres. Le moteur tourne. Sarah sort à son tour. Elle jette les sacs dans le coffre. Elias redescend chercher Kaleb. Il attache une corde sous les aisselles du colosse. Sarah tire depuis le haut. Le corps remonte lentement. Elias sort en dernier. Il referme la plaque d'égout. Il aide Sarah à charger Kaleb dans la camionnette. Il ferme les portes arrière. Il s'assoit au volant. Il regarde le rétroviseur. Ses yeux sont vides. Il passe la première. La camionnette s'éloigne sans feux. L'Institut d'Excellence brûle derrière eux. Les diamants sont dans le sac. Les preuves sont là. Le diplôme est obtenu.

La Crypte des Secrets

Elias plaque le C4 sur les gonds de la porte. La pâte grise adhère au métal froid. Il insère le détonateur électronique dans la masse. Les fils de cuivre brillent sous sa lampe frontale. Sarah surveille l'entrée de l'amphithéâtre. Elle tient son Benelli à deux mains. Le canon pointe vers les gradins vides. L'odeur du formol s'insinue sous les masques filtrants. Kaleb est assis contre la chaire en marbre. Sa main gauche presse une compresse sur sa cuisse. Le tissu est saturé de sang. Le liquide coule sur le sol blanc. Il forme une flaque sombre. Kaleb ne gémit pas. Il regarde le plafond. Ses pupilles sont dilatées. Elias recule de trois mètres. Il s'accroupit derrière un pilier en béton. Il presse le bouton de la télécommande. Le déclic est sec. L'explosion est sourde. Le béton épais étouffe le souffle. Une onde de choc fait vibrer les cages thoraciques. La poussière de plâtre envahit l'air. Elle retombe comme une neige grise sur les cadavres des gardes. Elias se lève. Il marche vers la porte. Le mécanisme de verrouillage est pulvérisé. L'acier est tordu. La porte de deux tonnes a bougé de quelques centimètres. Elias insère un pied-de-biche dans l'interstice. Il pèse de tout son corps. Ses muscles se tendent sous sa toge de cérémonie. Le métal grince. Le bruit déchire le silence de la salle. La porte pivote lentement sur ses axes graissés. L'intérieur de la crypte est plongé dans le noir. Elias allume sa torche tactique. Le faisceau balaie la pièce. Les murs sont tapissés de coffres en acier inoxydable. Au centre, une table de tri en métal. L'air est sec. Il sent le papier vieux et la graisse mécanique. Elias se dirige vers la section alpha. Il cherche les classeurs noirs. Il les trouve sur l'étagère supérieure. Il en saisit un. Il l'ouvre sur la table. Les feuilles sont fines. Le papier bible crisse sous ses doigts gantés. Les colonnes de chiffres s'alignent avec une précision chirurgicale. Des noms de banques offshore. Des montages financiers complexes. Des signatures manuscrites. Le Doyen est en première ligne. La fraude est globale. Elle est chiffrée en milliards. Elias range les dossiers dans son sac à dos renforcé. Le poids tire sur ses épaules. Sarah entre dans la pièce. Elle ne regarde pas les documents. Elle se dirige vers le fond de la crypte. Elle s'arrête devant un coffre plus petit. Le code est inscrit sur son avant-bras. Elle tourne le cadran. Le mécanisme clique quatre fois. Elle tire la poignée. À l'intérieur, des sacs de velours bleu sont empilés. Elle en prend un. Elle l'ouvre. Les diamants de sang brillent sous la lumière. Ils sont bruts. Des morceaux de carbone pur. Ils n'ont pas de reflet. Ils absorbent la lumière. Sarah vide le sac dans sa sacoche latérale. Le bruit des pierres ressemble à des os qui s'entrechoquent. Elle répète le geste avec les sept autres sacs. Huit millions de dollars. Le prix de leur liberté. Le prix de leur survie. Elias regarde sa montre. Il reste vingt-deux minutes. L'alarme silencieuse a été activée lors de l'explosion. Les unités d'élite de la police sont en mouvement. Les blindés traversent la ville. Les sirènes sont encore loin. Elias sort de la crypte. Il s'approche de Kaleb. Le colosse a le visage livide. La sueur perle sur son front marqué par la variole. Elias le saisit sous les aisselles. Il le soulève. Kaleb pèse cent kilos. Elias grogne sous l'effort. Sarah prend le fusil de Kaleb. Elle ouvre la marche vers l'ascenseur de service. Leurs pas résonnent sur le marbre. Les semelles de leurs bottes laissent des traces rouges sur le sol. Ils atteignent la cage d'ascenseur. Sarah force la grille avec le canon de son arme. Elle vérifie le puits. Le câble est en place. Elle fixe une poulie de descente. Elias attache Kaleb au harnais. Le colosse ferme les yeux. Sa respiration est sifflante. La tumeur presse contre son cerveau. Il ne sent plus ses jambes. Elias bascule Kaleb dans le vide. Le frein de la poulie hurle. Le corps descend dans l'obscurité du sous-sol. Sarah suit immédiatement. Elle glisse le long du câble. Elias reste seul en haut. Il regarde l'amphithéâtre une dernière fois. Les toges de cérémonie sont abandonnées sur le sol. Elles ressemblent à des linceuls. Elias se saisit du câble. Ses gants en kevlar fument sous la friction. Il descend de dix mètres. Il touche le sol en béton du sous-sol. L'odeur de terre humide remplace celle du formol. Ils sont dans les tunnels techniques. Sarah a déjà chargé Kaleb sur un chariot de transport de matériel. Elle pousse le chariot vers la sortie sud. Elias marche derrière elle. Il tient son arme à l'épaule. Il surveille les tuyaux de vapeur. La chaleur augmente. Ils arrivent à l'échelle métallique. Elias lève les yeux. La plaque d'égout est au sommet. Il pose le corps de Kaleb contre le mur. Il monte les échelons. Il pousse la plaque de fonte. Elle pèse soixante kilos. Il utilise ses épaules. La plaque bascule. L'air frais de la nuit entre dans le tunnel. Elias se hisse sur le bitume. Il est dans une ruelle sombre. La camionnette blanche est garée à dix mètres. Le moteur tourne. Sarah sort à son tour. Elle jette les sacs dans le coffre. Elias redescend chercher Kaleb. Il attache une corde sous les aisselles du colosse. Sarah tire depuis le haut. Le corps remonte lentement. Elias sort en dernier. Il referme la plaque d'égout. Il aide Sarah à charger Kaleb dans la camionnette. Il ferme les portes arrière. Il s'assoit au volant. Il regarde le rétroviseur. Ses yeux sont vides. Il passe la première. La camionnette s'éloigne sans feux. L'Institut d'Excellence brûle derrière eux. Les diamants sont dans le sac. Les preuves sont là. Le diplôme est obtenu.

Le Sang du Père

La camionnette roule vers le nord. Le moteur vibre sous le plancher de tôle. Elias tient le volant à deux mains. Ses jointures sont blanches. Sarah est assise sur une caisse de munitions. Kaleb gît contre la paroi gauche. Son souffle est court. Un sifflement sort de sa gorge à chaque expiration. Le sang sature son bandage de fortune. L'odeur de fer remplit l'espace clos. La sueur coule sur le front de Sarah. Elle ne s'essuie pas. Ses yeux fixent le coffret métallique. Le coffret est un bloc d'acier brossé. Il pèse douze kilos. Sarah le tire vers elle. Le métal frotte sur la carrosserie. Le bruit est strident. Elle sort un couteau de combat de sa botte. La lame est en carbone noir. Elle insère la pointe sous le loquet du coffret. Elle appuie avec tout le poids de son épaule. Le métal gémit. Le verrou cède avec un claquement sec. Le couvercle bascule en arrière. Huit millions de dollars en diamants de sang. Les pierres sont brutes. Elles ressemblent à des morceaux de verre brisé. La lumière des feux de signalisation filtre par la vitre fumée. Les diamants captent le rouge des ampoules. Ils brillent comme des braises dans l'obscurité. Sarah plonge sa main dans le tas. Le contact est froid. Elle serre le poing. Les arêtes coupantes entrent dans sa paume. Elle ne lâche pas. Elle sent le poids de la fortune. Sous les pierres, elle voit un pli. C'est une enveloppe en papier crème. Le grain est épais. Un sceau de cire ferme le rabat. L'emblème de l'Institut est gravé dans la matière rouge. Sarah brise la cire avec l'ongle. Elle déplie la feuille de papier. Le texte est dactylographié. Une seule ligne est écrite en gras au centre. Son nom de naissance. Le nom qu'elle a effacé de ses papiers dix ans plus tôt. En dessous, la signature du Doyen. L'encre noire est sèche. La date remonte à la veille de l'attaque. Sarah fixe le papier. Ses pupilles se dilatent. Ses doigts se crispent sur les bords de la lettre. Elle replie la feuille avec une précision chirurgicale. Elle la glisse dans sa botte droite. Elle regarde le dos d'Elias. Le cerveau conduit sans un mot. Il regarde la route. Il ignore le chaos dans la soute. Il ignore la lettre. Sarah pose sa main sur la crosse du Benelli. Le métal est froid contre sa peau. Elle vérifie la chambre du fusil. Une cartouche de chevrotine est engagée. Elle retire la sûreté. Le clic est masqué par le bruit du moteur. Elle regarde Kaleb. Le colosse ne bouge plus. Ses yeux sont vitreux. Sa poitrine ne se soulève plus. Il est un poids mort. Sarah attrape un bidon d'essence sous le siège. Elle dévisse le bouchon de plastique. L'odeur d'hydrocarbure prend à la gorge. Elle déverse le liquide sur les jambes de Kaleb. Elle en répand sur les liasses de billets. Elle imbibe les parois de la camionnette. Le liquide brille sur le sol. Elle reprend sa position initiale. Le fusil est entre ses genoux. Elias tourne à droite. La camionnette penche sur ses suspensions. Les diamants glissent dans le coffret. Le bruit ressemble à une cascade de gravier. Sarah se lève. Elle s'appuie contre la paroi vibrante. Elle vise la nuque d'Elias. Le canon du fusil est à trente centimètres de son crâne. Elias ne voit rien. Il change de rapport. La boîte de vitesses craque. Le moteur monte en régime. Ils quittent la zone urbaine. Les lampadaires s'espacent. L'obscurité devient totale. La pluie commence à tomber. Les gouttes frappent le toit en tôle. Le son est celui d'une mitrailleuse lointaine. Les essuie-glaces grincent sur le pare-brise. Elias active le chauffage. L'air chaud transporte l'odeur d'essence vers l'avant. Il ne réagit pas. Il a le nez bouché par le sang séché. Sarah sent la sueur couler dans son dos. Sa combinaison est trop serrée. Elle sent chaque battement de son cœur dans ses tempes. Le rythme est rapide. Cent-vingt battements par minute. Elle regarde ses mains. Elles ne tremblent pas. Elle serre les poings. Ses phalanges craquent. Elle se remémore le visage du Doyen. Les rides autour de ses yeux. Son sourire carnassier. Le nom sur le papier est une condamnation. Elle n'est pas une boursière. Elle est une preuve vivante. Elle est une erreur à corriger. Le Doyen savait qu'ils viendraient. Il a laissé la lettre comme un appât. Il a réussi. Elias freine brusquement. La camionnette dérape sur le bitume mouillé. Sarah se rattrape à une poignée métallique. Le coffret glisse et percute la porte arrière. Elias coupe le moteur. Le silence est immédiat. Seul le cliquetis du métal chaud rompt le calme. La pluie tambourine sur la carrosserie. Elias ne se retourne pas. Il ouvre sa portière. La lumière du plafonnier s'allume. Elle est faible. Sarah voit la nuque d'Elias. Elle voit la cicatrice de brûlure sur son bras. Elias descend du véhicule. Il marche vers l'arrière. Ses pas écrasent les graviers mouillés. Sarah se lève. Elle se tient près de la porte latérale. Elle attend que la poignée tourne. Elle a le doigt sur la détente. La pression nécessaire est de deux kilos. Elle est prête. La porte coulisse sur son rail. Elias apparaît dans l'ouverture. Il voit le fusil. Il ne bouge pas. Ses mains sont levées à hauteur d'épaules. Son visage est une plaque de marbre. — Les diamants sont dans le sac, dit Sarah. Sa voix est un souffle froid. Elias regarde le bidon d'essence vide. Il regarde le corps de Kaleb. Il comprend la situation. Il ne supplie pas. Il n'argumente pas. Il attend la suite logique de l'équation. Il sait que la logique mène à la mort. — Tu as lu la lettre, dit Elias. Ce n'est pas une question. C'est un constat technique. Sarah hoche la tête une seule fois. Elle recule d'un pas dans la soute. Elle veut de l'espace. Elle veut voir l'ensemble de la cible. Elle veut être sûre de son coup. — Je brûle tout, dit-elle. Elle sort un briquet de sa poche. C'est un Zippo en chrome brossé. Elle fait tourner la molette. Une flamme jaune danse dans l'obscurité. Elle jette le briquet sur le tas de billets imbibés. La flamme prend instantanément. Le bleu de l'essence vire à l'orange vif. La chaleur frappe son visage. Elle saute hors de la camionnette. Elle atterrit dans la boue. Elle garde le fusil braqué sur la poitrine d'Elias. L'incendie se propage aux parois de bois. La fumée noire s'échappe par la porte ouverte. Elias recule devant la fournaise. Il regarde le sac de diamants sur l'épaule de Sarah. Il fait un pas vers elle. Sa main droite descend vers sa ceinture. Sarah n'attend pas. Elle presse la détente. Le coup de feu déchire la nuit. Le recul cogne son épaule avec violence. Elias est projeté en arrière. Il tombe dans la boue grasse. Une tache sombre s'élargit sur sa chemise blanche. Sarah se tourne vers la forêt. Elle court. Le sac de diamants pèse sur ses reins. Les lanières scient ses épaules. Derrière elle, la camionnette explose. Le réservoir vient de céder sous la chaleur. Une boule de feu monte vers le ciel noir. Kaleb est incinéré dans la soute. Elias est mort dans la boue. Le nom de famille de Sarah n'existe plus sur le papier. Il n'existe plus nulle part. Elle s'enfonce sous les arbres. Les branches basses griffent son visage. Elle ne sent pas la douleur. Elle ne sent pas le froid. Elle court vers la frontière. Elle est la seule lauréate de la promotion. Elle est la seule survivante de l'Institut. Elle disparaît dans le noir.

L'Alarme Silencieuse

La diode rouge pulse sur le pupitre en acier. Fréquence : un éclair par seconde. Elias fixe l'écran à cristaux liquides. Le code 404 s'affiche en gras. L'alarme silencieuse a franchi les serveurs de l'Institut. Le signal atteint maintenant le centre de commandement de la police. Elias retire ses gants en latex. Ses doigts sont secs. Il regarde sa montre. Minuit vingt-cinq. Les blindés quittent la caserne. Temps d'intervention estimé : quinze minutes. "On bouge", dit Elias. Sa voix est un rasoir sur du verre. Sarah boucle le dernier sac de sport. Le nylon craque sous le poids des pierres. Huit millions de carats. Le sac pèse trente kilos. Elle ajuste la sangle sur son épaule droite. Le muscle trapèze se contracte violemment. Kaleb ramasse son Benelli. Le métal du fusil est froid. Il vérifie la chambre. Une cartouche de chevrotine est engagée. Le colosse ne dit rien. Sa respiration est lente. La tumeur presse contre son lobe frontal. Il ignore la douleur sourde. Ils traversent l'amphithéâtre. Leurs pas résonnent sur le marbre blanc. Des taches de sang marquent le sol près de la chaire. Le garde gît sur le flanc. La balle de 9mm a pulvérisé ses vertèbres cervicales. L'odeur de formol se mélange à celle du cuivre. Ils montent les gradins en chêne. Le bois grince sous leurs bottes tactiques. Elias mène la marche. Il tient un plan plastifié dans la main gauche. La sortie de secours se trouve derrière les cuves. L'air est saturé d'humidité. Sarah sent la sueur couler dans son dos. Elle prend un bêtabloquant sans s'arrêter. Le comprimé glisse dans sa gorge sèche. Son rythme cardiaque redescend à soixante battements. Dehors, les sirènes sont encore inaudibles. Mais les ondes radio saturent déjà l'espace. Les unités d'élite activent les brouilleurs. Leurs téléphones sont désormais inutiles. Elias pousse la porte blindée. Le verrou hydraulique siffle. Ils entrent dans le couloir technique. Des tubes fluorescents grésillent au plafond. La lumière est crue. Elle révèle la poussière en suspension. Kaleb ferme la marche. Il regarde derrière lui. Le vide de l'amphithéâtre semble les aspirer. "Dix minutes", annonce Elias. Il ne court pas. Il marche vite. L'efficacité prime sur la précipitation. Un faux pas signifie l'incinérateur. L'ascenseur de service est au bout du couloir. La cabine est en métal brossé. Ils entrent. L'espace est restreint. L'odeur de sueur de Kaleb remplit la cabine. Sarah fixe le sol. Elle pense aux diamants. Elle pense au Doyen. Son père ne sait pas encore qu'il est ruiné. L'ascenseur descend vers le parking souterrain. Le moteur à induction ronronne. Le chiffre 0 s'allume en rouge. Les portes s'ouvrent. Le parking est une caverne de béton gris. Trois berlines noires sont alignées. Le silence est total. Elias sort son arme. Un Glock 17 avec silencieux. Il balaie la zone de gauche à droite. Rien ne bouge. "La camionnette", ordonne-t-il. Ils courent vers le véhicule utilitaire blanc. Kaleb jette les sacs dans la soute. Le métal résonne. Le poids fait osciller les suspensions. Sarah grimpe à l'arrière. Elle vérifie les charges de C4. Les détonateurs sont armés. Elias s'installe au volant. Il insère la clé. Le moteur diesel s'ébroue. Les vibrations secouent le châssis. Il reste huit minutes. Les blindés sont à deux kilomètres. Ils arrivent par le boulevard périphérique. Elias engage la première vitesse. Les pneus crissent sur le béton lisse. La barrière automatique se dresse devant eux. Elias ne freine pas. Le pare-chocs percute le plastique. La barrière vole en éclats. Ils sortent dans la rue sombre. La pluie commence à tomber. Les gouttes s'écrasent sur le pare-brise. Les essuie-glaces battent le rythme. Gauche. Droite. Kaleb surveille la lunette arrière. Il voit les reflets bleus au loin. Les gyrophares déchirent l'obscurité. La police d'élite est là. "Ils sont sur nous", dit Kaleb. Elias écrase l'accélérateur. Le moteur hurle. Le temps se contracte. Elias braque le volant à gauche. La camionnette penche sur ses appuis. Les sacs de diamants glissent contre la paroi métallique. Le bruit est sourd. Sarah maintient son fusil Benelli entre ses genoux. Elle vérifie le cran de sûreté. Son index reste le long du pontet. La discipline est sa seule protection. Kaleb crache dans un mouchoir. Le sang est noir. La tumeur gagne du terrain. Il recharge son arme par réflexe. Le ressort du magasin claque. Elias regarde le rétroviseur. Deux véhicules blindés apparaissent. Les projecteurs de toit balaient la chaussée. La lumière blanche frappe le bitume mouillé. "Préparez les charges", dit Elias. Sa main droite change de rapport. La boîte de vitesses craque. Sarah saisit un bloc de C4. Elle fixe l'aimant sur la porte arrière. Le minuteur affiche trente secondes. Elle ouvre la porte battante. Le vent froid s'engouffre dans l'habitacle. La pluie fouette son visage. Elle lâche le bloc sur la route. Le C4 rebondit deux fois. Il s'immobilise au milieu de la voie. Le premier blindé arrive à sa hauteur. L'explosion soulève l'avant du véhicule. L'acier se déchire comme du papier. Le blindé pivote et percute un muret. Une colonne de fumée noire s'élève. Elias ne sourit pas. Il calcule la distance restante. La zone industrielle est à trois kilomètres. Les entrepôts offrent des cachettes optimales. Le moteur diesel sature. L'aiguille du compte-tours touche la zone rouge. La température d'huile monte. Kaleb observe les flammes derrière eux. Le deuxième blindé contourne l'épave. Il reprend la poursuite. Une rafale de HK MP5 claque. Les impacts criblent la carrosserie de la camionnette. Le verre de la lunette arrière explose. Les fragments tombent sur les sacs de diamants. Kaleb s'abaisse. Il riposte avec le Benelli. Le coup de feu est un tonnerre bref. La cartouche de chevrotine brise le pare-brise du poursuivant. Le blindé fait un écart. Il mord sur le trottoir. Elias tourne brusquement dans une ruelle étroite. Les rétroviseurs frottent contre les murs de briques. Les étincelles jaillissent dans le noir. Le temps se contracte encore. Il reste quatre minutes. Le point de rendez-vous est proche. Le quai de déchargement numéro quatre. C'est là que tout se joue. L'ascenseur social s'arrête ici. C'est une chute libre. Sarah serre les dents. La mâchoire lui fait mal. Elle sent le goût du fer dans sa bouche. Le stress physique est total. Elias éteint les phares. Il roule à l'aveugle. Il connaît le plan par cœur. Chaque virage est gravé dans son cortex. La camionnette s'immobilise devant un hangar. La porte métallique est entrouverte. "Sortez", ordonne Elias. Il coupe le contact. Le silence revient brusquement. Il est plus lourd que le bruit. Ils attrapent les sacs. Leurs muscles brûlent. L'acide lactique paralyse leurs membres. Ils entrent dans le hangar. L'odeur de graisse et de poussière domine. Au fond, une trappe mène aux égouts. C'est le dernier segment. Le tunnel vers la liberté ou la fosse commune. Elias regarde sa montre une dernière fois. Zéro minute. Les sirènes hurlent juste devant le hangar. Les freins des blindés sifflent. Le siège commence. Elias arme son Glock. Kaleb épaule son fusil. Sarah saisit les lanières des sacs. Ils descendent dans le trou. L'obscurité les avale. Le métal de la trappe se referme. Le verrou claque. La promotion est terminée.

Trajectoire de Collision

La porte de l'amphithéâtre cède sous l'impact du bélier. Le bois de chêne explose en éclats acérés. Les débris percutent les premiers rangs de sièges vides. La poussière de plâtre sature instantanément l'air froid. Une rafale de 5.56 déchire le silence de la salle. Les projectiles percutent le buste en marbre de Socrate. La tête de pierre éclate en fragments tranchants. Un éclat coupe la joue gauche de Sarah. Elle ne cille pas sous l'impact du verre. Elle vérifie les détonateurs sur le flanc du coffre. Ses doigts bougent avec une précision purement mécanique. Kaleb se lève derrière le pupitre de marbre massif. Ses cent kilos de muscles se déploient sans hâte. Il saisit fermement la poignée de son Benelli M4. La crosse s'appuie contre son épaule droite durcie. Il vise le haut de l'escalier central sombre. Le premier policier d'élite apparaît dans l'encadrement brisé. Il porte une visière épaisse en polycarbonate noir. Kaleb presse la détente du fusil à pompe. Le coup de feu résonne comme un canon. La cartouche de calibre 12 libère neuf grains. L'impact projette violemment le corps vers l'arrière. Le sang asperge le mur de chêne sombre. Elias regarde sa montre à affichage digital rouge. Le compte à rebours indique trente-deux minutes exactes. Il ajuste ses lunettes sur son nez anguleux. Ses mains restent sèches malgré la chaleur ambiante. Il observe la trajectoire des balles sur le mur. Les impacts forment une ligne horizontale très précise. Les assaillants utilisent des fusils d'assaut HK416 noirs. Le rythme des tirs est soutenu et régulier. Elias calcule la vitesse de progression de l'unité. Il reste quatre minutes avant l'encerclement total. Une deuxième rafale pulvérise le buste d'Aristote. La tête de pierre roule sur les gradins. Elle finit sa course contre la botte de Kaleb. Le colosse ne recule pas d'un seul pouce. Il pompe une nouvelle cartouche dans la chambre. Le cliquetis métallique est net dans le vacarme. Il tire une deuxième fois vers la porte. Le recul brutal secoue son torse marqué de cicatrices. La gerbe de plomb balaye la rampe de cuivre. Un deuxième homme tombe lourdement dans l'escalier. Ses bottes glissent sur le sang frais et visqueux. Sarah connecte les câbles rouges au boîtier noir. L'odeur de formol se mélange à la poudre. Ses pupilles sont dilatées par les puissants bêtabloquants. Elle ne ressent pas la douleur sur sa joue. Elle se concentre sur le schéma du circuit. Le coffre-fort contient huit millions de diamants bruts. Il contient aussi les preuves de la fraude fiscale. Elle insère le dernier détonateur dans le C4. La pâte plastique colle à ses gants fins. Elle branche la batterie de secours au module. Le plafond de l'amphithéâtre tremble sous les détonations. Des morceaux de stuc tombent sur les pupitres. Kaleb reçoit une balle dans l'épaule gauche. Le projectile traverse le tissu épais de sa toge. Il ne lâche pas son arme de combat. Sa main gauche serre fermement le garde-main chaud. Il tire une troisième fois vers l'entrée principale. Le Benelli crache une flamme courte et très vive. L'homme en tête de colonne s'effondre net. Son bouclier balistique claque lourdement sur le sol. Elias ramasse un chargeur de rechange au sol. Il le glisse dans son Glock 17 noir. Le mouvement est fluide et rapide comme l'éclair. Il se place sur le flanc gauche de Kaleb. Il tire deux fois vers l'entrée de l'amphithéâtre. Les douilles de 9mm tintent sur le marbre froid. Il vise les articulations exposées sous les boucliers. Un tireur adverse recule en hurlant de douleur. Elias ne change pas d'expression faciale du tout. Il compte les munitions restantes dans son chargeur. La fumée des tirs stagne sous la coupole. La visibilité diminue de moitié dans la salle. Kaleb respire bruyamment par le nez cassé. La tumeur presse contre son nerf optique droit. Sa vision périphérique se trouble par moments brefs. Il ignore la sensation de brûlure dans l'épaule. Il bloque l'accès aux escaliers avec son corps. Il est un rempart de chair et de plomb. Une grenade assourdissante roule sur le sol poli. Elle explose dans un flash blanc très violent. Le son disparaît instantanément pour la jeune Sarah. Ses oreilles sifflent avec une intensité vraiment insupportable. Elle garde les yeux fixés sur le coffre-fort. Elle ne doit pas perdre le contact visuel. Elle termine le branchement du module de fréquence. Le voyant passe au vert fixe sur l'écran. Elle tape le code de sécurité sur le clavier. Les chiffres s'affichent sur l'écran à cristaux liquides. Le mécanisme interne du coffre s'enclenche enfin. Un grondement sourd parcourt tout le métal blindé. Kaleb essuie le sang qui coule dans l'œil. Il recharge son fusil avec des gestes automatiques. Il a déjà vécu cette scène de combat. La mort est une certitude mathématique pour lui. Il se redresse pour offrir une cible large. Il veut attirer le feu sur son torse. Les balles percutent son gilet pare-balles en Kevlar. L'énergie cinétique brise deux de ses côtes gauches. Il reste debout malgré la douleur physique intense. Il tire sa dernière cartouche de calibre 12. L'unité d'élite lance une deuxième vague d'assaut. Ils utilisent des fumigènes pour couvrir leur avance. Elias repère les silhouettes thermiques dans la brume. Il tire trois fois en cadence très rapide. Chaque balle trouve une zone corporelle non protégée. Le chaos est total dans l'amphithéâtre d'anatomie. Le marbre blanc est recouvert de débris divers. Les bustes des philosophes gisent en morceaux épars. La connaissance cède la place à la violence. Sarah appuie sur le bouton d'armement final. Le compte à rebours de la charge commence. Dix secondes avant la détonation de la porte. Elle attrape son sac de transport en toile. Elle rampe vers la position de repli d'Elias. Les balles sifflent au-dessus de sa tête rasée. Elle sent le souffle chaud des projectiles rapides. Elle atteint le pilier central en cinq secondes. Elias la saisit fermement par le bras gauche. Il la tire derrière le socle de pierre. Kaleb vide son arme de poing sur l'ennemi. Il a utilisé toutes ses munitions de fusil. Il sort un couteau de combat de sa ceinture. Il attend le contact physique avec les agents. Un policier franchit la dernière marche de l'escalier. Kaleb se jette sur lui avec force brute. Ils roulent ensemble sur les gradins en chêne. Le poids de Kaleb écrase la cage thoracique. Il enfonce la lame sous le menton adverse. Le corps de l'agent se raidit puis lâche. L'explosion de la charge de C4 survient alors. L'onde de choc brise les vitraux de la coupole. Le coffre-fort s'ouvre dans un fracas de métal. Les diamants de sang se répandent sur le sol. Ils brillent faiblement dans la poussière de plâtre. Elias récupère les documents de la fraude fiscale. Il les glisse dans une pochette plastique étanche. Il fait signe à Sarah de partir vite. Ils doivent atteindre la sortie de secours latérale. Kaleb se relève péniblement du corps de l'agent. Il a reçu trois autres balles dans le torse. Le sang sature sa chemise blanche sous l'étoffe. Il regarde Elias une dernière fois sans mot. Il n'y a pas d'adieu dans ses yeux. Il y a seulement l'acceptation du vide final. Il se tourne vers l'entrée de la salle. Il ramasse le fusil d'assaut du policier mort. Il se prépare pour le dernier assaut frontal. Elias et Sarah s'engouffrent dans le conduit sombre. Ils ne regardent pas en arrière une seconde. La mission prime sur les individus du groupe. Le bruit des tirs reprend derrière leurs dos. Kaleb hurle une dernière fois en ouvrant le feu. Le son est couvert par l'effondrement du plafond. La poussière envahit tout l'espace de l'amphithéâtre. Le silence revient progressivement dans les couloirs froids. La promotion est terminée.

L'Incinérateur Facultaire

Elias pose le pied sur la première marche en métal. Le fer froid résonne sous sa semelle. Sarah suit à deux mètres. Elle tient son Benelli à bout de bras. Le canon pointe vers le bas. L’air devient épais. Une odeur de graisse animale et de solvant monte des profondeurs. Ils descendent au niveau moins trois. Les murs en béton brut suintent une humidité noire. Elias ne regarde pas en arrière. Kaleb est une donnée supprimée de l’équation. Le sacrifice est une variable acceptée. Le palier du sous-sol s’ouvre sur un couloir rectiligne. Des néons de secours projettent une lumière blafarde. Elias vérifie le compteur sur son poignet. Trente-deux minutes se sont écoulées. Le temps presse. Les blindés de la police d'élite convergent vers l'Institut. Il entend le bourdonnement lointain des sirènes à travers les conduits d'aération. Sarah change son chargeur. Le clic du métal sur le métal est net. Elle ne dit rien. Ses pupilles sont dilatées par les bêtabloquants. Ils atteignent la zone des déchets anatomiques. Des bacs en polyéthylène bleu s'alignent contre les parois. Certains sont renversés. Des fragments de tissus humains flottent dans une solution de formol. L’odeur devient agressive. Elle brûle les muqueuses. Elias enjambe un fémur sectionné. Il ne ressent aucun dégoût. Son cerveau traite les obstacles comme des débris inertes. Il cherche la porte de l'incinérateur central. La chaleur augmente brusquement. Le mur de briques réfractaires irradie. Ils entrent dans la salle des fours. Trois blocs de fonte noire dominent l'espace. Les flammes rugissent derrière les hublots de quartz épais. Le bruit est un grondement sourd et permanent. C’est ici que l’Institut efface ses erreurs. Les cadavres des expériences ratées et les secrets organiques finissent en cendres. La température atteint cinquante degrés. La sueur coule dans les yeux d'Elias. Il essuie son visage d'un geste sec. Sarah se poste en couverture près de l'entrée. Elle surveille l'angle mort derrière les chaudières. Son doigt caresse la détente. Elias s'approche du panneau de contrôle du four numéro deux. Les cadrans analogiques oscillent dans la zone rouge. Il cherche la trappe de déchargement des scories. C’est l’unique point de jonction avec le collecteur des égouts. Le passage est étroit. Il mesure soixante centimètres de large. Elias sort la pochette plastique de sa toge. Les diamants de sang et les microfilms sont intacts. Il fixe la pochette à sa ceinture avec un mousqueton en acier. Il regarde la bouche du four. Les flammes lèchent la paroi interne. Il doit synchroniser l'ouverture avec le cycle de ventilation. Si le tirage s'inverse, ils meurent carbonisés en trois secondes. Il observe les aiguilles de pression. Elles tremblent. Elias calcule les probabilités. La structure du conduit est ancienne. La corrosion a fragilisé les fixations. Le flux thermique est instable. Les chances de traverser sans brûlures au troisième degré sont minimes. Il évalue le taux de réussite à douze pour cent. Il ne communique pas ce chiffre à Sarah. L'information est inutile pour elle. Seule l'exécution compte. Un bruit métallique claque dans le couloir. Sarah pivote. Elle épaule son fusil. Deux gardes de sécurité apparaissent à l'autre bout de la salle. Ils portent des masques à gaz et des gilets pare-balles lourds. Le premier garde lève son pistolet-mitrailleur. Sarah tire. La décharge de chevrotine percute le garde en pleine poitrine. Il recule de trois mètres sous l'impact. Son corps s'effondre contre un bac de déchets. Le liquide bleu se répand sur le sol. Le second garde se met à couvert derrière une pile de caisses. Il riposte. Les balles de 9mm ricochent sur la carcasse du four. Elias s'accroupit derrière le socle en béton. Des éclats de métal sifflent à ses oreilles. Il sort son arme de poing. Il tire trois fois. Les impacts marquent le métal des caisses. Le garde reste terré. Le duel est statique. Le temps joue contre les étudiants. Sarah lance une grenade flash. L'explosion sature l'espace d'une lumière blanche. Le garde est aveuglé. Sarah sprinte. Elle franchit la distance en quatre secondes. Elle plaque le canon de son Benelli sous le menton du garde. Elle presse la détente. La tête du garde disparaît dans une brume rouge. Sarah revient vers Elias. Elle respire bruyamment. Son visage est couvert de taches sombres. Elias manipule le levier de dérivation. La flamme du four numéro deux diminue d'intensité. Le rugissement devient un sifflement aigu. La trappe de déchargement s'ouvre lentement. Une vague de chaleur sèche frappe Elias. Il sent ses sourcils griller. Il fait signe à Sarah. Elle doit passer la première. Elle hésite une fraction de seconde. Elle regarde le brasier. Elias la pousse fermement vers l'ouverture. Sarah s'engouffre dans le conduit de scories. Elle rampe sur les cendres encore chaudes. Ses vêtements fument. Elias suit immédiatement. L'espace est oppressant. Le métal brûle ses paumes. Il ignore la douleur. Il se concentre sur le mouvement de ses muscles. Il rampe sur cinq mètres. La pente s'accentue brusquement. Ils glissent dans un boyau vertical. La chute dure deux secondes. Ils atterrissent dans une eau saumâtre et glacée. Le choc thermique est violent. Elias reprend son souffle. Ils sont dans le collecteur principal. L'obscurité est totale. Il allume une lampe torche tactique. Le faisceau perce le brouillard de vapeur. Les murs du tunnel sont couverts de mousse noire. L'eau arrive à la taille. Le courant est fort. Elias vérifie la pochette à sa ceinture. Le trésor est là. Sarah émerge de l'eau à ses côtés. Elle a perdu son fusil dans la chute. Elle tient un couteau de combat à la main. Ses yeux cherchent une menace dans le noir. Elias consulte sa boussole. Le nord est à gauche. Ils doivent suivre le flux de l'eau vers la sortie de décharge située à deux kilomètres. Le silence des égouts est rompu par des échos lointains. Les forces d'intervention ont trouvé la trappe de l'incinérateur. Ils vont injecter du gaz ou descendre en rappel. Elias accélère le pas. Ses bottes s'enfoncent dans la vase du fond. Chaque mouvement demande un effort considérable. La fatigue accumulée pèse sur ses membres. Son cœur bat à un rythme irrégulier. Ils croisent des rats qui fuient la lumière. Les rongeurs nagent frénétiquement contre le courant. Elias ne s'arrête pas. Il calcule la distance restante. Mille deux cents mètres. Il sent une douleur sourde dans son avant-bras gauche. La cicatrice de sa brûlure ancienne palpite. Il serre les dents. La douleur est une information sensorielle. Rien de plus. Sarah trébuche sur un débris immergé. Elle manque de disparaître sous la surface. Elias la saisit par le col de sa toge. Il la redresse. Elle crache de l'eau noire. Ses forces l'abandonnent. Les bêtabloquants cessent de faire effet. Le contrecoup arrive. Elle tremble de tout son corps. Elias la maintient debout. Il n'y a pas de place pour la faiblesse. La fosse commune attend les perdants. Une lueur grise apparaît au bout du tunnel. C'est la grille de décharge donnant sur la rivière. Elias sort une petite charge de C4 de sa poche. Il la fixe sur les charnières rouillées de la grille. Il connecte le détonateur. Il recule de dix mètres avec Sarah. Il appuie sur le bouton. L'explosion est étouffée par l'humidité ambiante. La grille bascule dans le vide. L'air frais de la nuit s'engouffre dans le collecteur. Elias et Sarah atteignent l'ouverture. Ils sont à dix mètres au-dessus de la rivière. L'eau est sombre et profonde. Elias regarde sa montre. Quarante minutes exactement. Le contrat est rempli. Il saute le premier. L'eau froide l'engloutit. Il remonte à la surface et nage vers la rive opposée. Sarah saute à son tour. Elle frappe l'eau avec un bruit sourd. Elle émerge quelques secondes plus tard. Ils atteignent la berge boueuse. Elias se lève. Il ne regarde pas le bâtiment de l'Institut qui domine la colline. Les gyrophares bleus et rouges illuminent le sommet de la structure. Les sirènes hurlent dans le vide. Elias retire sa toge de cérémonie trempée. Il la laisse sur le sol. Il ne reste que l'homme maigre aux mains sèches. Il ajuste la pochette de diamants sous sa chemise. Il marche vers la route nationale. Sarah marche derrière lui. Elle boite légèrement. Le soleil va se lever sur une ville qui a perdu ses secrets. L'ascenseur social a fini sa course. Elias ne sourit pas. Il calcule déjà la suite.

Le Dernier Round de Kaleb

Kaleb s’arrête net. Sa main droite presse son abdomen. Le tissu noir de la toge devient lourd. Le sang traverse les fibres synthétiques. C’est un rouge sombre, presque noir. La balle de 5.56 a fait son travail. Elle est entrée sous les côtes. Elle a déchiré la rate. Elle est restée à l'intérieur. Kaleb sent la chaleur couler le long de sa jambe. Ses bottes de combat grincent sur le carrelage. L’odeur de formol s’efface devant celle du fer. Elias se retourne. Il ne dit rien. Ses yeux balayent la blessure. Il regarde sa montre. Le compte à rebours continue. Sarah s’arrête trois mètres plus loin. Elle garde son Benelli pointé vers l’escalier. Son index caresse la détente. Elle ne regarde pas Kaleb. Elle regarde la zone d’ombre derrière eux. Le silence de l’amphithéâtre est rompu par le sifflement de la respiration de Kaleb. C’est un bruit humide. Un bruit de succion. Kaleb s’adosse au mur. Le béton est froid. Il laisse une traînée verticale en glissant vers le sol. Ses cent kilos pèsent sur ses rotules. Il s’assoit. Ses jambes s’allongent devant lui. Il pose son fusil sur ses cuisses. Le métal est encore chaud. La carcasse de l’arme est griffée. Kaleb crache un filet de bave rosée. Il ne tremble pas. La tumeur dans son crâne ne compte plus. La balle dans son ventre a pris la priorité. — Allez-y, dit Kaleb. Sa voix est un râle sourd. Elias hoche la tête. Il ne propose pas de pansement. Il ne propose pas de morphine. Les deux hommes connaissent les protocoles. Une blessure abdominale en zone hostile est une condamnation. Le transport est impossible. La survie est une statistique nulle. Elias ajuste son sac. Les diamants de sang pèsent contre ses reins. Il fait un signe à Sarah. Elle pivote sur ses talons. Elle ne dit pas adieu. Les adieux sont des pertes de temps. Kaleb regarde leurs silhouettes s’éloigner dans le couloir. Les lumières de secours clignotent. Un rythme lent. Un rythme de cœur fatigué. Il tourne la tête vers la droite. La porte de l’incinérateur est là. Une masse de fonte noire. Des charnières renforcées. C’est ici que l’Institut brûle les restes humains après les cours d’anatomie. Les cendres finissent dans les égouts. C’est une fin logique. Kaleb rampe sur deux mètres. Chaque mouvement déchire ses muscles. Il s’adosse contre le battant de fer. Il fouille dans sa poche tactique. Ses doigts sont poisseux. Il sort une grenade offensive M67. Le corps sphérique est froid. Il sent le poids de l’explosif. C’est une équation simple. Une goupille. Un ressort. Quatre secondes de délai. Kaleb pose la grenade sur son genou. Il regarde le plafond. Les conduits de ventilation vibrent. Les blindés de la police d'élite approchent. Il entend le grondement des moteurs diesel. Les pneus écrasent le gravier de la cour d'honneur. Le premier blindé percute les portes principales. Le choc fait trembler les murs du sous-sol. Kaleb ferme les yeux. Il visualise les hommes en noir. Ils portent des casques en Kevlar. Ils portent des boucliers balistiques. Ils ont des fusils d'assaut HK416. Ils progressent en formation de tortue. Ils nettoient chaque pièce. Ils vérifient chaque angle. Ils arrivent vers l'escalier de service. Ils descendent vers les caves. Kaleb respire par la bouche. L'air est chargé de poussière. Il sent le froid gagner ses extrémités. Ses pieds sont morts. Ses mains sont des pinces de bois. Il glisse son index dans l'anneau de la goupille. Le métal résiste. Il tire doucement. Le ressort de sécurité grince. Il ne retire pas encore la tige. Il attend le contact visuel. C'est le dernier round. Il n'y a pas d'arbitre. Il n'y a pas de cloche. Les bruits de pas s'intensifient. Des bottes tactiques sur le béton. Des ordres brefs dans les radios. Le grésillement des ondes. Une lumière blanche balaie le couloir. Une lampe torche de forte puissance. Le faisceau frappe le visage de Kaleb. Il plisse les paupières. Il voit les ombres se découper. Trois hommes. Peut-être quatre. Ils avancent lentement. Ils voient le sang sur le sol. Ils voient l'homme assis contre l'incinérateur. — Cible en vue, dit une voix métallique. Kaleb sourit. Ses dents sont rouges. C’est un sourire sans joie. Un sourire de prédateur au bout du rouleau. Il pense à la tumeur. Elle va brûler avec le reste. Il pense à Elias et Sarah. Ils sont déjà loin. Ils sont dans l'eau froide de la rivière. Ils sont libres. Le contrat est rempli. La dette est payée. Kaleb serre les doigts sur le corps de la grenade. Le premier policier s'arrête à cinq mètres. Il lève son arme. Le laser rouge danse sur le torse de Kaleb. Le point s'arrête sur son sternum. Le policier voit la grenade. Il crie un ordre. Il veut que Kaleb lâche l'engin. Kaleb ne lâche rien. Il tire sur l'anneau. La goupille sort. Le levier de sécurité saute. Un petit clic métallique résonne dans le couloir. C'est le son de la fin. Kaleb compte dans sa tête. Un. Il sent la pression du ressort. Deux. Les policiers reculent. Ils cherchent un abri. Il n'y a pas d'abri dans ce couloir. Trois. Kaleb regarde la porte de l'incinérateur derrière lui. Il imagine les flammes. Il imagine la chaleur. Quatre. Le métal des blindés force l'entrée du sous-sol au moment précis où la charge explose. Le flash est aveuglant. L'onde de choc frappe les murs de béton. Le plafond s'effondre. La porte de l'incinérateur est projetée hors de ses gonds. Le corps de Kaleb disparaît dans une boule de feu orange. Les réservoirs de gaz de l'incinérateur prennent le relais. Une seconde explosion suit la première. Plus puissante. Plus dévastatrice. Le couloir s'effondre. La structure de l'Institut gémit. Les dalles de marbre de l'amphithéâtre, juste au-dessus, se fissurent. La poussière envahit tout. Les cris des policiers sont étouffés par le fracas du béton. Le feu lèche les murs. Il consomme l'oxygène. Il consomme les preuves. Il consomme le dernier boursier. À l'extérieur, les sirènes continuent de hurler. Les gyrophares découpent la nuit en tranches bleues et rouges. Les unités de renfort se déploient. Les tireurs d'élite surveillent les toits. Ils ne voient rien. Ils ne voient que la fumée noire qui s'échappe des conduits d'aération. La fumée monte vers le ciel sombre. Elle se mélange aux nuages. Kaleb n'est plus une statistique. Il n'est plus un étudiant. Il n'est plus un boxeur. Il est une onde de choc. Il est un débris de métal et de chair. Il est le silence qui suit l'explosion. La chaire de marbre de l'amphithéâtre s'écroule dans le vide créé par la détonation. Les dossiers de fraude fiscale brûlent. Les diamants sont loin. La fosse commune est scellée par des tonnes de gravats. Elias et Sarah ne se retournent pas. Ils n'ont pas entendu l'explosion. Ils sont déjà dans l'eau. Ils nagent vers une autre vie. Kaleb a acheté leur temps avec sa propre carcasse. C'est une transaction honnête. C'est la seule logique que l'Institut leur a apprise. L'excellence a un prix. Kaleb a payé comptant. Le feu s'apaise lentement dans les décombres du sous-sol. Les pompiers arrivent. Ils déploient leurs lances. L'eau frappe le béton brûlant. Une vapeur épaisse s'élève. Elle sent le soufre et la mort. Sous les débris, il ne reste rien de reconnaissable. Juste du métal tordu et de la pierre calcinée. Le dernier round est terminé. Le ring est détruit. Kaleb a gagné son dernier combat. Il est enfin immobile. Il est enfin guéri.

Cendres et Diamants

Elias rampe dans le conduit d'évacuation. Le métal galvanisé grince sous son poids. L'espace mesure quarante centimètres de large. Ses coudes frappent les parois à chaque mouvement. Sarah suit à deux mètres derrière lui. Le bruit de ses genoux sur la tôle est régulier. L'air est saturé de poussière de béton et de suie. Elias respire par le nez. Il filtre l'oxygène à travers ses dents serrées. Ses doigts agrippent les jointures du conduit. Il tire son corps maigre vers l'avant. La tôle cisaille le tissu de sa toge de cérémonie. Le vêtement est en lambeaux. Sous le tissu, sa peau est striée de rouge. Le conduit vibre soudainement. Une onde de choc parcourt l'acier. Le son arrive une fraction de seconde plus tard. C'est un impact sourd. Une pression brutale écrase leurs tympans. Kaleb vient d'activer les charges de C4 dans le sous-sol. La détonation vaporise les piliers de soutènement. Elias sent la chaleur monter par les gaines techniques. L'air devient brûlant. L'odeur de soufre remplace celle du formol. Sarah pousse un grognement étouffé. Elle ne s'arrête pas. Ses mouvements sont mécaniques. Les bêtabloquants stabilisent son rythme cardiaque. Elle rampe sur les débris de verre aspirés par la ventilation. La structure de l'Institut gémit. Le béton se fissure au-dessus d'eux. Des blocs de calcaire tombent dans les conduits verticaux. Elias accélère. Ses muscles brûlent sous l'effort. Il ignore la douleur acide dans ses bras. Il atteint un coude à quatre-vingt-dix degrés. Il pivote son bassin. Ses os craquent contre le métal. Il voit une lueur grise au bout du tunnel. C'est la sortie d'air du bâtiment C. La grille de protection est fixée par quatre boulons de douze. Elias sort un tournevis plat de sa ceinture. Il dévisse les attaches avec précision. Ses mains ne tremblent pas. Le premier boulon tombe dans le vide. Le deuxième suit. La grille bascule. Elle percute le bitume deux mètres plus bas. Le bruit métallique résonne dans la ruelle déserte. Elias se laisse glisser. Ses bottes percutent le sol avec un impact sec. Il roule sur l'épaule gauche. Il se relève immédiatement. Sarah tombe à sa suite. Elle atterrit en position accroupie. Elle ajuste son sac à dos. Le poids des diamants tire sur les sangles en nylon. Huit millions de dollars en pierres brutes. Le sac contient aussi les disques durs. La fraude fiscale de l'élite est maintenant un fichier binaire dans une poche latérale. Ils sont dans une impasse borgne. L'air nocturne est froid. Il pique les poumons chargés de nitrate. Elias observe le bâtiment principal. Une colonne de fumée noire s'élève vers le ciel. Les fenêtres de l'amphithéâtre explosent sous la pression thermique. Des éclats de verre retombent comme de la pluie sur le parking des professeurs. Les alarmes incendie hurlent. Le son est strident. Il sature l'espace sonore. Elias vérifie sa montre. Trente-neuf minutes. Le timing est exact. Les blindés de la police d'élite sont à quatre minutes de la zone. Sarah retire sa toge. Elle la jette dans une benne à ordures métallique. Elle porte un pantalon de treillis noir et un pull à col roulé. Elle passe une main sur son crâne rasé. La suie forme des traînées sombres sur son front. Elle regarde Elias. Elias ne dit rien. Il retire son propre déguisement. Il vérifie l'état de son avant-bras gauche. La cicatrice de brûlure est rouge vif. Il enfile une veste de chantier orange. Il tend une veste similaire à Sarah. Ils ressemblent à des ouvriers de maintenance nocturne. Ils marchent vers la sortie de l'impasse. Leurs pas sont cadencés. Ils évitent les zones éclairées par les lampadaires au sodium. Derrière eux, l'Institut d'Excellence s'effondre. La chaire de marbre est maintenant un tas de gravats. Le coffre-fort n'existe plus. Les dossiers papier brûlent dans l'incinérateur improvisé par Kaleb. La fosse commune est scellée par des tonnes de débris. Kaleb est à l'intérieur. Il fait partie de la fondation du nouveau bâtiment. C'est une conclusion logique. Une première sirène retentit au bout de l'avenue. Les gyrophares bleus balaient les façades de brique rouge. Elias et Sarah tournent à droite. Ils entrent dans le flux du trafic nocturne. Ils marchent vers le quai de déchargement du canal. Un utilitaire blanc est garé près d'une bouche d'égout. Le moteur tourne au ralenti. Elias ouvre la porte conducteur. Il s'installe derrière le volant. Sarah monte côté passager. Elle pose le sac de diamants entre ses pieds. Elle ouvre une bouteille d'eau. Elle rince ses mains. L'eau devient noire. Elias enclenche la première vitesse. Le véhicule s'éloigne lentement. Il respecte les limitations de vitesse. Il croise trois fourgons d'intervention. Les policiers ne regardent pas l'utilitaire. Ils regardent la fumée qui sature l'horizon. L'élite a perdu son trésor. Elle a perdu ses secrets. Elias tourne le volant vers le sud. La ville défile derrière les vitres sales. Les immeubles de bureaux sont des monolithes sombres. Sarah sort un diamant du sac. La pierre est brute. Elle ressemble à un morceau de verre dépoli. Elle la serre dans son poing. Elle ne sourit pas. Ses yeux restent fixes. Les bêtabloquants cessent de faire effet. Une légère secousse anime ses doigts. Elle range la pierre. Elias conduit pendant vingt minutes. Il traverse la zone industrielle. Il s'arrête devant un entrepôt de stockage de produits chimiques. Le portail est ouvert. Il engage le véhicule à l'intérieur. L'entrepôt est vide. L'odeur de chlore est forte. Elias coupe le moteur. Le silence revient. Il est lourd. Sarah descend du camion. Elle marche vers le fond du hangar. Un hors-bord est amarré au ponton privé. Le réservoir est plein. Elias transfère les sacs dans le bateau. Il vérifie le niveau d'huile du moteur hors-bord. Tout est conforme au plan. Le diplôme est obtenu. L'ascenseur social a fini sa course au sous-sol. Elias regarde l'heure une dernière fois. Le soleil va se lever dans deux heures. La fumée de l'Institut sera visible de toute la vallée. Les journaux parleront d'un accident technique. Puis d'un attentat. Puis ils ne diront plus rien. Les diamants ne seront jamais retrouvés. Les preuves de la fraude ne réapparaîtront jamais. Le système est amputé d'une partie de sa mémoire. Sarah monte dans le bateau. Elle s'assoit sur le banc arrière. Elias largue les amarres. Il pousse l'embarcation loin du ponton. Il tire sur le cordon de démarrage. Le moteur démarre au premier essai. Le bruit est un ronronnement régulier. Le bateau s'enfonce dans l'obscurité du canal. L'eau est noire comme de l'encre. Elle ne reflète rien. Elias dirige la barre vers l'est. Il ne regarde pas en arrière. L'Institut est loin. Kaleb est mort. Les diamants sont froids. La transaction est terminée.
Fusianima
Abattre les Lauréats
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Minuit pile. Le ciel est un bloc de plomb au-dessus de l'Institut. Elias lève le bras gauche. Le groupe s'arrête net derrière le transformateur. La grille nord est en acier galvanisé. Kaleb sort la pince monseigneur de son sac. Le métal cède dans un claquement sec. Ils glissent dans l'ombre du parc....

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