Tue-moi Vite
Par Marcus V. — Mafia
Milan étouffe. Le thermomètre affiche quarante degrés. L'air est une masse solide. Le soleil tape sur les toits de tuiles. La ville est un four à briques. Sofia Rossi est assise dans sa cuisine. Les volets sont clos. La lumière filtre à travers les lattes de bois. Elle dessine des rayures jaunes sur...
Plomb de Midi
Milan étouffe. Le thermomètre affiche quarante degrés. L'air est une masse solide. Le soleil tape sur les toits de tuiles. La ville est un four à briques. Sofia Rossi est assise dans sa cuisine. Les volets sont clos. La lumière filtre à travers les lattes de bois. Elle dessine des rayures jaunes sur la table. Le formica est poisseux. Sofia ne bouge pas. Elle regarde les pièces de son Beretta 92FS. L'arme est démontée. Le métal brille sous la lampe nue.
Elle prend un chiffon blanc. Elle l'imbibe de solvant. L'odeur du produit chimique remplit ses narines. C'est une odeur propre. Elle frotte le canon. Elle retire les résidus de poudre. Le coton devient noir. Elle passe l'écouvillon dans les rayures de l'âme. Le geste est précis. Elle répète l'action dix fois. Elle examine la pièce à la lumière. L'acier est impeccable. Elle pose le canon sur le côté.
Elle s'occupe de la culasse. Elle nettoie les glissières. Elle utilise une brosse à dents usée. Elle gratte les recoins. Elle retire la graisse ancienne. Elle applique une goutte d'huile neuve. Une seule. Elle étale le liquide avec son index. Sa peau est calleuse. Elle ne sent pas le froid du métal. Elle remonte le ressort récupérateur. Elle assemble la carcasse et la culasse. Le mécanisme s'enclenche. Le bruit est sec. Sofia actionne le levier d'armement. Le mouvement est fluide. Elle presse la détente à vide. Le percuteur claque.
Elle prend le chargeur. Elle insère les balles une par une. Le ressort oppose une résistance. Elle appuie avec le pouce. Quinze cartouches de neuf millimètres Parabellum. Les étuis en laiton brillent. Elle engage le chargeur dans la crosse. Elle tape le talon de la main pour verrouiller. Elle actionne la culasse. Une balle monte dans la chambre. Elle engage la sûreté. Elle glisse l'arme dans son holster d'épaule. Le cuir est rigide.
Un carnet noir repose sur la table. Elle l'ouvre. La première page contient une liste. Six noms. Luca Moretti est en haut. L'encre noire est nette. Sofia prend un stylo. Elle entoure le nom de Moretti. Elle referme le carnet. Elle le range dans la poche intérieure de sa veste. Elle se lève. Ses articulations craquent. Elle n'a pas mangé depuis la veille. Son estomac est un nœud dur. Elle boit un verre d'eau tiède.
Elle quitte l'appartement. Le couloir sent la poussière et le vieux papier. Elle descend les quatre étages. Ses bottes frappent le béton des marches. Le son résonne dans la cage d'escalier vide. Elle atteint le hall. Elle pousse la porte d'entrée. La chaleur la frappe au visage. C'est un mur invisible. Elle plisse les yeux. La lumière est trop vive.
Elle marche sur le trottoir de la Via Montenapoleone. Le bitume est mou. Ses talons s'enfoncent légèrement dans l'asphalte. Les pneus des voitures laissent des ornières brillantes. L'air sent le gazole et le caoutchouc brûlé. Les boutiques de luxe ont baissé leurs rideaux de fer. Les touristes ont disparu. Seuls les prédateurs restent dehors. Sofia suit la ligne des façades. Elle cherche l'ombre.
Elle croise un homme en costume gris. Il transpire. Sa chemise colle à son dos. Il ne regarde pas Sofia. Personne ne regarde personne. La canicule rend les gens aveugles. Sofia garde sa main droite près de l'ouverture de sa veste. Elle sent le poids du Beretta contre ses côtes. Le métal chauffe contre son corps. Elle tourne à l'angle de la rue.
Une voiture de police passe lentement. Les gyrophares sont éteints. Les agents à l'intérieur ont les vitres baissées. Ils ont l'air épuisés. Sofia ne change pas de rythme. Elle marche d'un pas régulier. Elle traverse la route. Ses bottes collent au goudron. Elle atteint le numéro 14. C'est un immeuble ancien. La façade tombe en ruine. Des échafaudages rouillés soutiennent le premier étage.
Elle s'arrête devant une porte en bois massif. La peinture s'écaille. Elle vérifie les alentours. La rue est déserte. Un chien galeux dort sous une camionnette. Sofia pousse la porte. Elle n'est pas verrouillée. Elle entre dans une cour intérieure. Des linges pendent aux fenêtres. Ils sont immobiles. Il n'y a pas de vent. L'humidité est étouffante.
Elle repère l'entrée de la cave. C'est une trappe en fer au ras du sol. Un cadenas pend, ouvert. Sofia sort son arme. Elle retire la sûreté avec le pouce. Elle ne fait aucun bruit. Elle tire la trappe. L'obscurité monte de l'ouverture. Une odeur de rat mort et de moisissure l'accueille. Elle descend les marches en pierre. Elles sont glissantes.
En bas, la température chute de quelques degrés. L'humidité remplace la chaleur. Sofia attend que ses yeux s'habituent. Une ampoule nue pend au plafond. Elle grésille. La lumière est jaune et faible. Au fond de la pièce, un homme est assis sur une caisse de munitions. Il tourne le dos à l'entrée. Il nettoie un couteau de combat. C'est Luca Moretti.
Ses épaules sont larges. Il porte un débardeur sale. Ses muscles saillent sous la peau tannée. Il s'arrête de bouger. Il a entendu le clic des bottes sur la pierre. Il ne se retourne pas. Il continue de frotter la lame avec une pierre à huile. Le bruit du métal contre la pierre est régulier.
Sofia pointe son arme vers sa nuque. Elle garde le bras tendu. Son coude est verrouillé. Elle ne tremble pas. Elle respire lentement. L'air de la cave est chargé de soufre.
— Luca, dit-elle.
L'homme s'arrête. Il pose le couteau sur ses genoux. Il soupire. Sa respiration est lourde. Il tourne la tête de profil. Son nez cassé dessine une ombre tordue sur le mur de briques.
— Sofia, répond-il. Tu es en avance.
— Le soleil m'a réveillée.
Il se lève lentement. Il lève les mains à la hauteur de ses épaules. Il fait face à Sofia. Ses yeux sont injectés de sang. Il sourit. Ses dents sont jaunes. Il regarde le canon du Beretta. Il ne montre aucune peur. Il cherche la douleur.
— Ton père est mort pour rien, dit Luca.
Sofia ne répond pas. Elle resserre sa prise sur la crosse. Le quadrillage du plastique entre dans sa paume. Elle vise le centre du front. Luca fait un pas en avant. La pointe de son couteau brille dans l'ombre. Dehors, une sirène hurle au loin. La guerre commence. Ici, le temps s'arrête.
Sofia appuie sur la détente. Le coup de feu déchire le silence. La flamme de départ illumine la cave. La douille saute et frappe le sol. Le bruit métallique résonne contre les murs suintants. Luca recule sous l'impact. Il s'effondre sur le matelas taché d'huile. Le sang coule sur le béton. Il est sombre. Presque noir.
Sofia ne range pas son arme. Elle vérifie l'angle mort derrière la pile de caisses. Elle s'approche du corps. Elle pose deux doigts sur la carotide de Luca. Rien. Elle sort son carnet. Elle tire un trait horizontal sur le premier nom. L'encre est encore fraîche. Elle range le carnet.
Elle remonte l'escalier. Elle referme la trappe. Elle sort dans la cour. La chaleur est toujours là. Elle est plus forte. Sofia remet sa veste. Elle ajuste son holster. Elle marche vers la sortie. Le chien sous la camionnette ne s'est pas réveillé. Elle regagne la rue. Le bitume continue de fondre. Elle cherche le nom suivant. Elle marche vers les docks. La journée ne fait que commencer.
La Trappe
Sofia Rossi attend sous le porche du numéro douze. La chaleur de Milan pèse sur ses épaules. Le goudron de la rue dégage une vapeur épaisse. Ses doigts effleurent la crosse froide du Beretta. L'acier est le seul point frais de la ville. En face, la porte du club s'ouvre. Luca Moretti sort sur le trottoir. Il titube. Sa main droite presse son épaule gauche. Un liquide sombre imbibe sa chemise en lin blanc. Le sang ressemble à de l'encre sous les lampadaires. Luca crache par terre. Il regarde à gauche, puis à droite. Ses yeux sont vitreux. La douleur ralentit ses réflexes. Sofia ne bouge pas. Elle retient son souffle. Elle attend que la proie s'éloigne.
Luca s'engage dans la Via Montenapoleone. Ses pas sont lourds sur les dalles de pierre. Il laisse des taches rondes derrière lui. Sofia sort de l'ombre. Elle marche à vingt mètres de distance. Elle porte des chaussures à semelles de gomme. Le silence est son outil de travail. Les vitrines des boutiques de luxe défilent. Les mannequins de plastique observent la scène. Ils ont des regards fixes et stupides. Luca s'arrête devant une vitrine de montres. Il s'appuie contre la vitre. Son front laisse une trace de buée. Il gémit. Le son est étouffé par le bourdonnement des climatiseurs. Sofia se plaque contre une colonne de granit. Elle vérifie l'angle de la rue. Personne. La ville est une carcasse vide sous la canicule.
Luca reprend sa marche. Il bifurque dans une ruelle étroite. L'étage des immeubles cache le ciel. L'obscurité devient plus dense. Sofia accélère le pas. Elle réduit la distance à dix mètres. Elle entend la respiration sifflante de Luca. C'est le bruit d'un soufflet percé. Luca s'arrête devant une porte de service en fer. Il sort un trousseau de clés de sa poche. Le métal tinte. Le bruit résonne contre les murs de briques. Il galère avec la serrure. Ses doigts glissent sur le sang. Il jure à voix basse. La porte finit par céder dans un grincement sec. Luca s'engouffre à l'intérieur.
Sofia atteint la porte avant qu'elle ne se referme. Elle bloque le battant avec le bout de sa chaussure. Elle attend cinq secondes. Elle écoute les bruits à l'intérieur. Des pas descendent un escalier de béton. Une rampe métallique vibre. Sofia se glisse dans l'ouverture. L'air est saturé d'une odeur de poussière et de moisissure. Elle descend les marches une à une. Elle pose le pied sur la partie extérieure de la marche. C'est là que le béton est le plus solide. Aucun craquement. En bas, une lumière jaune filtre sous une porte en bois.
Elle atteint le palier du sous-sol. Luca est derrière la porte. Il ne se cache plus. Il déplace des objets lourds. Un bruit de verre brisé. Sofia saisit la poignée. Elle tourne lentement le pommeau. La porte n'est pas verrouillée. Elle l'ouvre d'un coup sec. Elle entre dans la pièce, le bras tendu. Le canon du Beretta cherche une cible. Luca est assis sur une caisse de munitions. Il a retiré sa chemise. Son épaule gauche présente une plaie béante. La balle a traversé le muscle. Il tient une bouteille de grappa dans la main droite. Il s'en verse sur la plaie. Il hurle en silence, la mâchoire contractée.
Sofia referme la porte de fer derrière elle. Elle pousse le verrou de sécurité. Le clic métallique marque la fin de la fuite. Luca lève les yeux. Il ne sursaute pas. Il pose la bouteille sur le sol de terre battue. La sueur coule sur son torse large. Il a des cicatrices de morsures sur les avant-bras. Des marques anciennes. Des souvenirs de chiens ou d'hommes. Il regarde Sofia. Ses yeux sont deux fentes noires. Il crache un mélange de salive et de sang.
La cave est petite. Les murs de briques suintent. L'humidité forme des taches sombres sur le plafond. Une ampoule nue pend au bout d'un fil électrique. Elle grésille. La lumière saute. Les ombres s'étirent et se rétractent sur les murs. Au centre de la pièce, un matelas taché d'huile moteur repose sur des palettes. Une odeur de rat mort flotte dans l'air. C'est une fosse. Un cul-de-sac.
Luca pose ses mains sur ses genoux. Ses doigts sont calleux. Il a des mains de débardeur. Il fixe le canon de l'arme. Il ne demande pas de grâce. Il ne propose pas d'argent. Il connaît la règle. Sofia avance de deux pas. Elle maintient la distance de sécurité. Trois mètres. Trop loin pour un saut. Assez près pour ne pas rater le cœur. Elle observe la cicatrice sur sa propre clavicule. Elle sent le poids du flingue de son père. L'objet est lourd. Il est chargé de haine.
Luca prend une inspiration profonde. Sa poitrine se gonfle. Il sourit. Ses dents sont tachées de rouge. Il parle enfin. Sa voix est un grognement de gravier. Il dit que la cave est un bon endroit pour crever. Il dit que le père de Sofia était un lâche. Sofia ne répond pas. Elle ne discute pas avec les morts en sursis. Elle ajuste sa visée. Son index caresse la détente. Elle sent la résistance du ressort. Le mécanisme est parfaitement huilé.
Dehors, une sirène de police déchire le silence de la Via Montenapoleone. Le son est lointain. Il n'entrera pas ici. Les murs sont trop épais. La cave appartient à un autre monde. Un monde de béton et de plomb. Luca se lève lentement. Il ignore la douleur de son épaule. Il se tient droit. Il est massif. Il ressemble à un prédateur acculé. Il fait un pas vers Sofia. Un pas lourd. Le sol craque sous sa botte.
Sofia ne recule pas. Elle stabilise sa position. Ses pieds sont ancrés dans le sol. Elle bloque sa respiration. Le monde se résume au guidon de son arme. Luca fait un deuxième pas. Il tend la main vers le canon. Il veut toucher l'acier. Il veut sentir le froid avant la chaleur. Ses yeux cherchent ceux de Sofia. Il cherche une faille. Il cherche un tremblement. Il ne trouve rien. Le regard de Sofia est du silex.
Le grésillement de l'ampoule s'intensifie. La lumière devient blanche, puis s'éteint. L'obscurité totale dure une seconde. Un bruit de mouvement rapide déchire l'air. Luca plonge en avant. Sofia presse la détente. Le coup de feu illumine la pièce. La flamme de départ est brève. Elle révèle le visage de Luca à quelques centimètres du canon. La détonation est assourdissante dans l'espace clos. L'odeur de la poudre brûlée remplace celle du rat mort.
La balle frappe la cible. Luca est projeté en arrière. Il percute le mur de briques. Un bruit d'os brisé. Il glisse le long de la paroi. Il finit assis sur le matelas d'usine. Sa tête bascule en arrière. Le sang gicle sur les briques. Il dessine une carte sombre. Sofia reste immobile. Elle garde son arme pointée sur le corps. Elle attend. Elle compte les secondes. Dix secondes. Vingt secondes. Luca ne bouge plus. Son torse ne se soulève plus.
Sofia s'approche. Elle utilise la pointe de sa chaussure pour écarter la main de Luca. Elle vérifie la carotide. Le pouls est absent. La peau est déjà froide. Elle range son Beretta dans le holster sous son bras. Elle sort un carnet de sa poche intérieure. Elle prend un stylo à bille noir. Elle cherche le nom de Luca Moretti. Elle trace un trait horizontal. Le papier absorbe l'encre. La liste diminue.
Elle regarde autour d'elle. La cave est redevenue silencieuse. Seul le goutte-à-goutte d'un tuyau percé rythme le temps. Elle ramasse la bouteille de grappa. Elle en boit une gorgée. Le liquide lui brûle la gorge. Elle repose la bouteille sur la caisse. Elle se dirige vers la porte de fer. Elle déverrouille le loquet. Elle sort de la pièce. Elle remonte l'escalier de béton. Ses pas sont légers.
Elle sort dans la ruelle. La canicule est toujours là. L'air est une chape de plomb. Elle remet sa veste. Elle ajuste son col. Elle marche vers la sortie de la ruelle. Elle ne se retourne pas. Elle rejoint la Via Montenapoleone. Les vitrines brillent toujours. Les mannequins n'ont pas bougé. Sofia marche d'un pas régulier. Elle se fond dans les ombres de la ville. La guerre continue. Le prochain nom l'attend sur les docks. Elle sent le métal contre ses côtes. Le Beretta est prêt. Elle aussi.
L'Odeur du Rat
La porte de fer grince sur ses gonds rouillés. Sofia descend les marches de béton. L'obscurité est épaisse. Elle pue le soufre et le rat mort. Une ampoule nue pend au bout d'un fil. Elle grésille. La lumière est jaune et vacillante. Sofia serre la crosse du Beretta. Le métal est froid contre sa paume. Ses semelles de cuir ne font aucun bruit. Elle s'arrête au bas de l'escalier. L'humidité suinte des murs de briques. Des gouttes tombent du plafond. Le bruit est régulier. Un métronome dans le silence.
Luca Moretti est là. Il se tient dans l'ombre, près d'une pile de caisses. Sa carrure de débardeur bloque la vue. Il tient un surin à la main. La lame est longue de quinze centimètres. Elle est effilée. Luca tourne la tête. Ses yeux captent l'éclat de l'ampoule. Il ne dit rien. Il respire par le nez. C'est un sifflement court. Sofia lève son arme. Elle aligne les organes de visée. Le point de mire se fixe sur le sternum de Luca.
Le doigt de Sofia repose sur la détente. Elle sent la résistance du ressort. Luca ne bouge pas. Il observe le canon noir. Ses muscles se contractent sous sa chemise grise. La sueur trace des sillons dans la crasse de son cou. L'air est immobile. La canicule de Milan s'arrête au seuil de la cave. Ici, le froid est minéral. Luca déplace son poids sur sa jambe gauche. Ses bottes de travail grincent sur le sol de terre battue.
L'ampoule claque. L'obscurité devient totale pendant une seconde. Sofia ne tire pas. Elle attend le retour de la lueur. Le filament rougeoie à nouveau. Luca a réduit la distance. Il est à trois mètres. Il tient son surin en prise inversée. Le pouce sur le pommeau. C'est une prise de tueur. Sofia recule d'un pas. Son talon heurte une caisse de munitions vide. Le bois sec craque.
Luca bondit. Il est rapide pour sa masse. Il lance un coup de taille horizontal. Sofia pivote sur ses hanches. La lame déchire l'air à quelques centimètres de son ventre. Elle frappe avec le canon du Beretta. Le métal percute la pommette de Luca. Un bruit sourd. Luca grogne. Il ne lâche pas son arme. Il utilise son épaule comme un bélier. Il percute Sofia en plein thorax.
Le choc est violent. Sofia perd l'équilibre. Elle tombe en arrière. Son dos frappe le matelas taché d'huile. Les ressorts hurlent. L'air quitte ses poumons. Elle voit des points blancs. Luca est déjà sur elle. Il pèse quatre-vingt-dix kilos de muscles et de haine. Sa main gauche saisit le poignet droit de Sofia. Il plaque l'arme contre le matelas. La poussière s'élève en nuage. Elle pique les yeux.
Luca appuie son avant-bras sur la gorge de Sofia. La trachée s'écrase. Sofia ouvre la bouche. Elle cherche de l'oxygène. Ses doigts se crispent sur la crosse. Elle ne peut pas ramener le canon vers sa cible. Luca lève le surin. La pointe brille au-dessus du visage de Sofia. Il veut frapper l'œil. Sofia lève sa main gauche. Elle saisit le poignet de Luca. Elle bloque la descente de la lame.
Leurs muscles tremblent sous l'effort. C'est un duel de leviers. Luca pousse de tout son poids. Sofia utilise ses jambes. Elle ramène ses genoux contre sa poitrine. Elle frappe Luca dans les reins. L'homme accuse le coup. Sa pression diminue d'un cran. Sofia pivote sur le côté. Ils roulent sur le sol. Ils quittent le matelas. La terre battue est froide. Elle colle à leur peau humide.
Sofia frappe le visage de Luca avec son front. Le nez de l'homme craque. Le sang gicle sur les joues de Sofia. Luca lâche le poignet de la jeune femme. Il porte la main à son visage. Sofia rampe vers son arme. Elle a glissé sous la caisse de munitions. Ses doigts frôlent le chargeur. Luca attrape la cheville de Sofia. Il tire fort. Sofia gratte le sol. Ses ongles s'arrachent sur le béton dur.
Elle se retourne sur le dos. Elle donne un coup de pied circulaire. Son talon frappe la tempe de Luca. L'homme bascule. Il lâche prise. Sofia se redresse d'un bond. Elle récupère le Beretta. Elle arme la culasse. Le bruit métallique est sec. Luca est à genoux. Il crache une dent. Il ramasse son surin. Il ne s'arrête pas. Il charge à nouveau. Il est comme un taureau dans l'arène.
Sofia presse la détente. Le coup de feu déchire le silence de la cave. La détonation est assourdissante entre les murs de briques. La flamme sort du canon. Elle éclaire la pièce d'un blanc pur. La balle de 9mm percute l'épaule droite de Luca. L'impact le projette en arrière. Son bras retombe, inerte. Le surin tombe au sol. Il tinte sur une pierre.
Luca reste assis contre le mur. Il respire par saccades. Le sang imbibe sa chemise. La tache s'étend rapidement. Elle est d'un rouge sombre. Presque noir sous la lumière jaune. Sofia reste debout. Elle garde l'arme braquée sur le front de l'homme. Son bras ne tremble pas. Elle sent la chaleur du canon. L'odeur de la poudre brûlée remplace celle du soufre.
Luca lève les yeux. Il sourit. Ses dents sont rouges. Il crache au sol. Sofia observe la plaie. La balle est ressortie par l'omoplate. Le mur est moucheté de sang et de fragments d'os. Luca essaie de bouger ses doigts. Sa main droite reste morte. Il utilise sa main gauche pour comprimer la blessure. Le sang passe entre ses phalanges. Il coule sur son avant-bras. Il goutte sur la terre.
Dehors, une sirène hurle. Le son est lointain. Il traverse les murs épais de la Via Montenapoleone. La ville continue de brûler sous le soleil. Ici, le temps est suspendu. Sofia s'approche de Luca. Elle pose le canon de l'arme sur son front. Le métal est brûlant. Luca ferme les yeux. Il attend. Sofia ne tire pas. Elle observe le rythme de sa carotide. Le pouls est rapide. Désordonné.
Elle recule de deux pas. Elle ramasse le surin de Luca. Elle le glisse dans sa ceinture. Elle garde le Beretta en main. Elle remonte l'escalier sans se retourner. Ses pas sont lourds sur le béton. Elle atteint la porte de fer. Elle sort dans la ruelle. La chaleur la frappe comme un coup de poing. L'air est irrespirable. Elle range son arme sous sa veste.
Elle marche vers la lumière de la rue principale. Ses mains sont sales. Elle essuie le sang de Luca sur son pantalon. Les vitrines de luxe défilent. Les mannequins en plastique l'observent derrière les vitres. Ils sont immobiles. Ils sont parfaits. Sofia ne l'est pas. Elle sent la douleur dans ses côtes. Elle sent le poids du nom de Luca sur sa liste. Elle sort un stylo de sa poche. Elle trace un trait horizontal sur le papier froissé. L'encre noire recouvre le nom. La liste diminue. La guerre ne fait que commencer. Elle rejoint la foule. Elle disparaît dans les ombres de Milan.
Cicatrices
Luca bondit. Son corps est une masse de muscles bruts. Il percute Sofia. Le choc est sourd. Le dos de la femme frappe les briques humides. La chaux s'effrite. Elle tombe en poussière blanche sur ses épaules. Luca plaque ses avant-bras sur sa gorge. Il pèse quatre-vingts kilos. Sofia manque d'air. Ses poumons se contractent. Elle ne ferme pas les yeux. Elle fixe le visage de Luca. Il y a de la sueur sur son front. Son nez cassé s'écrase contre sa joue. L'odeur du gazole émane de ses vêtements. Sofia lève les mains. Elle ne cherche pas le visage. Elle cherche la blessure. Elle trouve l'entaille à l'épaule gauche. Le tissu de la chemise est poisseux. Elle enfonce ses doigts dans la plaie ouverte.
Luca grogne. Le son sort de sa poitrine. C'est un râle animal. Il ne lâche pas la gorge de Sofia. Ses doigts s'enfoncent dans la chair. Sofia appuie plus fort. Elle sent le muscle déchiré sous ses ongles. Le sang chaud coule sur ses phalanges. Il est visqueux. Luca cogne l'arrière de son crâne contre le mur. La vision de Sofia se trouble. Des taches noires dansent devant ses yeux. Elle ne retire pas sa main. Elle fouille le trou dans l'épaule. Elle cherche le nerf. Elle veut la douleur maximale.
Dehors, une détonation claque. C'est un calibre .45. Le son rebondit sur les murs de la ruelle. Puis une rafale suit. Un pistolet-mitrailleur. Le rythme est irrégulier. Les Moretti répondent au feu. La guerre est là. Dans la cave, le temps s'arrête. Luca desserre sa prise. La douleur gagne son système nerveux. Il recule d'un pas. Sofia glisse le long du mur. Ses talons raclent le sol en béton. Elle respire par saccades. L'air entre dans ses bronches comme du verre pilé. Elle crache au sol. La salive est rose.
Luca tient son épaule. Le sang imbibe sa manche grise. La tache s'agrandit. Elle devient noire sous la lumière de l'ampoule. L'ampoule nue oscille au bout de son fil. Elle grésille. L'ombre de Luca danse sur les briques suintantes. Il regarde Sofia. Ses pupilles sont dilatées. Il montre ses dents. Elles sont tachées de sang. Il n'y a pas de peur. Il y a une faim. Une faim de violence.
Sofia se redresse. Elle appuie ses paumes contre le mur. Le froid de la pierre calme ses nerfs. Elle sent le poids du Beretta dans son dos. Elle ne le sort pas. Pas encore. Elle veut voir Luca ramper. Elle veut voir le prédateur s'effondrer. Luca charge à nouveau. Il n'utilise plus ses mains. Il utilise son poids. Il la projette vers le centre de la pièce. Ils tombent sur le matelas d'usine. L'odeur d'huile moteur remonte. Elle est rance. Elle prend à la gorge.
Le matelas s'affaisse sous leurs corps. Luca est au-dessus. Il bloque les poignets de Sofia. Il les plaque contre le tissu taché. Sofia donne un coup de genou. Elle vise l'entrejambe. Luca pivote. Le coup frappe sa cuisse. Il grogne encore. Il écrase son torse contre celui de Sofia. Leurs souffres se mélangent. C'est une vapeur chaude dans l'air humide. La cicatrice sur la clavicule de Sofia tire. La peau est tendue.
Une nouvelle série d'explosions retentit dehors. Les vitres des étages supérieurs volent en éclats. Le bruit du verre tombe dans la cour. Luca ne tourne pas la tête. Il fixe les yeux silex de Sofia. Il approche son visage. Sa barbe de trois jours pique la peau de la femme. Il mord l'épaule de Sofia. Ses dents s'enfoncent dans le muscle. Sofia ne crie pas. Elle contracte ses abdominaux. Elle libère une main. Elle attrape une poignée de cheveux de Luca. Elle tire vers l'arrière. Le cuir chevelu se tend.
Luca lâche prise. Un filet de sang coule sur l'épaule de Sofia. Elle sent la chaleur du liquide. Elle roule sur le côté. Ils basculent du matelas. Le sol est dur. Le béton est couvert d'une pellicule d'eau. Sofia attrape une caisse de munitions vide. Elle la projette contre le visage de Luca. Le métal percute le front. Un bruit sec de bois cassé. Luca bascule en arrière. Il frappe une pile de palettes. Le bois cède.
Il reste au sol quelques secondes. Son front pisse le sang. Le liquide rouge masque son œil gauche. Il l'essuie d'un revers de main. Il rit. C'est un rire sans joie. Un bruit de gorge sèche. Il se relève lentement. Ses mouvements sont fluides malgré la blessure. Il est une machine de guerre. Il ramasse un éclat de bois pointu. Il le tient comme un surin. La pointe est effilée.
Sofia recule vers le coin de la cave. Elle cherche une arme. Ses doigts rencontrent un tuyau en fer. Il est rouillé. Elle le saisit. Le métal est lourd. Elle le soupèse. Luca avance. Il marche sur les débris de verre. Ses bottes craquent. Il réduit la distance. Il porte un coup d'estoc. Sofia dévie la pointe avec le tuyau. Le bois siffle à son oreille. Elle contre-attaque. Le fer frappe les côtes de Luca. Un craquement sourd. Les os cèdent.
Luca plie les genoux. Il ne tombe pas. Il attrape le tuyau. Il tire Sofia vers lui. Leurs corps se percutent à nouveau. Ils sont trempés de sueur. La crasse de la cave colle à leur peau. Ils luttent pour chaque centimètre. C'est une danse de mort. Dehors, les sirènes de police hurlent. Elles sont encore loin. Le son est étouffé par les murs épais.
Sofia lâche le tuyau. Elle plonge ses mains sous la veste de Luca. Elle cherche son couteau. Elle trouve la poignée en corne. Elle tire. La lame brille sous l'ampoule. Elle est courte. Elle est tranchante. Luca saisit le poignet de Sofia. Il serre à briser l'os. La lame s'arrête à quelques millimètres de sa gorge. On voit battre sa carotide. Le pouls est rapide. Désordonné.
Luca augmente la pression. Le poignet de Sofia craque. Elle ne lâche pas le couteau. Elle utilise son autre main. Elle enfonce ses doigts dans les yeux de Luca. Il rejette la tête en arrière. Il lâche prise. Sofia frappe. La lame entaille la joue de l'homme. Une ligne rouge parfaite. Le sang gicle sur le mur de briques. Luca recule en trébuchant. Il s'effondre sur le matelas.
Il ne bouge plus. Il respire bruyamment. Sa poitrine se soulève avec difficulté. Sofia reste debout. Elle tient le couteau. Son bras tremble légèrement. C'est l'adrénaline. Elle essuie son front avec sa manche. Elle est couverte de poussière et de sang. Elle regarde Luca. Il est vaincu. Pour l'instant.
Les tirs dehors se rapprochent. Les Rossi gagnent du terrain. Les impacts de balles claquent contre la porte de fer de la cave. La structure vibre. Sofia range le couteau dans sa ceinture. Elle ramasse son Beretta au sol. Elle vérifie le chargeur. Plein. Elle engage une cartouche dans la chambre. Le clic métallique est net.
Elle s'approche de Luca. Elle pose le canon sur son front. Le métal froid marque la peau chaude. Luca ouvre son œil valide. Il regarde Sofia. Il ne demande pas de grâce. Il attend la fin. Sofia appuie sur la détente. Le coup ne part pas. Elle a mis la sécurité. Elle observe l'homme une dernière fois. Il est une cible. Il est le premier nom.
Elle recule de deux pas. Elle ramasse le surin de Luca. Elle le glisse dans sa ceinture. Elle garde le Beretta en main. Elle remonte l'escalier sans se retourner. Ses pas sont lourds sur le béton. Elle atteint la porte de fer. Elle sort dans la ruelle. La chaleur la frappe comme un coup de poing. L'air est irrespirable. Elle range son arme sous sa veste.
Elle marche vers la lumière de la rue principale. Ses mains sont sales. Elle essuie le sang de Luca sur son pantalon. Les vitrines de luxe défilent. Les mannequins en plastique l'observent derrière les vitres. Ils sont immobiles. Ils sont parfaits. Sofia ne l'est pas. Elle sent la douleur dans ses côtes. Elle sent le poids du nom de Luca sur sa liste. Elle sort un stylo de sa poche. Elle trace un trait horizontal sur le papier froissé. L'encre noire recouvre le nom. La liste diminue. La guerre ne fait que commencer. Elle rejoint la foule. Elle disparaît dans les ombres de Milan.
Le Cou de la Vipère
L'ampoule nue oscille au bout de son fil électrique. Elle projette une lumière jaune sur le béton brut. La cave de la Via Montenapoleone transpire. L'humidité suinte des briques rouges. Elle forme des flaques noires sur le sol irrégulier. Sofia Rossi tient le Beretta 92FS. Le métal est tiède contre sa paume. Elle plaque le canon contre la tempe de Luca Moretti. Le contact est ferme. Luca est assis sur une caisse de munitions en bois. Ses mains sont liées derrière son dos avec du fil de fer galvanisé. Le métal entame la peau de ses poignets. Le sang coule sur ses doigts calleux. Il ne dit rien. Il fixe le mur en face de lui.
Sofia observe la cicatrice sur le front de Luca. Elle pense à la nuque de son père. Le souvenir est une image fixe. C'était un soir de canicule. Le vieil homme buvait un café serré dans son bureau. L'odeur du tabac brun flottait dans l'air immobile. Sofia s'était placée derrière lui. Elle avait levé l'arme. Elle avait visé la base du crâne. Elle n'avait pas tremblé. Le coup était parti. Un bruit sec. La tête avait frappé le bois de la table. Le café s'était mélangé au sang sur les dossiers du clan. Elle avait ramassé la douille de 9mm. Elle avait quitté la pièce sans un regard en arrière. Ses doigts étaient restés secs. Son pouls était calme.
Luca tourne lentement la tête. Il voit le reflet de l'ampoule dans les yeux de Sofia. Ses yeux ont la couleur du silex. Luca sourit. Ses dents sont tachées de rouge. Il lâche un rire bref. Le son est un craquement d'os. Il devine le crime de Sofia. Il lit la trajectoire de la balle dans son regard. Il sait pour le père. Il crache un mélange de salive et de sang au sol. Le liquide frappe la botte en cuir de Sofia. Elle ne recule pas. Elle appuie le canon plus fort contre son os temporal. La peau de Luca se plisse sous la pression de l'acier.
Dehors, une rafale de pistolet-mitrailleur déchire le silence de la rue. Le sol de la cave vibre. De la poussière de plâtre tombe du plafond. Les Rossi et les Moretti s'étripent pour les quais. Les balles percent les carrosseries des voitures de luxe. Les hommes tombent sur l'asphalte brûlant. Ici, le silence revient instantanément. Seul le souffle de Luca remplit l'espace. Il respire par la bouche. Son torse large se soulève avec difficulté. La chaleur est une chape de plomb sur leurs épaules. La sueur coule le long de la cicatrice de Sofia. Elle brûle sa peau.
Sofia lâche le Beretta. L'arme tombe sur le matelas d'usine taché d'huile moteur. Elle attrape Luca par les cheveux noirs. Elle tire sa tête en arrière avec brutalité. Luca grogne. Il ne résiste pas à la douleur. Il cherche le contact physique. Ses muscles sont des cordes tendues sous sa chemise sale. Sofia plaque son corps contre le sien. La sueur les soude l'un à l'autre. C'est une lutte sans paroles. Elle cherche le surin à sa ceinture. Ses doigts frôlent le cuir du fourreau. Luca bascule brusquement en avant. Ils tombent ensemble sur le matelas.
Les ressorts du sommier hurlent sous le poids. Une odeur de poussière et de moisissure s'élève. Sofia est au-dessus de lui. Elle serre ses mains autour du cou de Luca. Ses pouces écrasent la trachée. Luca saisit les poignets de Sofia. Ses ongles s'enfoncent dans la chair. Il ne cherche pas à se libérer. Il tire Sofia vers lui. Leurs visages sont à quelques centimètres. L'air est saturé par l'odeur du gazole et du tabac froid. La haine remplace l'oxygène dans leurs poumons. C'est un moteur à explosion qui tourne à vide.
Les pistons cognent dans leurs poitrines. Sofia sent le cœur de Luca battre contre ses propres côtes. Le rythme est rapide. C'est le tambour d'une exécution imminente. Elle repense à la liste pliée dans sa poche. Luca Moretti est le premier nom. L'encre noire doit disparaître sous le sang. Elle serre ses doigts plus fort. Le visage de Luca devient violet. Ses veines gonflent sur ses tempes. Il ne lâche pas les poignets de la femme. Il rit encore entre deux étouffements. C'est un défi de prédateur.
La violence change de nature. Elle devient une obsession physique. Les vêtements froissent et craquent. Le tissu de la chemise de Luca se déchire. Ils roulent sur le matelas infect. La crasse des docks colle à leur peau humide. Sofia sent la cicatrice sur sa clavicule gauche. Elle lance comme une brûlure. Luca mord l'épaule de Sofia à travers le tissu fin. Elle ne crie pas. Elle frappe le visage de l'homme avec son front. Le nez de Luca craque nettement. Le sang gicle sur le coutil du matelas.
Ils s'immobilisent un instant. Leurs souffles courts se mélangent dans la pénombre. L'ampoule nue grésille plus fort. Elle s'éteint brusquement. Le noir est total dans la cave. Sofia entend le mouvement brusque de Luca. Le fil de fer cède sous la tension. Ses mains sont libres. Elle cherche le Beretta à tâtons sur le matelas. Ses doigts rencontrent le métal froid de la culasse. Elle saisit la crosse. Elle arme le chien de l'arme. Le clic métallique résonne contre les murs de briques. Luca ne bouge plus. Il attend dans l'ombre.
La chaleur augmente encore. La cave est un four fermé. Sofia sent la présence massive de Luca. Il est une masse de muscles et de haine à trente centimètres d'elle. Elle pointe l'arme devant elle. Elle ne voit rien. Elle écoute le bruit de sa propre circulation sanguine. Le vacarme des combats au dehors s'éloigne vers la Darsena. La ville brûle sous le soleil de minuit. Ici, la guerre est une affaire de peau. Elle pose le canon sur une surface chaude et humide. C'est le plexus de Luca. Il ne recule pas devant la mort. Il avance contre la bouche du canon.
Elle sent la main de Luca sur son bras. Il guide lentement le Beretta vers son propre cœur. Il veut la fin du duel. Il veut le vide absolu. Sofia hésite une fraction de seconde. L'image de son père mort revient. La liste de noms pèse dans sa poche. Elle presse la détente. Le coup de feu illumine la cave d'un éclair blanc. La flamme sort du canon avec un sifflement. Le corps de Luca tressaille violemment. Il retombe lourdement sur le matelas. L'odeur de la poudre brûlée envahit l'espace. Sofia reste immobile dans le noir. Elle sent le poids du cadavre. Elle sort son stylo. Elle raye le premier nom.
L'Asphyxie
Sofia lâche le Beretta. Le métal cogne le béton. Luca respire bruyamment dans l'ombre. Une balle a éraflé son épaule gauche. Le sang coule sur le matelas d'usine. Dehors, les freins hurlent sur le pavé de la Via Montenapoleone. Les Rossi arrivent en force. Les portières claquent. Les culasses reculent. Le siège commence.
La cave est un cube de briques suintantes. L'humidité s'accroche aux murs. L'ampoule nue oscille au bout de son fil électrique. La lumière balaie les visages. Sofia plaque sa main sur la bouche de Luca. Elle sent le goût du sel. Elle sent la chaleur de son souffle. L'homme se tord sous elle. Ses muscles sont des câbles d'acier tendus. Il saisit le poignet de la femme. Il serre jusqu'à écraser le radius contre l'ulna. Sofia ne crie pas. Elle contracte les mâchoires.
Une rafale de pistolet-mitrailleur déchire l'air extérieur. Le plâtre tombe du plafond en fine poussière blanche. La poussière se dépose sur leurs cils. Elle se mélange à la sueur. L'air manque déjà. Chaque inspiration est une lutte contre le vide. La canicule de Milan s'est infiltrée sous terre. C'est une fournaise de dix mètres carrés. L'odeur de soufre et de rat mort s'épaissit.
Luca plante ses genoux dans les côtes de Sofia. Le craquement est sec. Net. Ils roulent sur le matelas taché d'huile moteur. C'est une lutte de chiens enragés. Leurs souffles se mélangent dans l'obscurité poisseuse. La haine cogne dans leurs tempes. Elle descend plus bas. Elle devient une pression insupportable dans le bas-ventre. Une pulsion brute. Une nécessité biologique de broyer l'autre.
Dehors, les cris des clans déchirent le silence de la rue. Les Moretti répondent au calibre douze. Les impacts de plomb martèlent la porte en acier de la cave. Le métal se déforme. Les gonds gémissent. Sofia attrape les cheveux de Luca. Elle tire en arrière. Elle veut voir ses yeux couleur de gazole. Il sourit. C'est un rictus de prédateur acculé. Il n'y a plus de noms sur une liste. Il n'y a plus de guerre de territoire. Il n'y a que deux bêtes dans un trou.
Luca plaque Sofia contre la paroi froide. Le contact du dos contre l'humidité provoque un spasme. Il approche son visage. Son nez cassé frôle la cicatrice de sa clavicule. Il sent le savon bon marché et la poudre noire. Une grenade explose dans la rue. Le sol tremble. Les bouteilles de vin stockées dans le fond éclatent. Le liquide rouge coule sous la porte. L'odeur acide du vinaigre pique les narines.
Sofia glisse sa main vers sa botte droite. Le couteau est là. Lame de dix centimètres. Acier brossé. Elle le sort sans un bruit. La pointe effleure le flanc de Luca. Il ne recule pas. Il appuie son torse contre la lame. Le sang perle sur sa chemise sale. Il mesure la vie qui bat sous ses doigts. Le pouls de Sofia est rapide. Rythmique. Violent.
Leurs membres s'entremêlent. C'est un nœud de vipères. La sueur colle leurs vêtements à leur peau. Luca arrache le col de la chemise de Sofia. Le tissu craque. Le bruit est une détonation dans le calme relatif de la cave. Elle répond par un coup de tête. Le cartilage de son nez cède à nouveau. Le sang gicle sur le visage de la femme. Elle ne s'essuie pas. Elle lèche le liquide chaud. C'est le goût du fer.
L'asphyxie commence. L'oxygène est consommé par l'effort physique. Leurs poumons brûlent. La cave se referme sur eux comme un tombeau de briques. Le temps n'existe plus. Seul le choc des corps compte. La cadence s'accélère. C'est une mécanique de précision. Un engrenage de chair et de rancœur. Sofia enfonce ses ongles dans le dos de Luca. Elle trace des sillons rouges dans la peau tannée par le soleil.
Il grogne. Un son de gorge. Un son d'animal blessé. Il cherche sa bouche. Ce n'est pas un baiser. C'est une morsure. Leurs dents s'entrechoquent. Le goût du sang est partout. Ils s'effondrent sur le vieux matelas. Le ressort grince sous le poids double. La haine est un moteur à explosion. Elle sature l'espace. Elle remplace l'air.
Une voiture brûle dans la rue. La lueur orange filtre par le soupirail étroit. Elle danse sur leurs corps enlacés. Les ombres s'étirent sur les murs suintants. Ils ne voient rien du chaos extérieur. Ils sentent la friction des peaux. Ils sentent la tension des tendons. Sofia serre les jambes autour de la taille de Luca. Elle veut le briser. Il veut l'écraser. C'est un duel à mort. C'est un acte de guerre.
Le chargeur du Beretta gît dans la poussière. Le couteau est tombé près de la caisse de munitions vide. Il ne reste que la peau contre la peau. La sueur contre la sueur. Le vacarme dehors redouble d'intensité. Les Rossi hurlent des ordres. Les Moretti jurent dans le dialecte des docks. Les balles continuent de rayer la porte blindée.
Luca pose ses mains sur la gorge de Sofia. Il ne serre pas encore. Il observe le mouvement de sa trachée. Elle soutient son regard de silex. Elle ne tremble pas. Elle attend le choc. Elle attend la fin. La pression dans son bas-ventre devient une brûlure. Une obsession charnelle qui dévore la peur. Ils sont seuls au monde. Ils sont déjà morts.
Le plafond se fissure sous une nouvelle décharge. Des morceaux de briques tombent sur eux. Ils ne s'arrêtent pas. Le rythme est dicté par le sang. Le sang des pères. Le sang des fils. Il coule dans les mêmes veines maintenant. L'asphyxie est totale. Le vide est là. Ils tombent ensemble dans l'obscurité de la Via Montenapoleone. La cave est leur univers de crasse. La haine est leur seul oxygène. Ils respirent la poussière. Ils boivent la sueur. Le premier qui lâche perd tout. Personne ne lâche. La guerre est une affaire de peau. Elle se termine ici. Sur un matelas taché d'huile. Juste avant que le monde n'explose.
Darsena en Flammes
Le gazole flotte sur l'eau de la Darsena. L'odeur sature les poumons. Les grues découpent le ciel de Milan. Des ombres massives. Des squelettes d'acier. Trois camions Moretti entrent sur le quai numéro quatre. Les pneus écrasent le gravier. Les moteurs tournent au ralenti. Un grognement sourd dans la nuit poisseuse.
Enzo Moretti descend du premier véhicule. Il ajuste son holster. Il crache par terre. Ses hommes sortent des cabines. Douze types. Des fusils à pompe. Des pistolets-mitrailleurs Beretta. Ils forment un cercle autour du container 402. L'acier est rouillé. Le sel a rongé la peinture bleue.
Le premier projecteur s'allume à cent mètres. Une lumière blanche. Cruelle. Puis un deuxième. Un troisième. Les docks sortent de l'ombre. Les sirènes hurlent enfin. Le son déchire le silence des entrepôts. Les gyrophares balaient les murs de briques. Bleu. Rouge. Bleu. Rouge.
« Police ! Lâchez vos armes ! »
Le haut-parleur sature l'air. Enzo ne lâche rien. Il épaule son arme. Le premier coup de feu claque. Une détonation sèche. Le pare-brise d'une fourgonnette de police explose. Les éclats de verre brillent comme des diamants sales. La riposte est immédiate. Une grêle de plomb.
Le clan Moretti recule. Ils cherchent un abri derrière les containers. Les balles percent la tôle. Un bruit de tambour métallique. Un homme tombe. Son crâne heurte le béton. Le sang coule vers le canal. Il est noir sous la lumière artificielle. Il rejoint l'huile et la vase.
Les unités d'intervention avancent en formation serrée. Boucliers tactiques. Kevlar noir. Ils ne courent pas. Ils marchent. Chaque pas est calculé. Ils tirent par rafales courtes. Trois coups. Pause. Trois coups. C'est une exécution mécanique.
Enzo hurle des ordres. Personne n'écoute. Le chaos est total. Un container de produits chimiques reçoit une balle traçante. L'explosion soulève le sol. Une boule de feu orange monte vers les nuages. La chaleur brûle les visages. L'air devient irrespirable.
Dans la cave de la Via Montenapoleone, Luca desserre sa prise. Ses doigts quittent la gorge de Sofia. Il recule d'un pas. Il s'assoit sur la caisse de munitions. Il sort un paquet de cigarettes froissé. Il en allume une. La flamme du briquet tremble. C'est le seul mouvement de sa main.
Sofia se redresse. Elle frotte son cou. Les marques rouges virent au violet. Elle ramasse son flingue. Le canon est froid contre sa paume. Elle ne vise pas Luca. Elle regarde le plafond. Les vibrations des explosions lointaines font tomber la poussière.
« Ils sont en train de mourir, Luca. »
Sa voix est un rasoir. Luca recrache la fumée. Il regarde ses bottes couvertes de boue.
« Je sais. »
Il sort un téléphone de sa poche. L'écran est fêlé. Il le pose sur le matelas. L'historique des appels affiche un numéro unique. Le central de la préfecture. Trois appels. Durée totale : quatre minutes. Le prix d'un clan.
« Mon oncle. Mes cousins. Tes propres hommes. »
Sofia énumère les morts. Elle ne met pas d'émotion dans les mots. Elle compte les pertes. Luca hoche la tête. Il tire une longue bouffée. La cendre tombe sur son pantalon. Il ne l'essuie pas.
« Le clan était une jambe gangrénée. Il fallait couper. »
Il se lève. Il marche vers le petit soupirail. On entend le tonnerre des docks au loin. Milan brûle par les bords. Les Moretti s'éteignent dans le port. Les Rossi suivront. La police fera le ménage. C'est mathématique.
Sur les docks, Enzo Moretti vide son dernier chargeur. Il est seul. Ses hommes sont des tas de viande sur l'asphalte. Il sent une brûlure dans son épaule. Puis une autre dans la cuisse. Il tombe à genoux. L'eau du canal lèche ses chaussures.
Un officier s'approche. Il ne range pas son arme. Il tire une balle dans le front d'Enzo. Le corps bascule en arrière. Un plouf lourd. Les cercles se propagent sur l'eau huileuse. Le silence revient. Seul le crépitement des flammes subsiste.
Luca se tourne vers Sofia. Il ouvre sa veste. Il expose sa poitrine. La peau est tendue sur les muscles.
« J'ai donné les positions. J'ai donné les horaires. J'ai donné les plaques d'immatriculation. »
Il fait un pas vers elle. Le canon du flingue de Sofia touche son sternum. Elle ne recule pas.
« Pourquoi ? »
Luca sourit. C'est une grimace de douleur ancienne.
« Pour que tout s'arrête. Pour que tu n'aies plus de liste. Pour que je n'aie plus de nom. »
Il appuie sa poitrine contre l'arme. Il force Sofia à sentir son cœur. Le rythme est lent. Régulier. Un métronome de condamné.
« Tue-moi, Sofia. Finis le travail. »
Elle observe le silex de ses propres yeux dans le reflet d'une flaque. Elle voit la cicatrice sur sa clavicule. Elle voit l'homme qui a vendu les siens. Dehors, la canicule pèse encore. L'humidité de la cave colle aux vêtements.
Sofia appuie sur la détente. Le percuteur frappe dans le vide. La chambre est vide. Elle a compté les balles. Elle savait. Elle jette l'arme sur le matelas. Le bruit du métal sur le tissu est étouffé.
« Non. »
Elle se dirige vers l'escalier. Ses bottes claquent sur les marches en pierre. Elle ne se retourne pas. Luca reste seul dans le noir. La cigarette finit de se consumer entre ses doigts. La cendre brûle sa peau. Il ne sent rien.
La Darsena est un cimetière de métal. Les pompiers arrivent. L'eau des lances écrase les flammes. La fumée noire monte vers les étoiles. Le sang des Moretti se mélange à la vase du fond. Le canal emporte tout. La ville reprend son souffle de plomb.
Sofia sort dans la rue. L'air de la Via Montenapoleone est chaud. Elle marche droit devant elle. Elle n'a plus de père. Elle n'a plus d'ennemis. Elle n'a plus de liste. Elle est une ombre parmi les ombres.
Luca sort de la cave dix minutes plus tard. Il regarde le ciel. Il voit les premières lueurs de l'aube. Un gris sale. Il marche dans la direction opposée. Il a trahi son sang. Il a acheté sa liberté avec des cadavres.
Le rapport de police mentionnera douze morts. Trois camions saisis. Zéro survivant chez les suspects. L'enquête sera classée. Les quais changeront de mains. Les rats reviendront manger les restes.
Milan se réveille. Le béton transpire. La guerre est finie. La crasse reste. Elle colle aux doigts. Elle colle aux âmes. Le soleil tape déjà sur les containers vides de la Darsena. L'acier refroidit. Le sang sèche. La ville continue de tourner. Sans eux.
Le Matelas de Crasse
L'ampoule nue oscille au bout d'un fil de fer. Elle grésille. L'ombre de Sofia Rossi s'étire sur les briques rouges. Les murs suintent. Une goutte d'eau tombe sur le béton. Le bruit résonne comme un coup de feu. Luca Moretti se tient dans le coin sombre. Son nez cassé siffle à chaque inspiration. Il sent le gazole et le tabac froid. Sofia range son Beretta dans le holster dorsal. Le métal claque contre le cuir. Elle avance d'un pas. Ses bottes écrasent une douille vide. Le laiton crisse.
Luca décolle ses épaules du mur. Il est massif. Ses avant-bras sont des morceaux de chêne. Il écarte les doigts. Ses jointures sont blanches. Sofia ne ralentit pas. Elle réduit la distance. Elle s'arrête à trente centimètres de son torse. L'air entre eux est épais. Il sent la sueur et le soufre. Luca lève une main. Il saisit le col de la veste de Sofia. Ses doigts s'enfoncent dans l'agneau noir. Il tire. Les coutures cèdent dans un bruit de papier déchiré. Le cuir se fend jusqu'à la taille.
Sofia ne recule pas. Elle frappe. Son poing percute la mâchoire de Luca. Le choc est sec. Luca encaisse. Il ne cligne pas des yeux. Il attrape les deux pans de la veste. Il les écarte violemment. Les boutons pressions sautent. Ils roulent sur le sol de la cave. Sofia plante ses ongles dans les trapèzes de Luca. Elle cherche la prise. Elle trouve la chair. Elle tire vers elle. Luca bascule vers l'avant. Leurs corps s'entrechoquent. C'est un impact de deux blocs de granit.
Ils tombent. Le matelas est là. Un rectangle de mousse dévoré par les mites. Il est couvert de taches d'huile moteur. Le tissu est rêche. Il sent le moisi et la poussière. Le poids de Luca écrase Sofia. Elle ne lutte pas pour se dégager. Elle lutte pour le broyer. Elle bascule la tête en arrière. Elle mord l'épaule de Luca. Ses dents traversent le coton du t-shirt. Elles s'enfoncent dans le muscle. Le goût du sel emplit sa bouche. Puis le goût du fer. Le sang est chaud.
Luca grogne. C'est un son de gorge. Un bruit d'animal blessé. Il ne retire pas son épaule. Il pousse davantage. Ses mains cherchent la peau de Sofia. Il trouve la cicatrice sur sa clavicule. Il appuie son pouce dessus. Il veut sentir la déformation du tissu humain. Sofia griffe son dos. Ses ongles tracent des sillons rouges dans le derme. Elle cherche les reins. Elle cherche les points faibles. Ils roulent sur le matelas de crasse. La poussière s'élève en nuages gris. Elle pique les yeux. Elle s'incruste dans la gorge.
Dehors, une rafale de pistolet-mitrailleur déchire le silence de la Via Montenapoleone. Les vitres des boutiques de luxe volent en éclats. Ici, sous terre, le bruit est étouffé. Seul compte le frottement des peaux. Luca arrache le reste de la chemise de Sofia. Le tissu blanc est en lambeaux. La peau de Sofia est pâle sous la lumière crue de l'ampoule. Elle est couverte de bleus. Des marques de guerre. Luca pose sa main sur son ventre. Sa paume est calleuse. Elle gratte comme du papier de verre.
Sofia saisit les cheveux de Luca. Elle tire violemment. Sa tête bascule en arrière. Elle expose sa gorge. Elle pourrait l'égorger. Elle choisit de le marquer. Elle plaque sa bouche contre la sienne. Ce n'est pas un baiser. C'est une collision. Leurs dents s'entrechoquent. La lèvre de Luca se fend. Le sang se mélange au leur. Ils respirent le même air vicié. L'oxygène manque. Leurs poumons brûlent. La chaleur dans la cave monte. Elle devient insupportable.
Le ressort du matelas grince. Un son métallique, régulier, lancinant. Luca bloque les poignets de Sofia au-dessus de sa tête. Il utilise son poids pour l'immobiliser. Sofia tord son bassin. Elle dégage une jambe. Elle frappe le flanc de Luca avec son genou. Le choc est sourd. Luca ne lâche pas. Il s'enfonce dans elle comme on enfonce une lame dans une plaie. C'est une intrusion. C'est une conquête. Chaque mouvement est une attaque. Chaque souffle est un défi.
La sueur coule sur le front de Luca. Une goutte tombe dans l'œil de Sofia. Elle ne cille pas. Ses yeux couleur silex restent fixés sur les siens. Elle voit la bête en lui. Il voit le vide en elle. Ils sont les deux faces d'une même pièce de monnaie usée. La crasse du matelas colle à leurs membres. L'huile moteur marque leurs hanches de traînées noires. Ils sont sales. Ils sont vivants. La douleur est le seul signal qu'ils acceptent. Elle confirme leur existence.
Le rythme s'accélère. Les mouvements sont saccadés. Cliniques. Luca serre les dents jusqu'à faire craquer sa mâchoire. Sofia cambre son dos. Sa cicatrice brille sous la sueur. Elle ressemble à un fil d'argent. Les bruits de la rue s'éloignent. Les sirènes de police hurlent au loin. Les Rossi et les Moretti s'entretuent sur les trottoirs. Ici, la guerre a changé de forme. Elle est devenue charnelle. Elle est devenue une obsession de prédateurs.
Luca lâche les poignets de Sofia. Il plaque ses mains à plat sur le matelas. Ses muscles se tendent. Les veines de ses bras ressemblent à des cordages. Sofia entoure sa taille de ses jambes. Elle le tire vers elle. Elle veut l'épuiser. Elle veut le vider de sa force. Ils atteignent un point de non-retour. La tension est un arc prêt à rompre. Le dernier ressort du matelas lâche dans un claquement sec.
Le silence retombe. Il est lourd. Il est physique. Luca s'effondre sur la poitrine de Sofia. Son cœur bat contre ses côtes. C'est un marteau-piqueur. Sofia regarde le plafond. L'ampoule a cessé d'osciller. Elle grésille toujours. Une mouche tourne autour du filament. Luca se redresse lentement. Il s'assoit sur le bord du matelas. Il ramasse son t-shirt déchiré. Il essuie le sang sur son épaule. La morsure est profonde. Elle laissera une trace. Une signature.
Sofia se lève. Elle ne cache pas sa nudité. Elle s'en fout. Elle ramasse son Beretta au sol. Elle vérifie le chargeur. Le clic du métal est le seul son dans la pièce. Elle regarde Luca. Luca regarde ses mains. Elles tremblent légèrement. C'est la première fois. Il se lève à son tour. Il ramasse sa veste. L'odeur de la cave est maintenant celle de leur propre corps. Une odeur de fauve et de défaite.
Sofia s'approche de l'escalier en fer. Elle pose le pied sur la première marche. Elle ne se retourne pas. Luca reste près du matelas taché. Il sait qu'elle ne dira rien. Il n'y a rien à dire. Les mots sont pour les civils. Pour ceux qui ont encore quelque chose à perdre. Sofia monte. Ses bottes sonnent sur le métal. Elle disparaît dans l'ombre du couloir. Luca attend. Il écoute le bruit de ses pas qui s'effacent. Il ramasse une douille vide. Il la serre dans son poing. Le laiton est froid. La guerre continue. Elle ne s'arrêtera qu'à la dernière balle.
Percussion
Sofia pousse la porte en fer. Le gond gémit. La rouille tombe en poussière rousse. La lumière de Milan frappe son visage. Quarante degrés à l'ombre. L'air est une masse solide. Elle plisse les paupières. Ses pupilles se rétractent. La Via Montenapoleone est déserte. Les boutiques de luxe ont baissé les rideaux d'acier. La canicule a chassé les riches. Seuls les soldats restent.
Elle marche sur le trottoir brûlant. Ses bottes marquent le goudron mou. Elle sent le poids du Beretta contre sa hanche. Le métal est chaud. La sueur coule entre ses omoplates. Elle atteint le coin de la rue. Une Alfa Romeo noire attend. Le moteur tourne au ralenti. La fumée d'échappement tremble dans l'air. Elle monte à l'arrière. Le cuir des sièges brûle sa peau. Le chauffeur ne parle pas. Il engage la première. Les pneus crissent sur le pavé.
Dans la cave, Luca ramasse ses vêtements. Ses mouvements sont lents. Chaque geste tire sur ses muscles. Il a une griffure sur l'épaule droite. Le sang a séché en une croûte sombre. Il enfile sa chemise. Le tissu frotte contre ses plaies. Il ne grimace pas. Il cherche son briquet dans la poche de sa veste. Il allume une cigarette. La fumée est âcre. Elle remplit ses poumons. Il regarde le matelas. Les taches d'huile forment une carte sans nom.
Il sort son téléphone. L'écran est fêlé. Il tape un numéro court. La tonalité sonne trois fois. Une voix répond. Froide. Distante. Luca donne une position. Les docks. Hangar 14. Il raccroche. Il sait ce qu'il vient de faire. Il vend les siens. Il vend le clan Moretti. Il veut que tout brûle. Il veut le chaos pour effacer la dette. Il écrase sa cigarette sur le sol de briques. Il monte l'escalier à son tour.
Sofia nettoie son arme. Elle est dans une planque de la Via della Spiga. La pièce est vide. Une table. Une chaise. Un ventilateur qui brasse de l'air chaud. Elle démonte le chargeur. Elle compte les balles. Quinze. Cuivre et plomb. Elle passe un chiffon huilé sur la glissière. Le geste est mécanique. Elle pense à la liste. Luca Moretti était le premier. Il est toujours vivant. C'est une erreur tactique. Elle ne fait jamais d'erreur.
Le téléphone de Sofia vibre sur la table. Un message texte. Une adresse. La Darsena. Les docks de Milan. Elle remonte son arme. Le clic du chargeur verrouillé claque dans le silence. Elle range le Beretta dans son holster. Elle prend une veste légère pour cacher la crosse. Elle sort. L'ascenseur est en panne. Elle descend les six étages par l'escalier de service. Ses pas résonnent contre le béton brut.
La nuit tombe sur la ville. Le ciel est violet. L'humidité augmente. L'odeur de la mer arrive par les canaux. C'est une odeur de vase et de gasoil. Luca arrive aux docks. Il gare sa moto derrière un container rouillé. Il éteint le phare. Les grues massives découpent le ciel. Elles ressemblent à des squelettes de fer. Il marche vers le Hangar 14. Ses bottes écrasent du verre pilé. Le bruit est net.
Il s'arrête derrière une pile de palettes. Il observe. Deux hommes montent la garde devant l'entrée. Des Moretti. Des cousins. Ils portent des fusils à pompe sous leurs manteaux. Ils fument. Leurs visages sont rouges sous la lumière des projecteurs. Luca vérifie son couteau. Une lame de vingt centimètres. Acier brossé. Il attend le signal. Il attend la police ou la mort.
Sofia est sur le toit du hangar voisin. Elle est allongée sur le gravier brûlant. Elle regarde à travers la lunette de son fusil de précision. Un Remington 700. Elle voit les gardes. Elle voit Luca dans l'ombre. Elle ajuste la dérive. Le vent est nul. Elle place le réticule sur la tempe du premier garde. Son doigt caresse la détente. Elle ne respire plus. Son cœur bat lentement. Cinquante pulsations par minute.
Un moteur approche. Une camionnette blanche sans plaque. Elle s'arrête à cinquante mètres. Les portes s'ouvrent. Des hommes en noir sortent. Ils portent des cagoules. Ils ont des pistolets-mitrailleurs. Ce n'est pas la police. C'est le clan Rossi. Sofia fronce les sourcils. Elle n'a pas reçu l'ordre. Son oncle a agi seul. La fusillade éclate.
Le premier garde tombe. Sa tête bascule en arrière. Le sang asperge le rideau de fer du hangar. Le deuxième garde tire au jugé. Le bruit du fusil à pompe est sourd. Il déchire la nuit. Luca se plaque contre le container. Les balles de 9mm ricochent sur le métal. Des étincelles jaillissent. Il sort son pistolet. Un Glock 17. Il tire trois fois. Un homme en noir s'effondre.
Sofia observe le carnage. Elle ne tire pas. Elle cherche Luca dans sa lunette. Elle le voit ramper sous un camion. Il est rapide. Il est efficace. Elle déplace son viseur sur un assaillant du clan Rossi. Elle tire. La percussion fait vibrer son épaule. L'homme tombe. Elle tire à nouveau. Un deuxième Rossi s'écroule. Elle nettoie le terrain. Elle ne choisit pas de camp. Elle élimine les cibles.
Le hangar 14 prend feu. Un réservoir de carburant a été touché. Les flammes sont orange vif. La chaleur devient insupportable. Luca court vers l'eau. Il saute par-dessus un cadavre. Il sent le souffle d'une explosion derrière lui. Il plonge derrière un muret de briques. Il recharge son arme. Il n'a plus que deux chargeurs. Il regarde le toit du hangar voisin. Il voit l'éclair d'un tir. Il sait que c'est elle.
Sofia change de position. Elle rampe sur le gravier. Elle se poste derrière une cheminée d'aération. Elle recharge le Remington. La douille vide tinte sur le toit. Elle regarde en bas. Le quai est un cimetière. Six corps gisent sur l'asphalte. Le sang coule vers le canal. Il brille sous la lune. Elle voit Luca. Il est à découvert. Il regarde vers elle. Il ne cherche pas à se cacher. Il attend.
Elle lâche son fusil. Elle sort son Beretta. Elle descend par l'échelle d'incendie. Ses mains brûlent sur le métal chauffé par l'incendie. Elle touche le sol. La fumée pique ses yeux. Elle marche vers Luca. Les flammes crépitent. Le bois des palettes craque. L'odeur de chair brûlée sature l'air. Elle s'arrête à cinq mètres de lui.
Luca se lève. Il range son Glock. Il écarte les bras. Sa chemise est déchirée. Son torse est couvert de suie. Il sourit. C'est un rictus de douleur. Il fait un pas vers elle. Sofia lève son arme. Elle vise le sternum. Son bras est tendu. Verrouillé. Elle ne tremble pas. Le canon du Beretta est noir. Un trou sans fond.
— Fais-le, dit Luca.
Sa voix est rauque. Elle est cassée par la fumée. Sofia ne répond pas. Elle appuie sur la détente. Le coup part. Le recul secoue son poignet. La balle traverse l'épaule de Luca. Il recule sous l'impact. Il tombe à genoux. Il ne crie pas. Il regarde le trou dans sa chair. Le sang pompe à travers le tissu. Il est rouge vif. Presque noir sous cette lumière.
Sofia s'approche. Elle pose le canon sur son front. Le métal est froid contre sa peau brûlante. Luca ferme les yeux. Il attend la percussion. Il attend la fin de la canicule. Sofia retire son doigt de la détente. Elle regarde la cicatrice sur sa propre clavicule. Elle range son arme.
— Pas aujourd'hui, dit Sofia.
Elle se détourne. Elle marche vers l'obscurité des containers. Luca reste à genoux. Le sang coule sur son torse. Il respire fort. L'incendie du hangar commence à faiblir. Les sirènes de police hurlent au loin. Le son se rapproche. Sofia disparaît dans le brouillard de gasoil. Elle laisse une trace de sang derrière elle. Ce n'est pas le sien. La guerre n'est pas finie. Elle vient de changer de forme.
Luca ramasse une douille au sol. Elle est encore chaude. Il la serre dans sa main gauche. Il se lève avec difficulté. Il marche vers sa moto. Il monte sur la selle. Il démarre. Le moteur rugit. Il quitte les docks avant l'arrivée des gyrophares. La nuit de Milan avale le bruit de son échappement. La chaleur ne tombe pas. Le plomb reste dans les corps. La liste de Sofia a encore des noms. Le sien est en haut de la pile. Elle reviendra. Il le sait. Il l'espère.
Le Dernier Chargeur
Le premier coup frappe le bois massif. La porte tremble sur ses gonds rouillés. La poussière tombe du plafond en plaques grises. Elle se dépose sur le matelas taché d'huile. Sofia Rossi roule sur le côté. Ses doigts cherchent le métal froid. Elle saisit la crosse du Beretta. Le quadrillage du plastique mord sa paume calleuse. Luca Moretti se redresse d'un bloc. Ses muscles se tendent sous la peau tannée. Il ramasse un cran d'arrêt sur la caisse de munitions. La lame jaillit avec un déclic sec. L'ampoule nue oscille au bout de son fil. Les ombres dansent sur les murs de briques suintants.
Un deuxième coup de bélier secoue la cave. Le panneau central se fend. Un éclat de chêne siffle dans l'air. Il coupe la joue de Luca. Le sang perle sur sa barbe de trois jours. Il ne s'essuie pas. Il regarde Sofia. Leurs regards se croisent une dernière fois. Le silex rencontre le gazole. Aucun mot ne sort de leurs bouches sèches. La haine reste le seul moteur. Sofia engage une cartouche dans la chambre. Le bruit mécanique claque contre les parois humides. Elle vérifie l'alignement de ses organes de visée.
Dehors, les cris montent. Les survivants des deux clans hurlent des ordres. Le fer frotte contre le béton. Les Rossi veulent leur héritière. Les Moretti veulent la tête du traître. Le siège de la Via Montenapoleone commence. La chaleur de la canicule s'engouffre par les fentes de la porte. L'odeur de rat mort devient insupportable. Sofia se plaque contre le mur de gauche. Elle évite la ligne de mire directe. Luca se tapit derrière une pile de vieux pneus. Il respire par la bouche. Son souffle est court. Ses poumons brûlent.
La porte explose sous l'impact final. Les gonds s'arrachent du cadre. Le bois vole en éclats de lance. Une silhouette sombre franchit le seuil. Sofia presse la détente. Le recul tape dans son poignet. La flamme de départ illumine la cave. La balle de neuf millimètres percute le sternum de l'intrus. L'homme bascule en arrière. Son corps heurte le sol avec un bruit sourd. Le sang gicle sur les briques. Luca bondit. Il est une masse de muscles et de rage. Il attrape le deuxième homme par le col. Il enfonce sa lame sous le menton. Le métal traverse le palais. L'homme s'effondre sans un cri.
Le silence revient pendant trois secondes. La fumée de la poudre pique les yeux. Sofia change de position. Elle rampe vers l'angle mort. Ses genoux raclent le sol poisseux. Elle sent la cicatrice sur sa clavicule. Elle ne tremble pas. Luca récupère le fusil à pompe de l'homme mort. Il vérifie le magasin tubulaire. Quatre cartouches de chevrotine. C'est assez pour faire un carnage. Il arme la pompe. Le son est lourd. Il est définitif.
Deux grenades fumigènes roulent sur le sol. Elles crachent une vapeur épaisse et blanche. La visibilité tombe à zéro. Sofia ferme les yeux à moitié. Elle se fie à son ouïe. Des bottes écrasent les débris de bois. Quelqu'un recharge un pistolet-mitrailleur. Elle tire deux fois vers le bruit. Un gémissement répond. Elle se déplace encore. Elle ne reste jamais au même endroit. C'est la règle de base. Rester mobile pour rester vivante.
Luca tire au jugé. La décharge du fusil à pompe déchire le brouillard. Les plombs criblent le mur opposé. Un cri de douleur déchire l'air. Un homme tombe sur le matelas d'usine. Luca ne s'arrête pas. Il avance dans la fumée. Il utilise son poids comme une arme. Il percute un adversaire. Ils roulent au sol. Luca frappe avec la crosse du fusil. Il brise des dents. Il brise des os. Il n'éprouve rien. Il exécute les gestes appris dans les docks.
Sofia voit une ombre bouger près de l'ampoule. Elle lève son arme. Elle ajuste la silhouette. Elle tire. L'ampoule explose. L'obscurité totale tombe sur la cave. Seules les lueurs des tirs éclairent la scène. Ce sont des flashs stroboscopiques. Des images fixes de violence pure. Un visage déformé. Un bras levé. Une gerbe de sang noir. Sofia sent le souffle d'une balle frôler son oreille. Elle plonge derrière la caisse de munitions. Elle éjecte son chargeur vide. Elle en insère un neuf. Le clic est sa seule certitude.
Luca est à court de munitions. Il jette le fusil vide. Il sort son deuxième couteau. Il se bat comme un animal acculé. Il sent l'odeur de la sueur et de la peur. Ce n'est pas la sienne. Il attrape un bras. Il le casse net. Il poignarde à l'aveugle. Il cherche la chair tendre. Il cherche les artères. La cave devient un abattoir. Le sol est glissant. Le sang et l'huile forment une boue infâme.
Sofia se redresse. Elle voit la sortie. La lumière de la rue filtre à travers la fumée. Elle aperçoit Luca au milieu du chaos. Il est couvert de rouge. Il ressemble à un démon de la Darsena. Elle pointe son arme vers lui. Son doigt hésite sur la détente. Luca s'arrête. Il la regarde. Il écarte les bras. Il offre sa poitrine. Les tirs cessent à l'extérieur. Les renforts sont morts ou en fuite. Le silence s'installe de nouveau. Il est plus lourd que le bruit.
Sofia baisse son canon. Elle ne tire pas. Elle range le Beretta dans sa ceinture. Elle ramasse son sac de sport. Luca ramasse sa veste déchirée. Ils se tiennent debout parmi les cadavres. Leurs visages sont des masques de poussière et de sueur. Ils ne sont plus des amants. Ils ne sont plus des ennemis. Ils sont des survivants. La liste de Sofia est toujours dans sa poche. Le nom de Luca est toujours là.
Elle marche vers l'escalier. Ses bottes claquent sur les marches de pierre. Elle ne se retourne pas. Luca reste au centre de la cave. Il regarde le plafond. Il écoute les sirènes de police au loin. Elles sont encore à plusieurs blocs. Il a le temps de disparaître. Il ramasse une douille chaude. Il la serre dans son poing. Le métal brûle sa peau. Il aime cette douleur. Elle prouve qu'il respire encore.
Sofia sort dans la rue. La canicule de Milan la frappe au visage. L'air est lourd. Le goudron fond sous le soleil de plomb. Elle marche vers sa voiture garée plus loin. Elle monte à bord. Elle démarre le moteur. Elle regarde le rétroviseur. Luca sort de la cave à son tour. Il monte sur sa moto. Il lance le moteur. Le rugissement du pot d'échappement emplit la Via Montenapoleone. Ils partent dans des directions opposées. Le plomb reste dans les corps laissés derrière eux. La guerre change de quartier. Elle ne s'arrête jamais. Elle change juste de forme. Le dernier chargeur n'était pas le dernier. Il y en aura d'autres. Elle le sait. Il l'espère.
Vider les Lieux
Le gond de la porte supérieure lâche dans un fracas sec. Le bois vole en éclats contre le béton humide. Trois silhouettes se découpent dans l'encadrement de l'entrée. Le contre-jour masque leurs visages. Ils portent des gilets tactiques et des fusils à pompe. Sofia Rossi s'accroupit derrière le matelas taché d'huile. Elle sort son Beretta du holster de hanche. Le métal froid glisse contre sa paume calleuse. Son index trouve la queue de détente. Elle ne respire plus. Luca Moretti bascule derrière une pile de caisses en bois. Il dégaine un Glock 17 au canon usé. Ses phalanges blanchissent sous la pression.
Le premier intrus franchit le seuil. Sa botte écrase une douille vide au sol. Le bruit métallique résonne dans la cave. Sofia presse la détente deux fois. Le recul secoue son bras droit. La première balle percute le thorax de l'homme. Le kevlar absorbe le choc. La deuxième balle frappe la gorge. Le sang gicle sur le mur de briques. L'homme s'effondre en silence. Ses doigts lâchent son arme. Le fusil à pompe percute le sol avec un bruit sourd.
Luca ouvre le feu sur la deuxième cible. Il tire en cadence. Trois coups rapides. Les flammes de départ déchirent l'obscurité de la cave. Les projectiles traversent la porte en bois. Le deuxième homme bascule en arrière dans l'escalier. On entend le roulement d'un corps sur les marches. Le troisième assaillant riposte. Une décharge de chevrotine pulvérise le haut du matelas. La laine de verre et la poussière volent dans l'air. Sofia ferme les yeux une seconde. Elle sent la chaleur du plomb passer à quelques centimètres.
Elle pivote sur ses genoux. Elle vise les jambes du dernier tireur. Elle tire trois fois. Le tireur hurle. Ses fémurs éclatent sous l'impact du 9mm. Il tombe en avant. Sa tête frappe le coin d'une caisse de munitions. Le crâne se fend. La cervelle se mélange à la poussière grise. Luca se lève. Il avance vers le centre de la pièce. Ses bottes crissent sur le verre brisé. Il garde son arme pointée vers l'entrée. Son regard de silex balaie la zone d'ombre.
D'autres pas résonnent dans le couloir supérieur. Le bruit est lourd. Cadencé. Des professionnels. Sofia change son chargeur. Elle insère le nouveau bloc de métal. Le clic est net. Elle vérifie la chambre. Une cartouche est engagée. Luca fait de même. Il ramasse un chargeur plein sur le cadavre au sol. Il l'enclenche dans son Glock. La sueur coule le long de son nez cassé. Elle brûle ses yeux. Il ne cille pas.
Une grenade fumigène roule dans l'escalier. Elle rebondit sur chaque marche. Elle finit sa course aux pieds de Sofia. Un sifflement aigu emplit la cave. Une fumée blanche et épaisse sature l'espace. L'odeur de soufre pique la gorge. Sofia tire son t-shirt sur son nez. Elle ne voit plus Luca. Elle ne voit plus la porte. Elle se fie à son ouïe. Les bottes des assaillants frappent le sol. Ils sont quatre. Peut-être cinq.
Les détonations reprennent. Les tirs viennent de partout. Les balles ricochent sur les piliers en briques. Les éclats de pierre griffent la peau de Sofia. Elle tire au jugé vers la source des flashs. Le canon de son Beretta devient brûlant. La culasse va et vient dans un mouvement mécanique parfait. À sa gauche, Luca rugit. Il tire jusqu'à l'épuisement de son chargeur. On entend des râles dans la fumée. Des corps tombent. Le métal cogne le béton.
Sofia sent une brûlure vive à l'épaule gauche. Une balle a emporté un morceau de chair. Elle ne lâche pas son arme. Elle ignore la douleur. Elle se déplace latéralement. Elle cherche un angle mort. Elle percute un corps chaud. Elle plante son couteau de botte dans l'abdomen. Elle remonte la lame vers le sternum. L'homme expire un nuage de sang chaud sur son visage. Elle le pousse. Il s'écroule comme un sac de sable.
L'ampoule nue au plafond explose sous un tir perdu. L'obscurité devient totale. La fumée est un mur noir. Seules les lueurs des tirs illuminent la scène. Chaque flash montre une image fixe. Un bras tendu. Une douille en l'air. Un visage tordu par l'effort. Luca est à deux mètres d'elle. Il vide son dernier chargeur. Le marteau de son arme frappe dans le vide. Clic. Clic. Clic.
Sofia tire sa dernière cartouche. La balle traverse la fumée. Elle termine sa course dans un montant de porte. Son chargeur est vide. Elle laisse tomber le Beretta. Elle sort son deuxième couteau. Le silence retombe brusquement. On n'entend plus que les respirations saccadées. L'odeur de la poudre brûlée est insupportable. Les poumons brûlent.
Dans le noir, un dernier assaillant bouge. On entend le frottement d'un vêtement contre le mur. Sofia se fige. Elle écoute le rythme du cœur de l'ennemi. Luca ramasse une barre de fer au sol. Le métal racle le béton. Le bruit attire le tir de l'assaillant. Une flamme orange déchire l'ombre. Sofia se jette vers la source de la lumière. Elle sent la résistance des côtes sous sa lame. Elle appuie de tout son poids. Le corps s'affaisse.
Elle retire son couteau. Elle essuie la lame sur son pantalon. Elle cherche Luca dans le noir. Sa main rencontre un bras massif. Les cicatrices de morsures sont reconnaissables au toucher. Luca respire bruyamment. Il est vivant. Ils restent immobiles. Ils attendent un mouvement. Un signe de vie. Rien ne vient. Les sirènes de police hurlent maintenant dans la Via Montenapoleone. Les gyrophares bleus balaient les fenêtres du rez-de-chaussée. La lumière filtre par les interstices du plafond.
Le sol est jonché de douilles et de cadavres. Le sang s'écoule vers la grille d'égout au centre de la cave. Il forme une flaque sombre et visqueuse. Sofia ramasse son arme. Elle récupère les chargeurs vides. Elle ne laisse aucune trace. Luca ramasse son Glock. Il vérifie ses poches. Il ne reste plus de munitions. La guerre a consommé tout le plomb disponible.
Ils se dirigent vers la sortie de secours. C'est un tunnel étroit qui mène aux égouts de la ville. Sofia passe la première. Elle rampe dans l'humidité. L'eau croupie mouille ses vêtements. Luca suit de près. Ses épaules larges frottent contre les parois de briques. Ils s'éloignent de la cave. Les bruits de la surface s'estompent. Le sifflement du plomb reste dans leurs oreilles. C'est le dernier son de la Via Montenapoleone. Le silence des tunnels les enveloppe. La chaleur de la canicule ne descend pas ici. L'air est froid. Il sent la mort et le gazole. Ils marchent vers l'obscurité. Ils ne se retournent pas. La liste de Sofia compte trois noms de moins. La mission continue. Le prochain chargeur sera plein.