Brûler la Troisième Voie

Par Marcus V.Mafia

Marco franchit la ligne de contrôle. Les portillons en acier restent bloqués. Il enjambe l'obstacle. Ses bottes frappent le carrelage blanc. La station Trocadéro est une tombe. L'air sent le métal chauffé et le soufre. Les lampes de secours clignotent au plafond. Le courant mana sature les câbles ha...

.45 ACP et Ozone

Marco franchit la ligne de contrôle. Les portillons en acier restent bloqués. Il enjambe l'obstacle. Ses bottes frappent le carrelage blanc. La station Trocadéro est une tombe. L'air sent le métal chauffé et le soufre. Les lampes de secours clignotent au plafond. Le courant mana sature les câbles haute tension. Le rail de traction vibre sous l'effet du flux. Une décharge bleutée parcourt la voie. Marco ajuste son manteau en cuir bouilli. La matière est rigide. Elle protège ses organes vitaux. Ses mains sont des cartes de cicatrices brunes. Il sent la morsure de l'ionisation dans ses os. Il descend sur la voie. Le ballast roule sous ses semelles. Le silence est épais comme de la poisse. Une goutte d'eau tombe d'une voûte. Elle s'évapore avant de toucher le sol. Le Colt 1911 sort de l'étui de hanche. Le poids de l'arme est familier. Marco vérifie le chargeur. Sept cartouches de .45 ACP. Pointes creuses chemisées de cuivre. Les sceaux de confinement brillent sur la culasse. Il engage le premier round. Le mouvement est fluide. La culasse claque avec un bruit sec. Le percuteur est à l'armé. Le nid se trouve cinquante mètres plus loin. Entre Trocadéro et Iéna. Les parois du tunnel sont couvertes de mucus. La substance noire ronge la brique et le béton. Marco sort une lampe tactique. Le faisceau perce la brume de particules. Des formes pendent au plafond. Ce sont des sacs de chair translucide. Ils palpitent au rythme du réseau Moretti. Les parasites attendent le signal. Ils se nourrissent de la fuite magique. Une ombre se détache du mur gauche. Elle rampe sur le rail de sécurité. La créature ressemble à un canidé écorché. Elle possède six membres articulés. Ses yeux sont des fentes vides de pupilles. Elle flaire l'air saturé. Marco s'arrête net. Il écarte les jambes pour stabiliser son centre de gravité. Sa posture est académique. Le canon du Colt suit la trajectoire de la bête. Le parasite bondit dans un cri de métal froissé. Marco presse la détente. Le recul remonte sèchement dans son épaule. La flamme de bouche éclaire les parois de faïence. La première balle frappe le poitrail de plein fouet. La membrane éclate en lambeaux sombres. La bête retombe lourdement sur le ballast. Elle gratte les cailloux de ses griffes. Marco ne laisse aucune chance. Il tire une deuxième fois. Le projectile traverse le sternum. Le sang noir macule les traverses en bois. Le liquide fume au contact de l'air. Une deuxième ombre surgit des ténèbres. Puis une troisième. Elles sortent des conduits d'aération supérieurs. Marco pivote sur ses talons. Il engage les cibles par ordre de proximité. Il tire deux fois. Les impacts sont précis. Un parasite s'effondre dans la fosse de sécurité. L'autre perd une patte antérieure. Il continue de ramper vers les bottes de Marco. Marco l'achève d'une balle verticale dans le crâne. La cervelle grise sature l'air d'une odeur de ferraille. La tension monte dans les rails. Les runes de transfert saturent le réseau. Marco sent ses molaires vibrer. C'est le feedback des Valois. Ils poussent le flux à son maximum. Il doit détruire la source du blocage. Il avance vers le répartiteur principal. Les câbles de cuivre sont sectionnés. Les parasites les utilisent comme des cordons ombilicaux. Une masse énorme bloque le passage technique. C'est la génitrice du nid. Elle est soudée aux transformateurs de la station. Ses flancs se gonflent de mana brut. Elle émet une lueur violette. Marco change de chargeur. Le métal vide tinte sur le rail. Il insère un bloc neuf. Il arme la culasse d'un geste sec. La génitrice pousse un cri strident. Les ondes de choc font saigner les conduits auditifs de Marco. Il ne bronche pas. Il ignore la douleur. Il vise le centre de la masse organique. Là où le cœur bat sous la peau fine. Il tire trois fois. Le rythme est mécanique. Un. Deux. Trois. Les balles sanctifiées percent la croûte de mucus. Une lumière blanche jaillit des orifices. La génitrice se tord dans un spasme violent. Elle libère une décharge de mana pur. Marco est projeté contre le mur du tunnel. Son dos percute le béton. Il retombe dans la boue noire. Ses poumons cherchent l'air. Il se relève avec lenteur. Sa lèvre est fendue. Il crache un filet de sang sur le ballast. La génitrice meurt en silence. Son corps se dissout en cendres grises. Le grésillement des câbles diminue d'intensité. Le flux reprend sa course vers le centre de Paris. Marco range son arme dans l'étui. Il ramasse une douille encore chaude. Il la glisse dans sa poche de manteau. Le secteur est nettoyé. Il reprend le chemin du quai. Ses pas sont lourds et réguliers. L'obscurité totale revient dans le tunnel. La Ligne 9 respire à nouveau. Marco n'est qu'un outil de maintenance. Un outil qui tue.

L'Abattoir de Boulogne

Le dépôt de Boulogne sent le gasoil et le soufre. Marco marche sur le sol en béton poli. Ses bottes marquent la poussière grise. Des mécaniciens soudent des rails au fond du hangar. Les étincelles tombent en pluie morte sur le métal. Personne ne lève les yeux. Le silence est la règle ici. Marco s'arrête devant l'ascenseur hydraulique. Le piston monte avec un bruit de succion grasse. La cabine s'ouvre sur le bureau du Don. La pièce est vaste et froide. Les murs sont en briques nues. Don Moretti occupe le centre de l'espace. Son fauteuil en acier luit sous les lampes à décharge. Un tuyau transparent relie son cou à une bouteille de métal. Le liquide bleu circule par impulsions régulières. Le masque en plastique couvre sa bouche et son nez. On entend le sifflement de la valve. Sshhh. Pfft. Sshhh. Pfft. Ses yeux sont des billes de verre dépoli. Il ne bouge pas les mains. Elles reposent sur ses genoux comme des gants vides. Marco s'arrête à trois mètres. Il ne retire pas son manteau. L'humidité du tunnel colle encore à sa peau. Le Don incline légèrement la tête. Le liquide bleu dans le tuyau s'accélère. Une voix sort d'un haut-parleur fixé au fauteuil. Le son est métallique. Sans timbre. — La génitrice est morte, dit la machine. — C'est fait, répond Marco. — Les Valois accélèrent le mouvement. Ils ont infiltré Saint-Augustin. Marco regarde la carte sur le mur. C'est un plan technique de la Ligne 9. Des diodes rouges marquent les positions ennemies. Le réseau ressemble à un système nerveux mis à nu. Les Valois grignotent les stations une par une. Ils ne cherchent pas le territoire. Ils cherchent le point de rupture. — Ils installent des amplificateurs, continue la voix. Des bobines de cuivre pur. Ils veulent saturer le flux. — Le feedback, dit Marco. — Le feedback total. Si la charge atteint République, le réseau explose. Paris devient un cratère de verre. Le Don respire bruyamment dans son masque. La vapeur se condense sur le plastique transparent. Il n'y a aucune peur dans ses yeux. Juste du calcul. Une arithmétique de la survie. — Tu pars pour République, ordonne la machine. Tu nettoies chaque interstation. Tu ne laisses rien derrière toi. Pas de prisonniers. Pas de témoins. — Il me faut du matériel lourd, dit Marco. — Gallo t'attend en bas. Prends ce dont tu as besoin. Marco tourne les talons. Il ne salue pas. Le Don est déjà une statue de chair morte. L'ascenseur redescend vers l'atelier de l'armurier. Gallo est un homme sec. Ses mains sont couvertes de cicatrices de brûlures. Il travaille sur un établi encombré de pièces d'armes. Une lampe articulée éclaire son travail. Il pose trois boîtes en carton sur la table. Le poids fait gémir le bois. Marco ouvre la première boîte. Les chargeurs de Colt 1911 sont alignés dans la mousse noire. Le métal est poli. Des runes sont gravées sur chaque face latérale. Les traits sont fins. Précis. Gallo utilise un stylet en diamant pour graver le cuivre. — Munitions à haute conductivité, grogne Gallo. Noyau en argent massif. Chemisage en plomb bénit. — La portée ? demande Marco. — Cinquante mètres. Après, la rune se dissipe. La balle devient un simple morceau de métal. — Ça suffira. Marco prend un chargeur. Il vérifie la tension du ressort avec son pouce. Le clic est sec. Métallique. Il glisse les chargeurs dans les poches intérieures de son manteau en cuir. Le poids tire sur ses épaules. C'est un poids familier. Gallo sort un flacon d'un coffre fort. Le verre est épais. À l'intérieur, un liquide visqueux ondule. C'est du mana concentré. La substance brille d'une lueur cobalt. — Pour ton arme, dit Gallo. Applique-le sur la glissière. Ça évitera l'enrayage quand le flux sera trop dense. Marco prend le flacon. Il range l'objet dans une poche boutonnée. Il regarde les autres armes sur le râtelier. Des fusils à pompe avec des canons gravés. Des grenades à fragmentation ionique. Il choisit deux grenades. Il les accroche à sa ceinture. — Les Valois utilisent des Parasites de classe 4, prévient Gallo. Des choses avec trop de membres. Ils les nourrissent au mana pur. — Ils saignent comme le reste, répond Marco. Il quitte l'atelier. Il traverse à nouveau le hangar. Les soudeurs n'ont pas bougé. Le bruit des marteaux pneumatiques résonne contre la tôle du toit. Marco sort dans la cour. La pluie tombe sur Boulogne. C'est une pluie fine et acide. Elle ronge la peinture des camionnettes garées là. Il monte dans une berline noire. Le moteur démarre sans bruit. C'est un moteur à flux. Pas de combustion. Juste le sifflement de l'énergie qui circule dans les bobines. Marco pose ses mains sur le volant. Ses articulations craquent. Il regarde ses doigts. Les pointes sont noires. Le mana brûle les nerfs à chaque tir. C'est le prix de la fonction. Il engage la première. La voiture glisse vers la rampe d'accès du tunnel. La grille s'ouvre lentement. Un garde en uniforme Moretti fait un signe de la main. Marco ne répond pas. Il s'enfonce dans l'obscurité de la rampe. Les phares découpent les parois de béton. Les câbles courent le long des murs comme des veines. Certains vibrent sous la tension. Marco descend vers le niveau -4. C'est là que la Ligne 9 rejoint le réseau privé du clan. Il s'arrête devant une porte blindée. Un capteur scanne sa rétine. Le mécanisme de verrouillage tourne. La porte s'efface. Devant lui, le tunnel s'étire à l'infini. Les rails brillent d'une lueur résiduelle. L'air est chargé de statique. Les poils de ses bras se hérissent. Il descend de voiture. Il vérifie son 1911 une dernière fois. Il engage un chargeur gravé. Le mouvement est fluide. Instinctif. Il arme la culasse. Le son claque dans le tunnel vide. Marco marche sur le ballast. Les pierres crissent sous ses semelles. Il pense à République. Le nœud central. Treize lignes se croisent là-bas. C'est un carrefour de puissance. Si les Valois réussissent, la décharge remontera jusqu'à la surface. Les immeubles haussmanniens s'effondreront comme des châteaux de cartes. Les gens dans les rues seront vaporisés instantanément. Marco ne ressent rien face à cette perspective. Il n'est pas un sauveur. Il est un technicien. Il doit supprimer les anomalies. Les Valois sont des anomalies. Les Parasites sont des anomalies. Il voit une lueur au loin. Station Marcel Sembat. La lumière est vacillante. Des ombres bougent sur les parois. Ce ne sont pas des ombres humaines. Les mouvements sont trop saccadés. Trop rapides. Marco ralentit le pas. Il colle son dos contre le mur froid. Il sent la vibration du rail dans ses talons. Un train arrive. Pas un train de passagers. Un convoi de maintenance Valois. Le bruit du métal contre le métal augmente. Il sort une grenade. Il retire la goupille avec les dents. Il attend. Le timing doit être exact. Le convoi apparaît dans le halo des lampes de chantier. C'est une plateforme motorisée. Quatre hommes en tailleur sombre sont debout dessus. Ils tiennent des fusils d'assaut. Au centre de la plateforme, une bobine de cuivre haute de deux mètres pulse. Marco lance la grenade. Elle roule sur le ballast. Elle s'arrête entre les rails. L'explosion n'est pas orange. Elle est d'un bleu aveuglant. Une onde de choc ionique frappe la plateforme. Le moteur à flux explose. Les quatre hommes sont projetés dans les airs. La bobine de cuivre bascule et s'écrase dans un fracas de métal broyé. Marco sort de l'ombre. Il tient son Colt à deux mains. Il avance vers les corps qui s'agitent au sol. Un homme tente de ramper. Ses jambes sont brisées. Marco ne s'arrête pas. Il tire une balle dans la nuque de l'homme. Le corps sursaute et s'immobilise. Il vérifie les trois autres. Deux sont morts sur le coup. Le dernier respire encore. Son visage est brûlé par la décharge. Marco pose le canon de son arme sur le front de l'homme. — Où est Sofia ? demande Marco. L'homme crache du sang noir. Il sourit. Ses dents sont brisées. — Déjà à République, siffle l'homme. La porte est ouverte. Tu ne peux pas fermer ce qui a été dévoré. Marco presse la détente. Le crâne éclate. Le silence revient dans le tunnel. Seul le sifflement de la bobine endommagée trouble le calme. Marco recharge son arme. Il ramasse une douille chaude. Il la glisse dans sa poche. Il reste huit stations avant République. Huit abattoirs. Marco reprend sa marche. Son visage est un masque de pierre. Il ne pense pas à son âme perdue. Il pense à la trajectoire de la prochaine balle. Le flux continue de grésiller dans les câbles. La chasse est ouverte.

Infiltration Alma-Marceau

Marco pousse la grille de service. Le métal rouillé grince contre le béton. Il descend l'échelle verticale. Ses bottes touchent le ballast. L'obscurité est épaisse. Elle pèse sur ses épaules. Il sort une lampe torche de sa poche. Le faisceau balaie les parois du tunnel. Les murs suintent. L'eau noire coule sur les briques anciennes. Il range la lampe. Ses yeux s'habituent au noir. Ses mains brûlées serrent la crosse du Colt 1911. Le cuir du manche est tiède. La sueur glisse sur sa tempe. Il ne l'essuie pas. Il avance vers la station Alma-Marceau. Le rail central ronronne. Une lueur bleue rampe sur le métal. Ce n'est pas de la lumière. C'est du mana brut. Le flux Moretti circule sous haute tension. Marco marche sur les traverses en bois. Il évite les flaques d'huile. Le silence est total. Seul le bruit de sa respiration remplit l'espace. Il s'arrête. Un cliquetis métallique résonne plus loin. Il s'accroupit derrière un transformateur. L'acier du boîtier est froid. Il vérifie son chargeur. Sept cartouches de calibre .45. Les ogives sont gravées de sceaux de rupture. Il engage le chargeur dans le puits. Le clic est sec. Il arme la culasse. Le ressort résiste. La chambre est pleine. Trois silhouettes se découpent devant lui. Elles se tiennent près d'une dérivation du réseau. Les saboteurs portent des combinaisons blanches. Le logo des Valois est brodé sur leurs dos. Ils manipulent des pinces en céramique. Un arc de décharge jaillit soudain. La lumière crue révèle leurs visages. Ils sont jeunes. Leurs yeux injectés de sang noir fixent les câbles. Ils murmurent des incantations. Les runes sur leurs gorges pulsent. Le bleu devient violet. Le réseau sature. Marco observe leurs mouvements. Il calcule les angles de tir. Le premier saboteur tient une rune de transfert. C'est la cible prioritaire. Marco se lève. Il sort de l'ombre du transformateur. Ses pieds ne font aucun bruit sur le gravier. Il lève le bras droit. Son coude est verrouillé. Il aligne la mire sur la nuque du premier homme. Il retient son souffle. Son doigt presse la détente. Le coup de feu déchire le silence. La flamme de bouche éclaire le tunnel. La balle de plomb percute le crâne. La boîte crânienne explose. Des fragments d'os et de sang noir maculent le mur. Le corps s'effondre sur les rails. Les deux autres se retournent. Ils ne crient pas. Leurs mains cherchent des armes sous leurs vestes. Marco pivote. Il tire deux fois. La première balle touche l'épaule du deuxième homme. Le choc le projette en arrière. La deuxième balle pénètre le thorax. Le saboteur s'écroule. Ses poumons sifflent. Le troisième homme sort un pistolet-mitrailleur. Il tire une rafale courte. Les balles ricochent sur le transformateur. Des étincelles jaillissent. Marco plonge au sol. Il roule sur le ballast. Les pierres coupent sa peau. Il ne ressent rien. Il se rétablit sur un genou. Il ajuste sa visée. Le saboteur Valois change de chargeur. Marco tire. La balle frappe le poignet de l'homme. La main se détache. Le pistolet-mitrailleur tombe dans le caniveau. L'homme regarde son moignon. Il ne hurle pas. Il se jette sur Marco. Ses doigts restants cherchent la gorge du nettoyeur. Marco se lève. Il frappe le visage de l'homme avec la culasse de son Colt. Le nez s'écrase. Les dents volent. Marco saisit l'homme par le col. Il le plaque contre la paroi humide. Le saboteur crache une écume sombre. Ses yeux roulent dans leurs orbites. Marco appuie le canon chaud contre sa tempe. Le métal brûle la peau. L'homme sourit. Ses gencives saignent. Il murmure un mot. Le mot déclenche une surcharge. Les câbles au-dessus d'eux se tordent. Le mana sature l'air. Les cheveux de Marco se dressent. Une odeur de cuivre brûlé remplit ses narines. Il presse la détente. Le cerveau de l'homme se répand sur les briques. Marco lâche le cadavre. Le corps glisse au sol comme un sac de sable. Il recharge son arme. Il ramasse les douilles vides. Il les range dans sa poche. Il examine la dérivation. Les saboteurs ont installé un convertisseur de flux. L'appareil vibre. Des arcs bleus s'en échappent. Marco saisit une pince en céramique abandonnée. Il sectionne les câbles de liaison. La vibration s'arrête. La lueur violette disparaît. Le réseau reprend sa teinte bleue normale. Le silence revient. Il est plus lourd qu'avant. Marco regarde ses mains. Elles tremblent légèrement. Il serre les poings. Le tremblement s'arrête. Il vérifie sa montre. Il a perdu trois minutes. République est encore loin. Il doit traverser Iéna et Trocadéro. Les tunnels sont des pièges. Il ramasse le sac des saboteurs. Il contient des explosifs runiques. Il les emporte. Cela pourra servir. Il marche sur le corps du premier homme. Il ne regarde pas le visage. Les morts n'ont pas de nom. Ils sont des obstacles franchis. Il arrive sur le quai de la station Alma-Marceau. Les bancs en bois sont brisés. Les affiches publicitaires tombent en lambeaux. Des symboles Valois sont peints sur les carreaux de faïence blanche. Ils sont tracés avec du sang séché. Marco traverse le quai. Ses pas résonnent sous la voûte. Il sent une présence. Quelque chose bouge dans les escaliers d'accès. Il ne se retourne pas. Il accélère le pas. Il s'enfonce de nouveau dans le tunnel. Le ballast crisse sous ses semelles. L'air devient plus froid. L'humidité augmente. Il entend des murmures derrière lui. Ce ne sont pas des voix humaines. Ce sont les Parasites. Les créatures invoquées par Sofia Valois. Elles rampent sur les parois. Leurs griffes rayent le béton. Marco ne court pas. Il maintient une cadence régulière. Il économise son énergie. Son cœur bat lentement. Quarante pulsations par minute. C'est le rythme du clan Moretti. Le rythme des machines. Il s'arrête devant un boîtier de signalisation. Il ouvre la porte métallique. Il branche un petit boîtier électronique sur les fils. L'écran affiche des données de flux. La pression du mana monte vers l'est. République aspire toute l'énergie de la ligne. Le plan des Valois avance. Ils veulent créer un point de rupture. Si le nœud de République cède, Paris brûle. Marco débranche le boîtier. Il referme la porte. Il reprend sa progression. Une forme saute du plafond. Elle atterrit à deux mètres de lui. C'est un Parasite. Une masse de chair pâle et de membres surnuméraires. Elle n'a pas de visage. Juste une fente verticale remplie de dents fines. La créature pousse un sifflement aigu. Marco lève son Colt. Il tire dans la fente. La balle traverse la masse de chair. Du liquide visqueux éclabousse le ballast. La créature se convulse. Elle meurt en silence. Deux autres Parasites apparaissent sur les murs. Ils se déplacent avec une vitesse inhumaine. Marco ne recule pas. Il tire. Une balle. Deux balles. Les impacts font reculer les monstres. Il utilise les explosifs runiques du sac. Il enclenche un détonateur. Il lance la charge vers les créatures. Il se jette derrière un pilier en acier. L'explosion est sourde. Une onde de choc bleue balaie le tunnel. Les Parasites sont désintégrés. Leurs restes fument sur le sol. Marco se relève. Il époussette son manteau de cuir. Il vérifie son arme. Il lui reste trois chargeurs. Le tunnel devant lui s'élargit. Les rails se multiplient. Il approche d'un centre de triage. La lumière du mana est plus vive ici. Elle projette des ombres longues et déformées. Marco marche au centre de la voie. Il est une cible. Il le sait. Il attend le contact. Son doigt repose sur la détente. Son âme absente ne lui dicte aucune peur. Il est un outil. Un outil de calibre .45. Un outil qui nettoie la Ligne 9. Il voit les lumières de la station suivante. Iéna. Le quai est occupé. Des hommes en blanc patrouillent. Ils ont des fusils d'assaut. Marco s'arrête dans l'obscurité. Il observe leurs rondes. Il y a cinq gardes. Deux sur le quai. Trois sur les voies. Il range son Colt. Il sort un couteau de combat de sa botte. La lame est noire. Elle ne reflète pas la lumière. Il se glisse le long de la paroi. Il se fond dans les ombres. Le premier garde s'approche de sa position. L'homme fume une cigarette. L'odeur du tabac est forte. Marco surgit derrière lui. Il plaque une main sur la bouche du garde. Il enfonce la lame dans la base du crâne. Le métal sectionne la moelle épinière. L'homme meurt instantanément. Marco dépose le corps sans bruit. Il récupère un fusil d'assaut. C'est un HK416. Il vérifie la chambre. Une cartouche est engagée. Il repasse en mode automatique. Il sort de l'ombre. Il ouvre le feu sur les quatre autres gardes. Le bruit est assourdissant dans l'espace clos. Les douilles tombent sur le ballast. Les gardes s'effondrent les uns après les autres. Leurs combinaisons blanches deviennent rouges. Marco traverse le quai d'Iéna. Il ne s'arrête pas pour fouiller les corps. Le temps presse. Le flux de mana grésille de plus en plus fort. Les murs de la station vibrent. La structure souffre. Il descend de nouveau sur les voies. La direction est claire. République. Le centre du réseau. Le centre du massacre. Marco marche. Son visage reste de pierre. Il ne pense pas à la fin. Il pense à la prochaine cible. Il pense à Sofia Valois. Il pense à la balle qu'il va loger entre ses deux yeux injectés de sang noir. Le tunnel s'enfonce dans les profondeurs de la ville. Marco suit le rail.

Conducteurs de Chair

Marco marche sur le ballast. Ses bottes en cuir écrasent le gravier noir. Le bruit résonne contre les parois circulaires. Le tunnel entre Iéna et Franklin-Roosevelt est étroit. L’air est saturé de poussière de fer. Une odeur de cuivre chaud pique les narines. Marco tient son HK416 à hauteur de hanche. La lampe tactique balaie le béton gris. L’eau suinte des voûtes. Elle forme des flaques huileuses entre les traverses. Le rail de traction vibre sous l'effet du flux. Une lueur bleutée rampe sur le métal. Il s'arrête. Un sifflement mécanique perturbe le silence. Le son provient d'une niche de sécurité sur la droite. Marco pivote. Le faisceau de sa lampe accroche un objet anormal. Ce n'est pas un boîtier de dérivation standard. C'est une excroissance. La structure est organique. Des câbles de cuivre s'enfoncent dans une masse de tissus rougeâtres. Marco s'approche à trois mètres. Il épaule son fusil. Le dispositif occupe toute la niche. Trois corps humains sont encastrés dans le béton. Ils sont disposés verticalement. La peau a été retirée avec précision. Les muscles longs du dos sont exposés. Des agrafes en acier chirurgical fixent les membres aux parois. Les Valois ont tressé les nerfs ensemble. Ils forment une natte épaisse qui rejoint le rail de traction. Le mana circule à travers les colonnes vertébrales. Les vertèbres luisent d'une lumière interne. Le liquide céphalo-rachidien bout dans les crânes ouverts. Marco observe les visages. Les paupières sont cousues. Les bouches sont maintenues ouvertes par des écarteurs en laiton. Des tubes en plastique transparent relient les carotides à des réservoirs de mana. Le flux pompe. Le rythme est celui d'un cœur à l'agonie. Chaque pulsation envoie une décharge dans le réseau. Le béton autour de la niche est calciné. La pierre s'effrite sous la chaleur dégagée par la ponction. Marco baisse son arme. Il sort un couteau de combat de son fourreau. La lame est en acier carbone noirci. Il s'approche de la première pile humaine. La chaleur est intense. Sa peau tire sur ses pommettes. Il sent l'ionisation de l'air sur ses bras. Les poils se hérissent. Il ne détourne pas le regard. Il cherche le point de jonction principal. Il repère une tresse de fibres optiques et de tendons. Elle plonge directement dans le ballast vers le rail central. Il saisit la tresse à pleine main. Le contact est visqueux. La chair est brûlante. Marco serre les dents. Il tranche dans la masse. Le tendon résiste comme du caoutchouc durci. Il scie. Un liquide noir et épais gicle sur ses gants. C'est du sang saturé de mana. Le liquide fume au contact du sol. Un cri sourd sort de la gorge du premier corps. Les cordes vocales vibrent sans air. Marco ignore le son. Il coupe la dernière fibre. Une décharge parcourt son bras. Ses muscles se contractent violemment. Il ne lâche pas le couteau. Le premier corps s'affaisse dans ses liens. La lumière dans ses vertèbres s'éteint. Le sifflement diminue d'un ton. Marco passe au deuxième corps. Il répète le geste. Il sectionne les nerfs. Il arrache les électrodes plantées dans les reins. Le sujet tressaille une dernière fois. Ses pieds nus frappent le béton dans un spasme final. Le silence revient partiellement. Le troisième corps est celui d'une femme. Ses cheveux ont été rasés. Des runes sont gravées directement sur son scalp. Le sang a séché en croûtes sombres. Elle est la pièce maîtresse de la dérivation. Le flux qui la traverse est plus dense. Marco voit le mana pulser derrière ses côtes. La cage thoracique se soulève mécaniquement. Il pose sa main libre sur le front de la femme. La peau est sèche comme du parchemin. Il enfonce la lame sous le sternum. Il remonte d'un coup sec vers la gorge. Le tissu se déchire proprement. Le mana s'échappe en un nuage de vapeur bleutée. La pression chute instantanément dans le secteur. Les lampes de secours du tunnel clignotent. Elles passent du rouge au blanc sale. Le bourdonnement du rail s'arrête. Marco retire son couteau. Il l'essuie sur le pantalon de la morte. Il ramasse son HK416. Il vérifie l'état de ses gants. Le cuir est rongé par l'acide magique. Il les retire et les jette sur les corps. Ses mains sont rouges. Ses doigts tremblent légèrement. Il ferme les poings pour stopper le mouvement. Il regarde la dérivation détruite. Les Valois perdent de la puissance. Le nœud de Franklin est isolé. Marco reprend sa marche. Le tunnel s'élargit. Les rails se multiplient. Il approche de la zone de triage. Le fer rouillé grince sous ses bottes. Le son est métallique, sec. Il ne reste que cinq cents mètres avant la station Franklin-Roosevelt. Il sait que les gardes Valois ont senti la chute de tension. Ils vont converger vers la dérivation. Marco change le chargeur de son fusil. Il engage une munition perforante. Le clic de la culasse est net. Il s'adosse à la paroi. Il attend. Ses yeux scrutent l'obscurité devant lui. Il ne respire que par le nez. Son souffle est lent. Régulier. Il perçoit des pas au loin. Des bottes lourdes sur le métal. Des ordres sont criés en langage codé. Trois hommes. Peut-être quatre. Ils utilisent des lampes puissantes. Les faisceaux découpent les ténèbres à l'horizon du tunnel. Marco ajuste sa sangle. Il vérifie la position de son Colt 1911 à sa ceinture. Le métal froid contre sa hanche le rassure. Il n'est plus un homme. Il est un outil de maintenance. Il est le nettoyeur des Moretti. Les cadavres derrière lui ne sont que des débris. La mission est la seule constante. Il doit atteindre République. Il doit stopper Sofia Valois. Les gardes approchent. Ils sont à cinquante mètres. Ils portent des combinaisons pressurisées grises. Leurs visages sont masqués. Marco sort de l'ombre. Il ne cherche pas d'abri. Il se tient au milieu de la voie. Il lève son fusil. Le premier garde l'aperçoit. Il tente de lever son arme. Marco presse la détente. Le HK416 crache trois balles. Le recul est maîtrisé. Le premier garde est touché au thorax. Il bascule en arrière. Le deuxième garde tire une rafale désordonnée. Les balles ricochent sur les voûtes en béton. Marco se décale sur la gauche. Il tire de nouveau. Deux impacts dans la tête. Le masque du garde explose. Un mélange de sang et de verre tapisse le mur. Le troisième homme lâche son arme. Il tente de fuir vers la station. Marco ajuste sa visée. Il prend une inspiration. Il tire une seule fois. La balle traverse le dos du fuyard. L'homme s'effondre face contre terre. Ses doigts griffent le ballast pendant quelques secondes. Puis il s'immobilise. Marco avance vers les corps. Il marche avec précaution. Il vérifie chaque cible. Il tire une balle de sécurité dans chaque crâne. Le bruit des détonations sature l'espace clos. La fumée de poudre stagne dans l'air froid. Il récupère une grenade fumigène sur l'un des gardes. Il la glisse dans sa poche. Il regarde sa montre. Il est en avance. Le réseau Moretti va pouvoir réinjecter du mana propre dans la ligne. La purge continue. Marco dépasse les cadavres. Il entre dans le périmètre de la station Franklin-Roosevelt. Les carreaux de faïence blanche apparaissent sous la lumière de sa lampe. Ils sont couverts de graffitis runiques. Marco ne les lit pas. Il les efface mentalement. Il continue sa route vers le centre de Paris. Le tunnel devant lui est une gorge sombre. Il s'y enfonce sans hésiter. Ses bottes marquent le sol humide. Le rythme est immuable. Un pas après l'autre. Jusqu'à la fin.

La Saignée de Saint-Philippe

Marco s’arrête à l’entrée du tunnel de Saint-Philippe-du-Roule. L’air est saturé de particules métalliques. Ses bottes écrasent une couche de suie grasse. Le silence pèse sur les rails. Il vérifie le chargeur de son Colt 1911. Sept cartouches de calibre .45. Les ogives sont gravées de cercles concentriques. Il engage le chargeur dans la crosse. Le métal claque contre le métal. Il arme la culasse. Le bruit résonne contre les parois de béton. Marco ne porte pas de lampe. Ses yeux sont habitués à la pénombre des interstations. Une lueur bleue rampe sur les murs au loin. Les runes de Sofia Valois vibrent. Elles émettent un sifflement aigu. La fréquence augmente. Le sol tremble sous l’effet du flux. Marco plaque son dos contre le mur froid. Il sent la vibration dans ses vertèbres. Il avance d’un pas. Puis d’un autre. Le tunnel s’élargit. Le quai de la station apparaît. Trois silhouettes se détachent dans la lumière spectrale. Ils portent des manteaux longs et des masques filtrants. Ce sont des soldats du clan Valois. Ils tiennent des fusils d’assaut HK416. Le premier tireur tourne la tête. Marco ne lui laisse pas le temps de viser. Il lève son bras droit. Son poignet est rigide. Il presse la détente. Le coup de feu déchire le silence. La flamme de départ illumine le tunnel pendant une fraction de seconde. La balle percute le masque du soldat. Le plexiglas éclate. L’homme bascule en arrière. Son corps heurte le ballast avec un bruit sourd. Les deux autres tireurs ouvrent le feu. Les projectiles percutent le mur de béton derrière Marco. Des éclats de pierre lui griffent la joue. Il ne cille pas. Il plonge derrière un coffret de dérivation en acier. Les balles martèlent le métal. Le son est assourdissant. Marco compte les détonations. Il connaît la cadence de tir. Il attend une pause. Elle vient. Il pivote sur ses genoux. Il tire deux fois. Le deuxième soldat s’effondre. Il tient sa gorge. Un liquide noir coule entre ses doigts. Le troisième tireur change de chargeur. Marco se lève. Il marche vers lui. Il tire une balle dans le thorax. Le soldat recule. Marco tire une seconde fois dans le front. Le corps s’immobilise. Les douilles de cuivre tintent sur le sol. La fumée de poudre stagne dans l’air immobile. Marco recharge son arme. Ses mouvements sont mécaniques. Il ramasse un fusil HK416 au sol. Il vérifie la chambre. Il jette l’arme sur les rails. Il préfère le Colt. Le flux de mana devant lui devient intense. Une barrière de lumière bleue barre le tunnel. C’est un barrage de saturation. Le réseau est en surcharge. L’air ondule comme au-dessus d’un bitume brûlant. Les runes gravées sur les carreaux de faïence luisent. Elles pompent l’énergie du rail de traction. Marco s’approche de la barrière. La chaleur augmente. Sa peau picote. Ses poils se hérissent. Il retire son gant de cuir gauche. Sa main est couverte de cicatrices circulaires. Ce sont des points d’entrée. Il n’a plus de système nerveux classique à cet endroit. Il tend le bras. Ses doigts touchent le rideau d’énergie. Un arc bleu jaillit. Le courant traverse son bras. Ses muscles se verrouillent. Sa mâchoire se contracte. Il ne crie pas. Il utilise son corps comme un pont. Il absorbe la charge. Le mana circule dans ses veines sèches. Il sert d’isolant biologique. La barrière vacille. Elle perd en intensité. Marco avance d’un pas dans le champ de force. Ses bottes fument. L’odeur de caoutchouc brûlé remplit ses narines. Il force le passage. Chaque fibre de son corps résiste à la pression. Il est un fusible vivant. La barrière émet un craquement sec. Elle s’effondre. Les runes sur les murs s’éteignent. Le tunnel redevient sombre. Marco tombe sur un genou. Sa main gauche est noire. Elle tremble. Il la referme lentement. Il attend que la motricité revienne. Il se relève après dix secondes. Il ramasse son Colt. Il vérifie l’état de la culasse. Tout est en ordre. Il traverse le quai de Saint-Philippe-du-Roule. Les distributeurs de billets sont éventrés. Les bancs en bois sont brisés. Il ne regarde pas les débris. Il cherche la suite du tracé. Un bruit de succion provient du fond de la station. Une forme sombre se détache de la voûte. C’est un Parasite. La créature possède trop de membres. Sa peau est translucide. On voit des circuits runiques pulser à l’intérieur de ses muscles. Elle n’a pas d’yeux. Elle détecte la chaleur. Elle saute sur le quai. Ses griffes crissent sur le carrelage. Marco ne recule pas. Il ajuste sa visée. Le Parasite pousse un cri strident. Il bondit. Marco tire trois balles en cadence. Les projectiles traversent la membrane de la créature. Un liquide visqueux et fluorescent gicle sur le sol. Le Parasite s’écrase à deux mètres de lui. Il s’agite encore. Marco s’approche. Il pose le canon du Colt contre ce qui ressemble à un crâne. Il presse la détente. La tête explose. Les mouvements cessent. Marco recharge son arme avec son dernier chargeur. Il range les douilles vides dans sa poche. Il ne laisse pas de traces. Il regarde vers le tunnel suivant. La direction de République. Le centre du nœud. Il sent la pression augmenter dans ses tempes. Le réseau Moretti réclame son dû. Son âme absente tire sur les connexions invisibles. Il doit continuer la purge. Il descend sur les rails. Il marche au centre de la voie. Il évite les câbles dénudés. L’obscurité est totale ici. Il n’utilise toujours pas de lampe. Il se fie au contact de ses pieds sur le ballast. Le rythme de sa marche est régulier. Soixante pas par minute. Il est une horloge de précision dans un monde en ruine. Il croise d’autres corps. Des ouvriers du rail. Ils ont été vidés de leur substance. Leurs peaux sont des parchemins secs. Marco ne s’arrête pas pour les identifier. Ils sont des statistiques. Il dépasse la borne kilométrique. Le tunnel tourne vers la droite. Une nouvelle lueur apparaît. C’est une lumière rouge cette fois. Celle des alarmes de sécurité du clan Moretti. La jonction est proche. Marco s’arrête un instant. Il sort une flasque en métal de sa poche intérieure. Il boit une gorgée d’un liquide amer. C’est un stabilisateur de flux. Le goût de fer envahit sa bouche. Il range la flasque. Il essuie sa lèvre avec le revers de sa main. La cicatrice sur sa bouche tire. Il reprend sa marche. Le bruit de la ville en surface est inexistant. Seul le grondement sourd du mana dans les câbles haute tension subsiste. C’est le pouls de Paris. Un pouls malade. Marco est le remède chirurgical. Il entre dans la section suivante. Les murs sont couverts de sang frais. Les Valois ont sacrifié des initiés pour stabiliser le portail de transfert. Marco marche dans les flaques. Ses semelles deviennent collantes. Il arrive devant une porte blindée. Elle mène aux locaux techniques de la station. La serrure électronique a été forcée. Marco pousse la porte du pied. Elle pivote sans bruit. La pièce est remplie de serveurs informatiques. Ils sont couplés à des bocaux de verre contenant des organes humains. Les bocaux sont reliés par des tubes de cuivre. C’est ici que Sofia Valois détourne le flux. Un technicien est assis devant les écrans. Il porte une blouse blanche tachée de bleu. Il ne se retourne pas. Il tape frénétiquement sur un clavier. Marco s’approche. Il place le canon du Colt derrière l’oreille de l’homme. Le technicien s’arrête de taper. Ses mains tremblent sur les touches. — Arrête, dit Marco. Sa voix est rauque. Il ne l’a pas utilisée depuis trois jours. Le technicien ne répond pas. Il tente de presser une touche d’alerte. Marco presse la détente. Le cerveau du technicien repeint les moniteurs. Les serveurs grésillent. Marco sort une grenade incendiaire de sa ceinture. Il dégoupille l’engin. Il le dépose au centre des bocaux de verre. Il quitte la pièce. Il referme la porte blindée. Cinq secondes plus tard, une explosion sourde secoue la structure. Une chaleur intense se dégage des interstices de la porte. Le flux de mana dans le tunnel vacille. La lumière rouge s’éteint. Le silence revient. Marco retourne sur les rails. Sa mission à Saint-Philippe est terminée. Il reste quatre stations avant le centre. Il vérifie son Colt. Il reste trois balles. Il devra en trouver d’autres sur les prochains cadavres. Il reprend sa progression. Ses bottes marquent le sol humide. Le rythme est immuable. Un pas après l’autre. Jusqu’à la fin.

Le Fusible Mort

Marco marche sur le ballast. Les cailloux crissent sous ses semelles lourdes. L’air change de consistance. Une odeur de cuivre brûlé sature ses narines. Les parois du tunnel suintent un liquide visqueux. La lumière des lampes de secours faiblit. Le rail central vibre. Un bourdonnement sourd emplit l’espace. Marco ne ralentit pas. Son pas reste régulier. Il entre dans la zone de distorsion. La réalité se courbe devant lui. Les rails de fer se tordent comme des membres brisés. Les murs de béton ondulent. Une brume bleue stagne à trente centimètres du sol. C’est du mana pur. Le flux s’échappe des runes de transfert Valois. Un homme normal fondrait ici. Ses organes se transformeraient en gelée. Ses os deviendraient du verre. Marco avance. Il traverse la nappe de brouillard. Sa peau ne picote pas. Ses muscles restent fermes. Il est un vide. Un trou noir dans le réseau. À dix kilomètres de là, un écran clignote. Une courbe verte reste plate. Le technicien ajuste ses lunettes. Le signal de Marco est stable. Aucun battement de cœur n'apparaît. Aucune activité cérébrale n'est détectée. Le curseur avance sur la carte numérique de la Ligne 9. Le Don observe l’écran depuis son fauteuil. Il ne dit rien. Il respire via son masque. Le bruit du détendeur rythme le silence de la salle de contrôle. Marco est dans la zone critique. Il est le seul à pouvoir la franchir. Une décharge frappe le manteau de Marco. Le cuir bouilli fume. L’arc de plasma rebondit sur le sol. Marco ne bronche pas. Il ne ressent pas la chaleur. Il vérifie son Colt 1911. Le métal est froid contre sa paume. Les sceaux gravés sur la culasse brillent d'une lueur terne. Il retire le chargeur. Il compte les balles. Trois. Il réinsère le bloc de métal. Le clic sec résonne contre les parois. Il reste deux stations avant République. La pression atmosphérique augmente. L’air devient solide. Un corps bloque la voie. C’est un garde du clan Valois. Sa chair a fusionné avec le rail de traction. Ses yeux sont des billes de verre noir. Il n'est plus humain. Il est une extension organique du réseau. Le cadavre s'agite au passage de Marco. Des filaments bleus sortent de sa bouche ouverte. Marco lève son arme. Il ne vise pas le thorax. Il vise la rune gravée sur le front du mutant. Il presse la détente. Le coup de feu déchire le silence. La tête explose en un nuage de suie. Le corps retombe. Marco enjambe les restes. Ses bottes marquent le sol humide. Le sang noir se mélange à la graisse des rails. Marco observe ses mains. Elles sont stables. Aucun tremblement. Aucun doute. Son absence d'âme est un bouclier. La magie ne trouve aucune prise sur lui. Il est un fusible mort. Il ne peut pas griller. Il est déjà consumé. Il continue sa progression. Le tunnel s'élargit. Les arches de pierre remplacent le béton. L'architecture change. Les Valois ont modifié la structure. Un deuxième mutant surgit de l'ombre. Il rampe sur le plafond. Ses doigts se terminent par des griffes de métal. Marco ne s'arrête pas. Il tire une fois. La balle percute l'épaule. Le mutant tombe. Marco écrase la gorge de la créature sous son talon. Il entend le craquement du cartilage. Il tire une deuxième fois dans le crâne. Il reste une balle dans le chargeur. Il fouille les poches du garde mort. Il trouve deux chargeurs supplémentaires. Il les glisse dans sa ceinture. Le technicien Moretti tape sur son clavier. Les données défilent. La saturation de mana atteint 90 %. La ville au-dessus tremble. Les citoyens croient à un séisme. Le Don serre les accoudoirs de son fauteuil. Ses doigts squelettiques blanchissent. Il regarde le point rouge sur la carte. Marco approche de la sortie de la zone de distorsion. Il est une trajectoire. Une ligne droite dans un monde courbe. La distorsion s'atténue enfin. Les rails retrouvent leur rectitude. La brume bleue se dissipe derrière lui. Marco s'arrête. Il examine son manteau. Le cuir est lacéré par les décharges. Il essuie la suie sur son visage avec le revers de sa manche. Sa cicatrice sur la lèvre tire un peu. C'est la seule sensation physique. Son pouls est toujours inexistant. Son esprit est une surface plane. Il regarde devant lui. Les lumières de la station suivante scintillent au loin. C'est un bastion Valois. Il voit les silhouettes des sentinelles sur le quai. Ils portent des fusils d'assaut. Ils ont des masques filtrants. Marco recharge son Colt. Il arme le chien. Le bruit métallique est le seul signal de sa présence. Il ne cherche pas de couverture. Il marche au milieu de la voie. Les sentinelles l'aperçoivent. Les premiers tirs claquent. Les balles sifflent à ses oreilles. Une munition percute son épaule gauche. Le choc le fait pivoter. Il ne tombe pas. Il ne crie pas. Il redresse son bras. Il aligne la mire sur la première cible. Il presse la détente. Le garde tombe du quai. Marco continue d'avancer. Il tire à nouveau. Un deuxième garde s'effondre. Il atteint le début du quai. Il grimpe les marches de fer. Son épaule saigne, mais il ne sent pas la douleur. Le sang est épais et sombre. Il change de chargeur avec une précision mécanique. Un garde tente de le charger avec un couteau runique. Marco saisit le poignet de l'homme. Il le brise d'un coup sec. Il récupère le couteau. Il l'enfonce dans la carotide de son adversaire. Il retire la lame. Le jet de sang macule son visage. La station est sécurisée. Cinq cadavres jonchent le sol. Marco ramasse une radio sur l'un d'eux. Il n'écoute pas les appels de détresse. Il écrase l'appareil sous sa botte. Il se dirige vers le pupitre de contrôle de la station. Il insère une clé USB cryptée dans le terminal. C'est l'ordre du Don. Le virus Moretti commence à saturer les runes locales. Les lumières bleues virent au rouge. Le réseau vacille. Le technicien sourit devant son écran. Le secteur est repris. Le flux de mana est détourné vers les réservoirs Moretti. Le Don lâche une expiration sifflante. Il fait un signe de la main. Le technicien envoie un message sur le terminal de Marco. Le texte s'affiche en lettres vertes : "PROGRESSEZ VERS RÉPUBLIQUE". Marco ne répond pas. Il n'a pas besoin d'ordres pour savoir ce qu'il doit faire. Il quitte le pupitre. Il ramasse un fusil d'assaut sur un cadavre. Il vérifie le sélecteur de tir. Il est sur automatique. Il jette le fusil par-dessus son épaule. Il préfère son Colt. Il descend les marches et retourne sur les rails. Le tunnel devant lui est noir. L'obscurité est totale. Marco n'utilise pas de lampe. Il connaît la distance. Il connaît le rythme. Un pas après l'autre. Le ballast crisse. Le froid s'installe. Il ne frissonne pas. Ses poumons aspirent l'air vicié sans effort. Il est une machine de chair. Il est le fusible qui ne peut pas sauter. Il marche vers le centre du réseau. Il marche vers la fin. Sa mission est sa seule raison d'être. Il n'y a rien d'autre. Juste la trajectoire. Juste l'impact.

Point de Rupture à Saint-Lazare

Marco s'arrête. Le ballast ne bouge plus sous ses bottes. L'air pèse lourd dans ses poumons. La pression du mana augmente. Les parois du tunnel suintent une graisse noire. Le métal des rails vibre contre le béton. Saint-Lazare est à cent mètres. La station est un carrefour majeur. Les Valois occupent les quais supérieurs. Marco vérifie son chargeur. Sept cartouches de calibre .45. Les ogives sont gravées de cercles concentriques. Il engage le chargeur dans la crosse. Le clic est sec. Il arme la culasse. Le ressort résiste. La chambre est pleine. Il avance dans l'ombre portée du tunnel. Ses yeux captent les variations de gris. Il ne cligne pas des paupières. La sueur coule sur sa tempe. Elle ne le gêne pas. Il perçoit une source de chaleur devant lui. Trois hommes. Ils portent des gilets tactiques en kevlar. Leurs masques à gaz filtrent l'air vicié. Ils tiennent des fusils d'assaut HK416. Les canons pointent vers l'obscurité. Ils attendent. Marco se plaque contre le mur. Le béton est froid. Il sent les vibrations du réseau dans son dos. Les runes de transfert pulsent à un rythme irrégulier. Le flux est instable. Les Valois ont saboté les régulateurs. Marco sort son couteau de combat. La lame est en acier carbone. Elle ne reflète pas la lumière. Il glisse entre deux piliers de soutien. Le premier garde est à trois mètres. Il regarde vers le tunnel opposé. Son cou est exposé entre le casque et le gilet. Marco frappe. La lame pénètre la trachée. Il tourne le poignet à quatre-vingt-dix degrés. Les vertèbres craquent. Le sang gicle sur le gant de Marco. Il maintient le corps pour éviter le bruit de la chute. Il dépose le cadavre au sol. Le deuxième garde se retourne. Il voit une silhouette. Il n'a pas le temps d'épauler. Marco lève le Colt. Le premier coup part. La balle percute le front. L'os frontal éclate. La cervelle repeint le carrelage blanc de la station. Le troisième homme hurle. Il ouvre le feu au jugé. Les balles de 5.56 ricochent sur les piliers. Les éclats de pierre griffent le visage de Marco. Il ne bronche pas. Il effectue une roulade latérale. Il se redresse derrière un banc en fer forgé. Il ajuste sa visée. Deux tirs rapides. Le "double tap" réglementaire. Les deux projectiles frappent le centre de la poitrine. Le kevlar cède sous la puissance cinétique. Le garde s'effondre. Ses poumons sont détruits. Il crache une mousse rouge. Marco se lève. Il marche vers le blessé. L'homme essaie de ramper. Ses doigts grattent le sol. Il laisse une traînée sombre derrière lui. Marco écrase la main du garde avec son talon. Les métacarpes se brisent. L'homme gémit derrière son masque. Marco retire le masque d'un geste brusque. Le visage est jeune. Les yeux sont dilatés par la terreur. Les tatouages runiques sur sa gorge virent au noir. Le mana le consume de l'intérieur. — Où est le détonateur ? demande Marco. Sa voix est monocorde. Elle n'a aucune inflexion. Le garde ne répond pas. Il s'étouffe avec son propre sang. Marco appuie le canon du Colt sur la tempe de l'homme. Le métal est brûlant. — Le détonateur. Le garde pointe une direction. Les escaliers vers la salle des billets. Marco presse la détente. Le crâne explose. Le silence revient dans la station. L'odeur de la poudre brûlée sature l'espace. Elle masque l'odeur de la charogne. Marco recharge son arme. Il ramasse un chargeur sur un cadavre. Il vérifie la compatibilité. Il le glisse dans sa poche. Il monte les marches. Ses pas résonnent sous la voûte. Les murs sont couverts de graffitis magiques. Les symboles Valois brillent d'un éclat maladif. Le réseau gémit. La structure subit une torsion mécanique. Le mana cherche une issue. Marco arrive dans la salle des pas perdus. Le plafond est haut. Des câbles pendent comme des lianes. Au centre, une machine. Un amplificateur de flux. Des câbles de cuivre relient l'appareil aux rails de traction. Deux techniciens Valois travaillent sur la console. Ils portent des blouses blanches tachées de cambouis. Ils ne sont pas armés. Marco ne ralentit pas. Il tire deux fois. Les techniciens tombent. Leurs corps basculent sur les circuits. Un arc de lumière jaillit. L'air se charge de particules lourdes. Marco s'approche de la machine. Il voit le minuteur. Trois minutes. Il examine le câblage. C'est un montage en série. Il doit couper l'alimentation primaire. Il utilise la crosse de son arme pour briser le cadran en verre. Il plonge sa main dans les entrailles de la machine. Les fils brûlent sa peau. Il ne retire pas sa main. Il cherche le câble rouge marqué d'une rune de scellement. Il le trouve. Il tire de toutes ses forces. Les connexions lâchent. L'amplificateur s'éteint dans un sifflement de vapeur. La vibration dans le sol diminue. Le danger immédiat est écarté. Marco regarde sa main. La peau est carbonisée. Des lambeaux de chair pendent. Il ne ressent pas la douleur. Ses nerfs sont morts depuis longtemps. Il déchire un morceau de tissu sur une blouse et entoure la plaie. Le bandage devient vite rouge. Il serre le nœud avec ses dents. Il reste quatre autres stations avant République. Le commando Valois était une avant-garde. D'autres attendent dans les tunnels. Marco ramasse son Colt. Il vérifie l'état de la culasse. La mécanique est encrassée par les résidus de poudre. Il essuie le métal sur son manteau. Il repart vers les quais. Le silence de Saint-Lazare est artificiel. Les ombres semblent bouger derrière les piliers. Marco ne regarde pas en arrière. Il descend sur les rails. Le ballast est glissant. De l'eau s'écoule des voûtes. Elle est chargée de sels minéraux et de résidus magiques. Marco marche au milieu de la voie. Il évite le rail de contact. Même sans courant, le mana peut vaporiser un homme en une seconde. Il entre dans l'interstation. Le tunnel se resserre. L'obscurité l'avale. Il compte ses pas. Mille deux cents mètres jusqu'à la prochaine position. Son épaule gauche le lance. Une vieille blessure de guerre. Il ignore le signal. Son corps est un outil. Un outil ne se plaint pas. Il fonctionne jusqu'à la rupture. Un bruit métallique résonne loin devant. Un choc régulier. Quelqu'un frappe sur les rails. C'est un signal de ralliement. Ou un piège. Marco ralentit. Il passe en mode furtif. Il pose ses pieds sur les traverses en bois. Le bruit est plus net. C'est un code. Trois coups courts. Deux coups longs. Le code des nettoyeurs de la Ligne 9. Marco ne répond pas. Il ne fait confiance à personne. Les Moretti ont des traîtres dans leurs rangs. Sofia Valois paie mieux que le Don. Marco continue d'avancer. Il voit une lueur au bout du tunnel. Une lampe à acétylène. Elle projette des ombres déformées sur les parois circulaires. Une silhouette se tient près d'un poste d'aiguillage. Marco épaule son Colt. Il aligne les organes de visée. La silhouette lève les mains. Elle ne tient pas d'arme. — Marco ? C'est moi, Lucas. Marco ne baisse pas son arme. Lucas est un technicien de surface. Un gamin de vingt ans. Il a le visage couvert de suie. Ses vêtements sont en loques. — Les Valois sont partout, dit Lucas. Ils ont pris Havre-Caumartin. Ils installent des charges sur les piliers de soutien. Marco s'approche à cinq mètres. Il garde le doigt sur la détente. — Combien ? demande Marco. — Une douzaine. Des mercenaires. Ils ont des chiens de guerre. Des bêtes invoquées. Marco observe les yeux de Lucas. Les pupilles sont normales. Il n'est pas sous influence. Marco baisse légèrement son arme. — Tu as des explosifs ? Lucas hoche la tête. Il montre un sac en toile posé au sol. — Du C4. Et des détonateurs à distance. Marco prend le sac. Il vérifie le contenu. Quatre pains de plastique. Des allumeurs. C'est suffisant pour faire sauter le plafond du tunnel. — Reste ici, ordonne Marco. Si je ne reviens pas dans dix minutes, fais sauter la voie. — Mais tu seras encore là-dedans, dit Lucas. Marco ne répond pas. Il s'enfonce de nouveau dans le noir. Les mots sont inutiles. Seul le résultat compte. Il sent l'odeur des chiens avant de les voir. Une odeur de viande pourrie et de soufre. Les Parasites. Des créatures sans peau, faites de muscles et de haine. Ils grognent dans l'ombre. Marco change de chargeur. Il insère des balles à pointe creuse. Il sait que les Parasites ne meurent pas facilement. Il faut détruire le centre nerveux. Il s'accroupit. Il attend que la première bête sorte de la zone d'ombre. Le premier chien bondit. Il est massif. Ses mâchoires claquent à quelques centimètres du visage de Marco. Marco tire trois fois dans la gueule ouverte. La tête de la créature explose en un nuage de sang noir. Le corps s'écrase sur lui. Marco le repousse. Deux autres Parasites arrivent. Ils sont rapides. Marco utilise son couteau pour trancher les tendons d'une patte. La bête s'effondre en hurlant. Il l'achève d'une balle dans la nuque. Le troisième Parasite hésite. Il tourne autour de Marco. Marco reste immobile. Il économise ses munitions. Il reste deux balles dans le chargeur. Il attend l'attaque. La bête saute. Marco s'efface. Il saisit la créature par la gorge. Il sent la chaleur de la chair mutante. Il plante son couteau dans le flanc. Il remonte la lame jusqu au sternum. Les viscères tombent sur le ballast. Marco se relève. Il est couvert de sang noir. Le liquide est corrosif. Il brûle son manteau. Il essuie sa lame sur la carcasse. Il ramasse son sac d'explosifs. Havre-Caumartin est en vue. Les lumières de la station brillent au loin. Il voit les silhouettes des mercenaires sur les quais. Ils installent les charges. Il n'y a plus de place pour la subtilité. Marco court. Il tire en courant. Les mercenaires sont surpris. Le premier tombe avant d'avoir touché son arme. Le deuxième tente de se mettre à couvert derrière un pilier. Marco lance un pain de C4. Il tire sur le détonateur en plein vol. L'explosion souffle la station. Le béton se fissure. Les vitres des rames de métro stationnées éclatent. La fumée remplit l

Strasbourg-Saint-Denis : L'Aube Bleue

Marco franchit le seuil de la station. La voûte de béton suinte. Un liquide bleu coule le long des parois. C'est du mana brut. La substance ronge la pierre. Marco ajuste son masque. Le filtre sature déjà. L'air possède un goût de métal. Ses poumons brûlent à chaque inspiration. Il avance vers le centre de la voie. Le rail central vibre. Une fréquence basse secoue ses os. Il atteint le répartiteur de secteur. L'engin ressemble à une cage thoracique en acier. Des câbles épais relient la machine aux rails. Les runes gravées sur le métal virent au blanc. La température dépasse les cinquante degrés. Marco retire ses gants en cuir. Ses mains sont sèches. La peau tire sur ses articulations. Il ouvre la sacoche de maintenance. Il sort une seringue pneumatique. Le réservoir contient un liquide gris. C'est le stabilisateur Moretti. La solution coûte un mois de salaire. Marco insère la canule dans la valve de pression. Le métal résiste. Il force. Le joint cède avec un sifflement. Le mana s'échappe en volutes lourdes. La visibilité tombe à deux mètres. Ses tympans claquent. Un sifflement aigu remplace le bruit du tunnel. Marco sent un liquide chaud sur son cou. Il passe une main. Ses doigts reviennent rouges. Le sang coule de ses oreilles. La pression magique écrase ses tissus internes. Il ne s'arrête pas. Il presse la détente de l'injecteur. Le stabilisateur pénètre dans le circuit. Le répartiteur grogne. Les vibrations changent de ton. Le blanc des runes faiblit. Le bleu redevient sombre. Marco surveille le manomètre. L'aiguille redescend vers la zone verte. Ses jambes flanchent. Il pose un genou à terre. Le ballast est brûlant. Il sent la chaleur à travers son pantalon. Une ombre bouge sur le quai opposé. Marco lâche l'injecteur. Il dégaine son Colt 1911. Le mouvement est fluide. Son bras est une extension de l'arme. Il ne vise pas. Il s'aligne. La cible est une forme humaine. Elle porte les couleurs des Valois. Le mercenaire lève un fusil d'assaut. Marco tire. Le recul remonte dans son épaule. La balle de calibre .45 frappe le torse. Le sceau gravé sur l'ogive s'active. L'impact déchire le gilet pare-balles. Le mercenaire bascule en arrière. Son corps frappe le carrelage blanc. Il ne bouge plus. Un deuxième homme apparaît derrière un distributeur automatique. Marco se déplace latéralement. Il utilise le répartiteur comme bouclier. Les balles de l'ennemi ricochent sur l'acier. Les étincelles illuminent la pénombre. Marco compte les coups. Sept. Le mercenaire recharge. Marco sort de sa couverture. Il tire deux fois. La première balle touche l'épaule. La seconde brise la mâchoire. Le silence revient. Seul le bourdonnement du répartiteur persiste. Marco ramasse son matériel. Il range la seringue vide. Il essuie le sang de son visage. Sa vision se trouble par intermittence. Il cligne des yeux. Il doit atteindre le poste de commande. Strasbourg-Saint-Denis est stabilisée. Pour l'instant. Il marche sur le quai. Les cadavres des Valois gisent dans des poses grotesques. Le mana a déjà commencé à modifier leur structure. La peau devient translucide. Les veines virent au noir. Marco ne regarde pas les visages. Il vérifie ses munitions. Il reste quatre balles dans le chargeur engagé. Deux chargeurs de rechange à la ceinture. Le tunnel vers République s'ouvre devant lui. L'obscurité y est plus dense. La saturation augmente de nouveau. Marco sent son âme-fusible chauffer dans sa poitrine. Une douleur sourde irradie vers son bras gauche. Le prix de la mission. Il avance. Chaque pas est un calcul. Chaque respiration est une lutte. Le sol tremble. Un grondement sourd vient des profondeurs. Les Parasites arrivent. Ils sentent le stabilisateur. Ils veulent la source de chaleur. Marco recharge son arme. Il insère un chargeur plein. Le clic du métal est net. Il arme la culasse. Le canon pointe vers le noir. Il attend. Le premier Parasite émerge de la voûte. C'est une masse de chair et de câbles. Ses yeux sont des capteurs optiques volés. La créature rampe sur les murs. Marco tire. La tête explose. Le corps tombe sur les rails. Un arc électrique consume la carcasse. L'odeur de viande brûlée remplit la station. D'autres formes suivent. Elles sont nombreuses. Marco recule vers l'escalier mécanique. Il ne peut pas tenir la station seul. Il doit sceller le secteur. Il sort une grenade incendiaire. Il dégoupille. Il lance l'engin vers le répartiteur. L'explosion doit saturer le système. Le feu prend. Les flammes sont violettes. Le mana brûle avec une intensité insoutenable. Marco monte les marches quatre à quatre. La chaleur lui lèche le dos. Il atteint le niveau supérieur. Il ferme la grille de sécurité. Les verrous s'enclenchent. Derrière lui, la station Strasbourg-Saint-Denis devient un brasier magique. Il s'appuie contre le mur. Son cœur cogne contre ses côtes. Il vérifie sa montre. Le timing est serré. Don Moretti n'attendra pas. Sofia Valois non plus. Il recharge son Colt. Il nettoie la chambre d'éjection. La poussière de béton recouvre tout. Marco repart. La Ligne 9 continue. Le noir l'attend.

La Cathédrale de Béton

Le tunnel débouche sur un vide immense. La station République s'ouvre. Le plafond disparaît dans l'ombre. Des milliers de câbles de cuivre pendent. Ils ressemblent à des lianes rigides. Ils vibrent. Le son est une note basse. Elle cogne dans les molaires. Marco s'arrête. Il plaque son dos contre un pilier. Le béton est brûlant. La sueur coule sous son manteau de cuir. Il vérifie l'angle de tir. La visibilité est médiocre. Une brume bleue sature l'espace. Ce n'est pas de la vapeur. C'est du gaz ionisé. L'odeur de soufre domine le fer rouillé. Au centre, le quai n'existe plus. Une structure de cuivre occupe l'espace. C'est un autel circulaire. Des bobines massives tournent autour. Elles aspirent le flux des douze lignes. Le métal gémit. Des arcs de haute tension claquent. Ils déchirent l'air toutes les trois secondes. Marco compte les intervalles. Un. Deux. Trois. Flash. La rétine brûle. Il ferme les yeux à chaque décharge. Son bras gauche tremble. Les runes sur sa peau tirent. Le mana ambiant cherche un conducteur. Marco est une prise de terre vivante. Sofia Valois se tient sur l'autel. Son tailleur blanc est maculé de graisse. Ses pieds sont nus sur le métal. Des filaments noirs sortent de ses chevilles. Ils s'enfoncent dans les connecteurs de cuivre. Elle ne bouge pas. Ses yeux sont ouverts. Ils sont totalement noirs. Le sang sombre coule de ses narines. Elle n'essuie rien. Elle regarde le plafond. Là-haut, l'entité s'agite. C'est une masse de vide. Elle dévore la lumière des projecteurs de chantier. Elle grossit à chaque pulsation du réseau. Marco sort son Colt 1911. Le poids de l'acier le calme. Il tire la culasse. Une cartouche de .45 monte en chambre. Le clic métallique est net. Il vérifie les gravures sur le canon. Les sceaux brillent d'un éclat terne. Il n'a plus d'âme pour alimenter l'arme. Il utilise la tension résiduelle de l'air. Le pistolet devient chaud. Marco ajuste sa prise. Il sort de l'ombre du pilier. Ses bottes écrasent des débris de verre. Le bruit est un coup de feu dans le silence. Sofia tourne la tête. Son cou craque. Le mouvement est mécanique. Elle ne sourit pas. Ses lèvres sont bleues. Elle lève une main. Les câbles de cuivre s'agitent. Ils se dressent comme des cobras. Marco plonge derrière un banc en fer forgé. Les câbles frappent le béton. La pierre éclate. Des éclats coupent la joue de Marco. Il ne bronche pas. Il roule sur le côté. Il épaule. Il vise le plexus de Sofia. Il presse la détente. Le coup part. La flamme de bouche est violette. La balle traverse le champ ionisé. Elle s'écrase contre un bouclier invisible. L'impact crée une onde de choc. Les vitres des rames abandonnées explosent. Marco tire encore. Deux fois. Les projectiles sont stoppés à dix centimètres de la cible. Sofia lève l'autre main. La gravité change. Marco sent son corps s'alléger. Il s'accroche au rail de sécurité. Ses pieds quittent le sol. L'entité au plafond descend. Elle ressemble à de la fumée liquide. Elle entoure Sofia. La température chute brusquement. Le souffle de Marco devient blanc. Il lâche son arme. Le Colt reste suspendu dans l'air. Marco sort un couteau de tranchée. La lame est noire. Elle ne reflète rien. Il se propulse contre un pilier. Il utilise l'absence de pesanteur. Il vole vers l'autel. Sofia hurle. Le son n'est pas humain. C'est un feedback de transformateur. Les tympans de Marco saignent. Il frappe. La lame rencontre une résistance visqueuse. Il force. Son épaule craque. Le couteau pénètre la barrière. Il entaille l'épaule de Sofia. Le sang noir gicle. Il flotte en billes parfaites. La gravité revient d'un coup. Marco s'écrase sur le cuivre. Ses côtes protestent. Il rampe vers son arme. Le réseau hurle plus fort. Les douze lignes convergent ici. La puissance sature les répartiteurs. Les câbles fondent. Le cuivre liquide coule sur le sol. Sofia marche vers lui. Ses pas laissent des marques brûlées. Elle lève le pied pour lui broyer le crâne. Marco saisit son Colt au sol. Il ne vise pas Sofia. Il vise la bobine principale sous l'autel. Il tire la dernière cartouche. L'explosion est sourde. Le cœur du système se déchire. Le mana brut se libère. C'est une vague de pression pure. Elle projette Marco contre le mur du fond. Son manteau fume. La structure de cuivre s'effondre. Sofia tombe dans le puits central. L'entité se disloque. Elle cherche un nouvel hôte. Elle tourbillonne autour de Marco. Elle palpe son vide intérieur. Elle ne trouve rien à saisir. Pas d'âme. Pas d'accroche. Le silence revient. Il est lourd. Marco se relève péniblement. Son bras gauche est inerte. Il ramasse son arme. Le canon est déformé. Il jette le pistolet dans le puits. La station République est une ruine. Les arcs de tension ont cessé. L'obscurité est totale. Marco sort une lampe torche de sa poche. Il l'allume. Le faisceau est faible. Il balaie les débris. Sofia a disparu. Le réseau est mort. Il marche vers le tunnel de sortie. Ses pas résonnent sur le ballast. Il ne regarde pas en arrière. Il sort un paquet de cigarettes. Il en allume une avec une étincelle résiduelle sur un câble sectionné. La fumée est âcre. Elle masque l'odeur du soufre. Marco remonte vers la surface. La mission est terminée. Le clan Moretti paiera. La ville restera dans le noir. C'est mieux ainsi. Il atteint les escaliers de secours. Il pousse la porte métallique. Le froid de la nuit parisienne l'accueille. Il disparaît dans la brume.

Surcharge Finale

Le ballast grinça sous la semelle de Marco. L'air saturé de particules métalliques brûlait ses poumons. Il serra la crosse du 1911. Le cuir bouilli de son manteau craqua. Sofia Valois occupait le centre du quai. Ses pieds ne touchaient plus le sol. Des arcs de mana bleu frappaient les parois. Les carreaux de faïence éclataient en poussière blanche. Elle n'était plus une femme. Elle servait de transformateur organique. Le réseau de la Ligne 9 convergeait vers sa gorge. Les tatouages runiques pulsaient avec une fréquence irrégulière. Marco s'arrêta à douze mètres. Il écarta les jambes pour stabiliser son centre de gravité. Le sol vibrait sous l'effet de la surcharge. La pression barométrique augmentait dans la station République. Ses oreilles sifflaient. Un liquide visqueux coulait le long des murs. C'était du mana condensé. Sofia renversa la tête en arrière. Ses yeux injectés de sang noir fixaient la voûte. Elle n'émit aucun son. Sa mâchoire restait bloquée par la tension. Le nettoyeur leva son arme. Le viseur s'aligna sur la rune de gorge. Le plomb sacré dans le chargeur pesait lourd. Chaque balle contenait un fragment de sel purifié. Marco inspira lentement. Il bloqua sa respiration. Son index pressa la détente. Le percuteur frappa l'amorce. La détonation déchira le bourdonnement ambiant. La flamme de départ éclaira brièvement le tunnel sombre. Le projectile fendit l'air ionisé. Il traversa un arc de haute tension. La trajectoire resta droite. La balle percuta le centre du tatouage bleu. Un craquement sec retentit. Ce n'était pas le bruit de la chair. C'était le son d'un cristal qui se brise. Sofia fut projetée contre un pilier de soutien. L'impact brisa le béton. La connexion avec le réseau fut rompue instantanément. Le feedback magique se produisit. Le mana accumulé ne trouva plus de canal de sortie. Il reflua vers la source. Une onde de choc invisible balaya la station. Marco fut soulevé de terre. Il percuta un distributeur automatique de billets. Le métal se plia sous son poids. Ses côtes craquèrent. Il ne lâcha pas son arme. Ses doigts restaient soudés à la crosse. Une explosion de lumière crue satura l'espace. Le blanc remplaça le noir. La température grimpa de trente degrés en une seconde. Les rails de cuivre fondirent sur plusieurs mètres. Le réseau Moretti hurla à travers les câbles. Le système de sécurité se déclencha dans un fracas de disjoncteurs. Puis, le silence tomba. Il était total. Il était lourd. Marco resta au sol. Il compta ses battements de cœur. Un. Deux. Trois. Il bougea les doigts de sa main gauche. Ils répondirent. Il poussa sur ses bras. Son épaule droite hurla de douleur. Il se redressa sur les genoux. La fumée âcre remplissait ses bronches. Il toussa un mélange de sang et de suie. La station République n'était plus qu'une carcasse calcinée. Il chercha Sofia du regard. Il ne restait qu'une trace sombre sur le pilier. La matière organique s'était vaporisée lors du reflux. Les runes avaient consommé leur hôte. Marco ramassa son pistolet. Le canon était déformé par la chaleur. Les gravures sacrées étaient illisibles. Il jeta l'objet inutile dans la fosse des rails. Le métal tinta contre l'acier fondu. Il sortit une lampe torche de sa poche tactique. Le boîtier en aluminium était cabossé. Il pressa l'interrupteur. Le faisceau vacilla avant de se stabiliser. La lumière balaya les débris. Des morceaux de carrelage jonchaient le sol. Des câbles pendaient du plafond comme des lianes mortes. Le courant ne circulait plus. Le mana s'était dissipé dans la terre. Marco marcha vers le tunnel de sortie. Ses bottes écrasaient des fragments de verre. Chaque pas résonnait contre les parois de béton. Il ne regarda pas en arrière. Il n'y avait rien à voir. Le travail était fait. Les Valois avaient échoué. Les Moretti avaient perdu leur meilleur fusible. La ville était sauve et aveugle. Il atteignit l'escalier de service. Les marches en fer étaient froides. Il monta lentement. Son corps pesait une tonne. Il atteignit la porte blindée. Il tourna la poignée. Le mécanisme grinça mais céda. L'air de la surface s'engouffra dans le conduit. Il sentait la pluie et le goudron. C'était une odeur normale. Une odeur humaine. Il déboucha dans une ruelle derrière la place de la République. La pluie tombait en rideaux serrés. Elle lavait la suie sur son visage. Marco sortit un paquet de cigarettes froissé. Il en prit une. Le tabac était humide. Il utilisa un briquet tempête. La flamme orange dansa dans l'obscurité. Il tira une bouffée longue. La fumée resta dans ses poumons un instant. Il n'y avait personne dans la rue. Les lampadaires étaient éteints. La panne touchait tout le quartier. Marco remonta le col de son manteau. Il commença à marcher vers le nord. Ses blessures saignaient sous ses vêtements. Il ne s'arrêta pas. Il connaissait le chemin vers la planque. Il connaissait le prix du silence. Le clan Moretti enverrait des hommes demain. Ils chercheraient des restes. Ils ne trouveraient que de la cendre. Marco ne ferait pas de rapport. Son absence serait son message. Il n'avait plus d'âme à leur vendre. Il n'avait plus de dettes à payer. Il tourna à l'angle d'un immeuble haussmannien. Sa silhouette se fondit dans la brume parisienne. La ville dormait dans le noir. C'était mieux ainsi.

Noir Absolu

Le corps de Sofia Valois repose sur le ballast. Sa gorge est une plaie béante. Le sang noir sature le col de son tailleur blanc. Les runes sur sa peau s'éteignent. La lumière bleue s'évapore. Le tunnel plonge dans l'obscurité. Marco range son Colt 1911. Le métal est chaud contre sa cuisse. Il ne regarde pas le visage de la femme. Il cherche les douilles au sol. Ses doigts gantés palpent le gravier. Il en trouve une. Puis deux. Le laiton brille faiblement sous le faisceau de sa lampe. Il les glisse dans sa poche droite. Le poids est familier. Le silence s'installe. Le bourdonnement des rails a cessé. Le flux de mana est coupé. La station République est un tombeau de béton. Marco se redresse. Ses vertèbres craquent. Il vérifie l'état de son manteau. Le cuir est entaillé à l'épaule. Il ne sent pas la douleur. Son système nerveux est anesthésié. Il sort un boîtier technique de sa sacoche. L'écran affiche des courbes vertes. Le réseau Moretti est stable. La pression magique redescend dans les normes. Le sabotage des Valois a échoué. Il marche vers le quai. Ses bottes écrasent des éclats de verre. Les distributeurs automatiques sont brisés. Il ne reste rien à piller. Marco monte les marches. Il atteint le niveau des portillons. Les mécanismes sont bloqués. Il enjambe la barrière. Sa main gauche tremble légèrement. Il serre le poing. Le tremblement s'arrête. Il sort une cigarette de son paquet. Il ne l'allume pas. Le règlement interdit les flammes près des conduits de ventilation. Il s'engage dans le tunnel de liaison. La direction indique Boulogne. C'est une marche de huit kilomètres. Les rames sont à l'arrêt entre les stations. Elles ressemblent à des carcasses de fer blanc. Marco longe les parois. Il évite les câbles de haute tension. Le cuivre est à nu par endroits. La moisissure recouvre les briques. L'air est saturé de poussière de frein. Il respire par le nez. Son souffle est régulier. À la station Oberkampf, il s'arrête. Il vérifie le sceau sur le transformateur principal. La cire rouge est intacte. Les Moretti contrôlent encore ce secteur. Il reprend sa progression. Le tunnel s'élargit. Les rails se multiplient. Il marche au centre de la voie. Ses pas résonnent contre les voûtes. Il ne croise aucun rat. Les rongeurs ont fui la zone pendant le combat. Le froid s'intensifie. L'absence de courant fige la ville souterraine. Marco ne frissonne pas. Son corps régule sa température mécaniquement. Il passe devant une affiche publicitaire déchirée. Le visage sur le papier est décoloré. Il ne reconnaît pas la marque. Il ne regarde plus la surface. Le monde d'en haut n'existe plus pour lui. Il est un rouage du réseau. Il atteint Saint-Ambroise. La station est vide. Les bancs en bois sont calcinés. Il voit des traces d'impact sur les piliers. Ce sont des balles de gros calibre. Les combats de la semaine dernière ont laissé des marques profondes. Il ne s'attarde pas. Il vérifie l'heure sur sa montre à quartz. Il est trois heures du matin. Paris dort dans le noir complet. Les générateurs de secours n'ont pas démarré. Il boit une gorgée d'eau tiède. Sa gourde est en métal brossé. Le liquide a un goût de fer. Il range la gourde. Il vérifie le chargeur de son arme. Il reste quatre cartouches. C'est suffisant pour atteindre l'objectif. Il repart. Le tunnel tourne vers la gauche. La pente s'accentue. Il descend plus profondément sous la terre. Les murs suintent. L'eau s'infiltre depuis la Seine. Elle forme des flaques sombres sur le sol. Marco marche dans l'eau. Ses bottes sont étanches. Il surveille les ombres. Les Parasites pourraient encore roder. Il garde la main sur la crosse du Colt. Il ne voit aucun mouvement. Les capteurs thermiques de ses yeux artificiels sont au repos. Il économise sa batterie interne. Il traverse la station Voltaire. Les cadavres des gardes Valois sont encore là. Ils sont alignés contre le mur. Quelqu'un a récupéré leurs armes. Marco examine les blessures. Des coupes nettes. Des impacts précis. C'est le travail d'une équipe de nettoyage Moretti. Ils sont passés avant lui. Ils ont sécurisé le périmètre. Il continue sa route. Le tunnel devient plus étroit. Les conduits de mana crachent de la vapeur blanche. La pression augmente. Marco ajuste une valve sur le côté. Le sifflement s'arrête. Il note le numéro du secteur dans son carnet. Il devra envoyer une équipe de maintenance. Il range le carnet. Ses mouvements sont lents. La fatigue s'accumule dans ses articulations. Il arrive à Charonne. La station est plongée dans une brume épaisse. Il allume ses optiques infrarouges. Le monde devient rouge et noir. Il voit les sources de chaleur. Il y a des câbles qui chauffent sous le quai. Le courant résiduel circule encore. Il évite les zones de contact. Il marche sur la bordure du quai. Il saute sur la voie opposée. Il progresse vers Rue des Boulets. Le silence est total. Il n'entend que le battement de son propre cœur. C'est un bruit sourd. Un rythme de métronome. Il ne pense à rien. Il exécute sa fonction. Il est un vecteur de force. Il traverse les stations comme on coche des cases sur une liste. Nation. Buzenval. Maraîchers. À Porte de Montreuil, il voit la lumière du jour filtrer par les grilles. C'est une lueur grise. Le ciel de Paris est couvert. Il ne monte pas à la surface. Il reste dans l'ombre. Il suit la ligne de démarcation. Les murs sont couverts de graffitis runiques. Ce sont des avertissements. Il les ignore. Il connaît les codes. Il possède les clés. Il arrive enfin à Boulogne. Le terminus est une vaste salle de béton brut. Les rails s'arrêtent net. Un mur de soutènement ferme la perspective. Marco s'approche du boîtier de contrôle final. Il insère sa carte magnétique. Le lecteur émet un bip court. La diode passe au vert. Le réseau est verrouillé. Les Valois ont perdu l'accès. Il s'assoit sur un coffre de matériel. Il sort sa cigarette. Il la place entre ses lèvres. Il ne l'allume toujours pas. Il regarde ses mains. Elles sont couvertes de suie et de sang séché. Il sort un chiffon de sa poche. Il essuie le canon de son arme. Il nettoie chaque rainure. Il vérifie le percuteur. Le mécanisme est parfait. Il se lève. Il marche vers l'issue de secours. Il grimpe l'échelle métallique. Chaque barreau est froid. Il pousse la trappe. L'air extérieur entre dans ses poumons. Il sent l'humidité et le gasoil. Il sort dans une ruelle sombre. Il referme la trappe derrière lui. Il verrouille le cadenas. La rue est déserte. Les fenêtres des immeubles sont noires. Aucun habitant ne regarde dehors. La peur est une habitude. Marco remonte le col de son manteau. Il marche vers le nord. Ses blessures ne saignent plus. Il a rempli sa mission. Le clan Moretti possède la Ligne 9. Paris reste dans l'obscurité. C'est l'ordre des choses. Il disparaît dans le brouillard. La ville ne se réveillera pas ce matin. Le mana appartient aux morts. Marco est déjà loin. Sa silhouette s'efface. Le silence revient sur la capitale. Le noir est absolu.
Fusianima
Brûler la Troisième Voie
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Marcus V

Brûler la Troisième Voie

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Marco franchit la ligne de contrôle. Les portillons en acier restent bloqués. Il enjambe l'obstacle. Ses bottes frappent le carrelage blanc. La station Trocadéro est une tombe. L'air sent le métal chauffé et le soufre. Les lampes de secours clignotent au plafond. Le courant mana sature les câbles ha...

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