Saigne la Ligne 4
Par Marcus V. — Mafia
Enzo descend l’escalier mécanique de la station Châtelet. Ses bottes de combat frappent les marches métalliques. Le rythme est régulier. L’air sent la poussière de frein et l’ozone. Non. L’air sent le fer froid. Le quai de la Ligne 4 est bondé. La foule est une masse de viande anonyme. Enzo repère l...
Châtelet
Enzo descend l’escalier mécanique de la station Châtelet. Ses bottes de combat frappent les marches métalliques. Le rythme est régulier. L’air sent la poussière de frein et l’ozone. Non. L’air sent le fer froid. Le quai de la Ligne 4 est bondé. La foule est une masse de viande anonyme. Enzo repère la cible. Volkov se tient près d’un pilier en fonte. Il porte un manteau en cachemire gris. Ses mains tremblent légèrement. Il attend la rame automatique.
Enzo réduit la distance. Il marche d’un pas souple. Sa main droite glisse sous son trench en cuir. Les doigts se referment sur la crosse en polymère du Glock 17. Le poids de l’arme est familier. Huit cents grammes de mort subite. Enzo ne regarde pas le visage de Volkov. Il fixe le point vital entre les omoplates.
Le train approche dans le tunnel. Le vent précède la machine. Enzo sort le pistolet. Le mouvement est fluide. Le silencieux ne cache pas tout. Le premier coup part. Le recul tape dans le poignet. La balle de neuf millimètres percute le dos de Volkov. Le Sorcier bascule en avant. Enzo tire encore. Deux fois. Les projectiles déchirent le cachemire. Volkov s’effondre sur le bord du quai. Il glisse. Son corps tombe sur le ballast, entre les rails de roulement.
Le sang commence à couler. Il n'est pas rouge. Le liquide possède la teinte d'un sulfate de cuivre saturé. Un bleu dense. Visqueux. Il s'étale sur les pierres grises. Le fluide entre en contact avec le béton de la voie. Le sol de la station vibre. Sous la couche de crasse, des rainures apparaissent. Ce sont des tracés géométriques complexes. Des runes gravées en 1908. Le sang bleu remplit les sillons. Une lumière chimique se propage dans les gravures.
Un signal sonore strident déchire l'air. Les grilles de sécurité tombent des plafonds. Le fracas du métal contre le carrelage est assourdissant. Les issues sont condamnées. Les passagers se ruent contre les barreaux. Ils frappent l'acier avec leurs poings. Enzo range son arme. Il observe le ballast. Le sang de Volkov bout. Des arcs de tension parcourent les rails. La rame automatique arrive à pleine vitesse. Elle ne ralentit pas. Les capteurs sont grillés. Le train percute le corps de Volkov. La carcasse de métal broie les os. Le sang bleu gicle sur les parois du tunnel.
Le circuit est fermé. Les parois de la station Châtelet transpirent une humidité grasse. La température monte de dix degrés. Enzo vérifie son chargeur. Il reste douze cartouches. Sa gorge le brûle. Il crache un filet de salive bleue. La moelle de sorcier dans ses poumons réagit au signal. Les lumières des tubes fluorescents explosent une à une. L'obscurité s'installe. Seules les runes au sol brillent d'un éclat cobalt.
Le tunnel gronde. Une deuxième rame arrive en sens inverse. Elle circule sans conducteur. Les portes battent comme des mâchoires. Le métal hurle contre les courbes de la voie. Enzo plaque son dos contre un pilier. Il sort un couteau de combat de sa botte. La lame est en céramique noire. Elle ne conduit pas le courant.
Les haut-parleurs crachent un son saturé. Ce n'est pas une voix humaine. C'est un code binaire distordu. Les runes sur le ballast s'élargissent. Elles pompent l'énergie des câbles de haute tension. La station Châtelet est verrouillée. Enzo est coincé dans la zone de mort. Il regarde sa montre. Le cadran est mort. Les aiguilles tournent à l'envers.
Il marche vers le tunnel nord. Ses pas résonnent dans le silence des passagers pétrifiés. Les gens ne crient plus. Ils restent immobiles. Leurs yeux sont vides. Le circuit de mana aspire leur force vitale. Enzo sent la pression sur ses tympans. Il doit remonter la ligne. Il doit trouver la source du courant.
Un lieutenant de Malevich apparaît au bout du quai. Il porte une robe de bure sur un gilet pare-balles. Ses mains manipulent des sphères de verre remplies de gaz bleu. Enzo lève son Glock. Il vise la tête. La cible bouge avec une vitesse anormale. Enzo presse la détente. Le percuteur frappe l'amorce. Le coup part. La sphère de verre éclate. Un nuage de vapeur corrosive se répand. Le lieutenant hurle. Sa peau se détache par lambeaux. Il tombe sur les rails.
Le sang bleu du lieutenant rejoint celui de Volkov. Les runes brillent plus fort. Le béton se fissure. Des câbles de cuivre sortent des murs comme des racines. Ils cherchent de la chair. Enzo court vers la bouche du tunnel. Il enjambe les corps inertes. La Ligne 4 est devenue un hachoir. Les rames automatiques font la navette pour collecter la moisson.
Enzo s'enfonce dans le noir. L'odeur de la viande brûlée remplace celle du fer. Il recharge son arme. Le clic du chargeur est le seul son rassurant. Il est le Plombier. Il est là pour curer les canalisations. Le sang bleu doit couler jusqu'à la dernière goutte. La chasse commence sous les rues de Paris.
Le Verrou
Le métal percute le béton. Un choc sourd. Les grilles de sécurité tombent. Elles scellent les accès de la station Châtelet. Les verrous magnétiques s’enclenchent. Le bruit résonne dans les couloirs vides. Enzo ne bouge pas. Il observe les barreaux d'acier. Ils font quatre centimètres de diamètre. Aucune issue par les escaliers. La station est une boîte de conserve fermée.
L'air change de consistance. Il devient lourd. Il sent le cuivre brûlé. Il sent la viande carbonisée. Enzo expire lentement. La vapeur sort de sa bouche. Elle est teintée de bleu. Il regarde ses mains. Ses articulations craquent. Il ne ressent pas la température. Il ne ressent rien. Il est un outil.
Sur les rails, le massacre commence. Une rame automatique MP 14 arrive à pleine vitesse. Elle ne freine pas. Le sifflement des turbines sature l'espace. Le train percute un groupe de passagers sur le quai opposé. Le choc est sec. Les corps éclatent contre le pare-brise en polymère. Le sang gicle sur les parois. Il n'est pas rouge. Il brille d'une lueur cobalt. Les essieux broient les os. Le bruit ressemble à celui d'un broyeur de chantier. La rame continue sa course. Elle disparaît dans le tunnel vers Cité. Elle laisse derrière elle une traînée de bouillie lumineuse.
Enzo se baisse. Il ramasse ses douilles. Une par une. Le laiton est chaud sous ses doigts. Il en compte dix-sept. Le compte est bon. Il les glisse dans sa poche latérale. Il n'aime pas laisser de traces. Il vérifie son Glock 17. La culasse est bloquée en arrière. Il appuie sur l'arrêtoir. Le mécanisme claque. Il éjecte le chargeur vide. Il en sort un neuf de son trench. Le métal froid glisse contre sa paume. Il insère le chargeur. Un coup sec sur la base. Il libère la culasse. Une cartouche monte dans la chambre. L'arme est prête.
Les runes gravées sous le ballast s'activent. Elles pompent le fluide bleu. Le béton se fissure sur toute la longueur du quai. Des câbles de cuivre sortent des interstices. Ils bougent comme des membres organiques. Ils cherchent la chaleur. Un homme rampe près de la bordure. Ses jambes sont sectionnées. Un câble s'enroule autour de sa taille. Les pointes de cuivre percent le cuir de sa ceinture. Elles entrent dans la chair. L'homme ne crie pas. Ses poumons se vident instantanément. Son corps se dessèche. Il devient une momie de cuir gris en dix secondes. Le câble se rétracte dans le sol. Il transporte l'énergie vers le nord.
Enzo marche vers le bord du quai. Il saute sur la voie. Ses bottes écrasent le ballast. Le gravier crisse. Il évite les zones où le sang bleu sature la pierre. Le fluide ronge le caoutchouc des semelles. Il avance dans le tunnel. La lumière des plafonniers vacille. Elle finit par s'éteindre. Le noir est total.
Enzo sort une lampe tactique. Il la fixe sous le canon de son arme. Il allume le faisceau. Un cône de lumière blanche découpe l'obscurité. La poussière danse dans le rayon. Les murs du tunnel sont couverts de suie. Des graffitis anciens sont recouverts par de nouvelles marques. Des schémas complexes. Des circuits intégrés mélangés à des symboles occultes. C'est le travail de Lucia. Enzo reconnaît la précision des tracés.
Il avance de cent mètres. Le silence est pesant. Seul le goutte-à-goutte de l'eau sur les câbles rompt le calme. L'eau est visqueuse. Elle colle aux parois. Enzo s'arrête. Il coupe sa lampe. Il écoute.
Un bruit de succion vient de l'avant. Quelque chose de massif se déplace sur les rails. Ce n'est pas une machine. C'est un frottement de peau sur le métal. Enzo remet sa lampe. Le faisceau accroche une silhouette.
C'est un collecteur. Une créature faite de restes humains soudés par le mana. Elle possède six membres asymétriques. Son torse est une accumulation de thorax compressés. Elle n'a pas de visage. Juste une fente verticale qui laisse échapper une vapeur bleue. La créature se nourrit des restes laissés par les rames hachoirs.
Enzo ne recule pas. Il écarte les jambes. Il stabilise sa position. Il aligne les organes de visée. La créature perçoit la lumière. Elle pousse un sifflement strident. Elle s'élance. Ses membres griffus raclent les rails. Elle est rapide.
Enzo presse la détente. Trois coups. Cadence rapide. Les projectiles de 9mm atteignent la masse centrale. Des gerbes de liquide bleu jaillissent. La créature titube mais ne tombe pas. Elle n'a pas de système nerveux central classique. Enzo vise plus bas. Il tire dans les articulations des membres antérieurs. Le métal des balles fragmente les os calcifiés. La créature s'effondre sur le rail de traction.
Elle tente de se redresser. Enzo s'approche. Il est à deux mètres. Il voit les tissus se régénérer. Les runes sur les murs brillent plus fort. Elles soignent la bête. Enzo sort un couteau de combat de sa botte. La lame est traitée au sel de mercure. Il plante l'acier dans la fente verticale de la créature. Il tourne la lame à quatre-vingt-dix degrés. Un son de déchirement. La vapeur bleue s'échappe en un jet violent. La créature se fige. Elle s'affaisse. Elle devient une masse inerte de viande froide.
Enzo essuie sa lame sur son pantalon. Il rengaine. Il consulte sa montre. Trois minutes depuis le verrouillage. Le circuit de mana monte en charge. Il sent la vibration dans ses dents. Les plombages de ses molaires chauffent. C'est le signe. Le Capo Malevich commence la récolte à grande échelle.
Il reprend sa marche. Le tunnel s'élargit. Il arrive à la jonction de la ligne 1. Les rails s'entrecroisent. C'est une zone de triage. Au centre de la voie, une structure métallique a été érigée. C'est un autel technomantique. Des serveurs informatiques sont reliés à des bocaux de verre. À l'intérieur, des cœurs humains battent dans un liquide conducteur.
Un homme se tient devant l'autel. Il porte une blouse de technicien souillée. C'est un lieutenant de Malevich. Il manipule un clavier tactile. Ses doigts sont noirs de nécrose. Il ne remarque pas Enzo.
Enzo lève son arme. Il ne fait pas de sommation. Il tire une balle dans la nuque du technicien. La tête bascule en avant. Le corps tombe sur le clavier. Une alarme retentit. Un signal sonore court et aigu. Sur les écrans, des lignes de code défilent à une vitesse folle. Le verrouillage se durcit.
Enzo s'approche de l'autel. Il regarde les cœurs. Ils pompent le mana vers le haut. Vers la surface. Vers les bureaux des Ricci. Il comprend le plan. Ce n'est pas une simple exécution. C'est un siphon. Ils vident la ville de sa substance pour charger une batterie unique.
Il sort une grenade incendiaire de sa sacoche. Il dégoupille. Il la dépose au centre des serveurs. Il se détourne et court vers le tunnel de secours. L'explosion souffle les bocaux de verre. Le liquide se répand. Les cœurs s'arrêtent. Un cri inhumain remonte des profondeurs de la ligne.
Enzo ne se retourne pas. Il s'enfonce dans la gaine de ventilation. L'air y est plus frais. Il doit atteindre Saint-Germain. C'est là que Lucia se cache. Elle est la seule à pouvoir inverser la polarité des runes.
Il grimpe une échelle métallique. Ses mains sont poisseuses. Il atteint une plateforme de maintenance. Il regarde en bas. Le tunnel est maintenant une rivière de lumière bleue. Les rames automatiques passent toutes les trente secondes. Elles sont vides de passagers. Elles ne transportent plus que de l'énergie pure.
Le Plombier vérifie son équipement. Il lui reste trois chargeurs. Une grenade. Un couteau. C'est suffisant pour ce qui l'attend. Il n'a pas besoin d'espoir. Il a besoin de cibles.
Il s'engage dans le conduit étroit. Le métal frotte contre son cuir. Le bruit est régulier. Il ressemble à une respiration. La Ligne 4 est vivante. Elle a faim. Enzo est le virus dans le système. Il va purger les canalisations. Jusqu'au bout.
Il débouche dans une salle de contrôle secondaire. Les écrans sont brisés. Sur le sol, un talkie-walkie grésille. Une voix sort du haut-parleur. Une voix de femme.
"Enzo. Tu es en retard. Le Verrou est complet. La porte de Clignancourt est fermée. Malevich sait que tu es là."
Enzo ramasse l'appareil. Il n'appuie pas sur le bouton de réponse. Il laisse la radio tomber. Il l'écrase sous son talon. Il n'aime pas parler. Il préfère agir.
Il ouvre la porte blindée menant au quai de Saint-Germain-des-Prés. La station est plongée dans une brume violette. Au centre du quai, une silhouette l'attend. Elle porte une robe de bure et tient un sceptre de cuivre. Un alchimiste de haut rang.
Enzo ajuste sa prise sur son Glock. Il avance dans la brume. Le combat pour la ligne ne fait que commencer. Le sang va couler. Il sera bleu. Il sera rouge. Peu importe. À la fin, tout finit dans les égouts.
L'Alliée
Enzo progresse sur le ballast. Ses bottes écrasent le gravier. Le silence pèse lourd. Les parois du tunnel suintent. Un liquide bleu coule entre les briques. Ce n'est pas de l'eau. C'est visqueux. Enzo évite les flaques. Il connaît la toxicité du fluide. Sa gorge le brûle. Il crache un filet de salive sombre. La station Saint-Michel apparaît. Les arcades de métal découpent l'ombre. Les tubes fluorescents grésillent au plafond. Ils clignotent avec une fréquence irrégulière.
Enzo inspecte le quai. Les bancs en bois sont renversés. Des journaux calcinés jonchent le sol. Il n'y a aucun corps. Malevich a déjà fait le ménage. Enzo vérifie son chargeur. Quinze cartouches de neuf millimètres. Une dans la chambre. Il engage la sûreté. Il avance vers le local technique. La porte en acier est entrouverte. Elle porte des traces d'impact. Calibre douze. Les gonds sont tordus.
Il entre dans la pièce. L'air est saturé d'ozone. Non. L'air sent le métal chauffé et le soufre. Lucia Varane est assise au milieu des serveurs. Elle est adossée à une armoire de brassage. Ses doigts sont noirs. L'acide a rongé la peau des phalanges. Elle tient un terminal portable sur ses genoux. Des câbles sortent de l'appareil. Ils sont reliés directement à ses avant-bras. Les tatouages sur sa peau s'activent. Les schémas géométriques luisent d'un bleu cobalt. La lumière suit le trajet de ses veines.
Enzo pointe son arme. Lucia ne bouge pas. Ses yeux sont fixés sur l'écran. Ses pupilles sont dilatées au maximum. Elle murmure des suites de chiffres.
— 0x4F. 0x52. 0x00. Le flux est instable.
Enzo ne répond pas. Il observe les alentours. Il cherche une menace. Il ne voit que des machines.
— Lucia. On bouge.
Elle tourne la tête. Son cou craque. Elle semble déconnectée de la réalité physique.
— Le circuit de mana pompe à plein régime, dit-elle. Malevich utilise les transformateurs de la RATP. Il convertit la tension en énergie occulte. La Ligne 4 est un conducteur géant.
Enzo range son Glock dans le holster de hanche. Il saisit Lucia par le bras. Sa peau est brûlante. Elle dégage une chaleur de moteur en surchauffe.
— Je me fous du processus, grogne Enzo. Trouve la sortie.
Lucia tape sur son clavier. Ses mouvements sont saccadés. Elle ressemble à un automate déréglé.
— Les grilles sont verrouillées par des sceaux cinétiques. On ne peut pas remonter en surface. Il faut descendre. Sous les fondations de 1908.
Elle débranche les câbles de ses bras. Des arcs de lumière résiduelle crépitent entre sa peau et les connecteurs. Elle range le terminal dans son sac à dos. Elle se lève. Ses jambes tremblent. Enzo la soutient. Il sent la vibration sous ses pieds. Ce n'est pas une rame de métro. C'est une impulsion. Un battement de cœur mécanique.
Ils sortent du local technique. Lucia se dirige vers une plaque d'égout au centre du quai. Elle est marquée d'un sigle inhabituel. Une roue dentée entourée d'un serpent. Enzo sort un pied-de-biche de son trench. Il insère la pointe dans l'encoche. Il pèse de tout son corps. Le métal résiste. La fonte gémit. La plaque finit par basculer. Une odeur de vase et de graisse rance s'échappe du trou.
— C'est le réseau primaire, dit Lucia. Les câbles de haute tension passent par là. C'est là que le flux est le plus dense.
Enzo regarde dans le puits. Une échelle de fer descend dans les ténèbres. Il sort une lampe torche de sa poche. Il l'allume. Le faisceau balaie des parois couvertes de mousse noire. Des milliers de câbles courent le long des murs. Ils sont regroupés en faisceaux épais. Certains vibrent. Ils semblent respirer.
Enzo descend le premier. Le fer de l'échelle est froid. Il descend de dix mètres. Ses pieds touchent un sol en béton humide. Lucia le rejoint. Elle est essoufflée. Ses tatouages perdent de leur intensité. Elle a besoin de se recharger. Elle s'approche d'un boîtier de dérivation. Elle pose ses mains brûlées sur le couvercle en métal. Elle ferme les yeux. Un bourdonnement sourd emplit la galerie.
— Je vois le réseau, chuchote-t-elle. Malevich a placé des lieutenants aux points de jonction. Le prochain est à Odéon. Un alchimiste nommé Kovar. Il surveille le redresseur de courant.
Enzo vérifie son couteau de combat. La lame est en tungstène. Il la remet dans son fourreau.
— Kovar. Je connais. Il utilise des gaz neurotoxiques.
— Il fait pire maintenant, répond Lucia. Il transmute l'oxygène en azote liquide. Il gèle ses cibles instantanément.
Enzo ajuste son masque à gaz sur son visage. Il vérifie l'étanchéité du joint en caoutchouc. Il fait signe à Lucia d'avancer.
Le tunnel est étroit. Ils marchent courbés. L'eau coule le long des câbles. Elle est chargée de particules brillantes. Enzo évite tout contact cutané. Il sait que ce fluide peut dissoudre les tissus organiques en quelques secondes. Lucia utilise sa main comme une antenne. Elle suit la trace du mana.
Ils arrivent devant une bifurcation. À gauche, le tunnel continue vers le sud. À droite, une galerie technique mène vers les sous-sols du Sénat. Lucia s'arrête. Elle pointe la galerie de droite.
— Le flux dévie ici. Malevich détourne l'énergie vers un condensateur Tesla. Si on détruit ce point, le verrou de la station Châtelet saute.
Enzo observe la galerie. Elle est protégée par une grille laser. Les faisceaux rouges découpent l'espace en carrés parfaits.
— Tu peux couper ça ? demande Enzo.
Lucia sort un boîtier de sa poche. Elle connecte deux fils. Elle court-circuite le capteur de proximité. Les lasers s'éteignent dans un sifflement.
Ils s'engagent dans le passage. Le sol est jonché de douilles de gros calibre. Enzo ramasse une douille. Elle est chaude. Quelqu'un est passé par ici récemment. Il sort son Glock. Il avance en mode tactique. Dos au mur. Arme à l'œil. Lucia reste derrière lui. Elle consulte son terminal.
— Trois signatures thermiques devant, dit-elle. Ils ne sont pas humains. Leurs cœurs battent trop vite.
Enzo ne pose pas de questions. Il sait ce que Malevich fabrique dans ses laboratoires. Des hybrides. De la chair et du cuivre.
Il aperçoit une silhouette au bout du couloir. Elle est massive. Elle porte une armure de plaques soudées. Un tuyau relie son masque à un réservoir dorsal. L'hybride tient une hache hydraulique. Enzo ne perd pas de temps. Il vise la tête. Il presse la détente. Trois coups. Le silencieux étouffe les détonations. Les projectiles percutent la visière en plexiglas. Le verre éclate. Un liquide bleu jaillit de la blessure. L'hybride s'effondre. Son armure résonne sur le béton.
Deux autres silhouettes surgissent des renfoncements. Enzo bascule en tir rapide. Il vide la moitié de son chargeur. Les balles déchirent les réservoirs dorsaux. Une brume glaciale envahit le tunnel. Lucia se plaque au sol.
— Ne respire pas ! crie-t-elle.
Enzo retient son souffle. Il voit les parois se couvrir de givre. Le métal se rétracte. Les câbles craquent sous l'effet du froid. Il avance dans la brume. Il voit le deuxième hybride. La créature est figée. Elle est devenue une statue de glace bleue. Enzo lui donne un coup de botte. La statue se brise en mille morceaux.
Il reste un ennemi. Enzo change de chargeur. Il effectue un mouvement fluide. Le chargeur vide tombe. Le plein s'enclenche. Il arme la culasse. Le dernier hybride tente de fuir vers le condensateur. Enzo tire une balle dans le genou. L'articulation mécanique explose. La créature tombe. Elle rampe sur le sol. Enzo s'approche. Il pose le canon de son Glock sur la nuque de l'hybride. Il tire. Le corps tressaute puis s'immobilise.
Lucia se relève. Elle tremble de froid. Ses tatouages sont presque éteints. Elle s'approche du condensateur. C'est une immense bobine de cuivre entourée de cristaux de quartz. Les cristaux vibrent. Ils emmagasinent la puissance de la Ligne 4.
— Si je surcharge le système, la porte de Saint-Michel s'ouvrira, dit Lucia. Mais Malevich saura exactement où nous sommes.
Enzo regarde sa montre. Le temps presse.
— Fais-le.
Lucia branche son terminal sur la console de contrôle. Ses doigts volent sur les touches. Elle entre des codes hexadécimaux. La bobine commence à tourner. Le bruit devient assourdissant. Des arcs voltaïques sautent entre les cristaux. L'air se charge de tension. Les poils sur les bras d'Enzo se hérissent.
Une explosion de lumière blanche emplit la galerie. Le condensateur vole en éclats. Les cristaux sont pulvérisés. Le flux s'interrompt brusquement. Le silence revient. Lucia s'effondre. Elle est épuisée. Enzo la ramasse. Il la charge sur son épaule. Il sent son cœur battre contre son dos. C'est un poids nécessaire.
Il retourne vers le puits d'accès. Il entend des bruits de bottes dans le tunnel principal. Les renforts de Malevich arrivent. Enzo grimpe à l'échelle d'une seule main. Sa force est décuplée par l'adrénaline. Il atteint le quai de Saint-Michel. La grille de sortie est ouverte. Le mécanisme a lâché.
Il dépose Lucia sur le quai. Elle reprend connaissance. Elle crache un peu de sang bleu.
— On a réussi ? demande-t-elle.
Enzo recharge son arme. Il regarde vers le tunnel sombre. Il voit des lumières approcher. Des dizaines de lampes torches.
— On a juste gagné du temps, dit Enzo.
Il l'aide à se lever. Ils se dirigent vers les escaliers. La remontée sera longue. Le sang coulera encore. Il sera rouge. Il sera bleu. Enzo s'en moque. Il a une mission. Il va purger la ligne. Jusqu'au bout.
Le Premier Cercle
Enzo avance dans le boyau de béton. Ses bottes écrasent des débris de verre. Lucia pèse sur son épaule gauche. Sa respiration est un sifflement court. Le tunnel de la ligne 4 est une gorge étroite. L’air sent le métal chauffé et la poussière humide. Les parois suintent une substance visqueuse. Ce n'est pas de l'eau. C'est le résidu du sang bleu de Volkov. Enzo s'arrête près d'un pilier de soutien. Il dépose Lucia au sol. Son dos heurte la brique froide. Elle grogne. Ses doigts effleurent les schémas gravés sur sa peau. Les tracés luisent d'une lueur blafarde.
Enzo vérifie son Glock 17. Il retire le chargeur. Il reste neuf cartouches de neuf millimètres. Il réinsère le bloc de métal. Le clic résonne contre les voûtes. Il ajuste son trench en cuir. Le kevlar serre sa poitrine. Ses poumons brûlent à chaque inspiration. La moelle de sorcier s'infiltre dans ses alvéoles. Il ne ressent aucune fatigue. Ses muscles sont des câbles d'acier tendus. Il regarde vers la station Cité. La lueur au bout du tunnel change. Elle passe du gris au cobalt.
Un bruit sourd remonte les rails. C'est un martèlement régulier. Quelqu'un marche sur les traverses en bois. Enzo se plaque contre la paroi humide. Il sort un couteau tactique de sa botte. La lame est noire. Elle ne reflète pas la lumière. Lucia ouvre les yeux. Ses pupilles sont dilatées. Elle pointe un doigt vers l'obscurité.
— Il arrive, murmure-t-elle.
Enzo ne répond pas. Il n'écoute pas les avertissements. Il observe les ombres.
Une silhouette massive bloque le passage. C'est le Lieutenant Varek. Il mesure deux mètres. Son armure est faite de plaques de plomb rivetées. Il tient une masse d'armes en fer forgé. Des runes sont soudées sur le métal lourd. Varek ne respire pas comme un homme. Sa gorge émet un grognement mécanique. Il s'arrête à dix mètres d'Enzo. Le sol vibre sous son poids. Derrière lui, un sigil géant barre le tunnel. C'est un cercle de lumière bleue intense. Il pulse au rythme d'un cœur malade.
Varek lève sa masse. Le métal siffle dans l'air saturé. Enzo sort de l'ombre. Il lève son arme. Il ne vise pas la tête. Le casque est trop épais. Il vise les articulations exposées. Le premier coup de feu claque. La détonation déchire le silence du tunnel. La balle percute la plaque pectorale. Elle ricoche dans un jet d'étincelles. Varek ne bronche pas. Il avance d'un pas lourd. Enzo tire une deuxième fois. Il ajuste son tir. La balle frappe la rotule droite. Le plomb déchire les ligaments synthétiques.
Le géant bascule vers l'avant. Son genou frappe le ballast avec fracas. La masse d'armes laboure le sol. Enzo court vers lui. Il ne cherche pas le corps à corps. Il utilise l'élan du Lieutenant. Il passe sur le côté. Varek tente un revers de la main. Enzo plonge sous le bras massif. Il sent le déplacement d'air. Il se rétablit sur ses pieds. Il est maintenant derrière le colosse. Lucia rampe vers le boîtier de dérivation. Il est fixé au mur, sous le sigil.
Varek essaie de se relever. Sa jambe brisée refuse de porter son poids. Il rugit. Un son de métal broyé sort de sa bouche. Enzo se rapproche à trois mètres. Il vide le reste de son chargeur. Les impacts se succèdent sur le même point. La rotule finit par céder complètement. Le Lieutenant s'effondre sur le flanc. Il lâche sa masse d'armes. Le fer percute le rail de traction. Un arc voltaïque jaunit l'obscurité. L'odeur de chair brûlée remplit l'espace.
Lucia atteint le boîtier métallique. Ses mains tremblent. Elle sort une pince coupante de sa poche. Les fils à l'intérieur du boîtier sont vivants. Ils ondulent comme des vers de terre. Ils sont chargés d'une énergie froide.
— Coupe le conducteur principal, ordonne Enzo.
Il surveille Varek. Le Lieutenant rampe vers eux. Il laisse une traînée de fluide sombre. Ses doigts griffent le béton. Il cherche à attraper la cheville d'Enzo.
Enzo écrase la main du Lieutenant. Il appuie de tout son poids. Les os craquent sous sa semelle. Varek ne crie pas. Il continue de gratter le sol. Lucia insère la pince dans le boîtier. Elle cherche le câble gainé de cuivre. Les runes sur ses bras brillent plus fort. La tension monte dans le tunnel. Les lampes de secours explosent une par une. Le sigil bleu devient aveuglant. Il aspire l'air de la station. Enzo sent ses tympans compressés.
Lucia sectionne le premier fil. Une gerbe d'étincelles bleues l'éclabousse. Elle ne lâche pas l'outil. Elle coupe le deuxième conducteur. Le bruit de succion s'arrête net. Le sigil vacille. Sa lumière diminue d'intensité. Les contours géométriques se brouillent. Varek s'immobilise. Sa force semble quitter son corps de plomb. Il s'affaisse comme une poupée de chiffon. Ses yeux s'éteignent. Il n'est plus qu'une carcasse inutile.
Le sigil disparaît dans un dernier claquement sec. L'obscurité revient dans le tunnel. Seule la lampe torche d'Enzo éclaire la scène. Le silence est total. Lucia s'appuie contre le mur. Elle respire bruyamment. Ses mains sont couvertes de brûlures légères. Elle regarde le corps de Varek.
— C'était le verrou de Cité, dit-elle.
Enzo recharge son Glock. Il insère un chargeur neuf. Il ne regarde pas le cadavre. Il regarde vers le nord.
Le tunnel est maintenant ouvert. La barrière alchimique est brisée. Enzo ramasse son sac de sport. Il vérifie ses réserves de munitions. Il lui reste trois chargeurs. C'est peu pour atteindre Clignancourt. Il attrape le bras de Lucia. Il la force à se lever. Elle vacille sur ses jambes.
— On bouge, dit Enzo.
Ils marchent sur les restes du Lieutenant. Le métal de l'armure grince sous leurs pas.
Ils entrent dans la station Cité. Les quais sont déserts. Des rames automatiques sont immobilisées. Les portes sont ouvertes sur le vide. Des vêtements jonchent le sol. Les passagers ont disparu. Il ne reste que des taches de sang. Le sang est rouge ici. Le circuit de mana n'a pas encore tout transformé. Enzo scanne les angles morts. Il vérifie les escaliers mécaniques. Ils sont à l'arrêt. Les grilles de sortie sont soudées par la magie.
Enzo s'arrête devant un distributeur de billets. Il brise la vitre avec la crosse. Il récupère une bouteille d'eau minérale. Il en boit la moitié. Il tend le reste à Lucia. Elle boit avidement. L'eau coule sur son menton. Elle essuie sa bouche d'un revers de main. Ses tatouages ont cessé de briller. Elle semble plus petite dans ce décor immense.
— Malevich sait qu'on a passé Cité, dit-elle.
Enzo range la bouteille. Il regarde les rails qui s'enfoncent vers Châtelet.
Il sent une vibration sous ses pieds. Ce n'est pas un train. C'est une pulsation profonde. La Ligne 4 réagit à l'intrusion. Les murs de la station semblent respirer. Le carrelage blanc se fissure lentement. Des veines bleues apparaissent dans les interstices. Le mana pompe l'énergie de la ville en surface. Enzo serre la poignée de son arme. Il n'a pas peur. La peur est une perte de temps. Il calcule sa trajectoire.
Il doit atteindre le prochain poste de commande. Il doit trouver le cœur du système. Lucia connaît les plans. Elle est sa boussole dans ce labyrinthe. Il la pousse vers le tunnel suivant. Le noir les avale de nouveau. Les bruits de bottes reprennent au loin. Les lieutenants de Malevich convergent vers eux. Enzo accélère le pas. Son ombre s'étire sur les rails. Il est le nettoyeur. Il va purger la ligne. La mort est une mécanique simple. Il possède la clé. Il possède le calibre. La ligne 4 attend la suite.
L'Intestin
Enzo s'enfonce dans la gaine technique. Le plafond descend de vingt centimètres. Ses épaules frottent contre le béton suintant. L'air est saturé d'humidité. L'odeur de cuivre et de pourriture domine. Lucia marche dans ses pas. Ses bottes claquent sur la grille métallique. Elle respire par saccades. Enzo ne ralentit pas. Il tient son Glock 17 à deux mains. La lampe torche fixée sous le canon balaie l'obscurité. Le faisceau accroche des formes suspendues.
Ce ne sont pas des câbles électriques standards. Les fils pendent en grappes visqueuses. La gaine est faite de peau humaine tannée. Les pores sont encore visibles sous la lumière blanche. Des coutures grossières relient les segments. Enzo s'arrête devant un faisceau de nerfs. Il tend la main. Le contact est tiède. Une pulsation régulière traverse la paroi organique. Le système nerveux de la Ligne 4 est à nu. Lucia s'approche. Ses doigts brûlés effleurent la membrane. Ses tatouages sur les avant-bras s'activent. Ils émettent une lueur bleutée. Elle murmure des chiffres. Enzo l'ignore.
Le tunnel se courbe vers la gauche. La structure change. Les briques de 1908 disparaissent sous une couche de cartilage. Les parois vibrent. Un grondement sourd monte du sol. Ce n'est pas le passage d'une rame. C'est un flux hydraulique. Enzo observe le ballast. Le gravier est imbibé de fluide bleu. Le liquide remonte par capillarité le long des murs. Il alimente les runes gravées dans la pierre. Les symboles brillent d'un éclat fixe. Ils pompent l'énergie de la ville.
Enzo détecte un mouvement à cinquante mètres. Il coupe sa lampe. L'obscurité devient totale. Il plaque Lucia contre la paroi. Le cartilage cède légèrement sous le poids. Un bruit de bottes approche. Le rythme est militaire. Enzo sort son surin de sa gaine de cuisse. Lame de quinze centimètres. Acier au carbone noirci. Pas de reflet. Il attend. Deux silhouettes se découpent dans le lointain. Elles portent des lampes frontales. Les faisceaux balayent le tunnel de manière erratique.
Les hommes portent des treillis urbains. Ils arborent le brassard des lieutenants de Malevich. Des masques à gaz russes cachent leurs visages. Ils transportent des bidons de scellés. Enzo calcule la distance. Dix mètres. Huit mètres. Il sent l'odeur de leur sueur. Il bondit de la niche. Son mouvement est fluide. Il saisit le premier garde par la nuque. Il enfonce la lame sous la mâchoire. Le métal traverse la langue et le palais. Il verrouille la bouche de l'homme avec sa main libre. Le garde s'agite. Ses pieds battent le sol. Enzo maintient la pression. Le sang gicle sur son trench en cuir. C'est un liquide chaud et sombre.
Le second garde pivote. Il tente d'épauler son fusil à pompe. Enzo lâche le cadavre. Il effectue un pas de côté. Il saisit le canon de l'arme. Il le dirige vers le plafond. Le coup part. La détonation est assourdissante dans l'espace clos. Des éclats de brique tombent. Enzo frappe le visage du garde avec son coude. Le masque à gaz explose. Le nez est broyé. L'homme recule en titubant. Enzo ne lui laisse pas de répit. Il plante son surin dans la carotide. Il tourne la lame à quatre-vingts degrés. Le jet de sang macule le mur. L'homme s'effondre sur les rails.
Enzo essuie sa lame sur le pantalon du mort. Il ramasse le fusil à pompe. Un Mossberg 500. Il vérifie le magasin. Quatre cartouches de chevrotine. Il le passe à Lucia. Elle le prend avec hésitation. Ses mains tremblent. Enzo serre son Glock. Il repart. Le tunnel s'élargit. Ils atteignent une salle de dérivation. C'est l'Intestin. Des pompes massives occupent le centre de la pièce. Elles sont reliées aux câbles de peau. Les pistons montent et descendent dans un bruit de succion. Ils broient de la matière organique pour extraire le mana.
Des cuves en verre entourent les machines. Elles contiennent des organes humains baignant dans le fluide bleu. Des cœurs battent en synchronisation avec les pompes. Des poumons se gonflent de vapeur alchimique. Enzo observe le mécanisme. C'est une usine à énergie vitale. Malevich transforme la Ligne 4 en une immense batterie. Lucia s'approche d'une console de contrôle. Les touches sont des dents humaines serties dans du laiton. Elle tape une séquence. Les pompes ralentissent. Un sifflement de vapeur s'échappe des valves.
Enzo surveille les accès. Trois couloirs convergent vers la salle. Il repère des caméras de surveillance. Il les neutralise d'une balle chacune. Les impacts sont nets. Il installe une charge de C4 sur le pivot principal de la pompe centrale. Il règle le détonateur sur trois minutes. Lucia secoue la tête. Elle pointe un disque dur externe relié à la console. Elle veut les schémas. Enzo saisit le disque. Il l'arrache violemment. Les câbles de nerfs se sectionnent dans un bruit de déchirure.
Un signal d'alarme retentit. Ce n'est pas une sirène. C'est un cri strident émis par les parois elles-mêmes. Le cartilage se contracte. Le plafond s'abaisse de quelques centimètres. La Ligne 4 réagit à l'agression. Enzo pousse Lucia vers le couloir sud. Ils courent sur le ballast glissant. Derrière eux, des gardes apparaissent. Ils ouvrent le feu. Les balles ricochent sur les structures métalliques. Enzo se retourne. Il tire trois fois. Un garde tombe, touché au thorax. Les autres se mettent à couvert derrière les cuves d'organes.
Le liquide bleu se déverse sur le sol. Il s'enflamme au contact des balles traçantes. Une combustion chimique se propage. La chaleur devient intense. Enzo sent le cuir de son trench chauffer. Il atteint une porte blindée. Elle est verrouillée par un code runique. Lucia pose ses mains sur la plaque de métal. Ses tatouages brillent avec une intensité maximale. Elle hurle de douleur. La peau de ses doigts grésille. Le verrou saute. Ils s'engouffrent dans le passage.
Enzo referme la porte. Il bloque le mécanisme avec son surin. Ils sont dans un conduit de ventilation vertical. Une échelle en fer monte vers la surface. Enzo commence l'ascension. Ses muscles brûlent. Il entend l'explosion du C4 en bas. La vibration secoue toute la structure. Un souffle d'air chaud remonte le conduit. Il sent l'odeur de la chair brûlée et de l'ozone chimique. Il ne regarde pas en bas. Il grimpe.
Il atteint une grille au sommet. Il la défonce d'un coup de botte. Ils débouchent dans une ruelle sombre derrière l'église Saint-Sulpice. La pluie tombe sur Paris. Elle lave le sang bleu sur ses mains. Enzo range son Glock. Il regarde Lucia. Elle est prostrée sur le trottoir. Ses mains sont noires de suie. Il lui tend le disque dur. Elle ne le prend pas. Il le glisse dans sa poche.
Le sol vibre encore sous leurs pieds. La Ligne 4 est blessée mais elle fonctionne toujours. Le circuit de mana cherche une nouvelle voie. Enzo vérifie son chargeur. Il lui reste huit balles. C'est suffisant pour la prochaine étape. Il marche vers le boulevard. Son ombre s'étire sur le bitume mouillé. Il est le nettoyeur. La purge continue.
Odéon
Enzo franchit le seuil de la station Odéon. La pluie sature son trench en cuir. Le vêtement pèse cinq kilos de plus. Lucia marche dans son ombre. Ses bottes claquent sur les marches en pierre. L'air du métro remonte par l'escalier. Il sent le fer, la poussière et la charogne. Les grilles métalliques sont tordues vers l'extérieur. Le métal a fondu par endroits. Enzo pose la main sur la crosse de son Glock 17. Le polymère est froid. Il vérifie l'alignement de ses organes de visée.
Ils descendent au premier niveau. Les guichets de vente sont vides. Les vitres blindées sont étoilées par des impacts de balles. Enzo identifie le calibre. Du 5.56 OTAN. Les Ricci utilisent des fusils d'assaut. Il s'arrête derrière un pilier en béton. Il observe le hall. Trois corps gisent près des portillons automatiques. Ce sont des agents de la RATP. Leurs uniformes verts sont maculés de bleu. Le fluide s'écoule des orifices naturels. Il brille d'une lueur chimique dans l'obscurité.
Lucia s'accroupit. Elle sort un boîtier de sa veste. Ses doigts tremblent légèrement. Elle branche un câble sur une borne de maintenance. L'écran du boîtier affiche des lignes de code. Enzo scanne les angles morts. Il regarde le plafond. Des caméras de surveillance pivotent lentement. Elles suivent leurs mouvements. Les Ricci possèdent le réseau.
Un bruit de culasse résonne sur le quai inférieur. Enzo plaque Lucia contre le mur. Il sort son arme. Il arme le percuteur. Le clic est sec. Il ne porte pas de gants. Ses paumes sont sèches malgré l'humidité. Il voit une ombre bouger derrière un panneau publicitaire. Le panneau vante une marque de parfum. Le visage du mannequin est déchiré par une rafale.
"Deux contacts à neuf heures", chuchote Enzo.
Sa voix est un râle sourd. Sa cicatrice à la gorge le tire. Lucia hoche la tête. Elle tape sur son clavier. Les lumières du hall vacillent. Elles s'éteignent pendant trois secondes. Enzo change de position. Il sprinte vers un distributeur de billets. Il se réceptionne sur l'épaule. Il roule. Il se redresse en appui sur un genou.
Le premier tireur sort de sa cachette. Il porte un masque à gaz et une combinaison tactique. Il tient un MP5. Enzo presse la détente. Deux fois. La première balle percute le plexus. La seconde brise la visière du masque. Le tireur bascule en arrière. Son sang bleu repeint l'affiche de parfum. Le deuxième assaillant ouvre le feu à l'aveugle. Les balles de 9mm ricochent sur le distributeur. Les étincelles brûlent l'air.
Enzo attend la fin de la rafale. Il compte les coups. Vingt-huit. Vingt-neuf. Trente. Le chargeur est vide. Il sort de son abri. Le tireur Ricci cherche un nouveau chargeur à sa ceinture. Enzo tire une seule fois. La balle entre sous le menton. Elle ressort par le sommet du crâne. Le corps s'effondre comme une poupée de chiffon.
"Avance", ordonne Enzo.
Lucia débranche son appareil. Elle court vers les escaliers mécaniques. Les marches sont immobiles. Ils descendent vers les voies de la Ligne 4. L'odeur de soufre devient insupportable. Au bas de l'escalier, une barricade de sacs de sable barre le passage. Quatre hommes attendent derrière. Ils ont des fusils à pompe.
Enzo lance une grenade flash. L'explosion sature l'espace. Le son est un marteau sur une enclume. Les assaillants hurlent. Ils se frottent les yeux. Enzo franchit la barricade. Il utilise son couteau de combat. Il tranche une carotide. Il pivote. Il enfonce la lame dans une tempe. Le troisième homme tente de lever son arme. Enzo lui brise le poignet d'un coup de botte. Il l'achève d'une balle dans la nuque.
Le quatrième homme recule sur les rails. Il lève les mains.
"Pitié, Plombier. On ne savait pas."
Enzo ne répond pas. Il tire dans le genou droit. L'homme tombe sur le ballast. Il hurle. Le sang bleu sature les cailloux gris. Les runes gravées sous les rails commencent à luire. Le sol vibre. Un grondement sourd provient du tunnel. Une rame automatique approche. Elle n'a pas de phares.
"Lucia. Maintenant", dit Enzo.
La technomancienne se jette sur le boîtier de dérivation du quai. Elle arrache le capot métallique. Les fils de cuivre sont entrelacés comme des veines. Elle utilise une pince isolante. Elle connecte le circuit de traction à la grille de sécurité.
"Écarte-toi !" crie-t-elle.
Enzo attrape Lucia par le col. Il la projette derrière un banc en fer forgé. Une décharge de haute tension traverse le quai. L'arc voltaïque est massif. Il ressemble à un éclair capturé dans un tube. Le courant frappe les rails. L'homme blessé est vaporisé instantanément. L'odeur de l'ozone est absente, remplacée par celle de la viande brûlée.
Trois autres lieutenants Ricci sortent du tunnel opposé. Ils portent des armures en kevlar renforcées par des plaques d'argent. Les runes sur leurs plastrons brillent. Ils sont protégés contre les sorts. Ils ne sont pas protégés contre la physique. Lucia redirige le flux. Elle surcharge les condensateurs de la station. Les haut-parleurs explosent. Les débris de verre volent partout.
Un arc de courant saute du plafond vers les lieutenants. Le premier est transformé en torche humaine. Son armure fond sur sa peau. Il ne crie pas. Ses poumons ont brûlé en une seconde. Le deuxième tente de fuir vers la sortie. La décharge le rattrape. Il est projeté contre la voûte. Il reste collé au béton par la force du flux. Ses membres s'agitent de spasmes violents. La fumée noire s'échappe de ses orbites.
Le troisième lieutenant lève un bouclier anti-émeute. Le métal conduit l'énergie. Ses mains fusionnent avec la poignée. Il tombe au sol, secoué par des convulsions. Enzo s'approche. Il regarde l'homme mourir. Il attend que le courant s'arrête. Lucia coupe la connexion. Le silence revient. Il est lourd.
Enzo vérifie son arme. Il retire le chargeur entamé. Il le range dans sa poche gauche. Il sort un chargeur plein de sa ceinture. Il l'insère dans le puits. Le bruit du verrouillage est le seul son dans la station. Il ramasse une douille chaude au sol. Il la serre dans son poing. La chaleur traverse sa peau calleuse.
"Ils vont envoyer la deuxième vague", dit Lucia.
Elle essuie la sueur sur son front. Ses tatouages sur les avant-bras sont rouges. La peau est boursouflée.
"On ne reste pas ici", répond Enzo.
Il regarde le tunnel sombre. La rame automatique s'est arrêtée à cinquante mètres. Les portes s'ouvrent et se ferment de manière erratique. C'est un piège ou une invitation.
Enzo marche sur les rails. Il évite les zones où le fluide bleu stagne. Il ramasse un fusil d'assaut sur un cadavre. C'est un SIG Sauer. Il vérifie la chambre. Une cartouche est engagée. Il jette la sangle sur son épaule. Il fait signe à Lucia de le suivre. Ils entrent dans le tunnel. L'obscurité est totale. Enzo active sa lampe tactique. Le faisceau coupe le noir.
Les murs du tunnel sont couverts de signes géométriques. Ils ont été tracés avec précision. Le béton semble respirer. Enzo pose sa main sur la paroi. Il sent un battement de cœur. Ce n'est pas le sien. La Ligne 4 est une machine vivante. Elle consomme ce qu'on lui donne.
Il voit des silhouettes au loin. Elles ne sont pas humaines. Elles rampent sur les parois. Ce sont les collecteurs de Malevich. Ils viennent pour la récolte. Enzo ajuste sa prise sur le SIG Sauer. Il règle le sélecteur sur semi-automatique. Il économise ses munitions. Chaque balle doit trouver un organe vital.
"Reste derrière moi", dit-il à Lucia.
Il avance d'un pas mesuré. Ses talons ne font aucun bruit sur le ballast. Il est un prédateur dans son élément. La station Odéon est derrière eux. La morgue est devant. Enzo ne ressent pas la peur. Il ressent seulement le poids de l'acier et la tension du ressort de rappel. La chasse continue. Il est le plombier. Il va purger les tuyaux. Jusqu'au dernier litre de sang bleu.
Mana Brut
Le ballast tremble sous les bottes. Les rails de la Ligne 4 émettent un sifflement continu. Enzo s'arrête à l'entrée du quai de Saint-Sulpice. La station est une nef de faïence blanche. Les carreaux sont fissurés. Des filaments sombres rampent dans les jointures du béton. Lucia reste trois pas derrière. Elle tient son boîtier contre sa poitrine. Ses doigts brûlés tapotent le métal.
Une quinte de toux plie Enzo en deux. Il crache sur le quai. La substance est épaisse. Elle possède l'éclat du cobalt. C'est de la bile mélangée à de la moelle de sorcier. Le produit sature ses alvéoles. Ses poumons brûlent comme après une inhalation de chlore. Le goût de cuivre envahit sa bouche. Ses gencives saignent. Il essuie son menton d'un revers de manche. Le cuir de son trench est froid.
Ses yeux brûlent. Les pupilles se dilatent au maximum. Le décor change. Le béton devient gris neutre. Les câbles haute tension virent au rouge vif. Lucia est une masse de chaleur orange à sa gauche. Enzo scanne le tunnel devant lui. La vision thermique découpe l'obscurité. Trois formes se détachent du fond noir. Elles sont froides. Presque bleues. Les collecteurs de Malevich. Ils n'ont pas de chaleur corporelle. Ils possèdent seulement le froid du vide.
Enzo épaule son SIG Sauer. Le point rouge du viseur danse sur une silhouette. La cible rampe au plafond. Elle possède trop de membres. Enzo presse la détente. Le coup de feu claque entre les murs étroits. La détonation déchire le silence. La culasse recule. Une douille chaude rebondit sur le carrelage. La créature tombe. Elle s'écrase sur les rails. Un liquide visqueux gicle sur le ballast. Enzo ne lâche pas sa ligne de mire. Il pivote de quarante-cinq degrés.
Le deuxième collecteur bondit depuis une alcôve. Enzo esquive sur la droite. Il frappe avec la crosse de son arme. Le choc brise une mâchoire invisible. Il tire deux fois dans le thorax de la chose. La cible s'effondre. Elle se dissout en une flaque de goudron bleu. Enzo recharge. Il insère un nouveau chargeur. Le clic métallique est net. Le ressort de rappel est tendu.
"Ils arrivent par les conduits d'aération", dit Lucia.
Sa voix est monocorde. Elle ne regarde pas Enzo. Elle fixe son écran. Les schémas sur ses bras brillent. La lumière traverse sa peau fine. Elle pirate le système de verrouillage. Les grilles de la station grincent. Le métal frotte contre le métal. La rouille tombe en pluie fine.
Le sol vibre plus fort. Une rame automatique approche. Elle n'a pas de phares. Elle n'a pas de conducteur. C'est un hachoir de vingt tonnes. Les freins hurlent. L'air est poussé vers l'avant. Enzo plaque Lucia contre le mur. Le train passe à soixante kilomètres heure. Les vitres sont opaques. Des ombres s'agitent à l'intérieur. Ce sont les récolteurs. Ils ramassent le mana brut.
Enzo sent la pression monter dans son crâne. Ses sinus craquent. La moelle de sorcier réagit au passage du train. Il voit les lignes de force du circuit. C'est une grille de calcul gravée dans la pierre. Le sang de Volkov alimente le système. Chaque station est un processeur. Saint-Sulpice traite les données organiques. Le circuit pompe l'énergie des passagers piégés dans les rames.
Un troisième collecteur surgit du tunnel opposé. Il court sur les rails. Enzo ajuste sa position de tir. Il bloque sa respiration. Son doigt presse la queue de détente. Le percuteur frappe l'amorce. La balle de neuf millimètres traverse le crâne de la cible. Le collecteur bascule. Son corps glisse sur le ballast mouillé. Le silence revient. Seul le bourdonnement du courant persiste.
Enzo crache à nouveau. Le bleu est plus intense. La dose de moelle est trop forte. Ses veines saillent sur son crâne rasé. Il voit les battements de son propre cœur à travers sa vision thermique. C'est un moteur fatigué. Il doit avancer. Saint-Germain-des-Prés est la prochaine étape. Le centre névralgique du clan Ricci.
"La grille est ouverte", annonce Lucia.
Elle désigne un escalier de service. La porte blindée est déverrouillée. Enzo avance. Il vérifie les angles. Il ne ressent pas la fatigue. La chimie de sorcier inhibe les récepteurs de douleur. Il est une machine balistique. Il monte les marches. Ses bottes claquent sur le fer.
Le couloir est étroit. L'odeur de soufre est forte. Des inscriptions runiques couvrent le plafond. Elles brillent d'une lueur sourde. Enzo ne les lit pas. Il les ignore. Il cherche des cibles. Un lieutenant alchimiste garde la jonction. Il porte une robe en Kevlar. Ses mains manipulent des fioles de fluide bleu. Enzo ne somme pas. Il ne parlemente pas.
Il tire trois fois. Deux balles dans le buste. Une balle dans la tête. L'alchimiste s'écroule sans un cri. Ses fioles se brisent. Le liquide se répand sur le sol. Il s'évapore instantanément. Enzo enjambe le cadavre. Il récupère une sacoche sur la ceinture du mort. Elle contient des cartouches à pointe creuse. Il les glisse dans sa poche.
Lucia s'arrête devant un panneau de contrôle. Elle branche un câble sur ses tatouages. Son corps tressaille. Elle injecte un virus dans le circuit de mana. Les lumières de la station vacillent. Le bourdonnement change de fréquence. Il devient un grognement. La Ligne 4 souffre. Enzo surveille l'accès arrière. Il change son chargeur par réflexe.
"Le circuit sature", dit Lucia.
Des étincelles jaillissent des rails. Le ballast commence à fumer. La température monte. La vision thermique d'Enzo devient blanche. Il ferme les yeux. Il se fie à son ouïe. Il entend le frottement des semelles sur le béton. Deux hommes approchent. Ils sont armés. Enzo dégaine son couteau de combat. La lame est en céramique noire.
Le premier garde tourne le coin. Enzo lui tranche la gorge. Le sang gicle sur le mur. Le deuxième garde lève son fusil à pompe. Enzo plonge au sol. Il tire deux fois en remontant. Les balles perforent le foie du garde. L'homme tombe en arrière. Enzo se relève. Il ne vérifie pas les pouls. Il sait où il a frappé.
La station Saint-Sulpice entre en surcharge. Les transformateurs explosent dans un fracas de foudre. L'air devient irrespirable. Lucia débranche le câble. Elle est pâle. Ses yeux sont révulsés. Enzo la saisit par le bras. Il l'entraîne vers le tunnel de liaison. Ils doivent quitter la zone avant la décharge finale.
Le sol se fissure. Une onde de choc parcourt les rails. Le mana brut cherche une sortie. Il s'engouffre dans les conduits. Enzo court. Ses poumons sifflent. La moelle de sorcier commence à se dissiper. La vision normale revient par saccades. Le monde redevient sombre et sale. C'est sa réalité.
Ils atteignent la zone neutre entre deux stations. Enzo s'adosse à la paroi. Il recharge son arme. Il vérifie son stock de munitions. Il lui reste trois chargeurs pleins. C'est assez pour tuer Malevich. Il regarde Lucia. Elle tremble. Il ne dit rien. Il n'a pas de mots pour elle. Il a seulement des balles pour les autres.
Le tunnel devant eux est noir. Le circuit de mana pulse plus loin. La chasse continue. Enzo est le plombier. Il va purger la ligne. Il avance dans l'obscurité. Ses pas ne font aucun bruit. Il est un prédateur. Il attend la prochaine cible. Le métal de son arme est la seule chose réelle. Le reste est une illusion bleue. Il crache une dernière fois. Le liquide est presque noir. La dose est épuisée. Il doit trouver une autre source. Il doit continuer à tuer. C'est son métier. C'est sa fonction. Il marche vers Saint-Germain.
Le Second Lieutenant
Enzo franchit la limite de la station Montparnasse-Bienvenüe. Ses semelles crissent sur le carrelage poisseux. L'air sature les poumons d'une odeur de vinaigre. Lucia marche trois mètres derrière lui. Elle tient un capteur de tension dans sa main gauche. L'aiguille oscille violemment. Le tunnel crache une vapeur jaune. Enzo lève son Glock 17. Sa main est immobile. Son regard balaie les angles morts. Les piliers de béton portent des marques de brûlures. Des symboles alchimiques recouvrent les panneaux publicitaires.
Le Second Lieutenant attend sur le quai central. Il s'appelle Silas. Son corps est massif. Il porte une combinaison de protection chimique. Des tuyaux relient son dos à des réservoirs de verre. Silas verse un liquide visqueux sur les rails. Le ballast s'enflamme instantanément. Une barrière de plasma vert divise la station. La chaleur déforme la vision d'Enzo. Silas lève les yeux. Son visage est une masse de cicatrices. Il ne parle pas. Il saisit une lance reliée à ses réservoirs.
Silas actionne une valve. Un jet d'acide sulfurique frappe le pilier devant Enzo. Le béton se désagrège dans un sifflement aigu. Enzo bascule sur le côté. Il roule sur le sol froid. Il se rétablit en position de tir. Il lâche deux balles. Les projectiles ricochent sur la combinaison renforcée de Silas. L'alchimiste rit. Le son est un râle métallique. Il projette une nouvelle salve de liquide corrosif. Le plasma vert crépite. L'air devient irrespirable.
Enzo doit franchir le barrage. Il ajuste son trench en cuir traité. Il prend une inspiration courte. Il court vers le rideau de plasma. La chaleur consume l'oxygène. Ses vêtements fument. La douleur mord ses joues. Il traverse la zone de feu en trois foulées. Silas ne s'attendait pas à cette charge. Il tente de pivoter sa lance. Enzo est déjà sur lui. Il frappe le réservoir dorsal avec la crosse de son arme. Le verre se brise. L'acide se déverse sur les jambes de Silas.
L'alchimiste hurle. Sa combinaison fond sur sa peau. Il tombe à genoux. Enzo ne ralentit pas. Il saisit Silas par les cheveux. Il plaque le canon du Glock contre l'orbite gauche. Le métal est brûlant. Silas tremble. Ses mains griffent le sol. Enzo presse la détente. La détonation résonne dans le dôme de la station. Le projectile traverse le crâne. Des fragments d'os et de matière grise maculent le ballast. Le corps de Silas s'affaisse dans une mare de plasma mourant.
Le circuit de mana subit un choc. Les runes sur les parois clignotent. Elles perdent leur intensité. Le bourdonnement constant s'arrête net. Le silence revient dans la station Montparnasse. Lucia s'approche lentement. Elle évite les flaques d'acide. Elle regarde le cadavre. Enzo sort un couteau de combat. Il incise la base de la nuque de Silas. Il extrait une vertèbre cervicale. Il la brise avec une pince technique. La moelle est épaisse et bleue.
Enzo porte la substance à ses lèvres. Le goût est métallique. Ses poumons brûlent. Sa vision se stabilise. Les contours du monde redeviennent nets. La fatigue disparaît. Il range son couteau. Il vérifie son chargeur. Il reste quinze balles. Il récupère un second chargeur sur la ceinture de Silas. C'est du calibre 9mm standard. Il l'insère dans sa poche. Le circuit de mana pulse à nouveau, mais plus faiblement. Le prochain lieutenant est proche.
Enzo regarde le tunnel vers Vavin. L'obscurité est totale. Il ne ressent aucune satisfaction. Il a rempli une tâche. Il avance sur les rails. Ses bottes laissent des traces de sang bleu. Lucia le suit sans dire un mot. Elle ajuste ses lunettes de protection. Le courant revient dans les câbles de haute tension. Les rames automatiques grognent au loin. La chasse reprend. Enzo est le plombier. La ligne 4 est encore bouchée. Il va continuer le nettoyage.
Il s'arrête devant une grille de ventilation. Il écoute les vibrations du métal. Le vent apporte une odeur de viande brûlée. C'est l'odeur de la station suivante. Il ajuste la sangle de son holster. Son épaule gauche est rigide. L'acide a mangé une partie du muscle. Il ignore la sensation. Il se concentre sur le rythme de sa respiration. Il compte ses pas. Un. Deux. Trois. Le tunnel courbe vers la droite. La lumière de sa lampe torche balaie les parois.
Des câbles pendent du plafond comme des lianes. Ils suintent un liquide visqueux. Enzo écarte un faisceau de fils avec le canon de son arme. Il ne veut pas de contact cutané. Lucia s'arrête brusquement. Elle pointe son capteur vers le haut. Quelque chose bouge dans les conduits. Enzo ne lève pas les yeux. Il garde son arme pointée vers l'avant. Il connaît cette tactique. Il attend le bruit du métal qui cède.
Une plaque de tôle tombe à dix mètres. Un homme en descend. Il porte l'uniforme des agents de maintenance. Ses yeux sont injectés de sérum bleu. Il tient une clé à griffes modifiée. Enzo tire une seule fois. La balle frappe le plexus. L'homme bascule en arrière. Il ne se relève pas. Enzo passe devant le corps sans s'arrêter. Il n'y a plus de place pour les sommations. La ligne 4 est un circuit fermé. Chaque cellule doit être éliminée.
La station Vavin apparaît dans le faisceau. Elle est déserte. Les bancs sont renversés. Des sacs à main jonchent le sol. Enzo voit une traînée de sang sur le quai. Elle mène vers les escaliers mécaniques. Il fait un signe à Lucia. Elle reste en couverture derrière un distributeur de billets. Enzo entame la montée. Ses muscles sont tendus. Il est une machine de guerre. Il est le Plombier. Il va purger le système. La valve suivante l'attend en haut.
La Trahison
Enzo atteint le sommet de l'escalier mécanique. Ses bottes ne font aucun bruit sur le caoutchouc. Il scanne la mezzanine de Vavin. L'espace est vaste. Les piliers projettent des ombres longues. Lucia s'arrête trois marches plus bas. Elle respire mal. Ses poumons sifflent. Enzo ne se retourne pas. Il garde le Glock 17 à hauteur d'yeux. Le viseur point rouge balaie les guichets fermés.
La station est un tombeau de carrelage blanc. Des débris jonchent le sol. Des journaux. Des masques chirurgicaux. Des douilles de 9mm percutées. Enzo identifie le laiton. Munitions de série. Pas du travail de pro. Il avance vers le centre de la salle. Ses muscles sont des câbles d'acier sous tension. Il sent le froid du métal contre sa cuisse. Le holster de cheville est en place.
Lucia monte la dernière marche. Elle s'appuie contre un distributeur de billets. L'écran est brisé. Les cristaux liquides coulent comme de l'encre. Les tatouages sur ses avant-bras s'activent. Les schémas électriques brillent sous sa peau. La lumière est d'un bleu sale. Elle sature les pores de son derme. Elle tremble. Ses doigts fins grattent le métal du distributeur. Le bruit est strident.
Enzo pivote. Il observe les tracés sur les bras de la femme. Les lignes géométriques pulsent. Elles suivent le rythme cardiaque de Lucia. Le bleu devient plus intense près des veines. Enzo baisse son arme de quelques degrés. Il ne relâche pas la pression sur la détente. Le premier cran est passé.
"Parle," dit Enzo.
Sa voix est un râle sec. Elle racle sa glotte cicatrisée. Lucia lève les yeux. Ses pupilles sont dilatées. Le bleu envahit l'iris. Elle regarde les murs de la station. Elle regarde le plafond. Elle semble voir des choses invisibles pour Enzo. Elle tend une main vers le mur. Ses doigts effleurent le carrelage.
"C'est ici," murmure Lucia.
Elle s'approche d'un pilier central. Le béton est fendu. Une substance visqueuse suinte de la fissure. C'est le sang de Volkov. Il a migré depuis Châtelet par les conduits de drainage. Le liquide bleu imprègne le mortier. Il dessine des formes complexes. Des runes. Des circuits. Des ordres de grandeur.
Lucia pose sa paume sur la rune principale. Le contact produit un grésillement. Une odeur de soufre et de bakélite brûlée remplit l'air. Les tatouages de la femme s'alignent avec les gravures du mur. La connexion est physique. Elle gémit. Son corps se cambre.
"J'ai fait ça," dit-elle.
Enzo ne bouge pas. Il attend la suite. Il connaît la patience des prédateurs.
"Les Ricci m'ont payée. En 2018. Ils voulaient un système de sécurité. Un verrou total. J'ai gravé les runes sous le béton. J'ai utilisé le plan de 1908. Fulgence Bienvenüe n'a pas seulement construit un métro. Il a tracé un sceau. J'ai juste réveillé la machine."
Enzo réduit la distance. Il marche lentement. Chaque pas est calculé. Il s'arrête à un mètre de Lucia. Il voit la sueur perler sur son front. La sueur est teintée de bleu. Elle est contaminée. Elle est une pièce du mécanisme.
"Comment on sort ?" demande Enzo.
Lucia secoue la tête. Ses cheveux collent à ses tempes. Elle rit. C'est un son brisé. Un bruit de verre pilé dans un mixeur.
"On ne sort pas. Le circuit est fermé. Le sang de Volkov sert de conducteur. La Ligne 4 est une boucle de Moebius. Les rames automatiques sont les curseurs. Elles hachent tout ce qui dépasse. Pour ouvrir les grilles, il faut couper la source. Mais la source, c'est le cœur du système."
Enzo ne discute pas. Il n'est pas là pour l'alchimie. Il est là pour l'extraction. Il lève le Glock. Le mouvement est fluide. Le canon percute l'os de la tempe de Lucia. Le choc est sec. La femme bascule la tête sur le côté. Le métal froid s'enfonce dans sa chair.
"Le code d'accès," ordonne Enzo.
"Je ne peux pas," crache Lucia.
Enzo appuie davantage. Il sent la résistance de l'os. Il place son pouce sur le chien du pistolet. Il l'arme manuellement. Le clic métallique résonne dans le silence de Vavin. C'est le son de la mort imminente. Lucia ferme les yeux. Ses pauplières vibrent.
"Les Ricci t'ont trahie," dit Enzo. "Ils ont verrouillé la ligne avec toi dedans. Tu es un composant jetable. Donne-moi l'accès ou je vide le chargeur dans ton cortex. Je trouverai le terminal tout seul."
Lucia respire par saccades. Sa poitrine se soulève violemment. La lumière bleue de ses bras vacille. Elle faiblit. Le système pompe son énergie. Elle est une batterie qu'on vide. Elle ouvre la bouche. Ses dents sont tachées de bleu.
"Le local technique," souffle-t-elle. "Derrière le panneau publicitaire. Quai direction Porte de Clignancourt. Le code est 1014. Mais il faut ma main. Le lecteur est biométrique. Il scanne le mana."
Enzo saisit Lucia par le col de sa veste. Il la décolle du pilier. Elle est légère. Elle a perdu de la masse musculaire en quelques minutes. Il la traîne vers l'escalier qui descend sur le quai. Ses pieds rebondissent sur les marches. Enzo ne ralentit pas. Il est une machine en marche.
Ils atteignent le quai. L'obscurité est profonde. Seules les runes au sol émettent une lueur spectrale. Au loin, un grondement sourd approche. Une rame automatique. Elle arrive à pleine vitesse. Elle ne s'arrêtera pas à Vavin. Les capteurs sont shuntés. Elle est un projectile de soixante tonnes.
Enzo repère le panneau publicitaire. Une affiche pour un parfum de luxe. Le visage du mannequin est lacéré. Enzo projette Lucia contre le cadre en aluminium. Il cherche la charnière. Il trouve un loquet dissimulé. Il tire. Le panneau pivote dans un grincement de métal rouillé.
Derrière, une porte en acier blindé. Un clavier numérique surmonté d'une plaque de verre dépoli. Le lecteur biométrique.
"Tape le code," dit Enzo.
Lucia tape les chiffres. Ses doigts laissent des traces lumineuses sur les touches. 1. 0. 1. 4. Un voyant rouge clignote.
"Maintenant, la main."
Enzo plaque la main droite de Lucia sur la plaque de verre. La machine analyse. Des faisceaux laser balaient la peau tatouée. Le système hésite. Le grondement de la rame devient assourdissant. Le vent s'engouffre dans le tunnel. La pression atmosphérique change. Les tympans d'Enzo claquent.
Le voyant passe au vert. Un déclic pneumatique retentit. La porte blindée s'entrouvre de quelques centimètres. Un air vicié s'en échappe. Une odeur de vieux câbles et de graisse de moteur.
Enzo lâche Lucia. Elle s'effondre sur le ballast. Elle est épuisée. Ses tatouages sont éteints. Elle n'est plus qu'une enveloppe vide. Enzo regarde vers le tunnel. Les phares de la rame apparaissent. Deux yeux blancs qui déchirent le noir. Le train arrive à plus de quatre-vingts kilomètres par heure. Il va pulvériser tout ce qui se trouve sur le quai.
Enzo attrape Lucia par la ceinture. Il la jette à l'intérieur du local technique. Il s'engouffre à sa suite. Il referme la porte blindée au moment où la rame déboule dans la station.
Le choc acoustique est brutal. La porte vibre sous l'impact du déplacement d'air. Le métal hurle. Enzo reste debout. Il observe la pièce. C'est un centre de contrôle secondaire. Des serveurs informatiques s'alignent contre les murs. Des câbles épais courent au plafond comme des intestins noirs. Au centre, une console avec des leviers manuels.
Enzo s'approche de la console. Il voit un écran cathodique. Des lignes de code défilent à une vitesse inhumaine. Le langage n'est pas binaire. Ce sont des glyphes. Des symboles qui brûlent la rétine.
"C'est le nœud," dit Lucia depuis le sol.
Elle rampe vers un coin de la pièce. Elle se met en position fœtale.
Enzo regarde les leviers. Ils sont marqués de sceaux de plomb. Il sort un couteau de combat. La lame en titane brise les scellés d'un geste sec. Il saisit le levier principal. Il est froid. Il vibre. Il contient une force qui dépasse la mécanique simple.
Enzo tire sur le levier.
Une décharge traverse son bras. Ses muscles se contractent violemment. Il ne lâche pas. Il serre les dents. Sa mâchoire craque. Il force le mécanisme. Le levier descend centimètre par centimètre. Des étincelles bleues jaillissent de la console. Elles brûlent son trench en cuir.
Un cri inhumain résonne dans les tunnels de la station. Ce n'est pas un cri de femme. C'est le cri de la ligne elle-même. Le métal des rails se tord. Les câbles de haute tension claquent comme des fouets.
Le levier arrive en butée.
Le silence revient d'un coup. Un silence lourd. Épais. Enzo lâche le levier. Sa main droite est brûlée au deuxième degré. Il ne regarde pas la blessure. Il vérifie son Glock. Il remet une cartouche dans la chambre.
"C'est fait ?" demande Lucia.
Enzo regarde l'écran. Les glyphes ont disparu. Le moniteur affiche une erreur système. "CRITICAL FAILURE".
"On avance," dit Enzo.
Il ne l'aide pas à se relever. Il ouvre la porte opposée du local. Elle mène aux galeries de service. Les boyaux sombres de Paris. L'odeur de terre humide remplace celle de la magie morte. Enzo s'enfonce dans le tunnel. Il est le Plombier. Il a coupé l'arrivée. Maintenant, il va purger le reste.
La Rame Fantôme
Le ballast tremble. Les cailloux sautent. Enzo plaque son dos contre la paroi froide. L'acier gémit au loin. Un sifflement aigu déchire l'air. C'est le train de Malevich. Il arrive vite. Trop vite. Enzo vérifie la tension du câble. Le détonateur est prêt. Ses doigts ne tremblent pas. Il connaît ce geste. Il l'a fait cent fois. Dans des caves. Dans des entrepôts. Sous des ponts.
Lucia est accroupie à trois mètres. Elle serre ses genoux contre sa poitrine. Ses lèvres bougent sans bruit. Elle récite des séquences hexadécimales. Des zéros. Des uns. Enzo l'ignore. Les civils ne servent à rien dans la zone d'impact. Il se concentre sur le rail. L'acier brille sous sa lampe frontale.
Le grondement devient physique. Il frappe la cage thoracique. C'est une onde de choc sonore. Le tunnel agit comme un canon. L'air est compressé devant le convoi. Enzo sent la pression monter dans ses tympans. Il ouvre la bouche pour équilibrer. L'odeur de graisse chaude et de poussière de frein sature ses poumons.
Le phare apparaît. Il est aveuglant. Il découpe la silhouette d'Enzo contre le béton brut. Le train est une masse noire. Une ombre plus épaisse que la nuit. Le métal frotte contre les parois du tunnel. Des gerbes de lumière bleue jaillissent du contact. Le bruit est insupportable. C'est le cri d'une scie circulaire géante.
Enzo compte. Trois. Deux. Un.
Il presse le bouton.
L'explosion est une gifle de chaleur. Le sol se dérobe. Le rail gauche se soulève de vingt centimètres. Il frappe le châssis de la motrice. Le bruit de l'impact couvre celui de la charge. C'est le son d'une collision entre deux planètes de fer.
La motrice se cabre. Elle ressemble à un cheval de métal en colère. Elle percute le plafond de la galerie. Le béton de 1908 explose en mille fragments. La poussière envahit l'espace instantanément. Enzo ferme les yeux. Il retient son souffle. Il attend que la gravité finisse son travail.
Le train s'écrase sur le côté. Le fracas dure six secondes. C'est une suite de déchirements de tôle et de chocs sourds. Puis, le silence. Un silence de mort. Seul le crépitement des flammes et le sifflement de la vapeur subsistent.
Enzo se dégage de la niche de sécurité. Il secoue la poussière de son trench en cuir. Il vérifie son Glock. Le chargeur est plein. Il avance. Ses pas sont lourds sur le ballast retourné. Il marche sur des débris de verre et de métal tordu.
Le wagon de Malevich est une forteresse déchue. Enzo examine la structure. Les plaques de blindage ont tenu le choc. Mais le déraillement a tordu le châssis principal. La porte d'accès est bloquée. Enzo utilise son pied-de-biche. Il fait levier. Le métal grince. Il cède dans un claquement sec.
L'intérieur est un chaos de luxe et de sang. Les tapis persans sont imbibés de fluides divers. L'odeur est celle d'un abattoir et d'une pharmacie. Enzo avance dans le couloir central. Il élimine deux gardes qui rampent au sol. Deux balles de 9mm dans la nuque. Efficace. Clinique. Les corps s'immobilisent.
Il arrive devant la cloison du bureau de Malevich. L'obèse est coincé derrière son meuble en acajou. Il ressemble à un insecte épinglé. Ses veines d'argent brillent d'un éclat maladif sous sa peau translucide.
"Tu ne comprends pas," crache Malevich. "Je suis le cœur de Paris."
"Tu es une cible," répond Enzo.
Il lève son couteau de combat. La lame noire est mate. La poudre de moelle de sorcier est appliquée sur le fil. C'est le poison des traqueurs. L'antidote à l'arrogance des alchimistes.
Enzo frappe. Le geste est vertical. Précis. Il vise l'espace entre deux plaques du condensateur Tesla fixé sur la poitrine du Capo. Le métal siffle. Il s'enfonce dans la chair molle. Malevich hurle. Ce n'est pas un cri humain. C'est un sifflement de turbine qui lâche sous la charge.
Le liquide argenté gicle. Il brûle le cuir du gant d'Enzo. Le Plombier ne lâche pas la garde. Il fouille la plaie avec la lame. Il cherche le noyau. Ses doigts rencontrent des fils de cuivre et de la chair brûlante. Il tire d'un coup sec.
Le condensateur sort de la poitrine dans un bruit de succion organique. Il brille une dernière fois d'une lueur azur. Puis il s'éteint. Malevich convulse. Sa masse de graisse s'affaisse comme un soufflé raté. Ses yeux roulent vers l'arrière. Il est mort.
Enzo se redresse. Il range son couteau. Il regarde ses mains. Elles sont couvertes d'argent et de sang sombre. Il essuie ses paumes sur le tapis.
Lucia entre dans la pièce. Elle regarde le désastre. Elle ne dit rien. Elle sait que les mots sont inutiles. Elle voit le condensateur brisé sur le sol.
"Tu as coupé le circuit principal," dit-elle. "La ligne 4 va s'effondrer."
"On sort par où ?" demande Enzo.
"Le puits de ventilation. Trois cents mètres vers le nord."
Enzo ramasse son sac. Il ne regarde pas le cadavre une seconde fois. Il marche vers la sortie du wagon. Ses bottes font un bruit de succion dans le mélange de sang et de lubrifiant.
Le tunnel gronde à nouveau. Ce n'est pas un train. C'est le plafond qui cède. Les runes gravées perdent leur énergie. Le béton ne tient plus sans la magie. Des fissures courent sur les parois comme des éclairs noirs.
"Cours," dit Enzo.
Il ne l'attend pas. Il sprinte vers l'obscurité du tunnel. La poussière retombe derrière lui. Le silence revient, entrecoupé par le craquement de la pierre qui travaille. Le Plombier a fini son travail. La fuite est colmatée.
Il atteint l'échelle métallique du puits. Il grimpe. Ses muscles brûlent sous l'effort. Il ne ralentit pas le rythme. Il atteint la grille en surface. Il donne un coup de pied violent. La serrure cède. La grille saute.
Enzo sort sur le trottoir. Il est à Saint-Germain-des-Prés. Il pleut. L'eau froide lave son visage. Il range son arme. Il marche vers le sud. Il ne se retourne pas. Derrière lui, le sol s'affaisse de quelques centimètres. La ligne 4 se tait définitivement.
Enzo cherche une cigarette dans sa poche. Elle est trempée. Il la jette dans le caniveau. Il continue de marcher. Le travail est propre. Le circuit est rompu.
Fin du rapport.
Abordage
Le tunnel gronde. Les rails vibrent sous les bottes d'Enzo. L'air est saturé de poussière de frein. La motrice de Malevich approche. C'est une masse d'acier noirci. Des plaques de blindage recouvrent les flancs. Le convoi déchire l'obscurité à quatre-vingts kilomètres heure. Les projecteurs balayent les parois de béton. Enzo se plaque contre la niche de sécurité. Le vent souffle violemment. Il plaque ses mains sur ses oreilles. Le bruit est un marteau-piqueur constant.
Lucia est à trois mètres. Elle serre son terminal contre sa poitrine. Ses doigts sont crispés sur le boîtier en magnésium. Elle fixe la rame qui arrive. Ses yeux sont larges. Enzo lui fait un signe de tête. Il ajuste son sac à dos. Le poids des munitions pèse sur ses trapèzes. Le train passe devant eux. La chaleur des moteurs frappe leurs visages.
Enzo s'élance. Il court parallèlement au convoi. Il saisit une échelle de maintenance sur le troisième wagon. Le métal est froid. Il tire sur ses bras. Ses pieds quittent le ballast. Le choc secoue ses articulations. Il se hisse sur le toit. Le vent tente de le projeter dans le vide. Il s'aplatit sur la tôle. Le blindage vibre à haute fréquence. Les soudures sont brutes. Des boulons de dix-huit millimètres parsèment la surface.
Il tend la main vers le bas. Lucia attrape son poignet. Sa peau est moite. Enzo la hisse avec une seule secousse. Elle rampe à ses côtés. Ils progressent vers le centre de la rame. Le train prend une courbe serrée. Les roues hurlent contre le rail. La force centrifuge pousse Enzo vers le bord. Il plante ses doigts dans une grille d'aération. Il ne lâche pas.
Ils atteignent le wagon de tête. Enzo sort le découpeur plasma. L'appareil est lourd. Il connecte les câbles à la batterie de son harnais. Le voyant de charge passe au vert. Enzo plaque la buse contre le toit. Il presse la détente. Un arc de lumière intense jaillit. La tôle fond instantanément. Des étincelles rebondissent sur le cuir de son trench. L'odeur de l'acier brûlé remplit ses narines. C'est une odeur de sang et de soufre.
Le plasma grignote le blindage. Enzo trace un carré d'un mètre. Ses mouvements sont lents. Il contrôle sa respiration. La fumée noire s'élève dans le tunnel. Le vent la disperse aussitôt. Lucia surveille l'arrière du train. Elle tient son pistolet-mitrailleur à deux mains. Ses tatouages sur les avant-bras s'activent. Les schémas de cuivre sous sa peau virent au blanc. Elle ne regarde pas Enzo. Elle fixe l'obscurité.
Le cercle est presque bouclé. Enzo augmente la puissance. Le jet de gaz ionisé devient violet. La plaque de trois centimètres d'épaisseur finit par céder. Elle bascule vers l'intérieur. Le bruit du métal qui frappe le sol résonne dans le wagon. Enzo range le découpeur. Il sort son Glock 17. Il vérifie l'arrêtoir de culasse. Il insère un chargeur neuf.
Il saute dans l'ouverture. Il tombe sur un tapis de laine épaisse. L'air intérieur est chaud. Il sent l'encens et l'huile de moteur. Enzo pivote à trois centante degrés. Deux gardes sont là. Ils portent des uniformes noirs sans insigne. Leurs visages sont cachés par des masques balistiques. Enzo tire deux fois. Les balles percutent le premier garde au sternum. L'homme recule et s'effondre contre une paroi.
Le deuxième garde lève son arme. Enzo plonge derrière un fauteuil en cuir. Les balles déchiquettent le rembourrage. Des plumes volent dans la cabine. Enzo riposte. Il vise la gorge. Le projectile traverse le cou du garde. Le sang gicle sur un panneau de bois précieux. L'homme lâche son fusil. Il s'écroule en silence.
Lucia descend à son tour. Elle ne regarde pas les corps. Elle se dirige vers le terminal de contrôle. Elle branche un câble optique dans le port de maintenance. Ses doigts courent sur le clavier virtuel. Le virus hexagonal se déploie sur les écrans. Des lignes de code rouge dévorent les protocoles de sécurité. Les runes gravées sur les parois du wagon perdent leur éclat. Le bourdonnement de la magie diminue.
"Le circuit est ouvert," dit Lucia. Sa voix est monocorde.
Enzo recharge son arme. Il ramasse une douille chaude sur le tapis. Il la glisse dans sa poche. Il avance vers la porte blindée du fond. Le sol vibre sous ses pieds. Le cœur Tesla de Malevich gronde derrière la cloison. Enzo sent la tension dans l'air. Ses poils se hérissent. Il ne s'arrête pas.
Il place une charge de rupture sur les gonds de la porte. Il connecte le détonateur. Il fait signe à Lucia de se couvrir. Il s'accroupit derrière le rack de serveurs. Il presse le bouton. L'explosion est sèche. La porte est arrachée de son cadre. Elle vole dans le couloir suivant. Enzo se lève. Il entre dans la fumée.
Le couloir est étroit. Les parois sont tapissées de cuivre et d'argent. Des bocaux de verre sont fixés aux murs. Ils contiennent des organes baignant dans un liquide bleu. Les cœurs battent encore. Enzo ne ralentit pas. Il marche sur les débris de verre. Ses bottes écrasent les tissus biologiques.
Un système de défense automatique s'active. Une tourelle sort du plafond. Enzo tire trois billes d'acier dans l'optique de visée. La machine étincelle. Elle tourne sur elle-même. Lucia tape une commande sur son terminal portable. La tourelle se fige. Elle s'éteint.
Ils arrivent devant le wagon-temple. La porte est massive. Elle est faite d'or blanc. Des inscriptions alchimiques couvrent la surface. Enzo pose sa main sur le métal. Il est brûlant. Il sent le courant traverser ses gants. Lucia s'approche. Elle connecte son interface directement sur les runes.
Ses yeux se révulsent. Ses doigts tremblent violemment. Le virus hexagonal force le passage. Les schémas sur ses bras brillent d'une lumière crue. Le métal de la porte commence à se liquéfier. Des gouttes d'or tombent sur le sol. Le mécanisme de verrouillage cède avec un bruit de verre brisé.
Enzo enfonce la porte d'un coup de botte. La pièce est vaste. Elle occupe tout le wagon. Des bobines de cuivre géantes tournent au plafond. Des arcs de lumière sautent entre les colonnes. Au centre, Malevich est assis sur un trône de fer. Sa peau est translucide. On voit ses veines d'argent pulser. Son cœur est une cage de verre remplie de foudre.
Malevich ne bouge pas. Il regarde Enzo. Ses yeux sont des billes de mercure. Enzo lève son Glock. Il vise le centre de la poitrine. Il ne parle pas. Il n'attend pas de discours. Il presse la détente.
La balle percute le champ de force. Elle s'écrase et tombe au sol. Malevich sourit. Ses dents sont des pointes de métal. Il lève une main. L'air se comprime. Enzo est projeté contre la paroi. Ses côtes craquent. Il laisse tomber son arme. Il crache du sang.
Lucia hurle un code. Elle frappe le sol avec son terminal. Une onde de choc hexagonale se propage. Le champ de force de Malevich vacille. Les bobines au plafond ralentissent. Enzo se redresse. Il attrape son couteau de combat. La lame est en céramique noire.
Il s'élance. Malevich tente de lever l'autre main. Lucia injecte la dernière phase du virus. Les veines d'argent du Capo virent au noir. Il pousse un cri sans son. Enzo atteint le trône. Il saisit Malevich par les cheveux. Il plante la lame dans la cage de verre.
Le verre éclate. La foudre se libère. Enzo sent la décharge traverser son corps. Ses muscles se contractent. Ses poumons se bloquent. Il maintient la pression. Il tourne la lame dans le cœur Tesla. Les arcs de lumière s'éteignent. Le corps de Malevich se vide de son énergie. Il devient une enveloppe de peau grise.
Enzo lâche le cadavre. Il tombe à genoux. Sa respiration est sifflante. Il regarde ses mains. Elles sont brûlées. Lucia s'approche de lui. Elle débranche son terminal. Le train commence à ralentir. Les freins d'urgence s'activent automatiquement.
Le convoi s'arrête dans un tunnel anonyme. Le silence revient. Enzo se relève avec difficulté. Il ramasse son Glock. Il vérifie la culasse. Il reste deux balles. Il range l'arme dans son holster.
"C'est fini," dit Lucia.
Enzo ne répond pas. Il marche vers la sortie de secours. Il pousse le levier. La porte coulisse. Il saute sur le ballast. Il marche dans l'obscurité. Il ne regarde pas derrière lui. Le rapport est clos. Le circuit est rompu. Sa mission est terminée.
Le Temple
Enzo franchit la porte de communication. Le wagon de tête s'ouvre. L'air est épais. Une odeur de bile domine la cabine. Le sol disparaît sous un velours rouge épais. La moquette boit le sang des victimes précédentes. Au fond, le Capo Malevich attend. Il occupe un trône de fer et de câbles. Sa graisse déborde largement du siège métallique. Sa peau est translucide. Des veines d'argent pulsent sous son épiderme. Le spectacle est purement biologique.
Le Capo ne bouge pas. Ses yeux restent fixes. Un bourdonnement sourd emplit l'espace clos. La cage thoracique de Malevich vibre. Au centre, le condensateur Tesla brille. Le métal dégage une chaleur intense. Des arcs de lumière frappent les parois. La tension plaque les cheveux d'Enzo sur son crâne. Lucia reste en retrait. Elle manipule son terminal avec célérité. Ses doigts courent sur les touches du clavier. Elle cherche une faille dans le système.
Enzo avance d'un pas. Ses bottes s'enfoncent dans le velours. Il sort son couteau de combat. L'acier est froid contre sa paume. Malevich sourit. Sa bouche est une plaie noire et profonde. Le condensateur accélère son rythme de rotation. Une décharge frappe Enzo à l'épaule gauche. Ses muscles se verrouillent instantanément. Il ne lâche pas la lame. Il force le passage malgré la douleur. La résistance de l'air augmente. La foudre frappe le sol de moquette. Le velours brûle. Une fumée noire sature l'habitacle.
Enzo atteint enfin le trône. Il saisit le col de Malevich. La peau du Capo est visqueuse. Enzo lève le bras droit. Il frappe avec précision. La pointe pénètre le boîtier de verre. Le condensateur explose dans un fracas métallique. Le courant traverse le corps d'Enzo. Ses nerfs hurlent sous l'impact. Il maintient la pression sur le manche. Il tourne la lame dans le mécanisme. Les arcs de lumière s'éteignent brusquement. Le bourdonnement s'arrête. Malevich se vide de sa substance. Sa chair fond sur le fer. Il devient une enveloppe de peau grise.
Enzo lâche le cadavre inerte. Il tombe lourdement à genoux. Ses mains sont noires de suie. La peau pèle sur ses phalanges. Il respire par saccades violentes. Lucia débranche les câbles de son terminal. L'écran s'éteint dans un sifflement. Le train gémit sous la contrainte. Les freins d'urgence mordent l'acier des roues. Les essieux bloquent sur les rails. Le convoi glisse sur le ballast. L'arrêt est brutal. Le silence envahit le tunnel de la ligne 4.
Enzo se relève avec difficulté. Il ramasse son Glock au sol. Il vérifie le chargeur d'un geste sec. Deux balles restent dans le puits. Il range l'arme dans son holster. Ses mouvements sont lents et méthodiques. Il marche vers la sortie de secours. Il actionne le levier manuel en fer. La porte coulisse avec un cri métallique. Il saute sur le ballast gris. Les cailloux crissent sous ses semelles. Il marche vers le nord. Il ne se retourne pas.
Le tunnel est une gorge de béton. Les parois suintent une humidité grasse. Enzo suit les rails de sécurité. Ses poumons brûlent à chaque inspiration. La moelle de sorcier sature encore ses alvéoles. Il crache un liquide bleuâtre sur le sol. Les runes sous le béton perdent leur éclat. La source d'énergie est tarie. Le circuit de mana s'effondre. Les pompes s'arrêtent dans les stations voisines. La ville reprend ses droits mécaniques.
Enzo aperçoit une échelle de service. Le métal est rouillé. Il grimpe les échelons un par un. Ses muscles tremblent sous l'effort. Il atteint une plaque d'égout. Il pousse la fonte de toutes ses forces. La lumière de la rue filtre par l'ouverture. Il se hisse sur le bitume. La pluie tombe sur Paris. Elle lave le sang bleu de son visage. Il remet son trench en cuir. Il marche vers le premier bar ouvert.
Le comptoir est en zinc. Enzo commande un café noir. Le serveur ne pose aucune question. Enzo regarde ses mains brûlées. Les tremblements cessent progressivement. Il sort un paquet de cigarettes froissé. Il en allume une. La fumée est grise. Elle se mélange à la brume matinale. Le rapport est clos dans sa tête. Les Ricci n'ont plus de nettoyeur. Malevich n'a plus de cœur. La ligne 4 est silencieuse.
Il finit son café d'un trait. Le liquide est brûlant. Il laisse une pièce sur le zinc. Il sort de l'établissement. La rue est déserte. Les réverbères s'éteignent. Le jour se lève sur une ville morte. Enzo s'enfonce dans une ruelle sombre. Sa silhouette disparaît derrière un rideau de pluie. Le contrat est rempli. La mission est terminée. Le vide l'attend.
Condensateur
La rame de tête du Capo Malevich est un bunker sur rails. Les parois sont doublées de plaques de plomb. Enzo franchit le sas de communication. L'air est saturé de vapeur de glycol. Une odeur de soufre et de métal chaud pique les narines. Le silence est lourd. Seul le roulement des boggies sur l'acier brise le calme. Enzo tient son Glock 17 à deux mains. Son index repose sur la détente. Il progresse dans le couloir étroit. Les lampes à décharge clignotent au plafond. Elles projettent des ombres saccadées sur les murs.
Malevich est au centre de la voiture panoramique. Son corps est une masse de graisse translucide. Il occupe un trône de cuir et de cuivre. Des tuyaux en polymère sortent de ses flancs. Ils sont reliés à des réservoirs de fluide argenté. Sa peau est si fine que ses organes sont visibles. Son cœur ne bat pas. Il tourne. C’est un cylindre de métal brossé. Des bobines de cuivre l’entourent. La tension monte dans la pièce. Les poils sur les bras d’Enzo se dressent. Le Capo lève la tête. Ses yeux sont des billes de verre sans pupilles.
Enzo tire trois fois. Les projectiles de neuf millimètres percutent un champ de force invisible. Les balles s’écrasent dans l’air. Elles tombent au sol avec un bruit de pièces de monnaie. Enzo vide son chargeur. Le résultat est identique. Le champ de force absorbe l’énergie cinétique. Malevich sourit. Sa bouche est une fente sombre. Il appuie sur un bouton sur son accoudoir. Une décharge de haute tension frappe Enzo. Le nettoyeur est projeté contre la paroi. Son trench en cuir fume. La douleur est un pic à glace dans ses nerfs.
Le Glock glisse sur le sol. Il finit sa course sous un banc de métal. Enzo essaie de se relever. Ses muscles refusent d'obéir. Malevich se lève de son trône. Il pèse deux cents kilos. Ses pieds écrasent le linoléum. Il débranche les tuyaux de ses hanches. Le fluide argenté coule sur le sol. Il ne s'étale pas. Il forme des perles parfaites. Le Capo s'approche d'Enzo. Chaque pas fait vibrer la structure du wagon. Il saisit Enzo par la gorge. Sa main est froide comme de la glace carbonique. Il soulève le nettoyeur sans effort.
Enzo suffoque. Sa cicatrice à la glotte le brûle. Il cherche une arme sur lui. Le holster de cheville est vide. Ses doigts grattent le sol. Ils rencontrent un objet dur. C'est une vertèbre cervicale. Elle provient du cadavre d'un garde déchiqueté par les portes automatiques. L'os est brisé en pointe. Il est imprégné de moelle de sorcier séchée. C'est un conducteur naturel pour l'énergie occulte. Enzo serre l'os dans son poing. Il attend le moment opportun.
Malevich rapproche son visage de celui d'Enzo. On voit le mercure circuler dans ses veines temporales. Le condensateur dans sa poitrine siffle. La fréquence est insupportable. Le Capo ouvre la bouche pour parler. Enzo n'attend pas. Il frappe. Il plante la vertèbre brisée dans le plexus de Malevich. L'os traverse la peau de parchemin. Il pénètre directement dans le mécanisme rotatif du cœur. Un bruit de ferraille broyée remplit la rame.
Le condensateur se bloque. Les bobines de cuivre entrent en court-circuit. Malevich lâche Enzo. Il porte ses mains à sa poitrine. Le fluide argenté jaillit par la plaie. Il n'est plus contenu par le champ magnétique. Le liquide inonde le torse du Capo. Il dissout la chair et le gras. Malevich hurle. Le son est une fréquence radio saturée. Son corps s'effondre sur lui-même. La structure osseuse cède sous le poids du mercure.
Enzo rampe vers la sortie. Le sol est glissant. Le liquide argenté sature les circuits de la rame. Des étincelles jaillissent des consoles de commande. Le train ralentit brusquement. Les freins magnétiques hurlent. Enzo se protège la tête. Le choc le projette contre la porte du sas. Le silence revient. Il est total. La rame est immobilisée entre deux stations.
Enzo se relève avec difficulté. Son trench est en lambeaux. Il regarde le reste de Malevich. Il ne reste qu'une flaque de métal liquide et des morceaux de cuivre. Le condensateur est éteint. La source d'énergie de la Ligne 4 est coupée. Les runes dans le tunnel cessent de briller. Le verrouillage se lève. Enzo marche vers la sortie de secours. Il gravit les échelons de l'échelle métallique. Ses mains tremblent. Il pousse la trappe en fonte de toutes ses forces. La lumière de la rue filtre par l'ouverture. Il se hisse sur le bitume. La pluie tombe sur Paris. Elle lave le sang bleu de son visage. Il remet son trench en cuir. Il marche vers le premier bar ouvert.
Le comptoir est en zinc. Enzo commande un café noir. Le serveur ne pose aucune question. Enzo regarde ses mains brûlées. Les tremblements cessent progressivement. Il sort un paquet de cigarettes froissé. Il en allume une. La fumée est grise. Elle se mélange à la brume matinale. Le rapport est clos dans sa tête. Les Ricci n'ont plus de nettoyeur. Malevich n'a plus de cœur. La ligne 4 est silencieuse.
Il finit son café d'un trait. Le liquide est brûlant. Il laisse une pièce sur le zinc. Il sort de l'établissement. La rue est déserte. Les réverbères s'éteignent. Le jour se lève sur une ville morte. Enzo s'enfonce dans une ruelle sombre. Sa silhouette disparaît derrière un rideau de pluie. Le contrat est rempli. La mission est terminée. Le vide l'attend.
Court-Circuit
La porte blindée coulisse. Le métal frotte contre le rail. Enzo entre dans la rame de tête. L'air sent le soufre et la graisse chaude. Malevich occupe le centre de l'espace. Son corps est une masse de chair pâle. Des tuyaux en polymère relient son abdomen aux parois. Le liquide bleu circule dans les conduits transparents. Les parois de la rame vibrent. Le rythme est régulier. C'est le battement de la Ligne 4.
Enzo vérifie son arme. Le chargeur s'enclenche avec un clic sec. Il reste trois balles. Il range le Glock dans son holster de cuir. Il sort son couteau de combat. La lame est noire. Elle ne reflète pas la lumière. Malevich ouvre les yeux. Ses pupilles sont des fentes verticales. Il ne parle pas. Sa bouche laisse échapper un sifflement de vapeur.
Le sol tremble sous les pieds d'Enzo. Les rails hurlent dans le tunnel. La rame blindée fonce vers Châtelet. Les runes gravées sur les vitres brillent. Elles diffusent une lueur cobalt. Enzo avance sur le tapis de caoutchouc. Ses semelles adhèrent à la surface poisseuse. Il évite un câble pendant du plafond. Des étincelles jaillissent du cuivre dénudé.
Malevich lève une main adipeuse. Ses doigts se terminent par des aiguilles de platine. Il pointe Enzo. Un arc de tension traverse l'air. Enzo plonge sur le côté. Il roule sur le métal froid. L'arc frappe un casier en fer. Le métal fond instantanément. L'odeur de fer brûlé remplit la cabine. Enzo se relève. Il est à trois mètres de la cible.
Le cœur de Malevich ronronne derrière sa cage thoracique. La peau du torse est fine. Elle est presque transparente. On voit les bobines de cuivre. On voit les condensateurs en verre. Le sang bleu irrigue les composants. Chaque pulsation envoie une onde de choc dans le wagon. Les lampes à décharge clignotent.
Enzo bondit. Il plaque son poids sur le ventre de Malevich. La graisse est molle et froide. Le sorcier tente de griffer le visage d'Enzo. Enzo bloque le bras avec son avant-bras. Il enfonce la lame sous le sternum. Le métal pénètre la chair sans résistance. Un jet de fluide bleu asperge le trench d'Enzo. Le liquide brûle le cuir.
Malevich hurle. Le son est une fréquence aiguë. Les vitres de la rame éclatent. Les débris de verre volent dans l'habitacle. Enzo ne cille pas. Il élargit l'entaille. Il plonge sa main gauche dans la poitrine. Ses doigts rencontrent le métal chaud du condensateur. Les câbles sont ancrés dans les vertèbres. Enzo tire sur les connexions.
Les arcs de tension parcourent son corps. Ses muscles se contractent violemment. Ses dents claquent. Il maintient sa prise. Il sectionne les tubes de polymère avec son couteau. Le fluide bleu inonde le sol. Il s'écoule vers les runes du plancher. Le contact provoque une réaction chimique. La fumée blanche sature l'espace.
Enzo arrache le cœur Tesla. Les racines de cuivre cèdent. Les vertèbres de Malevich craquent. Le corps du Capo s'affaisse comme un ballon dégonflé. La lumière bleue s'éteint dans ses veines. Le condensateur vibre dans la main d'Enzo. Il est lourd. Il dégage une chaleur intense. Enzo le jette sur le ballast par la porte ouverte.
L'explosion est immédiate. Le circuit de mana se brise. Une onde de choc parcourt le tunnel. Les parois de béton se fissurent. Les runes gravées s'effacent instantanément. Elles perdent leur éclat cobalt. La pierre redevient grise et morte. La rame automatique freine brutalement. Les roues bloquées produisent des gerbes de feu.
Le système de verrouillage lâche. Les grilles des stations remontent. Le mécanisme est purement mécanique. Enzo est projeté contre la paroi. Son épaule craque. Il ne ressent rien. Il observe la destruction du temple. Les objets occultes se désintègrent. Les parchemins brûlent sans flamme. Les organes en bocal explosent.
La pression atmosphérique change. Le vide aspire l'air du tunnel. Un sifflement assourdissant emplit les oreilles d'Enzo. L'énergie accumulée cherche une sortie. Les rames de métro deviennent des projectiles. Elles sont propulsées vers les extrémités de la ligne. La structure de la station Châtelet gémit. Les piliers en fonte se tordent.
Enzo rampe vers la sortie de secours. Ses poumons brûlent. L'air est rare. Il voit la lumière du jour au loin. C'est un point blanc dans le noir. Il se hisse sur le quai désert. Le sang bleu de son visage sèche. Il devient une croûte cassante. Il ne regarde pas en arrière. Le cadavre de Malevich disparaît dans l'effondrement.
Le tunnel est une gorge de pierre. Les rails sont des dents usées. Enzo marche au milieu. Il évite les flaques de fluide. Le liquide bleu est corrosif maintenant. Il ronge le ballast. Des nuages de vapeur acide montent du sol. Enzo protège ses voies respiratoires avec le col de son trench. Le cuir est épais. Il filtre les particules de mana brûlé.
Il passe devant une rame immobilisée. Les passagers sont collés aux vitres. Leurs visages sont des masques. Ils ne voient pas Enzo. Ils voient seulement le noir. Leurs yeux sont vides de mana. La pompe a tout pris. Enzo ne s'arrête pas. Il n'est pas un sauveteur. Il est un nettoyeur. Son contrat concernait Malevich. Le reste est un dommage collatéral.
Le silence est pesant. On n'entend plus le bourdonnement des transformateurs. On n'entend plus le chant des runes. Seul le bruit de ses bottes rompt le calme. Le rythme est métronomique. Gauche. Droite. Gauche. Droite. Il compte les pas jusqu'à la prochaine sortie. Il en faut quatre cents.
Il arrive à la station Saint-Sulpice. Les quais sont jonchés de débris. Les distributeurs de billets ont vomi leurs pièces. Le métal a fondu sous l'effet de la tension. Enzo monte sur le quai. Il marche sur des éclats de verre. Le bruit est cristallin. Il voit son reflet dans une vitre brisée. Son visage est une carte de cicatrices. Ses yeux sont froids.
Il trouve l'accès aux niveaux supérieurs. Les escaliers sont longs. Il ne prend pas l'ascenseur. Les câbles pourraient lâcher. Il privilégie le béton. Il arrive dans la salle des billets. Les portillons sont ouverts. Il passe sans ralentir. Il n'a plus besoin de ticket. La Ligne 4 est une zone sinistrée.
Il atteint la sortie. La pluie est fine. Elle tombe de manière oblique. Elle frappe le bitume avec un bruit de tambour. Enzo sort de la bouche de métro. Il respire l'air frais. L'air sent la poussière et l'humidité. C'est l'odeur de la réalité. Il ajuste son trench. Ses mains tremblent légèrement. C'est le contrecoup de la décharge.
Le tunnel s'écroule définitivement derrière lui. Des tonnes de terre recouvrent les rails. Le silence revient sur la Ligne 4. Les pompes à mana sont mortes. Les passagers piégés respirent à nouveau. Enzo atteint l'escalier mécanique. Il monte les marches une à une. Ses jambes sont lourdes. Son trench pèse une tonne.
Il atteint la surface. La trappe en fonte résiste. Il pousse de toutes ses forces. Ses muscles striés se tendent. Le métal cède. La lumière de la rue filtre par l'ouverture. Il se hisse sur le bitume. La pluie tombe sur Paris. Elle lave le sang bleu de son visage. Il remet son trench en cuir. Il marche vers le premier bar ouvert.
Le comptoir est en zinc. Enzo commande un café noir. Le serveur ne pose aucune question. Enzo regarde ses mains brûlées. Les tremblements cessent progressivement. Il sort un paquet de cigarettes froissé. Il en allume une. La fumée est grise. Elle se mélange à la brume matinale. Le rapport est clos dans sa tête. Les Ricci n'ont plus de nettoyeur. Malevich n'a plus de cœur. La ligne 4 est silencieuse.
Il finit son café d'un trait. Le liquide est brûlant. Il laisse une pièce sur le zinc. Il sort de l'établissement. La rue est déserte. Les réverbères s'éteignent. Le jour se lève sur une ville morte. Enzo s'enfonce dans une ruelle sombre. Sa silhouette disparaît derrière un rideau de pluie. Le contrat est rempli. La mission est terminée. Le vide l'attend.
Clignancourt
Enzo s'arrête au milieu du quai. Ses bottes écrasent des douilles de 9mm. Le métal jaune brille sous les lampes de secours. Le sol est une mare visqueuse. Le sang de Volkov sature les joints du carrelage. Ce liquide n'est pas humain. Il possède la consistance d'une huile lourde. Sa couleur est un bleu profond. Il ne coule pas. Il rampe vers les rainures du béton. Les runes gravées en 1908 absorbent la substance. Elles cessent de luire. Le bourdonnement dans les murs s'arrête. Le silence revient sur la ligne 4.
Enzo expire lentement. Ses poumons rejettent une vapeur grise. La moelle de sorcier brûle encore ses bronches. Il sent le goût du cuivre dans sa bouche. Il palpe sa glotte. La cicatrice transversale est chaude. Il vérifie son équipement. Le trench en cuir est lourd. Il est maculé de résidus organiques. Le kevlar sous le cuir a stoppé deux impacts. La douleur est localisée sous les côtes gauches. Un hématome se forme. Il ignore la sensation.
Il regarde la rame automatique. Elle est immobilisée à dix mètres du butoir. La carrosserie est lacérée. Les hachoirs mobiles sont rétractés dans les châssis. Le métal grince en refroidissant. Enzo se détourne du convoi. Il marche vers la sortie nord. Ses pas résonnent sous la voûte de la station. Le carrelage blanc est piqué par les éclats de balles. Les affiches publicitaires pendent en lambeaux.
Il arrive devant la grille de fer. Elle est verrouillée par un système hydraulique. Les pistons sont bloqués en position basse. Enzo cherche le boîtier de secours. Il le trouve derrière un panneau de plexiglas. Il brise le plastique d'un coup de crosse. Il actionne le levier rouge. La pression chute dans les tuyaux. Un sifflement pneumatique emplit l'espace. La grille remonte avec une lenteur mécanique. Le fer frotte contre les rails de guidage. La rouille tombe en poussière fine.
L'ouverture libère un courant d'air. L'odeur du tunnel s'évacue. Elle est remplacée par l'odeur de la ville. Bitume mouillé. Gaz d'échappement. Poussière froide. Enzo passe sous la grille. Il gravit les marches de pierre. Ses muscles fessiers se contractent. L'acide lactique brûle ses cuisses. Il ne ralentit pas. Chaque marche est une étape vers la surface. Il atteint le premier palier. Les portillons d'accès sont ouverts. Les ressorts sont brisés.
Il continue l'ascension. La lumière du jour apparaît en haut de l'escalier. Elle est crue. Elle est dépourvue de chaleur. Enzo débouche sur le boulevard Ornano. Il s'arrête sur le dernier degré. Ses yeux se plissent. La clarté agresse ses pupilles dilatées par l'obscurité des tunnels. Le ciel est une plaque de plomb. Les nuages sont bas. Ils stagnent au-dessus des toits en zinc.
Paris est immobile. Les voitures sont abandonnées au milieu de la chaussée. Les portières sont ouvertes. Les moteurs sont froids. Il n'y a pas de passants. Les pigeons ne volent pas. Enzo regarde ses mains. Elles sont noires de suie et de sang séché. Il sort son Glock 17 de son holster de ceinture. L'arme est lourde. La culasse est marquée par les frottements contre le béton. Le canon est encore tiède.
Il retire le chargeur. Il reste une seule cartouche. Il éjecte la munition de la chambre. Elle tinte sur le trottoir. Il regarde l'objet. C'est un outil usé. Il n'en a plus l'utilité. Il s'approche d'une bouche d'égout. Il écarte la grille avec la pointe de sa botte. Il lâche le pistolet. L'acier disparaît dans le trou noir. Le choc avec l'eau croupie produit un son mat. Le cycle est rompu.
Enzo remonte le col de son trench. Le cuir craque. Il marche vers le carrefour. Ses pas sont réguliers. Il ne regarde pas derrière lui. La station Clignancourt est un tombeau scellé. Malevich est mort dans sa rame blindée. Son cœur-condensateur a grillé. Les lieutenants alchimistes sont des cadavres dans le ballast. Le circuit de mana est coupé. La ligne 4 est une veine vide.
Il repère un bar-tabac à l'angle de la rue. Le rideau de fer est à moitié levé. Une lumière jaune filtre de l'intérieur. Enzo se baisse pour entrer. L'établissement est désert. L'odeur du tabac froid et du café rassis sature l'air. Le comptoir en zinc est propre. Il brille sous les néons faiblissants. Enzo s'assoit sur un tabouret haut. Le cuir du siège est déchiré.
Le serveur sort de l'arrière-boutique. Il porte un tablier gris. Son visage est neutre. Il ne regarde pas les taches bleues sur le visage d'Enzo. Il ne regarde pas la cicatrice à sa gorge. Il prend un chiffon. Il essuie une zone déjà propre du comptoir.
"Un café noir," dit Enzo.
Sa voix est un froissement de gravier. Ses cordes vocales sont sèches. Le serveur hoche la tête. Il se tourne vers la machine. Le percolateur siffle. La vapeur s'échappe en jets saccadés. Le liquide sombre coule dans une tasse en porcelaine épaisse. Le serveur pose la tasse devant Enzo. Il pose aussi un sucrier en inox. Enzo ne touche pas au sucre.
Il prend la tasse. La chaleur se diffuse dans ses doigts calleux. Il boit une gorgée. Le café est brûlant. Il est amer. Le liquide descend dans son œsophage. Il nettoie le goût du cuivre. Enzo pose la tasse. Il sort un paquet de cigarettes froissé de sa poche intérieure. Il en tire une. Le papier est humide. Il utilise un briquet Zippo en métal brossé. La flamme est stable.
Il aspire la fumée. Elle est dense. Elle remplit ses poumons. Il rejette une bouffée grise vers le plafond. Les tremblements dans ses mains cessent. Le métabolisme ralentit. L'adrénaline quitte son système. Il reste la fatigue. Une fatigue minérale. Elle pèse sur ses épaules comme une chape de fonte.
Il regarde ses mains à plat sur le zinc. Les schémas électriques de Lucia ne brillent plus sur ses avant-bras. Elle est partie par les conduits de ventilation. Elle est une ombre parmi les ombres. Enzo est seul. Le clan Ricci n'existe plus. Les contrats sont nuls. La mission est accomplie.
Il finit son café d'un trait. Le fond de la tasse contient un dépôt de marc. Il laisse une pièce de deux euros sur le comptoir. Le métal tinte. Le serveur ne ramasse pas la monnaie. Enzo se lève. Ses articulations craquent. Il sort du bar.
La pluie commence à tomber. Ce sont des gouttes lourdes. Elles frappent le bitume avec un bruit de mitraille. L'eau lave le sang bleu sur le trottoir. Elle lave la poussière sur le cuir du trench. Enzo marche vers le nord. Il s'enfonce dans une ruelle étroite. Les murs sont couverts de graffitis anciens. L'obscurité y est plus dense.
Sa silhouette devient floue sous l'averse. Il ne court pas. Il ne se cache pas. Il avance simplement. Le rapport est clos dans sa tête. Les données sont effacées. Il n'y a plus de cibles. Il n'y a plus d'obstacles. Il n'y a que le vide.
Enzo disparaît au coin de la rue. Le bruit de ses pas est étouffé par le déluge. La ville reprend son souffle. La ligne 4 reste silencieuse sous la terre. Le contrat est rempli.