Six balles, un baiser

Par Marcus V.Mafia

Le rideau de fer s’écrase sur le béton. Le verrou automatique s’enclenche. Un clic métallique résonne dans le hangar. Le silence dure une seconde. Puis les tirs reprennent à l’extérieur. Des rafales de Kalachnikov déchirent l’air salin. Les balles de 7.62 traversent la tôle fine. Elias Scaletti ne b...

Zéro Degré

Le rideau de fer s’écrase sur le béton. Le verrou automatique s’enclenche. Un clic métallique résonne dans le hangar. Le silence dure une seconde. Puis les tirs reprennent à l’extérieur. Des rafales de Kalachnikov déchirent l’air salin. Les balles de 7.62 traversent la tôle fine. Elias Scaletti ne bouge pas d’un millimètre. Son dos touche la paroi froide d’un conteneur frigorifique. Le canon du Glock 17 presse la tempe d’Elena Vukov. Le métal est froid. La peau d’Elena est moite. Elle ne tremble pas. Sa main droite tient un surin artisanal. La pointe d’acier s’enfonce entre la quatrième et la cinquième côte d’Elias. Le tissu du costume à trois mille euros cède. La lame pique le derme. Une goutte de sang perle sur la chemise blanche. Quatre degrés Celsius. L’affichage digital clignote au-dessus de la porte. La vapeur de leur respiration forme des nuages gris. L’entrepôt sent le poisson mort et le gasoil. Des caisses de bois s’empilent jusqu’au plafond. Elias serre la crosse en polymère. Ses phalanges blanchissent. Ses yeux fixent les pupilles dilatées d’Elena. Elle a les racines sombres. Sa robe de soirée est une loque de soie noire. "Lâche le fer," dit Elias. Sa voix est un râle sec. Elena appuie davantage sur le surin. Elias expire lentement. Il sent la pointe contre son péricarde. Un mouvement brusque et le muscle cardiaque est percé. "Tire," répond Elena. Elle n'a pas de chaussures. Ses pieds nus marquent le sol poussiéreux. Elle a utilisé ses talons aiguilles pour briser une vitre plus tôt. Ses chevilles sont couvertes de griffures. Une explosion secoue les murs. Une grenade à fragmentation. Les vitres hautes volent en éclats. Elias ne cille pas. Il connaît le bruit. C’est le nettoyage. Les Scaletti et les Vukov éliminent les traînards. Personne ne doit sortir vivant de la zone portuaire. Les pères ont signé l'ordre. Le profit n'aime pas les témoins. Elias observe la cicatrice sur son propre avant-bras. Une brûlure ancienne. Il se souvient du feu. Elena observe le nez cassé d'Elias. La déviation est nette. Elle calcule l'angle de tir. Si le coup part, sa boîte crânienne explose. Si elle pousse la lame, il se vide de son sang en deux minutes. "Ton frère respire encore," dit Elias. Elena contracte les muscles de sa mâchoire. "J'ai visé le poumon droit. Pas le cœur. Pas la tête." "Pourquoi ?" "Une monnaie d'échange. Ton père ne négocie pas avec les morts." "Mon père ne négocie pas tout court." Elena tourne la lame d'un quart de tour. La douleur irradie dans la poitrine d'Elias. Il ne bronche pas. Il a appris à déconnecter les nerfs. Le thermomètre descend à trois degrés. Les compresseurs du système de froid s'activent. Un bourdonnement sourd remplit l'espace. La condensation gèle sur les parois métalliques. Elias sent le froid mordre ses pieds dans ses mocassins de cuir. Elena a les orteils bleuis. Dehors, un cri s'arrête net. Une balle de précision. Les tireurs d'élite Scaletti occupent les toits. Les fusiliers Vukov tiennent les accès sud. Le périmètre est bouclé. Les deux héritiers sont dans une boîte de conserve. Elias déplace son index sur la détente. Le poids de départ est de deux kilos. Il a déjà exercé une pression de cinq cents grammes. Elena sent le mouvement. Elle ajuste l'angle de son poignet. Elle vise l'aorte. "Ma villa est en cendres," dit Elias. "C'était une belle villa," répond Elena. "Mes chiens étaient à l'intérieur." "Ils n'ont pas souffert. L'explosif était du C4." Elias serre les dents. Un muscle tressaute sur sa tempe. C'est le seul signe de tension. L'air devient rare. La ventilation est coupée. Le dioxyde de carbone va s'accumuler. Ils ont six heures avant l'asphyxie ou l'assaut final. Les béliers sont déjà en position. Les hommes de main attendent le signal. "On sort d'ici," dit Elias. "Tu me tueras sur le parking." "Non." "Pourquoi ?" "Le bilan comptable. La guerre coûte trop cher. Les ports sont bloqués. L'acier ne circule plus. Ton père perd deux millions par jour." "Il s'en fiche. Il veut ta tête." "Il veut surtout le contrôle du terminal 4." Elena baisse les yeux vers la blessure d'Elias. Le sang a taché la soie de sa propre robe. Le rouge sombre s'étale. La température tombe à deux degrés. Elias recule d'un pas. Il garde le Glock braqué. Elena avance d'un pas. Elle garde la lame contre son torse. Ils dansent un tango statique. Leurs corps se frôlent. La chaleur humaine est la seule chose qui reste. "Donne-moi une raison de ne pas t'égorger," chuchote Elena. "Je connais les codes des coffres de mon père." Elena s'arrête. Ses yeux scannent le visage d'Elias. Elle cherche le mensonge. Elle ne voit que du béton. "Les comptes offshore ?" "Tous. Panama. Singapour. Jersey." "Il te tuera s'il l'apprend." "Il essaie déjà." Une nouvelle rafale frappe la porte blindée. Le métal gémit. Les impacts dessinent des bosses vers l'intérieur. Le 7.62 est puissant. La serrure tient encore. Elias abaisse lentement son arme. Il ne la range pas. Il la garde le long de sa cuisse. Elena ne retire pas son surin. Elle réduit simplement la pression. La pointe reste en contact avec la peau. "On a cinq heures et quarante minutes," dit Elias. Il regarde sa montre. Une Patek Philippe. Le verre est fêlé. "On va avoir froid," dit Elena. Elle lâche enfin le manche de son arme. La lame reste plantée dans le costume d'Elias. Elle se frotte les bras. Ses muscles tremblent violemment. C'est une réaction physiologique au froid. Elias retire sa veste. Il la lui tend. Le mouvement est lent. Il ne veut pas l'effrayer. Elena prend la veste. Elle l'enfile. Elle sent la chaleur résiduelle du corps d'Elias. L'odeur de la poudre et du tabac froid. "Assieds-toi," ordonne Elias. Il désigne une caisse de transport. Elena s'exécute. Elle garde le surin à portée de main. Elias s'assoit en face d'elle. Il pose le Glock sur ses genoux. Le silence revient. Seul le bruit des compresseurs persiste. Dehors, les chasseurs attendent l'aube. À l'intérieur, les proies comptent les minutes. Elias regarde ses mains. Elles sont sales. Il voit la graisse des moteurs sous ses ongles. Il voit le sang d'un Vukov sur ses phalanges. Il pense au terminal 4. Il pense aux navires qui attendent au large. "Ton frère ne mourra pas," répète Elias. "S'il meurt, je te tue." "Entendu." La température atteint un degré. Le givre recouvre les caisses. Elias expire. Son souffle est une colonne blanche. Elena se pelotonne dans la veste trop grande. Elle ferme les yeux. Elle ne dort pas. Elle écoute les bruits de la nuit. Un choc sourd retentit contre la paroi nord. Un bélier hydraulique. Le premier assaut commence. Elias se lève. Il vérifie le chargeur de son Glock. Quinze balles. Plus une dans la chambre. Seize chances de vivre. Elena ramasse son surin. Elle se lève aussi. Ses pieds sont insensibles. Elle s'appuie contre une caisse pour ne pas tomber. "Prête ?" demande Elias. Elena hoche la tête. Elle ne sourit pas. Elle n'a pas peur. Elle est prête à brûler le reste du monde. La porte blindée tremble. Les gonds cèdent. La lumière des projecteurs extérieurs perce les interstices. Le froid de l'entrepôt rencontre la chaleur des canons. Elias pointe son arme vers l'ouverture. Elena se place dans son ombre. Ils sont deux contre cent. Le calcul est simple. La survie est une erreur statistique. Le premier panneau de la porte s'effondre. La poussière s'élève. Les silhouettes des commandos apparaissent en contre-jour. Ils portent des masques à gaz. Ils portent des fusils d'assaut. Elias tire. Le Glock aboie. Une douille chaude rebondit sur le sol. Un homme tombe. Elena bondit. Elle est une ombre parmi les caisses. La guerre continue. Le sang va couler sur le béton glacé. Les pères attendent les rapports. Les héritiers écrivent les leurs avec du plomb et de l'acier. Le froid n'est plus un problème. Seule la trajectoire compte. Un degré. Zéro degré. La mort est une température constante. Elias change de chargeur. Le clic est net. Il vise la tête du suivant. Elena frappe à la gorge. Le surin ressort rouge. Ils ne sortiront pas ensemble. Ils ne pourriront pas côte à côte. Ils vont juste tuer tout ce qui bouge. Jusqu'au dernier bilan. Jusqu'à la dernière balle. Le rideau de fer finit de tomber. L'assaut est total. Le hangar devient un abattoir. Elias Scaletti ne ressent rien. Elena Vukov ne pense à rien. Ils sont des machines. Ils sont des armes. Le premier baiser sera une balle de 9mm. La première étreinte sera un linceul de tôle. Le combat dure trois minutes. C'est une éternité sous la lumière des projecteurs. Elias s'adosse à une caisse. Il recharge. Elena rampe derrière lui. Elle a une plaie à l'épaule. Le sang est chaud. "Encore ?" demande-t-elle. "Encore," répond-il. Ils font face à la porte. L'obscurité les attend.

L’Audit du Sang

Le sang sature la laine du costume. Le liquide est sombre. Il est visqueux. Elias Scaletti retire sa main de son flanc. Ses doigts brillent sous la lumière crue. Il écarte les pans de sa veste à trois mille euros. La chemise blanche est une éponge écarlate. La plaie est nette. Le surin d'Elena a trouvé un chemin entre les côtes. Elias respire lentement. Chaque inspiration tire sur la déchirure. Le muscle se contracte. La douleur est une information brute. Il traite l'information. Il ne bronche pas. Elena Vukov observe le mouvement. Elle est assise sur une caisse en bois. Ses pieds nus touchent le béton gelé. La peau est blanche. Les veines sont bleues. Elle tient le Glock 17 d'Elias. Son index caresse le pontet. Elle connaît cette arme. Elle analyse la position du percuteur. La culasse est verrouillée. Le ressort de rappel est sous tension. Elle évalue le poids du chargeur. Dix-sept cartouches de neuf millimètres. Une balle est déjà engagée. Le percuteur attend l'ordre. Elena lève les yeux. Elle fixe Elias. Le froid descend sous la barre des dix degrés. L'entrepôt frigorifique conserve sa température. Les parois d'acier isolent du monde. Dehors, les fusils d'assaut crépitent. Le son est étouffé par l'épaisseur des murs. Ce sont des calibres 5.56. Le rythme est régulier. Les Scaletti et les Vukov nettoient le périmètre. Ils effacent les traces. Ils éliminent les témoins gênants. Les deux héritiers sont les derniers actifs à liquider. Elias s'adosse à un montant métallique. Le contact est glacial. Il cherche son souffle. — Ton père a surestimé la valeur du terminal Nord, dit Elias. Sa voix est un râle sec. Les cordes vocales sont sèches. Elena ne cille pas. Elle maintient le canon du Glock dans l'axe du sternum d'Elias. — Mon père ne fait pas d'erreur d'estimation, répond-elle. — Le dragage coûte douze millions par an. Les chiffres sont truqués. — Les chiffres sont une interprétation de la réalité. — La réalité est un trou dans mon flanc, Elena. Elle incline la tête. Un mouvement mécanique. Ses cheveux blonds tombent sur ses épaules nues. Les racines sombres marquent le temps qui passe. Elle regarde la flaque qui s'élargit au pied d'Elias. — Ton père voulait le monopole de l'acier, dit Elena. Il a sacrifié la logistique pour le contrôle des flux. C'est une erreur stratégique majeure. — Il voulait stabiliser le marché. — Il voulait une rente de situation. Il a transformé le port en passif. Elias serre les dents. La vasoconstriction commence. Ses extrémités s'engourdissent. Le corps sacrifie les membres pour sauver les organes vitaux. C'est une procédure standard de survie. Il regarde l'entrepôt. Des caisses de poissons surgelés sont empilées. Des palettes de produits chimiques attendent l'expédition. Tout ici est une ligne de compte. Les vies humaines sont des frais variables. La guerre entre les deux familles est un audit interne. Un audit sanglant. — Le chargement de mardi dernier, commence Elias. — Saisi par les douanes, coupe Elena. — Non. Détourné par mon oncle. Elena marque un silence. Ses pupilles se rétractent. Elle traite la donnée. — Ton oncle travaille avec les Russes, dit-elle. — Mon oncle travaille pour le plus offrant. Il a radié les actifs de ton père. — Mon père le sait. Il a déjà provisionné la perte. Le bruit d'un bélier résonne contre la porte principale. Le métal vibre. La structure tremble. Les gonds gémissent. Elias et Elena ne bougent pas. Ils sont des statues de chair dans un tombeau de glace. — Nous avons cinq heures, dit Elias. Peut-être moins. — Le bélier est un modèle hydraulique, observe Elena. La porte cédera en trente minutes. — Alors l'audit sera définitif. — Nous serons des pertes sèches. Elias glisse le long du montant. Il s'assoit sur le sol. Le froid remonte dans sa colonne vertébrale. Il regarde sa main. Le sang ne coule plus. Il coagule. Le corps ferme les vannes. — Pourquoi n'as-tu pas tiré ? demande Elias. Elena regarde le Glock. Elle regarde le doigt sur la détente. — Le recul est de trois kilos. La trajectoire est prévisible. — Ce n'est pas une réponse. — Tirer est une dépense d'énergie inutile. Tu meurs déjà. — Je peux encore te briser la nuque. — Tes muscles manquent d'oxygène. Tes réflexes sont lents. Elle se lève. Elle marche vers lui. Ses pas ne font aucun bruit. Elle s'arrête à deux mètres. Elle pointe l'arme sur son visage. Le canon est noir. Le trou est profond. — Mon père a tué ta mère pour une question de dividendes, dit-elle. Elias lève les yeux. Son regard est vide. — Je sais. Ma mère était une actionnaire minoritaire gênante. — Ton père a fait sauter ma villa pour l'assurance. — La prime couvrait les dettes du casino de Monaco. Ils se regardent. Il n'y a pas de haine. Il n'y a pas d'amour. Il n'y a que de la comptabilité. La haine est un sentiment. Le sentiment est un luxe. Ils n'ont plus les moyens. Le bélier frappe à nouveau. Un panneau de tôle se tord. La lumière du jour filtre par la fente. C'est une lumière grise. Une lumière de fin de monde. — Si nous sortons, ils nous tuent, dit Elias. — Si nous restons, ils nous tuent. — Il reste une option. Elena baisse légèrement l'arme. — Laquelle ? — La fusion-acquisition. Elias sort un téléphone de sa poche intérieure. L'écran est brisé. Il tape un code. — J'ai les accès aux comptes offshore de mon père, dit-il. — J'ai les clés de cryptage des Vukov, répond Elena. — Ensemble, nous annulons la dette. — Ensemble, nous vidons les coffres. — Et les pères ? — Les pères sont des actifs toxiques. Il faut les liquider. Le froid ne semble plus aussi mordant. L'adrénaline remplace la chaleur. Elias tend la main. Elena ne la prend pas. Elle lui rend son Glock. Elle garde le surin. — L'audit commence maintenant, dit Elena. Elias se relève avec difficulté. Il appuie sur sa plaie. Il vérifie son chargeur. Le clic est net. Le métal est sec. — Première étape : le nettoyage du bilan, dit Elias. Il vise la porte qui cède. Le premier homme en noir entre. Elias presse la détente. Le recul est sec. La douille saute. L'homme tombe. Un impact au front. Propre. Efficace. Elena se glisse derrière une pile de caisses. Elle se déplace comme une ombre. Elle attend le deuxième homme. Elle frappe à la base du crâne. Le surin pénètre la moelle épinière. L'homme s'effondre sans un cri. — Un mort, dit Elias. — Deux morts, répond Elena. Ils progressent vers la sortie. Ils ne sont plus des héritiers. Ils sont des liquidateurs. Le port de Marseille est leur bureau. Le sang est leur encre. La mort est leur signature. La porte finit par tomber dans un fracas de ferraille. La lumière inonde l'entrepôt. Elias et Elena font face à l'extérieur. Les fusils d'assaut les attendent. Ils ne tremblent pas. Ils calculent les angles de tir. Ils évaluent les couvertures. — Prête pour la clôture de l'exercice ? demande Elias. — Le bilan sera équilibré, répond Elena. Ils s'élancent. Les balles sifflent. Le métal chante. Le froid est oublié. Seule la trajectoire compte. Un degré. Zéro degré. La mort est une température constante. Ils sont des machines. Ils sont des armes. L'audit du sang est ouvert. Le marché va s'ajuster. Les actifs toxiques vont disparaître. La guerre n'est plus une question d'honneur. C'est une radiation définitive. Le rideau tombe sur le port. Le silence revient. Seul le bruit des douilles sur le béton marque la fin de la séance.

La Balistique du Frère

Le givre recouvre les parois de métal. L'air stagne à moins dix degrés. Elias Scaletti maintient la pression du Glock 17 contre la tempe d'Elena. Le métal de l'arme est plus froid que la peau. Elena ne tremble pas. Elle tient un surin à lame fine. La pointe perce la chemise d'Elias. Elle se situe entre la quatrième et la cinquième côte. Un mouvement sec et le cœur est atteint. Ils forment une statue de chair et d'acier. Dehors, les détonations claquent. Des fusils d'assaut HK416. Le rythme est régulier. Les Scaletti et les Vukov nettoient le périmètre. Ils éliminent les témoins. Ils effacent les traces. Les deux héritiers sont coincés dans la boîte de conserve géante. L'odeur de fréon et de graisse figée domine. Elias desserre les dents. Sa voix ressemble à un broyeur à gravats. — Ton frère respire encore, Elena. Elle ne répond pas. Ses pupilles restent dilatées. Elle observe le mouvement de la glotte d'Elias. — J'ai utilisé de la munition chemisée, dit Elias. Neuf millimètres. Cent vingt-quatre grains. Il ajuste sa prise sur la crosse en polymère. Son index repose sur la queue de détente. La pression est de deux kilos. — La trajectoire était descendante, continue-t-il. J'ai visé le lobe supérieur du poumon droit. Elena appuie sur le surin. Une goutte de sang perle sur le coton blanc d'Elias. Le rouge s'étale lentement. — La balle a traversé les tissus mous, précise Elias. Elle a évité l'artère sous-clavière de deux centimètres. Elle n'a pas touché la colonne vertébrale. Il marque une pause. Le silence dans l'entrepôt est lourd. Seul le vent siffle dans les jointures des portes. — Un pneumothorax simple. Pas d'hémorragie massive. C'est un tir de neutralisation. Pas une exécution. Elena contracte la mâchoire. Ses muscles sont des câbles d'acier sous sa peau pâle. — Pourquoi ? demande-t-elle. Sa voix est un souffle blanc. — Ton père voulait une guerre totale, répond Elias. Mon père voulait tes ports. Le petit Vukov était la cible idéale. Sa mort déclenchait le protocole de terre brûlée. Il déplace légèrement le canon du Glock. Il sent la chaleur de la tempe d'Elena. — J'ai modifié l'angle au dernier moment. Un degré vers la gauche. Le gamin est au bloc opératoire. Il s'en sortira avec une cicatrice et un souffle court. Elena ne baisse pas son arme. Le surin reste logé contre la plèvre d'Elias. — Tu as foiré ton tir, crache-t-elle. — Je ne foire jamais mes tirs, Elena. Je connais la balistique. Je connais l'anatomie. Un mort est une fin de non-recevoir. Un blessé est une monnaie d'échange. Un choc sourd fait vibrer les portes de l'entrepôt. Un bélier pneumatique. Les clans arrivent. Le temps se contracte. Elias regarde les yeux d'Elena. Ils sont gris comme le béton du port. — Ton frère est vivant pour forcer la trêve, dit-il. Mon père ne le sait pas. Il croit que j'ai fini le travail. Il attend que je te liquide pour signer les actes de cession. — Et mon père attend que je te vide de ton sang, répond Elena. — Les vieux jouent aux échecs avec nos vies. Ils comptent les pertes dans leurs bilans comptables. Nous sommes des lignes de dépenses. Elias sent le froid engourdir ses doigts. Il doit garder la sensibilité du nerf. — Si je te tue, la guerre continue. Si tu me tues, Marseille brûle. — Marseille brûle déjà, Elias. — Pas encore assez. Il décrit la scène du crime dans sa tête. Le sang sur le carrelage. La douille de cuivre. La position du corps. Tout était calculé. Chaque millimètre de trajectoire servait un but précis. La balistique n'est pas une science exacte. C'est une négociation armée. — J'ai épargné le gamin pour avoir cette conversation, dit Elias. — On ne discute pas avec un flingue sur la tempe. — C'est la seule façon de s'assurer qu'on écoute. Le bruit du bélier reprend. Plus fort. Le métal gémit. Les gonds commencent à lâcher. La lumière du jour filtre par les interstices. Elle dessine des lignes blanches sur le sol poussiéreux. Elias observe la robe déchirée d'Elena. Elle porte les stigmates de l'explosion de la villa. De la suie. Du sang séché. Des éclats de verre. Elle est une machine de guerre en soie. — Ton père a fourni les détonateurs pour ma maison, dit Elias. — C'était une réponse proportionnée, répond Elena. — C'était une erreur stratégique. Il a détruit mes archives. Les preuves de ses détournements de fonds sont parties en fumée. Il n'a plus de raison de négocier. — Sauf si tu as une copie. Elias esquisse un rictus sans dents. — Je n'ai pas de copie. J'ai la trajectoire de la balle dans le corps de ton frère. C'est ma seule preuve de bonne foi. Le froid s'intensifie. Le système de réfrigération s'est remis en marche automatiquement. Un ronronnement mécanique remplit l'espace. La température chute encore. — Dans dix minutes, ils entrent, dit Elias. Ils vont tirer sur tout ce qui bouge. Les Scaletti ne veulent pas de témoins. Les Vukov ne veulent pas de survivants. Il rapproche son visage de celui d'Elena. — On peut mourir ici comme des héritiers fidèles. Ou on peut sortir et changer la donne. Elena regarde le sang sur la chemise d'Elias. La tache a la forme d'une cible. — Ton tir chirurgical, dit-elle. C'était un pari risqué. — La vie est un risque calculé. — Si mon frère meurt d'une infection, je te traquerai jusqu'en enfer. — Il ne mourra pas. Les antibiotiques font des miracles. Un craquement violent déchire l'air. La porte de droite cède. Un nuage de poussière s'élève. Des silhouettes sombres apparaissent en contre-jour. Des lampes tactiques balayent l'entrepôt. Les faisceaux blancs découpent l'obscurité. Elias ne bouge pas. Elena ne bouge pas. — On fait quoi ? chuchote Elena. — On applique la procédure, répond Elias. Il retire lentement le Glock de la tempe d'Elena. Il baisse l'arme vers le sol. Elena retire son surin. Elle le cache dans la doublure de sa robe. — Le bilan est déséquilibré, Elias. — On va l'ajuster. Les hommes en noir progressent en formation de diamant. Leurs lasers rouges dansent sur les murs. Un point rouge se fixe sur le front d'Elias. Un autre sur la poitrine d'Elena. — Ne tirez pas ! hurle une voix dehors. Le vieux veut les voir. Les lasers restent fixes. Elias lève les mains. Ses doigts sont bleus. Il sent la douleur de la coupure sur ses côtes. C'est une douleur nette. Propre. — Tu as six balles dans ton chargeur, Elena ? — Six balles. Et un baiser pour la route. Elias regarde les soldats approcher. Il reconnaît les visages. Des mercenaires. Des hommes payés à l'heure pour tuer. — La guerre est finie, Elena. L'audit commence. Il fait un pas en avant. La neige carbonique crépite sous ses chaussures de cuir. Il sent le regard d'Elena dans son dos. Elle est une ombre prête à frapper. Ils marchent vers la lumière crue de l'extérieur. Le port de Marseille les attend. Les grues géantes ressemblent à des potences. Les conteneurs sont des cercueils d'acier. Elias respire l'air salé. Il contient une odeur de poudre et de gasoil. C'est l'odeur de son bureau. C'est l'odeur de sa vie. Il regarde le chef du commando. L'homme baisse son arme. — Monsieur Scaletti. Votre père vous attend à la capitainerie. — Et Mademoiselle Vukov ? — Elle vient avec nous. Ordre du patriarche. Elias hoche la tête. Il sent le poids du Glock dans sa ceinture. Il sent la présence d'Elena à ses côtés. La trajectoire est tracée. Le projectile est lancé. Rien ne peut l'arrêter maintenant. La balistique est une loi universelle. La mort est une constante. Le reste n'est que de la comptabilité.

Code de Sécurité

Le givre recouvre les parois en aluminium. Elias Scaletti ne tremble pas. Son index repose sur la détente du Glock 17. Le polymère est froid contre sa peau. À sa gauche, Elena Vukov maintient la pointe de son surin. L'acier perce la chemise en soie. Une goutte de sang perle sur la quatrième côte d'Elias. La douleur est une information. Rien de plus. Dehors, les tirs de HK416 saturent l'espace. Le rythme est régulier. Les professionnels nettoient le périmètre. Elias compte les détonations. Il évalue la distance. Cinquante mètres. Peut-être moins. Les Vukov et les Scaletti s'entretuent dans le silence des silencieux. Elena crache au sol. La salive est rouge. Elle fixe Elias. Ses pupilles sont deux trous noirs. Elle n'a pas peur. Elle a faim. — Ton père croit à une faille technique, dit-elle. Sa voix est un rasoir sur du verre. Elias ne répond pas. Il observe le mouvement de sa carotide. — La villa était une forteresse, continue Elena. Trois périmètres. Des capteurs sismiques. Un cryptage militaire. Elias resserre sa prise. Le canon du Glock s'enfonce dans la tempe de la femme. La peau se marque d'un cercle rouge. — Les codes, murmure Elias. Elena esquisse un rictus. Ses dents sont tachées de sang. — C'est moi, Elias. J'ai tapé la séquence. 12-04-88. La date de mort de ma mère. Ton père est un sentimental. Il utilise des souvenirs pour ses coffres. Le silence retombe. Seul le ronronnement des compresseurs frigorifiques subsiste. Elias analyse l'aveu. La villa Scaletti a brûlé pendant huit heures. Les archives ont disparu. Les lieutenants de la vieille garde sont restés dans les décombres. — Pourquoi ? demande Elias. — L'audit, répond Elena. Les vieux gèrent l'empire comme une épicerie. Ils parlent d'honneur. Ils parlent de sang. Je parle de dividendes. Elle appuie davantage sur le surin. La lame s'enfonce de deux millimètres. Elias sent le muscle se déchirer. Il ne bronche pas. Son système nerveux traite l'alerte. Il ignore le signal. — Tu as tué les tiens, constate Elias. — J'ai purgé le passif. Les Vukov sont des ancêtres. Je suis l'avenir. Elias regarde les racines sombres de ses cheveux blonds. Elle est une anomalie. Une erreur dans le grand livre de comptes. Il imagine la balle de 9mm traverser son crâne. La trajectoire serait rectiligne. La mort serait instantanée. — Mon père te veut vivante, dit Elias. — Ton père est un cadavre en sursis. Il ne le sait pas encore. Elena déplace son poids vers l'avant. Elle cherche le point de rupture. Elias sent l'adrénaline brûler ses veines. Ses muscles sont des câbles d'acier sous tension. Il ne voit plus la femme. Il voit une cible. Une variable à éliminer pour stabiliser l'équation. Un choc sourd ébranle la porte blindée de l'entrepôt. Le premier coup de bélier. La structure vibre. La poussière tombe du plafond. Elias ne quitte pas Elena des yeux. — Les codes de la villa, répète-t-il. Tu as aussi donné ceux des entrepôts du port ? Elena sourit. C'est un masque de prédateur. — Tout est à vendre, Elias. Même toi. Elias contracte le masséter. Sa mâchoire est un bloc de granit. Il comprend la manœuvre. Elena n'est pas une héritière en fuite. Elle est l'architecte du chaos. Elle a détruit les fondations pour reconstruire sur les ruines. — Tu veux l'empire, dit Elias. — Je veux le contrôle total. Pas de pères. Pas de traditions. Juste les chiffres. Un deuxième coup de bélier. Les gonds gémissent. L'acier se tord. La lumière de l'extérieur filtre par une fente. Elle est grise. Elle est sale. Elias ajuste sa visée. Il sent le poids du percuteur. Le ressort est comprimé. Il suffit d'une pression de deux kilos. Le monde changerait de forme. — On sort ensemble, dit Elena. Ou on pourrit ici. Elle retire son surin d'un centimètre. Le sang coule le long du flanc d'Elias. Il sent la chaleur du liquide contre sa peau froide. C'est la seule chaleur dans cette pièce. — La trêve, propose Elena. Jusqu'à la capitainerie. Elias regarde la porte. Elle va céder au prochain impact. Il regarde Elena. Elle est le danger le plus immédiat. — D'accord, dit Elias. Il ne baisse pas son arme. Il recule d'un pas. Ses chaussures de cuir crissent sur le givre. Elena se redresse. Elle lisse sa robe déchirée. Elle ressemble à une reine des décharges. Le troisième coup de bélier fait sauter les verrous. La porte bascule. La lumière inonde l'entrepôt. Elias plisse les yeux. Les silhouettes des commandos se découpent en contre-jour. Ils portent des masques balistiques. Ils portent la mort. Elias range son Glock dans son dos. Il sent le métal contre ses lombaires. Elena marche à ses côtés. Elle marche la tête haute. Ses pieds nus marquent le sol de traces rouges. Ils avancent vers la sortie. Le port de Marseille se déploie devant eux. Les grues sont des squelettes géants. Les conteneurs sont des blocs de Lego pour géants. L'air sent le sel et le soufre. Le chef du commando s'approche. Il ne regarde pas Elena. Il regarde Elias. — Monsieur Scaletti. La zone est sécurisée. Elias hoche la tête. Il sent le regard d'Elena. Elle est une ombre. Elle est une menace. Elle est sa seule alliée. — La voiture attend, dit le commando. Elias monte à l'arrière de la berline blindée. Elena s'assoit à côté de lui. L'espace est restreint. Leurs épaules se touchent. Leurs sangs se mélangent sur le cuir du siège. Le moteur vrombit. La voiture démarre. Elias regarde par la vitre teintée. Les docks défilent. Il pense à la villa. Il pense aux codes. Il pense au 12-04-88. La guerre n'est pas finie. Elle change juste de terrain. Elle quitte la rue pour les bureaux. Elle quitte les fusils pour les algorithmes. Elias ferme les yeux. Il visualise le visage de son père. Il visualise le visage d'Elena. Il choisit sa prochaine cible. La comptabilité sera exacte. Chaque goutte de sang sera facturée. Chaque trahison sera payée. La voiture s'éloigne du port. Le silence revient sur la zone frigorifique. Seuls les cadavres restent. Ils ne parlent pas. Ils ne négocient pas. Ils sont le résultat final. Elias respire lentement. Son cœur bat à cinquante pulsations par minute. Il est prêt. Le trajet vers la capitainerie dure dix minutes. Dix minutes pour réécrire les règles. Dix minutes pour décider qui doit mourir en premier. Elena regarde ses ongles cassés. Elle semble absente. Elias sait que c'est un mensonge. Elle calcule. Elle évalue les forces en présence. Elle cherche la prochaine faille. La berline s'arrête devant le bâtiment de verre et d'acier. Le patriarche Scaletti attend sur le perron. Il tient une canne à pommeau d'argent. Il ressemble à un roi déchu. Elias descend de voiture. Il tend la main à Elena. C'est un geste de protocole. C'est un geste de guerre. Ils marchent vers le vieil homme. Le vent de la mer soulève la poussière. Le bilan commence maintenant. Les chiffres ne mentent jamais. Les balles non plus. Elias sent le poids du Glock. Il est prêt à percuter. La fin est proche. Le début aussi. Tout est une question de trajectoire. Tout est une question de prix. Le port de Marseille se tait. La mort attend son heure. Elias Scaletti entre dans la lumière. Elena Vukov le suit comme une ombre. Le contrat est signé. Le sang est l'encre. Le reste est accessoire.

Hypothermie Tactique

Le thermomètre affiche moins douze degrés. La buée sort des bouches en nuages épais. Elias serre la crosse du Glock 17. Son index est figé sur la détente. Le métal brûle sa peau par conduction thermique. Elena presse son surin contre ses côtes. La lame tremble. Elle ne sent plus ses pieds. Ses orteils sont des morceaux de marbre. Le sang circule mal. Le cœur ralentit pour protéger les organes vitaux. Dehors, le bruit des fusils d'assaut continue. Des rafales de 5.56 mm déchirent le silence portuaire. Les Scaletti nettoient les quais. Les Vukov répondent au coup par coup. Le périmètre se resserre. Dans trois heures, les béliers frapperont la porte. Elias observe Elena. Ses lèvres sont bleues. Ses pupilles restent dilatées. Elle ne lâche pas son arme. L'instinct de mort est plus fort que le gel. Elias baisse lentement son bras. Son épaule craque. Le muscle est une corde raide. "On bouge ou on crève ici." La voix d'Elias est un frottement de papier de verre. Elena ne répond pas de suite. Elle évalue la menace. Elle regarde le Glock. Elle regarde la porte. Elle range son surin dans sa ceinture. Elias range son arme dans l'étui de hanche. Il se lève. Ses genoux protestent. La douleur est une information utile. Elle prouve qu'il est vivant. Il tend une main à Elena. Elle la regarde comme un piège. Elle finit par la saisir. Sa peau est glacée. C'est le contact de la viande en chambre froide. Ils marchent vers le fond du hangar. Leurs pas résonnent sur le béton. Les crochets de boucherie oscillent au plafond. Des carcasses de bœuf pendent, raides comme du bois. Elias cherche une source de chaleur. Il repère le local technique. Une porte en acier galvanisé. Il force la serrure avec un tournevis trouvé au sol. Le mécanisme cède. À l'intérieur, des transformateurs électriques ronronnent. La chaleur résiduelle est faible. C'est mieux que le vide du hangar. Elena s'assoit contre un générateur. Elle frotte ses jambes. La circulation revient. La douleur arrive avec le sang. Elle serre les dents. Elle ne crie pas. Elias s'assoit en face d'elle. Il garde une distance de sécurité. Deux mètres. La portée d'une botte ou d'une lame. "Ton frère va mourir," dit Elias. "Mon père te tuera avant," répond Elena. Le ton est neutre. Un constat de police. Elias sort un chargeur de rechange. Il vérifie les munitions. Quinze cartouches de 9mm Parabellum. Il les compte une par une. Le clic du métal apaise ses nerfs. Le froid attaque encore. Le local technique n'est pas isolé. Le vent siffle sous la porte. Elias retire sa veste de costume. Il la jette sur les jambes d'Elena. Elle ne le remercie pas. Elle prend la veste. Elle s'enveloppe dedans. L'étiquette indique une laine italienne de haute qualité. Elle servira de couverture de survie. Le temps s'étire. Les minutes sont des balles perdues. Elias surveille sa montre. Deux heures et quarante minutes. Les tirs à l'extérieur changent de tonalité. Les grenades à fragmentation entrent en jeu. Les murs du hangar vibrent. La poussière tombe du plafond. Elena sort un briquet de sa robe. Elle allume une cigarette froissée. La fumée stagne dans l'air froid. Elle tend le paquet à Elias. Il en prend une. Ils fument en silence. La nicotine contracte les vaisseaux. C'est une erreur tactique contre le froid. Ils s'en moquent. Ils ont besoin de ce rythme. "Pourquoi le poumon ?" demande Elena. "Pour parler," répond Elias. "On ne parle pas chez les Scaletti." "On ne négocie pas chez les Vukov." Le dialogue est un échange de tirs à blanc. Elias sent ses doigts retrouver leur mobilité. Il masse ses phalanges. La cicatrice sur son avant-bras le démange. C'est un souvenir d'un entrepôt similaire à Gênes. Le feu cette fois-là. Le froid est plus propre. Il ne laisse pas de traces de brûlure. Juste des tissus nécrosés. Elena se lève. Elle marche vers le tableau électrique. Elle examine les câbles. Ses yeux scannent les schémas. Elle cherche un avantage. Elle trouve un levier de commande manuelle. C'est le système d'alarme incendie. "Si on déclenche les sprinkleurs, on gèle en dix minutes," dit Elias. "Si on déclenche le gaz inerte, on étouffe en cinq," répond Elena. Elle sourit pour la première fois. C'est un rictus de prédateur. Elle ne cherche pas à sortir. Elle cherche à piéger ceux qui entreront. Elias se lève à son tour. Il se place derrière elle. Il ne touche pas son arme. Il regarde le levier. Il comprend le plan. C'est une défense de zone. Ils transformeront l'entrepôt en tombeau pressurisé. Le bruit d'un moteur lourd approche. Un camion bélier. Les Scaletti sont là. Ou les Vukov. La distinction n'a plus d'importance. Les héritiers sont des actifs à liquider. Le bilan comptable doit être vierge. Elias vérifie la chambre de son Glock. Une balle engagée. Il remet la sécurité. Il regarde Elena. Elle tient le levier. Ses jointures sont blanches. Elle attend le signal. Le froid n'est plus un problème. L'adrénaline brûle les dernières réserves de glucose. Leurs cœurs battent à l'unisson du moteur extérieur. "Trois," dit Elias. "Deux," répond Elena. Le premier choc ébranle la porte principale. Le métal hurle. Les gonds sautent. La lumière du jour entre dans le hangar comme une lame. Elias épaule son arme. Elena tire le levier. Le sifflement du gaz commence. La visibilité chute. Le combat final est une équation thermique. Le froid gagne toujours. La mort aussi.

Le Premier Bélier

Le premier choc frappe le centre de la porte. L'acier de quatre millimètres se courbe vers l'intérieur. La peinture grise s'écaille en confettis secs. Le bruit sature l'espace clos. C'est un son de forge. Un son de fin de chantier. Elias écarte les jambes pour stabiliser sa base. Ses semelles en cuir glissent sur le givre. Il compense. Son centre de gravité descend. Le Glock 17 prolonge son bras droit. Son bras gauche reste le long du corps. Elena est dans son dos. Il sent la chaleur de sa colonne vertébrale à travers le tissu de sa veste. Elle ne tremble pas. Le camion recule à l'extérieur. Le moteur diesel hurle dans les tours. Les pneus patinent sur le goudron mouillé du quai. Une odeur de gomme brûlée s'infiltre par les interstices. Elias vérifie son angle de tir. La porte sud est un point d'étranglement. Si le bélier passe, la zone de mort se situera à cinq mètres de l'entrée. Il doit tenir cette ligne. Deuxième impact. Le montant gauche cède. Les boulons de fixation sautent comme des bouchons de champagne. Un morceau de béton éclate près du gond supérieur. La poussière blanche se mélange à la brume de condensation. Elena tire le levier de décompression. Le sifflement du gaz fréon couvre le bruit du moteur. Une nappe blanche s'écoule des tuyaux du plafond. Elle rampe sur le sol. Elle atteint les chevilles d'Elias. La visibilité tombe à deux mètres. Elias retire la sécurité du Glock. Le clic métallique est net. Il connaît ce poids. Quinze balles dans le chargeur. Une dans la chambre. Seize occasions de régulariser le passif. Elena serre le manche du surin. Elle a récupéré un démonte-pneu sur un rack. Elle pèse l'outil. Sa main droite est ferme. Elle se décale de dix centimètres vers la gauche. Elle libère le champ de tir d'Elias. Le camion percute la porte une troisième fois. Le métal se déchire au milieu. Le pare-chocs renforcé d'un Berliet apparaît dans la brèche. Les phares halogènes percent le brouillard de gaz. Elias ferme les yeux à demi. Il évite l'éblouissement. Il se fie à son ouïe. Des bottes frappent le sol à l'extérieur. Des ordres sont criés. La voix est rauque. C'est du serbe. Les hommes de Vukov. "Vukov," dit Elias. "Mon père nettoie les dettes," répond Elena. Sa voix est un constat. Pas de colère. Pas de regret. Juste une donnée technique. Le patriarche Vukov élimine les témoins. Sa propre fille est une ligne de passif sur un bilan. Le clan Scaletti fera de même de l'autre côté. Les deux héritiers sont des variables inutiles. Une grenade fumigène roule par l'ouverture. Elle rebondit sur le béton. Elle crache une fumée jaune épaisse. Elias ne bouge pas. Il attend que la silhouette apparaisse dans l'axe des phares. Un homme entre en courant. Il porte un fusil d'assaut HK416. Il balaie la zone de gauche à droite. Elias presse la détente. Deux coups. Le recul est sec. Les douilles brûlantes tintent sur le sol. L'homme s'effondre. La première balle a traversé le sternum. La seconde a brisé la mâchoire. Elena se projette en avant. Elle reste basse. Elle utilise la fumée comme couverture. Un deuxième assaillant franchit la brèche. Il ne voit pas Elena. Elle plante le surin dans le tendon d'Achille de l'homme. Il tombe en arrière. Elle termine le travail avec le démonte-pneu. Un coup net sur la tempe. Le crâne sonne creux. Elle récupère le HK416 du cadavre. Elle vérifie le sélecteur de tir. Elle se remet en position. Le pilonnage commence sur le flanc ouest. Les Scaletti attaquent les parois de tôle. Les impacts de balles créent des points de lumière dans l'obscurité du hangar. Le métal chante sous les projectiles. C'est une pluie de plomb de calibre 5.56. Les étagères de stockage vibrent. Des palettes de pièces détachées s'écroulent dans un fracas de ferraille. Elias change de position. Il s'abrite derrière un bloc moteur en fonte. Le froid durcit l'huile sur ses doigts. Il sent la morsure de l'acier contre sa cuisse. Un groupe de trois hommes entre par la porte sud. Ils tirent en aveugle dans le gaz. Les balles ricochent sur les parois. Elias attend qu'ils s'avancent. Il compte leurs pas. Un. Deux. Trois. Il se lève. Il tire quatre fois. Le premier homme prend une balle dans la gorge. Il lâche son arme et porte ses mains à son cou. Le sang gicle en jets sombres sur le gaz blanc. Le deuxième homme tente de pivoter. Elias loge une balle dans son œil droit. Le troisième homme recule. Elena l'intercepte par le côté. Elle vide une rafale courte de HK416 dans ses côtes. L'homme est projeté contre le flanc du camion bélier. Le silence revient pendant trois secondes. Seul le sifflement du gaz persiste. L'air est saturé d'odeur de poudre et de sang. Elias recharge son Glock. Il insère un chargeur neuf. Il tape le talon de la main contre la base. Le verrouillage est parfait. "Ils vont utiliser les explosifs," dit Elias. "Le mur ouest est faible," répond Elena. Elle désigne une section de tôle qui se bombe sous la pression extérieure. Les Scaletti utilisent un bélier hydraulique. Le clan de Marseille veut sa part du hangar. Elias regarde le plafond. Des rails de transport de viande courent sur toute la longueur. Des crochets en acier pendent dans le vide. "Monte," ordonne Elias. Il l'aide à se hisser sur une plateforme de maintenance à trois mètres de haut. Elena rampe sur la grille métallique. Elle se positionne en surplomb. Elias reste en bas. Il se fond dans l'ombre d'une pile de pneus. Le mur ouest explose. La détonation plaque les oreilles d'Elias contre son crâne. Une onde de choc balaie la poussière. Trois hommes en uniformes tactiques noirs entrent. Ils portent des lunettes de vision nocturne. Ce sont les soldats de Scaletti. Les hommes de son père. Ils ne cherchent pas à négocier. Ils lancent des grenades flash. Elias tourne la tête. Il évite l'aveuglement. Les détonations se succèdent. Les Scaletti progressent en formation de diamant. Ils tirent sur tout ce qui bouge. Ils achèvent les blessés de Vukov au sol. C'est une exécution systématique. Un nettoyage de zone. Elena ouvre le feu depuis la plateforme. Elle tire par rafales de trois. Elle vise les têtes. Les casques en kevlar ne protègent pas les visages. Un soldat tombe. Un deuxième est touché à l'épaule. Elias sort de son abri. Il tire dans le dos du troisième. La balle traverse le gilet pare-balles à bout portant. L'homme s'écroule sur le ventre. Le hangar devient un hachoir. Les deux clans se font face. Ils ne se voient pas. Ils tirent sur les éclairs de départ des armes. Le gaz fréon s'enflamme par endroits sous l'effet des grenades. Des langues de feu bleuâtre lèchent le sol. Elias rampe vers une caisse d'outillage. Une balle lui érafle l'épaule gauche. Le tissu du costume se déchire. La peau brûle. Il ne vérifie pas la plaie. L'adrénaline bloque la douleur. Il voit un homme de Vukov et un homme de Scaletti s'entretuer à deux mètres de lui. Ils se poignardent mutuellement dans la fumée. Ils meurent sans un cri. La haine des pères s'exécute par les mains des fils de personne. Elias atteint le panneau de contrôle des ventilateurs géants. Il brise la vitre avec la crosse de son arme. Il enclenche les interrupteurs. Les pales de quatre mètres de diamètre commencent à tourner. Le moteur électrique gémit. Le vent se lève dans l'entrepôt. La fumée et le gaz sont aspirés vers les extracteurs du toit. La visibilité revient brutalement. Les survivants des deux clans se figent. Ils sont une dizaine. Ils sont couverts de suie et de sang. Ils voient Elias au centre. Ils voient Elena sur la plateforme. Les armes convergent vers les deux héritiers. "Tirez," dit Elias. Il ne vise personne en particulier. Il regarde le camion bélier. Le réservoir de diesel est exposé. Elena comprend. Elle pointe son HK416 vers le châssis du Berliet. Le premier soldat presse la détente. Elias plonge derrière le bloc moteur. Elena tire une rafale longue sur le réservoir. L'étincelle rencontre le carburant. L'explosion soulève le camion. Une boule de feu orange remplit la porte sud. L'onde de choc brise les dernières vitres. La chaleur est instantanée. Elle consume l'oxygène. Les soldats sont projetés comme des poupées de chiffon. Le feu se propage aux palettes de solvants stockées près du mur. Elias se relève. Ses cheveux sont roussis. Il a du sang sur le visage. Il regarde Elena. Elle descend de la plateforme par une échelle de secours. Elle boite légèrement. Son regard est fixe. Le hangar brûle. Les corps jonchent le sol. Les deux clans ont échoué. Les actifs sont toujours vivants. Le bilan reste ouvert. Elias ramasse un fusil d'assaut au sol. Il vérifie le chargeur. Il tend la main à Elena. Elle ne la prend pas. Elle marche vers la sortie nord, celle que personne n'a encore forcée. "On sort," dit Elias. Ils marchent dans les décombres. Les flammes projettent leurs ombres géantes sur les murs calcinés. Dehors, les sirènes de police commencent à hurler. Le port se réveille. La guerre ne fait que changer de terrain. Elias franchit le seuil. L'air froid de la nuit marseillaise frappe son visage. Il sent le sel de la mer. Il sent le fer du sang. Il ne regarde pas en arrière. Elena marche à ses côtés. Leurs pas sont synchronisés. Deux prédateurs dans la nuit. Le premier bélier a échoué. Le second sera plus lourd. Elias le sait. Elena aussi. Ils ont cinq heures avant l'aube. Cinq heures pour devenir des fantômes.

Six Balles

La glace craque sous les semelles d'Elias. Le froid mord la peau nue. Il appuie sur le bouton d'éjection du chargeur. Le bloc de polymère glisse dans sa paume. Elias compte les munitions. Une. Deux. Trois. Quatre. Cinq. Six. Six cartouches de neuf millimètres Parabellum. Des balles à tête creuse. Il insère le chargeur dans le puits du Glock 17. Le verrouillage produit un clic métallique sec. Elias tire la culasse. Une cartouche monte dans la chambre. Il engage la sûreté de détente. Le poids de l'arme est de neuf cents grammes. C'est tout ce qu'il possède. À trois mètres, Elena est accroupie. Elle utilise une poutre en acier comme pierre à aiguiser. Son surin est une lame de vingt centimètres. L'acier frotte contre le métal industriel. Le son est strident. Régulier. Elena applique une pression constante sur le tranchant. Elle ne regarde pas Elias. Ses yeux sont fixés sur la porte nord. Ses racines sombres tranchent avec le blond décoloré de ses cheveux. Elle porte une robe de soirée en soie déchirée. Le tissu est maculé de graisse noire. Ses pieds sont nus. La plante de ses pieds est couverte de poussière de béton. Elias observe le bâtiment. L'entrepôt frigorifique est une carcasse de béton et d'acier. Les murs sont épais de quarante centimètres. L'isolation en polyuréthane dépasse des trous de balles. L'air sent l'ammoniac et la viande froide. Dehors, le vent de Marseille s'engouffre dans les structures portuaires. Le sifflement traverse les tôles. Un projecteur balaie les fenêtres hautes. La lumière blanche découpe les ombres sur le sol. Elias vérifie sa montre. Quatre heures et douze minutes. Le premier bélier a frappé la porte sud il y a vingt minutes. Les gonds ont tenu. Le métal est déformé. Les hommes de Vukov attendent le renfort thermique. Ils vont utiliser des lances à oxygène. Elias connaît leur procédure. Il a servi dans la même unité que leur chef de sécurité. Elena s'arrête de frotter. Elle passe le pouce sur le fil de la lame. Une fine ligne rouge apparaît sur sa peau. Elle porte le pouce à sa bouche. Elle goûte son propre sang. Ses pupilles sont deux points noirs dilatés. Elle se lève. Ses articulations craquent. Elle ne tremble pas malgré les quatre degrés de la pièce. "Six hommes à la sortie nord," dit Elias. Sa voix est basse. Un frottement de papier de verre. Elena hoche la tête. Elle range le surin dans une gaine de fortune fixée à sa cuisse par des bandes de tissu. "Trois Scaletti. Trois Vukov," précise-t-elle. Elle a reconnu les silhouettes à travers les interstices du bardage. Les Scaletti portent des vestes tactiques noires. Les Vukov préfèrent les manteaux longs en cuir. Une question de style. Une question de hiérarchie. Elias s'approche d'une caisse en bois. Il pose son Glock dessus. Il retire sa veste de costume. Le tissu à trois mille euros est une entrave. Il reste en chemise blanche. Le sang sur son flanc a séché. La blessure sous ses côtes est une brûlure constante. Il respire par le nez. Des inspirations courtes. Pour ne pas solliciter les muscles intercostaux. "On vise les articulations," dit Elias. "Pas de tir de sommation." "Je vise la carotide," répond Elena. Elle s'étire. Ses muscles longs se dessinent sous la soie. Elle est une machine cinétique. Elle calcule les angles. Elle repère les zones d'ombre. Le hangar est un échiquier de caisses et de palettes. Elias ramasse une barre de fer au sol. Il teste son équilibre. Trop lourde. Il la repose. Il préfère ses mains. Il ajuste sa prise sur le Glock. Son index repose le long de la carcasse. Hors du pontet. Règle de sécurité numéro un. Le bruit d'un moteur diesel approche. Un camion. Le son est lourd. Il s'arrête devant la porte nord. Les phares percent les fentes du métal. Elias et Elena se plaquent contre un pilier. Leurs épaules se touchent. Elias sent la chaleur qui émane du corps d'Elena. C'est la seule source de chaleur dans ce tombeau. "Ils vont utiliser le camion comme bélier," murmure Elias. "On sort avant l'impact," dit Elena. Elle sort son surin. La lame brille sous la lumière des phares. Elias vérifie l'angle de la porte. Le gond supérieur est rouillé. Le point de rupture est là. Il pointe son arme vers le haut. Un cri retentit dehors. Un ordre en russe. Puis une réponse en italien. Les deux clans ne se parlent plus. Ils s'insultent. Le moteur monte en régime. Les pneus crissent sur le bitume mouillé. Le camion recule pour prendre de l'élan. Elias se place en position de tir. Jambes fléchies. Centre de gravité bas. Il aligne les organes de visée. Le guidon est sur la serrure. "À trois," dit-il. Elena se penche en avant. Elle est prête à bondir. Ses orteils agrippent le béton froid. "Un." Le camion rugit. "Deux." Le bruit des bottes sur le gravier s'intensifie. "Trois." Elias presse la détente. Le coup de feu déchire le silence. Le recul est sec dans son poignet. La douille brûlante est éjectée à droite. Elle tinte sur le sol. La balle percute le mécanisme de verrouillage. Le métal éclate. Elias tire une deuxième fois. Le verrou saute. La porte s'entrouvre sous la pression du vent. Elena s'élance. Elle est une traînée sombre dans la lumière des phares. Elias suit. Il garde son arme haute. Ses yeux scannent l'espace à cent quatre-vingts degrés. Le premier homme est un Scaletti. Il tient un MP5. Il n'a pas le temps de lever son arme. Elena est déjà sur lui. Elle glisse sous son bras. Elle plante son surin dans le creux de l'aisselle. Là où le gilet pare-balles ne protège rien. Elle tourne la lame. L'homme s'effondre. Son cri est étouffé par son propre sang. Elias repère deux Vukov près du camion. Ils braquent leurs lampes tactiques. Elias tire. Troisième balle. Le premier Vukov prend le projectile dans le sternum. Il bascule en arrière. Quatrième balle. Le second Vukov est touché à l'épaule. Il lâche son fusil d'assaut. Il hurle. Elias ne s'arrête pas. Il court. Ses poumons brûlent. Le sel de la mer lui pique les yeux. Il voit Elena au sol. Elle roule. Un Scaletti tente de l'écraser avec une crosse de fusil. Elena attrape la cheville de l'homme. Elle tire. L'homme perd l'équilibre. Elle se relève et frappe. Le surin pénètre la base du crâne. Entre les vertèbres cervicales. L'homme devient mou instantanément. Il reste deux hommes. Ils sont à couvert derrière le camion. Ils tirent en rafale. Les balles de 5.56 mm ricochent sur le béton. Les étincelles illuminent la nuit. Elias se jette derrière une pile de pneus. Il respire fort. Son flanc le fait souffrir. Il regarde son chargeur. Deux balles. Elena est de l'autre côté du camion. Elle est invisible. Elias voit une ombre bouger sous le châssis. C'est elle. Elle rampe dans l'huile et la boue. "Cessez le feu !" hurle une voix. C'est Marco. Le bras droit du père d'Elias. "Elias ! Sors de là ! Ton père veut te parler !" Elias ne répond pas. Il connaît le langage de son père. Les mots sont des pièges. Les balles sont des vérités. Elias regarde Elena. Elle est sous le réservoir du camion. Elle tient un briquet dans sa main gauche. Son surin dans la droite. Elle attend son signal. Elias se lève brusquement. Il tire sa cinquième balle vers Marco. Le projectile percute le montant de la portière. Marco se baisse. C'est la diversion. Elena sort de dessous le camion. Elle ne s'attaque pas aux hommes. Elle coupe la durite d'alimentation en carburant. Le gasoil se déverse sur le sol. Elle allume le briquet. La flamme est petite. Bleue. Elle la jette dans la flaque. Le feu prend instantanément. Une ligne orange court sous le véhicule. "Cours !" crie Elias. Ils sprintent vers les quais. Derrière eux, le réservoir du camion explose. L'onde de choc les pousse. Elias sent la chaleur dans son dos. Les cris des hommes sont couverts par le fracas du métal déchiré. Ils atteignent le bord du quai. L'eau noire de la Méditerranée claque contre le béton. Elias s'arrête. Il pointe son Glock vers la silhouette qui émerge des flammes. C'est Marco. Il est brûlé au visage. Il lève son arme. Elias presse la détente. Sixième balle. Le percuteur frappe l'amorce. L'explosion propulse l'ogive. Le projectile traverse le front de Marco. L'homme bascule dans le vide. Le bruit de la chute dans l'eau est sourd. Elias relâche la détente. La culasse reste en arrière. Le chargeur est vide. L'arme est légère. Inutile. Il jette le Glock dans la mer. Le pistolet disparaît dans les profondeurs. Elena est à côté de lui. Elle range son surin. Sa robe est en lambeaux. Elle a une coupure sur la joue. Elle regarde l'incendie. Le port est en alerte. Les sirènes se rapprochent. Les gyrophares bleus découpent l'horizon. "On a combien de temps ?" demande Elena. "Dix minutes avant le bouclage total," répond Elias. Il regarde ses mains. Elles tremblent légèrement. L'adrénaline redescend. Le froid revient. "Où allons-nous ?" Elias regarde vers le large. Vers les îles du Frioul. Des ombres noires sur la mer grise. "Là où ils ne font pas de bilans comptables." Ils descendent l'échelle de fer du quai. L'eau est glacée. Ils nagent en silence. Deux points sombres s'éloignant des flammes. Le hangar brûle. Les actifs sont détruits. Les héritiers sont des spectres. La guerre continue. Mais sans eux.

Le Nettoyage de Bilan

Le givre recouvre les parois en acier galvanisé. L'air sent l'ammoniac et la viande rance. Elias Scaletti plaque le canon de son Glock 17 contre la tempe d'Elena Vukov. Le métal froid marque la peau pâle. Elena ne tremble pas. Elle appuie la pointe d'un surin artisanal entre deux côtes d'Elias. La lame traverse le coton de la chemise. Elle touche le derme. Un filet de sang perle. Le silence pèse dix tonnes. Dehors, les fusils d'assaut déchirent la nuit portuaire. Les détonations sont sèches. Des rafales de trois coups. Des professionnels. Les clans Scaletti et Vukov nettoient les abords. Ils éliminent les témoins. Ils sécurisent le périmètre. Un corps gît à trois mètres d'eux. C'est un soldat des Vukov. Sa gorge est ouverte. Un trou noir et béant. Une radio Motorola est fixée à son gilet tactique. Elle grésille. Le son est saturé. Une voix s'élève. C'est la voix de Viktor Vukov. Le père d'Elena. Elle est monocorde. Clinique. "Ici Commandement. Rapport de situation." Personne ne répond. Le mort reste muet. La radio crache à nouveau. "Le protocole de fusion est annulé. Les actifs Scaletti sont trop instables. Le passif est irrécupérable." Elias serre la crosse de son arme. Ses jointures blanchissent. Il regarde Elena. Ses pupilles sont deux fentes noires. Elle écoute son père. "Écoutez bien," reprend la radio. "L'entrepôt 14 est une perte sèche. Les héritiers sont compromis. Ils constituent un risque systémique pour le bilan annuel." Elena retient sa respiration. Sa main sur le surin est immobile. "Unité de nettoyage, procédez à la liquidation totale. Rasez le bâtiment. Utilisez les charges thermiques. Ne laissez aucune trace organique. L'honneur est une variable négligeable. Seul le profit compte. Terminé." Le canal se ferme. Un bip sonore marque la fin de la transmission. Le silence revient. Il est plus coupant que la lame d'Elena. Elias baisse lentement son bras. Le Glock ne vise plus rien. Il regarde le cadavre au sol. Le sang a cessé de couler. Il a coagulé sur le béton froid. "On est des lignes de calcul," dit Elias. Sa voix est un frottement de gravier. Il range son arme dans son holster de cuir. Elena retire son surin. Elle observe la pointe ensanglantée. Elle essuie le métal sur sa robe de soirée en lambeaux. Le tissu est ruiné. La soie est tachée de graisse et d'hémoglobine. "Mon père ne fait pas de sentiments," répond Elena. "Il fait des inventaires." Elle se lève. Ses pieds nus sont noirs de poussière. Elle ramasse un fusil à pompe Remington près du mort. Elle vérifie la chambre. Une cartouche de calibre 12 est engagée. Elle actionne la pompe. Le bruit mécanique claque dans le hangar vide. "On a combien de temps ?" demande Elias. Il consulte sa montre. Une Jaeger-LeCoultre au cadran brisé. "Les unités de nettoyage arrivent par le sud," dit Elias. "Ils vont poser les charges sur les piliers porteurs." Il marche vers une caisse en bois. Il l'ouvre d'un coup de pied. Des pièces détachées de moteurs marins brillent sous la lumière blafarde. Il cherche quelque chose de précis. Il trouve une barre de fer. Un levier efficace. "Le vieux Scaletti est d'accord avec Vukov," reprend Elias. "Ils ont partagé les frais de l'opération. Ma mort équilibre ses comptes." Elena inspecte les issues. La porte principale est soudée. Les fenêtres sont hautes. Trop étroites. L'entrepôt est un coffre-fort. Une boîte de conserve pour cadavres. "Le phosphore," dit Elena. "Ils vont utiliser du phosphore blanc." Elle regarde les poutres en IPN. La structure est solide. Mais le feu chimique dévore tout. Il consomme l'oxygène. Il liquéfie l'acier. Elias frappe un panneau de ventilation avec sa barre de fer. Le métal résonne. Le son est mat. Derrière, il y a du béton. Épais. "On doit sortir par les sous-sols," ordonne Elias. "Les conduites d'évacuation des eaux de refroidissement." Il désigne une plaque d'égout circulaire au centre de la pièce. Elle est scellée par la rouille. Elena s'approche. Elle pose le Remington contre une caisse. Elle aide Elias à insérer la barre de fer dans l'encoche de la plaque. Ils pèsent de tout leur poids. Leurs muscles se tendent. Les veines de leurs cous saillent. Le métal hurle. La rouille cède. La plaque bouge de quelques centimètres. Une odeur de saumure et de vase monte du trou. Dehors, un moteur lourd vrombit. Un camion de transport de troupes. Puis le bruit caractéristique des perceuses pneumatiques. Ils fixent les charges. "Vite," dit Elias. Ils poussent à nouveau. La plaque bascule. Elle tombe dans l'obscurité avec un bruit sourd. Un écho lointain. L'eau est proche. Elias regarde Elena. Il n'y a plus de haine. Il n'y a plus de clan. Il n'y a que deux unités biologiques en sursis. "Saute," dit Elias. Elena ramasse son fusil. Elle ne pose pas de questions. Elle s'engouffre dans le trou noir. Elias la suit. Il se laisse glisser le long d'une échelle de fer corrodée. Ses mains brûlent. Il lâche prise. Il tombe dans une eau glacée. Le choc lui coupe le souffle. Il remonte à la surface. L'obscurité est totale. Il entend la respiration saccadée d'Elena. "Ici," chuchote-t-elle. Elle a allumé un briquet Zippo. La petite flamme danse. Elle éclaire des murs de briques couverts de mousse. Le tunnel est étroit. L'eau arrive à leurs hanches. Elle est noire. Elle charrie des débris plastiques. Soudain, une vibration sourde secoue les murs. Le plafond tremble. De la poussière de béton tombe dans l'eau. Une première explosion. Puis une deuxième. Le sol au-dessus d'eux gronde. La chaleur descend par le conduit de la plaque d'égout. Une lueur orange illumine brièvement le tunnel. Le phosphore s'est activé. L'entrepôt 14 devient un four crématoire. "Ils vérifient les décombres après ?" demande Elena. Sa voix résonne contre les briques humides. "Non," répond Elias. "Ils arrosent de mousse carbonique. Ils coulent une dalle de béton demain matin. Le terrain est déjà vendu à un promoteur panaméen." Ils avancent dans l'eau. Le courant est faible. Ils marchent vers l'est. Vers la mer. Elias s'arrête. Il sort son téléphone satellite d'une poche étanche. L'écran est intact. Il compose un numéro. Il attend. "C'est moi," dit Elias dans l'appareil. "L'actif est détruit. Le nettoyage est en cours." Il écoute la réponse. Son visage reste de marbre. "Oui. Les deux cibles sont éliminées. Préparez le virement sur le compte de réserve." Il raccroche. Il brise le téléphone contre le mur. Il jette les morceaux dans l'eau noire. Elena le regarde. Elle pointe le Remington vers sa poitrine. "Tu travailles pour qui, Elias ?" Elias ne bouge pas. Il croise les bras. "Pour moi. J'ai racheté ma propre dette. Mon père pense que je suis mort. Le tien aussi. On est des fantômes, Elena. Les fantômes n'ont pas de bilan comptable." Elena baisse le fusil. Elle range le cran de sûreté. "Où mène ce tunnel ?" "À une sortie de secours. Une vieille cale de carénage. J'y ai laissé un canot pneumatique. Moteur hors-bord. Trente nœuds." Ils reprennent leur marche. Le tunnel s'élargit. L'odeur de sel devient plus forte. L'air est plus frais. Au bout de cent mètres, une grille bloque le passage. Elias utilise à nouveau sa barre de fer. Il fait levier sur les gonds mangés par le sel. La grille tombe dans la vase avec un bruit mou. Ils sortent sur une petite plage de galets. La nuit est sombre. Le port de Marseille brûle au loin. L'entrepôt 14 n'est plus qu'une torche aveuglante. Des flammes blanches montent vers le ciel. Le canot est là. Sous une bâche grise. Elias retire la protection. Il vérifie le réservoir d'essence. Plein. Elena monte à bord. Elle s'assoit à l'avant. Elle garde le Remington sur ses genoux. Elias tire sur le cordon du moteur. Le hors-bord tousse. Il crache une fumée bleue. Puis il stabilise son régime. Un ronronnement régulier. Elias prend la barre. Il dirige l'embarcation vers le large. Les vagues frappent la coque de plastique. Les embruns mouillent leurs visages. "On va où ?" demande Elena. Elias regarde l'horizon. Les lumières de la ville diminuent. "Là où les chiffres ne signifient rien." Il pousse la manette des gaz. Le canot se cabre. Il fend l'eau noire. Derrière eux, le port s'efface. Les clans Scaletti et Vukov ont gagné leur guerre. Ils ont nettoyé leurs comptes. Ils ont effacé leurs héritiers. Le canot disparaît dans l'ombre des îles. La mer est calme. Le bilan est clos.

Friction de Soie

Le froid mord la peau. L'air sent l'ammoniac et la viande rance. Elias Scaletti est assis contre une pile de palettes. Son dos frotte le bois brut. Sa main gauche presse son flanc. Le sang sature le coton blanc de sa chemise. La tache est sombre. Elle s'étend rapidement. Le liquide chaud s'infiltre entre ses doigts. Il sent le fer. Elias respire par la bouche. Chaque inspiration déclenche un poignard dans son poumon. Elena Vukov se tient debout devant lui. Ses pieds nus sont gris de poussière. Elle tient un surin à lame courte. Ses phalanges sont blanches. Elle observe la blessure. Son regard est une analyse balistique. Elle ne montre aucune peur. L'adrénaline sature son système nerveux. Ses pupilles sont dilatées. Elles mangent l'iris bleu. "Tu vas crever ici," dit Elena. Sa voix est plate. Un constat comptable. "Pas avant toi," répond Elias. Il crache un filet de sang sur le béton. Le rouge tranche sur le gris. Elias lâche son Glock 17. L'arme glisse sur le sol. Il n'a plus la force de maintenir la visée. Elena ne bouge pas. Elle range son surin dans la ceinture de sa robe. La soie bleue est en lambeaux. Elle s'approche. Elle s'agenouille entre les jambes d'Elias. Le contact de ses genoux sur le sol produit un bruit sec. Elle attrape l'ourlet de sa robe de soirée. Le tissu coûte quatre mille euros. Elle tire d'un coup sec. La soie craque. Le son déchire le silence de l'entrepôt. Elle déchire une première bande large de dix centimètres. "Lève la main," ordonne Elena. Elias obéit. Son bras tremble. Elena écarte les pans de la chemise. La plaie est nette. Un trou de calibre 9mm sous la cinquième côte. Le sang bouillonne à chaque expiration. Elle plaque la soie sur l'orifice. Elias contracte les muscles de la mâchoire. Ses dents grincent. Il ne crie pas. Les cris sont inutiles. Ils consomment de l'oxygène. Elena utilise son poids pour comprimer l'hémorragie. Elle enroule la bande de soie autour du torse d'Elias. Elle passe le tissu sous son bras. Elle serre. Le nœud est technique. Un nœud de marin. Elle déchire une seconde bande. Elle double le pansement. La soie bleue devient noire au contact du sang. "Pourquoi ?" demande Elias. "Les morts ne parlent pas," répond Elena. "J'ai besoin d'une voix." Elle termine le bandage. Ses mains sont rouges. Elle les essuie sur ses cuisses. La peau d'Elias est froide. Sa température chute. Choc hypovolémique imminent. Elena attrape une bouteille d'eau minérale sur une caisse. Elle dévisse le bouchon. Elle boit une gorgée. Elle verse le reste sur le visage d'Elias. Le choc thermique le fait sursauter. "Écoute-moi," dit Elena. Elle saisit le menton d'Elias. Ses doigts laissent des traces de sang sur sa mâchoire. "Mon père a ordonné l'assaut de la villa. Le tien a fourni les coordonnées GPS." Elias fixe le plafond. Les ventilateurs sont immobiles. Des stalactites de graisse pendent des pales. "C'est un nettoyage de bilan," dit Elias. Sa voix gagne en fermeté. L'instinct de survie remplace la douleur. "On est les passifs," continue-t-il. "Ils veulent nous rayer des comptes." Le bélier frappe la porte principale. Le métal vibre. Le son résonne dans la structure en acier. Les gonds gémissent. Les Scaletti et les Vukov sont dehors. Ils ne viennent pas pour sauver. Ils viennent pour terminer le travail. Les pères ont conclu un pacte. Une fusion par élimination. "Ils veulent la logistique et la finance," dit Elena. "Sans les héritiers." "Sans les témoins," ajoute Elias. Il récupère son Glock. Il vérifie le chargeur. Cinq balles. Il engage une cartouche dans la chambre. Le clic métallique est définitif. Elena ramasse son Remington posé contre une caisse. Elle vérifie la pompe. Le mouvement est fluide. "On sort," dit Elena. "On les tue tous," répond Elias. "D'abord les pères." "D'abord les pères." Ils se regardent. Il n'y a pas d'amour. Il n'y a pas de haine. Il y a une convergence d'intérêts. Une joint-venture de circonstance. Elias s'appuie sur l'épaule d'Elena pour se lever. Il vacille. Il se stabilise. Son centre de gravité est bas. Il respire court. La soie serre sa poitrine. Elle maintient ses organes en place. Le bélier frappe une troisième fois. La porte cède. Un rai de lumière blanche coupe l'obscurité. La poussière danse dans le faisceau. Des silhouettes se découpent en contre-jour. Des fusils d'assaut HK416. Des gilets tactiques. Elias vérifie sa montre. Trois heures du matin. L'heure des comptes. "Côté gauche," dit Elias. "Je prends la droite," répond Elena. Ils avancent vers la lumière. Leurs pas sont synchronisés. Le sang d'Elias goutte sur le béton. Il marque le chemin. Elena ne se retourne pas. Elle vise le premier homme qui franchit le seuil. Elle presse la détente. Le recul secoue son épaule. La tête de l'homme explose. Des fragments d'os et de cervelle repeignent le chambranle. Elias tire deux fois. Deux impacts dans le thorax du second garde. Le type s'effondre sans un bruit. Elias ne gaspille pas ses munitions. Chaque balle est un investissement. "Avance," dit Elias. Ils franchissent la porte. Le vent du large les frappe. L'odeur de l'iode remplace celle de la mort. Dans la cour, deux limousines noires attendent. Les moteurs tournent au ralenti. Les pères sont à l'intérieur. Ils fument des cigares. Ils attendent le rapport de fin de mission. Elena recharge son fusil. Le bruit de la pompe est un signal. "On solde les comptes," dit-elle. Elias lève son arme. Son bras est stable. La soie de la robe d'Elena brille sous les projecteurs du port. Elle est imbibée de son sang. C'est leur seul lien. Un contrat scellé dans l'hémoglobine. Ils marchent vers les voitures. Les gardes restants hésitent. Ils voient les héritiers revenir d'entre les morts. La peur paralyse les rangs. Elias tire dans le réservoir d'une camionnette garée à proximité. L'explosion crée une diversion. Les flammes montent à dix mètres. "Maintenant," dit Elias. Elena court vers la première limousine. Elle brise la vitre arrière avec la crosse de son fusil. Elle voit le visage de son père. La surprise remplace l'arrogance. Elle pointe le canon sur son front. "Le bilan est clos, papa," dit Elena. Elle tire. L'habitacle se remplit de fumée et de débris. Elias atteint la seconde voiture. Son père tente d'ouvrir la portière. Elias plaque sa main sur le métal. Il appuie le canon du Glock contre la vitre blindée. Il cherche l'œil de son géniteur. "La succession est ouverte," dit Elias. Il vide le reste de son chargeur. Le verre finit par céder. Le vieil homme s'affaisse sur le cuir beige. Le sang macule les dossiers financiers posés sur le siège. Elias et Elena se retrouvent au centre de la cour. Les gardes ont baissé leurs armes. Ils n'ont plus de patrons. Ils ont de nouveaux maîtres. Elias sent ses forces décliner. Le bandage de soie est totalement saturé. Il s'appuie sur le capot fumant d'une voiture. "On a gagné ?" demande Elena. "On a survécu," répond Elias. "C'est la seule marge bénéficiaire qui compte." Il regarde l'horizon. Les premières lueurs de l'aube touchent les grues du port. La ville de Marseille s'éveille. Elle appartient à ceux qui restent. Elias glisse le long de la carrosserie. Il s'assoit sur le goudron. Elena s'assoit à côté de lui. Elle pose sa tête sur son épaule valide. Le silence revient sur la zone portuaire. Seul le crépitement de l'incendie persiste. Le pacte est rempli. Les structures sont sauves. Les pères sont morts. La soie bleue continue de drainer la vie d'Elias. Il ferme les yeux. Le froid ne le dérange plus.

L’Ouverture des Portes

Elias vérifie son chargeur. Dix-sept cartouches de neuf millimètres Parabellum. Le ressort est ferme. Il engage la pièce dans la crosse. Un clic sec résonne dans le hangar. Elena serre le manche de son surin. Ses phalanges blanchissent sous la pression. Elle ne tremble pas. L'air sent la poussière et la graisse de moteur. Une charge de C4 explose contre le rideau de fer. Le son déchire les tympans. Les gonds volent en éclats. La lumière du jour entre comme une lame. La poussière de béton sature l'espace. Elias se plaque contre un montant en acier. Le métal est froid contre son dos. Il ajuste sa prise sur le Glock 17. Son index repose sur le pontet. La première silhouette franchit le seuil. Elle porte un gilet tactique noir. Un fusil d'assaut HK416 balaie la zone. Elias ne respire plus. Il décale son buste de dix centimètres. Il aligne les organes de visée sur le casque du mercenaire. Il presse la détente. Le coup part. Le recul tape dans son poignet. La douille brûlante saute sur le sol. Le projectile perfore la visière en polycarbonate. Le corps bascule en arrière. Le sang asperge le béton brut. Deux autres hommes entrent en binôme. Ils saturent l'espace de tirs de couverture. Les balles percutent les fûts métalliques. Le bruit est assourdissant. Elena rampe sous une carcasse de camion. Elle se déplace sans bruit. Elle observe les bottes des assaillants. Elias tire deux fois. Il touche une épaule. Le mercenaire hurle. Son partenaire pivote vers la source du tir. Elena surgit de l'ombre. Elle plante sa lame dans le creux poplité du second homme. Il s'effondre sur les genoux. Elle remonte le surin dans la gorge. Elle sectionne la carotide. Un jet rouge macule sa robe de soirée. Elias change de position. Il court vers le fond du hangar. Sa blessure au flanc le brûle. Le bandage de soie est poisseux. Il sent le liquide chaud couler le long de sa hanche. Il s'accroupit derrière une pile de palettes. Un mercenaire lance une grenade aveuglante. Elias ferme les yeux. L'explosion sature l'air. Ses oreilles sifflent. Il roule sur le côté. Il tire au jugé. Trois coups. Un gémissement répond. Il se relève. Sa vision est trouble. Il voit Elena achever le dernier homme du premier groupe. Elle utilise le couteau avec une précision de boucher. Dehors, les tirs de fusils d'assaut continuent. Les clans s'exterminent sur le quai. Les Scaletti et les Vukov ne font plus de prisonniers. Elias et Elena sortent par la brèche. L'air marin est chargé de sel et de soufre. Le soleil tape sur les conteneurs rouillés. Des corps jonchent le goudron. Les mercenaires restants hésitent. Leurs chefs sont morts dans le hangar. La hiérarchie s'est évaporée. Elias avance au centre de la cour. Il boite. Son visage est une plaque de sueur et de suie. Elena marche à sa hauteur. Elle tient son surin comme un scalpel. Les gardes survivants baissent leurs armes. Ils regardent les deux héritiers. Le silence s'installe sur la zone portuaire. Les moteurs des camions tournent à vide. La fumée noire des incendies monte vers le ciel bleu. Elias s'arrête devant une berline noire criblée d'impacts. Le sang coule sur le cuir beige des sièges. Il voit les dossiers financiers éparpillés. Les chiffres sont couverts de taches sombres. Le capital est détruit. Elias sent ses forces décliner. Le bandage de soie est totalement saturé. Il s'appuie sur le capot fumant d'une voiture. Le métal brûle sa paume. Il s'en fiche. La douleur est une information technique. Son corps réclame de l'oxygène. Ses poumons sifflent. Il regarde Elena. Elle a une coupure sur la joue. Ses yeux sont fixes. Elle ne regarde pas les morts. Elle regarde l'horizon. "On a gagné ?" demande Elena. Sa voix est rauque. Elle ne contient aucune émotion. "On a survécu," répond Elias. "C'est la seule marge bénéficiaire qui compte." Il lâche son arme. Le Glock 17 frappe le sol avec un bruit sourd. Elias glisse le long de la carrosserie. Le frottement du tissu contre le métal grince. Il s'assoit sur le goudron. Le sol est dur. Elena s'assoit à côté de lui. Elle pose sa tête sur son épaule valide. Le contact est chaud. Elias regarde les grues du port. Elles ressemblent à des squelettes de géants. La ville de Marseille s'éveille au loin. Les sirènes de police commencent à hurler. Elles sont encore loin. Le silence revient sur la zone portuaire. Seul le crépitement de l'incendie persiste. Le pacte est rempli. Les structures sont sauves. Les pères sont morts. La soie bleue continue de drainer la vie d'Elias. Il ferme les yeux. Le froid ne le dérange plus. Sa respiration devient lente. Le rythme cardiaque diminue. La pression artérielle chute. Le noir remplace la lumière du port. La scène est figée. Le bilan est clos.

Le Baiser de Plomb

Le givre recouvre les parois en acier galvanisé. L'air stagne à moins cinq degrés. Elias Scaletti maintient la pression sur la détente. Son index droit reste immobile. Le Glock 17 pèse six cent vingt-cinq grammes. Elena Vukov ne cligne pas des yeux. La pointe du surin perce la chemise en coton d'Elias. Une goutte de sang perle sur le tissu blanc. Dehors, le bélier frappe la porte sud. Le choc fait vibrer les rayonnages métalliques. Les caisses de flétan congelé tremblent sur leurs palettes. L'entrepôt frigorifique est un cube de béton de mille mètres carrés. L'éclairage de secours projette une lueur rouge sur le sol. La poussière danse dans les faisceaux. Elias respire lentement. Sa vapeur pulmonaire forme un nuage gris. Il sent le froid mordre ses phalanges. Elena resserre sa prise sur le manche en bois du couteau. Ses muscles trapèzes sont contractés. Ses pieds nus sont bleuis par le contact du ciment. Elle ne tremble pas. Le bruit des fusils d'assaut s'intensifie à l'extérieur. Les impacts de 5.56 mm percent le bardage en tôle. Les projectiles traversent l'isolant en polyuréthane. Ils ricochent sur les piliers porteurs. Le sifflement du métal contre le métal remplit l'espace. Elias compte les détonations. Il identifie les cadences. Les Scaletti utilisent des Beretta ARX 160. Les Vukov répondent avec des AK-12. La puissance de feu est équivalente. Le bilan humain sera total. Elias baisse légèrement le canon de son arme. Il regarde la cicatrice sur l'avant-bras d'Elena. C'est une marque de brûlure ancienne. Elena remarque le mouvement. Elle appuie davantage la lame contre sa quatrième côte. La douleur est un signal électrique net. Elle remonte jusqu'au cortex. Elias ne recule pas. Il observe les pupilles de la femme. Elles sont dilatées au maximum. L'adrénaline sature son système sanguin. "Ils vont entrer," dit Elias. Sa voix est un frottement de gravier. "Ils tueront tout ce qui bouge," répond Elena. Sa voix est un fil de rasoir. Le bélier frappe une troisième fois. Les gonds de la porte sud s'arrachent du béton. Un courant d'air chaud s'engouffre dans la zone froide. Le choc thermique crée un brouillard instantané. Les alarmes incendie se déclenchent. Le signal sonore est strident. Il sature les tympans. Elias saisit la nuque d'Elena. Sa main est calleuse. Il sent la chaleur de sa peau sous ses doigts. Elena attrape le revers de la veste d'Elias. Elle le tire vers elle avec une force mécanique. Leurs lèvres se percutent. Le contact est brutal. Il n'y a aucune souplesse. Les dents s'entrechoquent. Le goût du sang et du sel envahit les bouches. C'est une collision de deux masses inertes. Elias aspire l'air des poumons d'Elena. Elena mord la lèvre inférieure d'Elias. La douleur valide leur existence. Ce n'est pas un échange de sentiments. C'est une soudure à froid. Un transfert de données biologiques avant l'effacement. Ils scellent un pacte de circonstance. La survie est la seule clause du contrat. La porte vole en éclats. La lumière des projecteurs tactiques balaie le brouillard. Trois silhouettes apparaissent dans l'ouverture. Ils portent des masques à gaz et des vestes en Kevlar. Les désignateurs lasers rouges découpent l'obscurité. Un point rouge se fixe sur le front d'Elias. Un autre sur la poitrine d'Elena. Ils se séparent. Le mouvement est coordonné. Elias pivote sur son talon gauche. Il fléchit les genoux pour abaisser son centre de gravité. Le Glock 17 remonte en ligne de mire. Il aligne les organes de visée sur la silhouette centrale. Il presse la détente deux fois. Le recul est sec. Les douilles brûlantes sont éjectées vers la droite. Elles tintent sur le sol gelé. La première balle percute la visière en polycarbonate. La seconde traverse le larynx. L'homme s'effondre. Son arme tire une rafale inutile vers le plafond. Elena glisse au sol. Elle utilise l'inertie de sa chute. Elle passe sous la ligne de tir du deuxième homme. Elle déploie son bras droit. Le surin décrit un arc de cercle horizontal. La lame rencontre la chair tendre derrière le genou de l'assaillant. Elle sectionne l'artère fémorale. Le sang gicle sous pression. Il macule la robe de soirée d'Elena. L'homme hurle. Il perd l'équilibre. Elena se redresse. Elle plante la lame à la base du crâne, entre l'atlas et l'axis. Le corps se désarticule instantanément. Le troisième homme recule. Il change le chargeur de son fusil. Elias ne lui laisse pas le temps. Il avance de trois pas. Il tire trois fois. Centre de masse. Les impacts de 9 mm stoppent la progression de l'individu. Le corps bascule en arrière. Il frappe le sol avec un bruit sourd de matériel lourd. Le silence revient brièvement. Seul le sifflement des alarmes persiste. Elias vérifie sa chambre. Elena essuie sa lame sur le pantalon du mort. Ils ne se regardent pas. Ils observent les angles morts. L'entrepôt est une boîte de conserve. Ils sont à l'intérieur. Les ouvre-boîtes arrivent par toutes les issues. Elias ramasse un fusil ARX 160 au sol. Il vérifie le sélecteur de tir. Il est sur automatique. Il lance un chargeur supplémentaire à Elena. Elle le rattrape d'une main. Elle ramasse un pistolet-mitrailleur MP5 sur un autre cadavre. Elle engage le levier d'armement. Le clic métallique est définitif. "Combien ?" demande Elena. "Vingt. Peut-être trente," répond Elias. "On sort par où ?" "Par le quai de chargement. Le tunnel de maintenance." Elias recharge son Glock. Il insère un chargeur de dix-sept cartouches. Il tape sur le talon pour assurer l'enclenchement. Il range l'arme dans son holster de ceinture. Il garde le fusil d'assaut en main. La crosse est calée contre son épaule. Son œil gauche reste ouvert pour garder une vision périphérique. Une grenade fumigène roule sur le sol. Elle siffle. Une fumée blanche et épaisse sature l'espace. Les ventilateurs du système de froid tentent d'aspirer le gaz. C'est inefficace. La visibilité tombe à un mètre. Elias sent la main d'Elena sur son épaule. Elle utilise le contact physique pour maintenir la formation. Ils avancent dans le blanc. Des pas lourds résonnent sur les passerelles métalliques en hauteur. Des ordres sont criés en russe. D'autres en italien. Les deux clans sont entrés. Ils se tirent dessus dans la fumée. Elias et Elena progressent le long du mur est. Ils évitent les zones de conflit direct. Ils sont les cibles prioritaires des deux camps. Une rafale de mitrailleuse déchire les caisses de poissons à leur droite. Des morceaux de glace et de chair congelée volent dans l'air. Elias s'accroupit. Il riposte par de courtes rafales de trois coups. Il vise les flashs de départ de feu. Un cri retentit en haut de la passerelle. Un corps tombe. Il percute un chariot élévateur. Elena repère une porte de service. Elle est verrouillée par un code électronique. Elle utilise la crosse de son MP5 pour briser le boîtier. Les fils sont à nu. Elle provoque un court-circuit avec la pointe de son couteau. Des étincelles jaillissent. Le verrou électromagnétique lâche. La porte s'entrouvre. Ils s'engouffrent dans le couloir de maintenance. L'air est plus chaud ici. L'odeur de graisse et de mazout remplace celle de l'ammoniac. Le tunnel est étroit. Les tuyaux de vapeur courent le long du plafond. Ils suintent. L'eau goutte sur le sol poisseux. Elias s'arrête. Il écoute. Des bruits de bottes approchent par l'arrière. Elena se place de l'autre côté du couloir. Ils créent une zone de tir croisé. Ils attendent. Le premier poursuivant apparaît. Elias presse la détente. Le couloir amplifie le bruit. C'est un marteau-piqueur. L'homme est projeté contre le mur. Le deuxième poursuivant tente de s'abriter derrière une conduite de vapeur. Elena tire une rafale. La conduite explose. La vapeur brûlante sature le tunnel. L'homme hurle. Sa peau pèle instantanément. Il lâche son arme. Elias l'achève d'une balle dans le visage. Ils reprennent la course. Le tunnel débouche sur le quai numéro 4. La mer est là. Elle est noire. L'écume est blanche. Les grues portuaires découpent le ciel nocturne. Des gyrophares bleus s'approchent par la route côtière. La police arrive. Les renforts des clans aussi. Elias regarde Elena. Son visage est couvert de suie et de sang. Sa robe est une loque. Elle tient son arme comme une extension de son bras. Elle n'est plus une héritière. Elle est un prédateur. "Le baiser," dit Elena. "Le contrat," répond Elias. Ils courent vers l'obscurité des conteneurs. Les balles sifflent au-dessus de leurs têtes. Le métal des boîtes de transport résonne. Ils ne s'arrêtent pas. Ils s'enfoncent dans le labyrinthe d'acier. Le port de Marseille est un cimetière. Ils sont les seuls vivants. Pour l'instant.

Zone de Guerre

Les parois d'acier montent à douze mètres. Elles forment des canyons étroits. L'air sent le sel et le gasoil lourd. Elias marche en tête. Ses semelles de cuir claquent sur le bitume humide. Elena suit à trois pas. Ses pieds nus laissent des traces rouges. Elle ne tremble pas. Le froid n'existe plus. Seule la trajectoire compte. Un conteneur Maersk bloque la vue à gauche. Elias ralentit. Il lève la main gauche. Paume ouverte. Elena s'immobilise contre la tôle ondulée. Le métal vibre sous son épaule. Un moteur diesel tourne au loin. Des voix d'hommes s'élèvent derrière la rangée 4. Ils parlent russe. Le ton est monocorde. Ils chargent des armes. Le bruit des culasses est sec. Elias pivote. Il observe l'angle du conteneur. Deux hommes en vestes tactiques. Ils portent des fusils d'assaut AK-12. Ils ne regardent pas le ciel. Ils regardent le sol. Ils cherchent des traces de sang. Elias vérifie son Glock. Le poids est léger. Il reste cinq balles. La cinquième doit servir maintenant. Il repère la conduite de gaz. Elle court le long du plafond du hangar ouvert. C'est un tube de cuivre de forte section. Le marquage indique une haute pression. Elias ajuste sa position. Il écarte les jambes. Il bloque sa respiration. Son index presse la détente. Le coup part. Le recul tape dans son poignet. La balle percute la valve de sécurité. Le cuivre éclate. Un sifflement strident déchire le silence. Le gaz s'échappe en un jet invisible. Les deux soldats russes se retournent. Ils pointent leurs lampes vers le haut. Elias sort un briquet Zippo de sa poche. Il l'allume. La flamme est jaune. Il lance l'objet dans la zone de fuite. L'air s'enflamme instantanément. Une boule de feu bleue balaie le couloir d'acier. L'onde de choc plaque Elias contre la paroi. Ses tympans sifflent. Les deux Russes ne crient pas. Leurs poumons brûlent de l'intérieur. Ils tombent comme des masses de viande morte. Leurs uniformes fondent sur leur peau. L'odeur de chair grillée remplace celle du diesel. Elias repart. Il ne regarde pas les cadavres. Elena le dépasse. Elle court avec une agilité de prédateur. Un troisième homme surgit d'un interstice entre deux boîtes de transport. C'est un Scaletti. Il porte le blouson du clan. Il reconnaît Elias. Il baisse son arme par réflexe. C'est son erreur. Elena glisse au sol. Elle passe sous la ligne de mire. Son bras droit se détend. Le surin pénètre sous le menton. La lame remonte vers le cerveau. Elle traverse le palais. Le garde a les yeux écarquillés. Elena retire le fer. Elle pivote. Elle frappe une seconde fois. La pointe sectionne la carotide droite. Le sang gicle sous pression. Il macule la robe déchirée d'Elena. Elle essuie sa main sur le tissu. Ils progressent dans le labyrinthe. Le sol est jonché de douilles. Ils croisent le corps de Marco. C'était le chauffeur d'Elias. Son crâne est ouvert. Plus loin, deux Vukov gisent l'un sur l'autre. Ils ont été achevés au couteau. La guerre est devenue un nettoyage industriel. Les pères effacent les preuves. Les héritiers sont des preuves. Elias s'arrête devant un conteneur ouvert. L'intérieur est vide. Des traces de pas mènent vers le quai. Il examine les semelles marquées dans la poussière. Des bottes militaires. Semelles Vibram. Douze hommes minimum. Le piège se referme. Les clans ne viennent pas pour les sauver. Ils viennent pour fermer le dossier. "Ils sont là," dit Elias. Sa voix est un frottement de gravier. Elena hoche la tête. Elle ramasse un fusil AK-12 sur un mort. Elle vérifie le sélecteur de tir. Position automatique. Elle insère un chargeur plein. Le clic métallique résonne dans le canyon de fer. Ils atteignent la zone de chargement. Les grues portuaires ressemblent à des squelettes de géants. Les gyrophares de la police saturent l'horizon de bleu. Les renforts des clans arrivent par le sud. Des SUV noirs roulent sans phares. Le bruit des pneus sur le gravier est constant. Elias regarde sa montre. Quatre heures avant l'aube. La sueur coule dans ses yeux. Elle est salée. Elle brûle. Il ne s'essuie pas. Il observe Elena. Elle examine une blessure à son flanc. Une entaille longue de dix centimètres. Elle ne saigne presque plus. La chair est blanche. Elle déchire un morceau de sa robe. Elle serre le bandage avec ses dents. "Le baiser était un mensonge," dit Elena. "Le contrat est la seule vérité," répond Elias. Il vérifie son dernier chargeur. Trois balles. Il les compte une par une. Le métal est froid contre sa peau calleuse. Il remet le chargeur dans la crosse. Le mécanisme s'enclenche. Il n'y aura pas de négociation. Les pères ont décidé du prix. Le prix est leur disparition. Un projecteur s'allume au sommet d'une pile de conteneurs. Le faisceau balaie la zone. Elias et Elena se plaquent dans l'ombre d'une carcasse de camion. La lumière passe à quelques centimètres. Elle révèle la poussière en suspension. Le silence revient. Puis le bruit d'une grenade qui roule sur le sol. Elias pousse Elena. Ils basculent derrière une roue de tracteur. L'explosion soulève le bitume. Des éclats de métal frappent la carrosserie. Le réservoir du camion fuit. L'essence se répand. Elias sent l'odeur. Il sait ce qui va suivre. "Cours," ordonne Elias. Ils s'élancent vers le bord du quai. Les tirs reprennent. Les balles percutent les conteneurs avec un bruit de cloche. Le métal gémit. Elias tire deux fois vers la source des flashs. Un cri court dans la nuit. Un homme tombe d'une pile de boîtes. Il s'écrase dix mètres plus bas. Le bruit des os qui cassent est net. Elena atteint l'échelle de coupée. Elle descend vers le niveau de l'eau. Elias couvre ses arrières. Il voit les ombres se rapprocher. Ce sont ses propres hommes. Il reconnaît la silhouette de son oncle. L'homme épaule un fusil à pompe. Elias ne ressent rien. Il aligne sa mire sur le sternum de l'oncle. Il presse la détente. La dernière balle trouve sa cible. L'oncle bascule en arrière. Elias saute sur l'échelle. Il descend les échelons de fer. Ses mains glissent sur la rouille. Il atteint le ponton flottant. Elena l'attend. Elle tient une amarre. Un canot pneumatique est amarré là. Le moteur est un hors-bord noir. Ils montent à bord. Elias tire sur le lanceur. Le moteur tousse. Il crache une fumée grise. Au deuxième essai, il rugit. Elias pousse la manette des gaz. Le canot bondit sur l'eau noire. Les balles ricochent sur la surface de la mer. Elles font des petits jets blancs. Le port de Marseille s'éloigne. Les lumières deviennent des points flous. Elias regarde ses mains. Elles tremblent légèrement. C'est une réaction chimique. L'adrénaline chute. Elena est assise à l'avant. Elle regarde l'horizon. Elle ne regarde pas en arrière. Leurs clans sont derrière eux. Leurs noms sont effacés. Ils sont des spectres sur une mer de pétrole. Elias coupe les feux de navigation. Le canot disparaît dans l'obscurité. Le silence revient, seulement troublé par le clapotis des vagues contre la coque. Ils sont vivants. C'est un constat technique. Ce n'est pas une victoire. C'est une survie. Elias range son arme vide. Il regarde Elena. Elle a fermé les yeux. Son visage est un masque de suie. Le contrat est rempli. La guerre continue sans eux. Ils ne sont plus des héritiers. Ils sont des débris. Le canot dérive vers le large. La côte n'est plus qu'une ligne sombre. Le ciel commence à virer au gris sale. L'aube arrive. Elle sera froide. Elle sera clinique. Comme le reste. Elias s'assoit au fond du bateau. Il attend que le soleil montre la suite du chemin. Il n'y a plus de mots. Juste le rythme du moteur. Juste le sel sur les plaies.

Liquidation Totale

Elias pose le pied sur le quai. Le béton est froid. L'eau claque contre les pneus usés servant de pare-battage. Elena suit derrière. Elle ne trébuche pas. Ses pieds nus saignent sur le bitume rugueux. Elle ne regarde pas ses blessures. Elle regarde l'horizon. Le ciel est une plaque de plomb brossé. L'aube ne chauffe rien. Elle révèle seulement les dégâts. Le port de Marseille est un cimetière de métal. Les grues sont des squelettes immobiles. L'odeur du gasoil sature l'air. Elle se mélange au sel et à la charogne. Elias marche vers le sud. Ses chaussures de luxe craquent sur le verre pilé. Chaque pas est un calcul de poids. Sa jambe gauche tire. Une balle a frôlé l'os. Le pantalon est collé à la peau par le sang séché. Il ne boite pas. Il refuse cette faiblesse. Elena s'arrête près d'un conteneur bleu. La peinture s'écaille en larges plaques. Elle ramasse une veste d'ouvrier abandonnée sur une caisse. Le tissu est rêche. Elle l'enfile sur sa robe déchirée. Le contraste est net. La soie et la toile de jute. Elle ferme les boutons un par un. Ses doigts sont stables. Ses ongles sont brisés. Elle ne cherche pas de miroir. Son visage est une carte de la violence de la nuit. Elias vérifie son Glock. Il retire le chargeur. Le ressort claque. Vide. Il jette l'arme dans le bassin. Le ploc est bref. Le métal sombre dans l'huile noire. Il n'a plus besoin de percuter. Les cibles ont disparu. Les pères sont morts ou en fuite vers l'Albanie. Les noms de famille ne sont plus des boucliers. Ce sont des poids morts. Il fouille ses poches. Il trouve un briquet en argent. Il le laisse tomber au sol. Il ne fumera plus cette marque. Ils traversent la zone de stockage. Les hangars défilent. Ce sont des hangars vides. Les Scaletti géraient la logistique. Les Vukov géraient les chiffres. Maintenant, il n'y a plus rien à transporter. Plus rien à blanchir. Le silence est total. Les fusils d'assaut se sont tus il y a une heure. Les nettoyeurs ont fini le travail. Ils ont ramassé les douilles. Ils ont chargé les corps dans les camions frigorifiques. Le port est propre. Clinique. Elena marche sur une ligne blanche tracée au sol. Elle suit la peinture jusqu'à une flaque de gasoil. Elle s'arrête. Elle regarde l'arc-en-ciel chimique à la surface de l'eau. Elle ne sourit pas. Elle ne pleure pas. Ses yeux sont des billes de verre. Elle a fourni les codes des coffres. Elle a trahi le clan Vukov. Elias a visé le poumon de son propre frère. Le bilan comptable est équilibré. Les dettes de sang sont payées par le vide. Un rat traverse la voie ferrée. Il disparaît sous un wagon de marchandises rouillé. Elias observe le mouvement. Il analyse la trajectoire. C'est un réflexe. Il ne peut pas l'éteindre. Son cerveau est une machine de guerre sans bouton d'arrêt. Il regarde Elena. Elle est à dix mètres. Elle ne se retourne pas. Elle n'attend pas d'ordre. Elle n'est plus une héritière. Elle est un débris organique parmi le fer. Le vent se lève. Il vient du large. Il est sec. Il soulève la poussière de charbon. La poussière pique les yeux. Elias plisse les paupières. Il voit les silhouettes des navires au loin. Des cargos massifs. Des empires de conteneurs. Le monde continue de tourner. L'acier voyage. Le pétrole coule. La guerre des Scaletti et des Vukov n'était qu'une note de bas de page. Un ajustement de stocks. Elena s'approche d'une borne d'incendie. Elle ouvre le robinet. L'eau coule, rouillée d'abord, puis claire. Elle frotte ses mains. Le sang part en filets roses. Elle lave son visage. L'eau froide contracte ses pores. Elle boit à même le jet. Elle recrache le goût de fer. Elle se redresse. Ses cheveux blonds sont collés à son crâne. Les racines sombres sont visibles. Le mensonge de la teinture s'arrête ici. Elias s'assoit sur une bitte d'amarrage. Il sort un carnet de sa veste. Les pages sont tachées de suie. Il arrache une feuille. Il la déchire en petits morceaux. Il les regarde s'envoler. Ce sont les derniers chiffres. Les dernières preuves. Les pères ont cru à l'honneur. Ils ont fini dans des sacs plastiques ou dans des jets privés sans retour. Elias sait que l'honneur est une erreur de calcul. Seul le profit compte. Et aujourd'hui, le profit est la survie. Il se lève. Ses articulations craquent. Le bruit est fort dans le silence du port. Il rejoint Elena. Ils ne se touchent pas. Ils ne se regardent pas. Ils sont deux vecteurs parallèles. Ils marchent vers la sortie de la zone sécurisée. Le portail est ouvert. La chaîne est coupée. Le gardien est absent. Son café est encore chaud dans la guérite. La vapeur monte doucement. Elias passe devant sans s'arrêter. Le bitume de la route est plus lisse. Les lampadaires s'éteignent un par un. La ville se réveille au loin. On entend le bourdonnement des premiers camions. Marseille reprend son souffle. Les deux héritiers atteignent le bord de la chaussée. Une voiture noire est garée là. Le moteur tourne. La fumée d'échappement est blanche. Le chauffeur ne sort pas. Il attend. Elena ouvre la portière arrière. Elle s'installe dans le cuir froid. Elias fait le tour. Il s'assoit à côté d'elle. Il y a trente centimètres entre leurs corps. Une zone neutre. Le chauffeur engage la première. La voiture s'éloigne du port. Les grues disparaissent dans le rétroviseur. Les hangars deviennent des taches grises. La zone de guerre est derrière eux. Elias regarde ses mains. Elles tremblent légèrement. C'est l'adrénaline qui quitte les muscles. C'est physique. Ce n'est pas de la peur. Il serre les poings. Les tremblements cessent. Il regarde par la vitre. Les immeubles défilent. Les gens vont au travail. Ils ne savent rien de la nuit. Ils ne savent rien du sang sur le quai. Ils vivent dans l'illusion de la sécurité. Elena ferme les yeux. Sa tête repose sur l'appui-tête. Son profil est dur. La ligne de sa mâchoire est une lame. Elle ne dort pas. Elle économise son énergie. Elle sait que la trêve est temporaire. La nature a horreur du vide. De nouveaux noms apparaîtront sur les registres du port. De nouveaux clans voudront les quais. Le cycle est mécanique. La voiture traverse le tunnel du Vieux-Port. L'éclairage orange défile sur leurs visages. Un rythme de métronome. Elias compte les lampes. Un. Deux. Trois. Il s'arrête à cent. Le tunnel se termine. La lumière du jour est plus crue. Elle ne pardonne rien. Elle montre les déchirures. Elle montre la saleté. Le chauffeur s'arrête à un carrefour. Il ne pose pas de question. Il attend la destination. Elias ne dit rien. Elena non plus. Le silence dans l'habitacle est épais comme de la graisse moteur. Elias finit par sortir une liasse de billets de sa poche intérieure. Il la pose sur le siège avant. Le chauffeur prend l'argent. Il ne compte pas. Il sait que le compte est bon. Elias ouvre la portière. Il descend. Elena descend de l'autre côté. Ils sont sur un trottoir anonyme. Une boulangerie ouvre ses portes. L'odeur du pain chaud est agressive. Elle n'a pas sa place ici. Ils se tiennent là, sur le bord du monde civilisé. Ils ne se disent pas adieu. Les adieux sont pour ceux qui espèrent se revoir. Elias tourne à gauche. Elena tourne à droite. Leurs pas sont synchronisés pendant quelques secondes, puis le rythme diverge. Elias s'enfonce dans une ruelle sombre. Elena marche vers le front de mer. Leurs ombres s'étirent sur le sol. Elles finissent par se dissoudre dans la lumière grise du matin. Le bilan est clos. La liquidation est totale. Le port est silencieux. Les morts ne parlent pas. Les vivants ne disent rien. Le nouveau monde commence par un silence de plomb. C'est une question de gestion. C'est une question de survie. C'est tout.
Fusianima
Six balles, un baiser
★ HOT
Marcus V

Six balles, un baiser

NOTE
0 avis
PAGES
67
≈ 6h de lecture
CHAPITRES
13
progression inline
LECTURES
0
cette année

Le rideau de fer s’écrase sur le béton. Le verrou automatique s’enclenche. Un clic métallique résonne dans le hangar. Le silence dure une seconde. Puis les tirs reprennent à l’extérieur. Des rafales de Kalachnikov déchirent l’air salin. Les balles de 7.62 traversent la tôle fine. Elias Scaletti ne b...

Dans le même univers